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Un été brûlant : le changement, c’est pour quand ?
Julien Lecomte

Dans le cadre de la rubrique « Écologie » du site, voici un communiqué personnel en réaction aux catastrophes écologiques de cet été 2022, en France et ailleurs. Les propos n’engagent que leur auteur.

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Un avion bombardier d’eau survole la Dune du Pyla, en intervention sur l’incendie de la forêt de La Teste-de-Buch,
France, Gironde, juillet 2022 (photo : Thibaud Moritz / AFP)

La catastrophe climatique est là. Elle se déroule sous nos yeux. L’invocation des « générations futures », qui a trop longtemps servi de prétexte à l’immobilisme, n’a plus aucun sens, si ce n’est celui du déni coupable. Ce sont toutes les générations actuelles vivant sur Terre qui sont désormais menacées. En l’espace de quelques décennies, les effets du changement climatique sont devenus dramatiquement perceptibles. Les pressions sur les milieux naturels ont fait s’effondrer la biodiversité, au point que les scientifiques n’hésitent plus à parler de la sixième extinction massive des espèces vivantes, animales et végétales.

Depuis ces derniers mois, l’actualité ne cesse de nous donner des exemples terrifiants des conséquences de ce changement climatique planétaire, dont les activités humaines sont la cause : sécheresses mortelles, méga-feux, températures extrêmes, effondrement des glaciers, ouragans, inondations destructrices, averses de grêles ravageuses, etc. La France, avec son climat tempéré et sa situation géographique privilégiée, s’est longtemps cru à l’abri. Cette illusion a vécu. Les méga-incendies de ce mois de juillet 2022 dans la région des Landes de Gascogne ou dans les Monts d’Arrée finistériens, pour ne citer que les plus spectaculaires, nous le révèlent.

Et que faisons-nous ? Rien, ou si peu. Ou plutôt business as usual.

Ah si, quand même, dans notre beau pays, il va s’agir de faire quelque chose : face à la grave crise énergétique qui se profile, le Président de la République et les multinationales tricolores de l’énergie nous demandent de « faire un effort » cet hiver. Voilà soudain la sobriété parée de toutes les vertus, elle qui évoquait, il y a encore si peu, cette décroissance tant honnie par le productivisme, y voyant le retour aux âges barbares. Donc, nous, françaises et français, devront baisser le chauffage, faire attention à éteindre la lumière dans le salon, prendre des douches froides et nous rendre au travail à vélo. Le patron de Total Énergies est en effet un modèle du genre : après avoir augmenté sa rémunération de 52% en 2021, et son groupe ayant versé huit milliards de dividendes à ses actionnaires, sa conscience écologique l’a poussé à se rendre, depuis son bureau de La Défense, à des rencontres économiques à Marseille pour évoquer tous ces sujets. Il était bien naturel qu’il fasse l’aller-retour en jet privé.

Outre l’immoralité totale de tels comportements, faire reposer l’indispensable transition de nos modes de production-consommation sur la seule responsabilité des individus est une erreur majeure. Ajoutons qu’avec le coût croissant de l’énergie depuis ces dix dernières années, il y a déjà longtemps que bien des personnes aux faibles revenus évitent le plus possible d’allumer leurs radiateurs l’hiver, économisent l’eau chaude et comptent chaque kilowattheure.

La sobriété ne pourra être un projet de société constructif que lorsqu’elle saura d’abord assurer à chacune et à chacun le suffisant, selon le mot d’André Gorz. La sobriété n’est ni l’indigence forcée ni la punition écologique, toujours subie de plein fouet par les plus fragiles. En outre, la vigilance est plus que jamais de mise face au détournement du sens des mots par le productivisme. Un exemple nous a encore été donné cet été par l’indécent défilé de la maison de couture Yves Saint-Laurent dans le désert marocain, se réclamant, sans honte aucune, de la sobriété (1).

Enfin, et surtout, l’injonction présidentielle à l’effort personnel laisse complètement de côté l’indispensable changement systémique auquel nous avons déjà appelé ici-même (2). Les actes individuels sont évidemment à promouvoir, mais ils sont rapidement limités en efficacité. Ils ne peuvent que s’inscrire dans une transformation écologique globale de nos sociétés. Sinon, le risque politique est important : l’écologie sera vécue comme une contrainte supplémentaire par la population, qui la rejettera. Il est temps que les gouvernants s’engagent résolument dans cette démarche de changement systémique qui ne peut plus attendre, mais sont-ils vraiment à la hauteur de l’enjeu ?

Julien Lecomte
Septembre 2022

1- Pour une quinzaine de minutes de défilé dans le désert d’Agafay au Maroc, le groupe Kering, propriétaire de la marque Yves Saint-Laurent, a construit une route de 6 km de long pour un usage unique, creusé une piscine de 500 m² remplie par des camions citernes, en rationnant l’eau des populations locales dans un pays déjà en proie à une terrible sécheresse, et édifié un bâtiment climatisé pour accueillir 300 personnes, venues en avion d’Europe et de plus loin encore. La communication du groupe Kering sur ses actions locales visant à compenser les impacts de cette orgie, au nom de la « sobriété », relève du pur greenwashing (écoblanchiment). / Retour au texte
2- http://www.dieumaintenant.com/questionsdecologie4.html / Retour au texte