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Alain Rohand, le 17/06/21

Bonjour Christine,

Les propos sur l'eucharistie émanant du chef de la chrétienté intéressent celui qui a choisi Jésus comme « maître à vivre », quand bien même il n'appartient plus à cette religion, ayant réalisé que Jésus et son message « étaient ailleurs ». L'une des raisons de mon échappement se trouve exprimée dans ta phrase « Dans l’Église catholique, il est convenu que c’est à la hiérarchie d’avoir le dernier mot sur les lois qui conviennent. » La hiérarchie qui a décrété ce principe de fonctionnement s'est mise dans l'erreur.

Car, dans le domaine de la croyance, de la foi, le dernier mot revient à chaque personne. Il est émis par « la voix de la conscience profonde éclairée ». Or laisser la liberté de conscience est incompatible avec un système hiérarchique comportant ceux qui commandent et ceux qui obéissent sous peine d'exclusion. (excommunication, etc.). Nous voici à rebours du message de Jésus et des Évangiles.

Si toute organisation humaine comporte des règles du vivre ensemble, celles qui entraînent violation des consciences doivent être combattues et abolies.

Jésus accueillait chacun, y compris les pires. Il ne justifiait pas ces derniers mais les invitait à une « conversion intérieure libre » c'est-à-dire un changement. Il formulait ainsi un appel à la voix de leur conscience, guidée à la lumière d'une origine divine. Il affirmait là que c'était un chemin de bonheur.
Les hiérarques de l'église proposent des condamnations ecclésiastiques suivies de châtiments, si on ose les contredire… Dont acte …

Alors, interdire la communion à celles et ceux qui la désirent cependant, c'est trahir Jésus lui-même. Je vois là une offense à l'esprit divin.

L'eucharistie, au-delà du pain et du vin ritualisé de manière plus ou moins thaumaturgique, est une nourriture intérieure, de cœur, de conscience profonde, de communion avec Jésus, ressentie comme une présence intérieure et intime, et en même temps comme nous dépassant largement de toutes parts. J'ai vécu des repas de famille véritables eucharisties conscientisées, n'en déplaise aux hiérarques chrétiens.

La voix de la conscience profonde est Parole « en moi et plus que moi ». C'est par cette perception que je la reconnais, l'identifie et tente tant bien que mal de la suivre, me confrontant à ce qu'il est convenu d'appeler « des cas de conscience ». La communion à Jésus peut générer un redressement par appel aux forces intérieures qui ne viennent pas de moi mais me sont confiées. En quelque sorte elles m'appartiennent en même temps qu'elles sont à un Autre. À d'autres par l'implication de tiers comme « messagers conscients ou non », à moi de les reconnaître et recevoir leur message apporté par la vie.

Tout cela n'est pas individualiste, mais communautaire, parce que les assises de l'homme sont communautaires et sociales par essence.

Et qui donc au monde pourrait bien m'interdire d'accueillir Jésus vivant en moi ?? Absolument personne !

Alors : « Où » dans l'homme, en « quel lieu intérieur » peut-on se rejoindre, ailleurs que dans un temple sacré au sein d'une religion ?

Il existe des intériorités où l'on se trouve, se retrouve, réside, tout comme il est des lieux où l'on passe en tant que voyageur temporaire. Il faut savoir sortir de sa religion pour se rendre ailleurs.

Quitter son pays confortable (c'est confortable d'obéir au lieu de se penser) et établi (c'est jouissif de commander), pour aller construire des fraternités sans hiérarchie, avec les risques afférents. L'organisation nécessaire est celle prônée par Jésus : que le chef soit serviteur, que le premier soit dernier, pour tenter de rejoindre le cœur profond de l'homme au lieu intime d'un Royaume libérateur qu'il a inauguré.

Rappelons que Jésus n'a laissé aucune archive, aucun rouleau sacré, n'a codifié aucune loi dans le marbre. Juste l'expérience et le témoignage d'une vie de chair et d'os. Il s'est contenté D'ÊTRE LUI-MÊME tel qu'il percevait son identité et sa reliance à Autre.

Le suivre ne nécessite aucun temple et aucun rituel religieux organisé en hiérarchie structurée, figée, incitant à la servilité du peuple. Une telle organisation comporte en elle-même sa faille majeure : être contraire à l'Esprit qui devrait l'animer. C'est ce que Jésus explique parfaitement lors de sa rencontre avec la Samaritaine. Aux religions ancestrales des patriarches se substitue une source intérieure qui coule en chacun et le révèle à sa réalité « en esprit et en vérité ».

Les hommes cependant continuent de construire des temples, des églises, des hiérarchies avec des chefs, des sous-chefs et des exécuteurs asservis, des victimes, des cultes réifiés et choses du genre.

Jésus, lui, propose un Royaume… doté de sa pédagogie de bonheur (« heureux celui qui ... »).


Voilà qui est encore à devenir. Encore faudrait-il des conversions radicales en haut lieu…

Christine Fontaine, le 20/06/21

Ce que tu écris m’évoque un passage de la lettre de Saint Paul aux Corinthiens : L’eucharistie, dans les évangiles et dans l’Église primitive, est un repas fraternel. Elle ne se déroule pas dans la synagogue ni dans le Temple, mais au domicile d’un des disciples de Jésus. C’est à l’attitude que les croyants ont concrètement au cours de ce repas que Paul reconnaît s’ils désirent ou non faire corps avec le Christ. « Lorsque vous vous réunissez tous ensemble, ce n’est plus le repas du Seigneur que vous prenez ; en effet, chacun se précipite pour prendre son propre repas, et l’un reste affamé, tandis que l’autre a trop bu. N’avez-vous donc pas de maisons pour manger et pour boire ? Méprisez-vous l’Église de Dieu au point d’humilier ceux qui n’ont rien ? Que puis-je vous dire ? vous féliciter ? Non, pour cela je ne vous félicite pas ! (suit le récit de la première Cène) On doit donc s’examiner soi-même avant de manger de ce pain et de boire à cette coupe » (1 Cor 11,20…28). L’individualisme des convives manifeste le fait qu’ils ne désirent pas faire corps les uns avec les autres et par conséquent avec Jésus-Christ.

Comme je te rejoins lorsque tu nous invites à nous souvenir que sans fraternité réelle entre les croyants, l’eucharistie célébrée est une hypocrisie ou un mensonge ! Comme je te rejoins quand tu dis, à la suite de saint Paul, que c’est à la conscience de chacun qu’il revient de juger si l’acte qu’on va poser en communiant au Corps et au Sang du Christ, est vrai ou mensonger !

Tu écris : « L'eucharistie, au-delà du pain et du vin ritualisé de manière plus ou moins thaumaturgique, est une nourriture intérieure, de cœur, de conscience profonde, de communion avec Jésus, ressentie comme une présence intérieure et intime, et en même temps comme nous dépassant largement de toutes parts. J'ai vécu des repas de famille véritables eucharisties conscientisées, n'en déplaise aux hiérarques chrétiens. » A mon avis, le thaumaturgique est une déviation du christianisme. Par ailleurs, je ne sais pas bien ce que tu mets sous le mot « conscientisées ». Si je crois que dans tout repas fraternel, dans la fraternité qui réunit des convives, pour moi qui suis croyante Dieu passe, abreuve et nourrit cette convivialité, je ne dirais pas pour autant que tout repas fraternel est « eucharistie ». En effet, l’eucharistie réunit des personnes qui reconnaissent que cette fraternité qui passe par eux les dépasse et a sa source en un Amour donné gratuitement, sans réserve et sans fin à chacun des humains. Elles célèbrent ensemble Dieu vivant au milieu d’eux, le seul « rite » au début de l’Église étant ce repas pris ensemble au Nom d’un Autre (d’où le rappel de la Cène chez saint Paul) dont nous demandons à être nourri et abreuver afin de recevoir la force de donner notre vie, à sa suite, pour construire une humanité fraternelle. Dans l’eucharistie il y a une reconnaissance du Dieu de Jésus-Christ et un appel à lui. Cette « mémoire » de Jésus-Christ fait pour moi de l’Eucharistie un repas singulier.

La question aujourd’hui est de savoir si un grand nombre de catholiques ainsi que la hiérarchie veulent construire une « communauté » fraternelle (Cf la parole de Jésus : « N’appelez personne 'père' sur la terre car vous n’avez qu’un seul Père qui est aux cieux et vous êtes tous frères ») ou bien un groupe qui trouve sa cohérence d’obéir à des « Pères », ce qui – comme tu le dis – est bien plus confortable puisque cela permet de ne pas avoir à se poser de questions… Dans quels lieux, ceux qui refusent ce « paternalisme » au nom même de leur foi, trouveront-ils suffisamment de fraternité pour pouvoir y partager le pain et le vin de l’eucharistie en vérité ? Car si le Christ a pris du pain et du vin (des choses matérielles), n’est-ce pas pour honorer la rencontre physique (matérielle) entre nous, et pas seulement spirituelle... et donc de trouver des lieux ? Mais, tu me diras (à juste titre) que l’important n’est pas d’abord de trouver un lieu que d’en maintenir l’esprit ! Et il est bien vrai que je suis beaucoup plus proche de toi qui « n’appartient plus à cette religion » que d’un certain nombre de pratiquants ! Merci pour l’initiative que tu as prise en écrivant ce commentaire de maintenir et d’exprimer le lien profondément fraternel qui nous réunit dans la même foi au Dieu de Jésus-Christ ! J’y reconnais l’esprit de l’Eucharistie !

Jean-Claude Valomet, le 25/06/21

Refuser l'eucharistie aux divorcer est un scandale l'eucharistie est une rencontre avec Dieu avec amour dans la foi. L'Eglise est une institution qui a des lois contraire à l'évangile. Le Christ rassemble l'humanité à servir cette humanite dans le respect de l'autre, dans une fraternité partagée, de solidarité. L'eucharistie rassemble l'humanité dans cet amour du Divin beaucoup à dire.

Nathalie et Christian, le 04/07/21

Vous savez que nous sommes particulièrement impliqué dans la pastorale des personnes divorcées, engagées dans une seconde union, et nous avons donc particulièrement apprécié les articles de Christine Fontaine sur le communion ( l'ancien article de 2015 et le nouveau ), en particulier à l'heure où les évêques américains se demandent si il ne serait pas cohérent d'interdire la communion à Joe Biden par exemple...et je vais les mettre sur mon blog bientôt.

Depuis la sortie d'Amoris laetitia, il est clair qu'un chemin est enfin possible pour ceux qui étaient exclus pour toujours et nous en avons mis en place dans nos paroisses depuis 2017...

Mais dans Amoris laetitia il y a deux "remarques " de taille !

1. Le chapitre VIII s'adresse en premier aux communautés et leur enjoint d’accompagner, de discerner et d’intégrer. Elles ont appelées à une conversion ainsi que leur pasteurs, un changement du regard sur la vie de ceux qui traversent des difficultés auxquelles ils ne sont pas confrontés eux-même... alors dans ce climat d'accueil, ceux qui se sont un peu éloignés des règles pourront se sentir invités a reprendre leur place ...

2. Le N° 186 qui parle de " discerner le corps" exprime clairement que " la dignité " pour participer à la communion sacramentelle est la conséquence de la participation à la communion ecclésiale ...dans toutes ses dimensions. Alors on entend Saint Paul nous redire " de nous examiner nous-même" , Seigneur je ne suis pas digne...Mais .

Toute l'assemblée se pose honnêtement cette question ...et par la communion sacramentelle redit son AMEN en accueillant le don que Jésus fait à tous...

Qu'il est difficile de sortir du permis -défendu, du " mérite" , de la récompense....comme il est dur pour le fils ainé de faire ce petit pas pour se réjouir avec son père du retour de celui qui a longtemps marché !

Merci pour ces articles...ne baissons pas les bras devant la lenteur et parfois le refus tout net, dans certains diocèses ou dans certains mouvements, de " donner la communion aux divorcés-remariés"....A notre connaissance seulement 15 des 100 diocèses de France, ont une pastorale dédiée et proposent des accompagnements dont certains restent très cléricaux.

A bientôt pour un échange avec Christine si elle en a le temps

bien fraternellement

Christine Fontaine, le 04/07/21

Fondamentalement je continue à croire que les croyants - quels qu'ils soient - n'ont pas à demander de permission pour communier. Le Pape, dans amoris laetitia, assoupli la règle mais il règle quand même. Au cours de l'Eucharisite il est dit : "Il est grand le mystère de la foi". C'est à "l'obéissance de la foi" que nous sommes appelée. L'Eglise, comme toute insitution ne peut vivre sans lois, mais l'Eucharistie inscrit au coeur de l'Eglise se dépassement de la loi par la foi. Dans ce sens,jJe regrette que le pape ait étendu le "droit" de communier... non parce qu'il est étendu mais parce qu'il en fait quand même un droit.

Tu écris : "Le chapitre VIII s'adresse en premier aux communautés et leur enjoint d’accompagner, de discerner et d’intégrer. Elles ont appelées à une conversion ainsi que leur pasteurs, un changement du regard sur la vie de ceux qui traversent des difficultés auxquelles ils ne sont pas confrontés eux-même... alors dans ce climat d'accueil, ceux qui se sont un peu éloignés des règles pourront se sentir invités a reprendre leur place ..." Là le Pape invite à dépasser les apparences et à ne pas juger ceux qui "se sont un peu éloignés des règles". Il invite à un dépassement du légalisme. Je suis profondément d'accord.

Saint Paul disait aux premiers chrétiens: "Tout vous est permis mais veillez simplement à ne pas scandaliser vos frères." Il s'agissait de prendre des nourritures impures selon la loi juive, certains juifs devenus chrétiens ne pouvaient pas s'y résoudre. Je dirais volontiers que la règle pour les divorcés remariés est la même: "tout vous est permis mais si le fait que vous communiez doit déstabiliser un frère, ne le faites pas... cette manière de communier sera plus réelle que la communion au pain et au vin."

Donc, du côté de l'assemblée j'aime cette invitation du Pape au dépassement de la loi. Du côté des divorcés remariés, je crois bon qu'ils s'interrogent, selon les lieux où ils participent à l'eucharistie, avant de décider de communier. Mais je ne crois pas que c'est ni au prêtre ni à l'assemblée de faire une célébration d'accueil, sauf si le couple divorcé-remarié le souhaite. Sinon, je trouve cela extêmement lourd pour le couple, presque inhumain. Il y aurait un cas où cela serait très beau: si cela était considéré comme un "remariage tout aussi sacramentel que le premier". Donc un acte public non pas tourné vers le passé (avec ses échecs ou ses erreurs) mais vers l'avenir de ce couple. En effet, le sacrement de mariage n'est pas donné par le prêtre mais par les deux futurs époux devant des témoins de l'Eglise (sauf exception). Dans l'Eglise orthodoxe un second mariage est possible... mais ce n'est pas le cas dans l'Eglise catholique...

Ceci dit, je réfléchis avec vous bien plus que je n'affirme un point de vue arrêté. Sauf sur le fait que "personne n'a le droit de communier"!