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Ascension

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 28, 16-20

Les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

Nouvelle homélie : Tout pouvoir m’a été donné !
Christine Fontaine

Séparation ?
Michel Jondot

A la hauteur de Dieu !
Christine Fontaine


Tout pouvoir m’a été donné !

On étouffe sous les dons !

Ils ont trois enfants, maintenant âgés de 18 à 22 ans. Ils sont d’un milieu aisé et ont tout fait pour eux. Ils leur ont tout donné : les meilleures écoles, des vacances somptueuses, de l’argent de poche en abondance, sans parler du soin qu’ils ont pris pour toujours les bien nourrir et leur fournir la possibilité de s’habiller selon la dernière mode. Le père a travaillé dur pour leur fournir ce qu’il y a de mieux ; la mère est restée au foyer pour se consacrer exclusivement à leur éducation.

Le père et la mère ont vraiment tout fait pour leurs enfants. Aujourd’hui ils ne comprennent pas ce qui leur arrive. Si le cadet semble satisfait de son sort, ils n’ont plus aucune relation avec l’aîné ni avec le benjamin. L’un après l’autre, ils ont claqué la porte pour aller vivre on ne sait où et faire n’importe quoi. En partant, ils n’ont donné aucune explication si ce n’est un cri : « On étouffe chez vous ! » Leurs parents n’ont pas compris. Qu’ont-ils fait de mal pour que l’atmosphère de leur famille devienne irrespirable à deux de leurs enfants ? Pourquoi, alors qu’ils avaient tout chez eux, ont-ils préféré tout quitter plutôt que de continuer à vivre avec eux ? Ces parents souffrent profondément du manque total de reconnaissance de leurs deux enfants.

Cette famille est à l’image de ce qui se passe souvent dans l’Église aujourd’hui. Des pasteurs ressemblent à ces parents qui voient leurs enfants fuir l’atmosphère de la famille et ne savent pas pourquoi. Ne parlons pas des mauvais pasteurs qui sont arrivés là par goût du pouvoir. Mais des bons pasteurs, ceux qui – comme ce père et cette mère de famille - donnent tout ce qu’il y a de meilleur pour leurs ouailles : les sacrements, le catéchisme quand ils sont petits et le moyen d’approfondir leur foi quand ils sont grands, une morale, des règles de vie, des bâtiments pour se rassembler et de bonnes relations. Ils étaient totalement à leur service ; leurs ouailles avaient tout dans l’Église et elles s’en vont la plupart du temps sans rien dire ou bien en criant qu’on ne peut plus respirer dans cette institution. Ces pasteurs sont profondément déconcertés devant tant d’ingratitude. Blessés, ils attribuent souvent ces départs à une perte de la foi. Ils sont encore plus démunis s’ils se rendent compte qu’un grand nombre est demeuré croyant.

Donner un enseignement ou partager le pouvoir de donner ?

Au jour de l’Ascension, nous assistons au départ de Jésus pour faire place à l’Église. Les 11 autour de lui seront les premiers pasteurs. La plupart d’entre eux sont de simples pêcheurs de Galilée. Ils n’ont ni sceptre, ni mitre ni couronne. Rien qui puisse les distinguer du tout venant de l’humanité. Quand ils virent Jésus, ils se prosternèrent devant lui. Mais ils ne pourront plus le faire puisqu’il disparaît à leur regard. Jésus ne les quittera pas pour autant : il fera corps avec eux. Les 11 apôtres deviennent le moyen que Jésus prend pour s’incarner sur la terre. Il s’en remet à eux pour continuer son œuvre dans le monde.

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples… » leur dit-il. Jésus transmet son propre pouvoir – qu’il a lui-même reçu du Père – à ses amis. Désormais c’est eux qui auront le pouvoir d’enseigner, de baptiser et d’apprendre à d’autres à garder les commandements qu’il leur a donnés. Ce sont eux qui reçoivent le pouvoir de donner du souffle à l’Église.

Il y a deux manières de comprendre cette transmission du pouvoir de Jésus à ses apôtres. La première est de considérer que dans l’Église, il y a, voulu par Jésus lui-même, d’un côté ceux qui donnent – les apôtres – et de l’autre ceux qui reçoivent : le peuple. C’est aux apôtres seulement que Jésus continue de donner tout pouvoir. Les autres sont en position de seulement recevoir. Qu’ont-ils à recevoir ? Non pas le pouvoir même de Jésus qui demeure la propriété des apôtres mais des « choses de la foi » : des dogmes, une morale, un enseignement.

Mais il y a une autre manière de comprendre cet évangile : de même que Jésus a reçu du Père le pouvoir de tout donner à ses 11 amis, ces derniers ont aussi reçu le pouvoir de donner non plus des choses de la foi » mais « tout pouvoir ». Dans ce cas le pouvoir de Jésus passe bien par les apôtres mais il n’est pas leur propriété. Issu du Père, passant par Jésus et les apôtres le pouvoir de Dieu lui-même est fait pour se diffuser sur tous les croyants. L’Église n’est plus constituée alors de ceux qui donnent (les apôtres) et de ceux qui reçoivent (le peuple). Chacun est tour à tour en position de donner et de recevoir des autres. La vie ne passe plus du haut vers le bas. Elle circule entre tous, comme elle circule au sein de la trinité entre le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Chaque baptisé devenu adulte dans la foi – qu’il soit évêque ou simple membre du peuple – devient un partenaire à part entière. Sa parole, son expérience comptent au plus haut point pour tous les autres. Autrement dit on passe d’une Église composée de Pères et d’enfants à une Église où nous sommes tous d’abord des frères, bien que n’ayant pas tous la même fonction.

Recevoir et donner de la fraternité

« N’appelez personne sur la terre ‘Père’ car vous n’avez tous qu’un seul Père, Celui qui est aux Cieux », avait dit Jésus. L’Église que Jésus fait naître au jour de l’Ascension est une assemblée de frères. Ce que nous avons à nous donner mutuellement c’est d’abord de la fraternité. C’est elle que nous avons à diffuser dans le monde en la vivant d’abord entre nous. La catéchèse de l’Église devrait être avant tout un apprentissage de la fraternité. « Ayez entre vous les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus : Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu », dit Saint Paul (Ph 2,1-11)

Le père et la mère de cette famille de trois enfants ont profondément souffert du départ de deux de leurs fils. Ils l’ont attribué à de l’ingratitude de leur part. Ils leur avaient pourtant tout donné ! Ils n’ont pas compris que leurs enfants étouffaient sous le don qui leur était fait. Ils n’en demandaient pas tant ! Ils demandaient simplement de ne pas être toujours du côté de ceux qui reçoivent et de pouvoir donner à leur tour. Comme ils ne pouvaient pas le faire dans leur propre famille, ils sont allés vivre ailleurs… là où ils pourraient échanger avec d’autres, participer activement à la vie du groupe. Ils sont allés vivre dans un groupe où l’on peut recevoir et donner tour à tour, où l’on se donne et on se reçoit. Dommage qu’ils ne l’aient pas trouvé dans leur propre famille ! Dommage que nous ne le trouvions pas toujours dans l’Église !

Christine Fontaine


Séparation ?

Partir et partager

Adultes, nous savons tous en quoi consiste la séparation d’avec un être cher, en particulier lorsque c’est la mort qui nous écarte de lui. Par un certain côté, tout est fini : nous n’avons plus rien à recevoir les uns des autres. Voir disparaître ses parents conduit à cesser de recevoir leurs conseils ou à profiter de leur expérience. Lorsqu’il s’agit d’un grand esprit, un philosophe par exemple, ceux qui se nourrissaient de sa pensée sont renvoyés à eux-mêmes : plus question de s’appuyer sur le jugement d’un maître.

Par un autre côté ceux que la mort a mis à l’écart, en nous quittant nous ont laissé un héritage. Leur départ est un partage : partir et partager ont même racine. Partir et répartir sont deux actions inséparables. Chacun sait bien ce qu’il a reçu de ceux qui l’ont précédé : parents, maîtres, amis. Même si nous nous opposons à telle ou telle de leurs convictions, il n’en reste pas moins que nous n’aborderions pas la réalité de la même façon si nous ne les avions pas connus. Nous nous en rendons compte lorsqu’évoquant leur souvenir, en famille par exemple, nous réveillons des événements passés ou rappelons des propos qui nous ont marqués.

Le pouvoir de franchir les frontières

La fête de l’Ascension est un départ et un partage plus conséquent qu’aucun de ceux dont on peut avoir l’expérience. « Tout pouvoir m’a été donné » : l’héritage passe entièrement aux mains des disciples à qui il a fixé un rendez-vous d’adieu. Quel est ce pouvoir qu’il a reçu et qu’il transmet ? Celui de faire, de ceux et celles qu’il rencontrait, des disciples, héritiers du royaume qu’il annonçait. « Tout pouvoir m’a été donné... Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples ». Il ajoute une phrase qui n’est guère qu’une explicitation de la première : « Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du St Esprit. »

Aux yeux des Juifs qui l’écoutent, le mot « Nation » est fortement péjoratif. Il désigne le monde païen, idolâtre dont il faut se préserver : la masse des « goyim » dont le mot « goujat » en français est un dérivé. L’héritage de Jésus est d’abord ce pouvoir de franchir les frontières, de ne pas séparer l’univers entre le monde des « bons » auxquels on est censé appartenir et celui des étrangers qui sont nécessairement « les mauvais ». Tous les hommes et toutes les femmes de toutes les nations sont, comme vous, appelés à être des disciples.

Autrement dit, « sortez de vos frontières et faites comprendre à tous ceux que vous rencontrerez qu’ils sont vos condisciples ou, plus exactement, vos frères ». L’allusion au baptême, en effet, oblige à employer ce dernier mot. Jésus est sorti du ciel pour rejoindre les hommes. Il a rejoint les hommes pour révéler quel lien l’unit au Père : l’Esprit, autrement dit l’amour. Aller dans toutes les Nations, c’est entrer dans ce mouvement et manifester que le lien d’amour qui est en Dieu se déploie dans l’humanité, non seulement à l’intérieur du peuple de l’Alliance, mais dans toutes les Nations. Le baptême est cette plongée où le disciple reconnaît et utilise le pouvoir qu’ « en partant » Jésus nous laisse « en partage ». Le pouvoir de faire des disciples, le pouvoir de baptiser est le déploiement de l’amour qui non, seulement unit le Fils au Père mais cherche à faire advenir une humanité entièrement fraternelle, manifestation du Dieu Trinité.

Il n'est pas monté aux cieux?

On peut s’étonner que le départ de Jésus, dans le récit que nous en fait Matthieu, ne s’accompagne pas d’une disparition : Jésus, quittant ses amis, n’est pas présenté comme s’effaçant aux regards. L’homme de Galilée ne monte pas aux cieux pour s’asseoir, comme on le dit dans le Credo, « à la droite de Dieu ». La formule de la Profession de Foi, si elle n’était pas éclairée par le récit de Matthieu, enfermerait Jésus et le mystère de Dieu dans une image de gloire. Proposer ou accepter le Baptême au nom du Père, du Fils et de l’Esprit nous empêche de croire que Dieu est l’être tout-puissant dans les hauteurs d’un ciel lointain. Le mot « Ascension », certes, évoque une montée. Oui, le départ de Jésus est une élévation ; en réalité, cette « élévation » est la nôtre ; elle est le don laissé en partage aux hommes de toutes les nations. Nous sommes, en effet, élevés à la hauteur de Dieu lorsque nous entrons dans ce mouvement de la Trinité qui est le dynamisme de l’amour. Jésus, se séparant de ses disciples, leur donne dans l’histoire la place qui est la sienne. Dire qu’il se sépare de nous est une formule à moitié exacte. Ce qui fait de Lui le Fils de Dieu, ce qui le constitue comme personne, le lien qui le tient uni au Père, l’amour qui fait de l’étranger un disciple et un frère, nous est laissé en partage. Jésus s’en va, oui. Mais s’en allant il nous dit : « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »

Il ne se sépare pas de nous mais nous pouvons nous séparer de lui. Prenons garde de ne pas gaspiller l’héritage. Oui, Jésus demeure avec nous mais seulement dans la mesure où nous ne nous séparons pas les uns des autres, où nous ne fermons pas nos frontières à l’étranger, dans la mesure où nous refusons que l’argent soit plus fort que l’amour.

Michel Jondot


A la hauteur de Dieu !

Jésus est élevé

Ils le virent s'élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée.
Jésus, en ce jour de l'Ascension,, monte vers son Père. Il s'élève au plus haut des cieux.
Et les apôtres demeurèrent les yeux levés vers le ciel où ils voient Jésus s'en aller. Il disparaît à leur regard.
Aujourd'hui, l'Eglise tout entière se réjouit. Elle fête le jour où Jésus s'en va, le jour où Jésus disparaît aux yeux de ses amis. Souvent nous sommes affligés de ne plus voir Jésus. L'Eglise aujourd'hui nous invite à nous réjouir de son ascension dans les cieux.

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde » dit Jésus juste avant de disparaître aux yeux de ses amis. Jésus, le Fils éternel du Père demeure avec nous dans le temps des hommes. Aujourd'hui, l'Eglise tout entière se réjouit. Elle fête Jésus vivant au milieu de nous.

Jésus monte au plus haut des cieux et il demeure avec nous.
C'est l'Ascension du Seigneur !
Jésus, en montant au plus haut de cieux, nous emmène avec lui dans l'éternité de Dieu. Jésus demeure avec nous dans le temps des hommes et il attire notre temps dans l'éternité de Dieu.

Il élève les humbles

Le Fils éternel du Père, le Verbe de Dieu, en venant dans notre chair, élève les hommes à la hauteur de Dieu.
C'est l'Ascension du Seigneur !

De tout ce qui est bassesse en l'homme, grâce à Jésus, nous sommes délivrés. De tout ce qui pèse sur l'homme, grâce à Jésus, nous sommes libérés.
C'est l'Ascension du Seigneur !

C'était écrit et voici qu'aujourd'hui Jésus l'accomplit : Dieu élève les humbles. Dieu élève ceux qui, en toute vérité, reconnaissent leur propre bassesse, leur propre pesanteur. Il élève ceux qui se reconnaissent pauvrement pécheurs.
C'est l'Ascension du Seigneur !

Aujourd'hui l'Eglise nous invite à regarder notre propre bassesse sans honte ni trouble. L'Eglise nous invite à vivre sous le regard de Dieu. Il connaît nos bassesse, il est avec nous tous les jours jusqu'à la fin des temps, il nous invite à lui faire confiance pour nous délivrer de jour en jour de nos pesanteurs. Jésus nous invite à l'accueillir au coeur de nos bassesses pour qu'il puisse nous élever à la hauteur de Dieu.

L'humanité est élevée

« Tout pouvoir m'a été donné » dit Jésus.
Jésus a le pouvoir de nous élever, il a le pouvoir de faire de chacun son frère, fils de Dieu à sa suite. Il a le pouvoir de nous libérer de tout poids. Il nous invite à remettre entre ses mains tout ce qui nous pèse.

« Tout pouvoir m'a été donné, dit Jésus, allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit, et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés.»
Jésus a le pouvoir de faire de nous des Christ. Il demeure avec nous pour ôter, de jour en jour, tout ce qui limite la vie de Dieu en nous. Il demeure avec nous pour nous faire entrer et demeurer dans l'Amour à sa suite.

Désormais, Jésus nous donne son pouvoir, le pouvoir de demeurer amis de tous les hommes comme lui-même est leur ami. Par Jésus, vivant au milieu de nous, de jour en jour jusqu'à la fin des temps, nous avons le pouvoir d'aimer Dieu et chacun, de construire la paix, de travailler pour la justice, de faire reculer la haine. Nous avons tout pouvoir : Dieu élève les humbles. Il donne son pouvoir à ceux qui reconnaissent leurs pesanteurs, leurs limites, leurs bassesses. Nos limites, notre impuissance, sont un levier puissant : à celui qui reconnait son impuissance, Dieu, par Jésus, donne sa toute puissance . Notre impuissance est élevée à la hauteur de Dieu par Jésus. Elle est un levier qui, grâce à Jésus, soulève le monde et l'élève à la hauteur de Dieu.
C'est l'Ascension du Seigneur!

Christine Fontaine