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2ème dimanche de l'Avent

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 1, 1-8

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu.
Il était écrit dans le livre du prophète Isaïe : Voici que j'envoie mon messager devant toi, pour préparer la route. À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Et Jean le Baptiste parut dans le désert. Il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés.

Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui. Tous se faisaient baptiser par lui dans les eaux du Jourdain, en reconnaissant leurs péchés. Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins, et il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage. Il proclamait : « Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Moi, je vous ai baptisés dans l'eau; lui vous baptisera dans l'Esprit Saint.»

Nouvelle homélie : Plaider coupable !
Christine Fontaine

Tout commence !
Michel Jondot

Pas sans Jean-Baptiste !
Christine Fontaine


Plaider coupable !

Une culpabilité universelle

On reproche souvent au christianisme de cultiver le sentiment de culpabilité. On y parle sans cesse de faute et de péché qu’il faut aller confesser. Chaque eucharistie ne commence-t-elle pas par une injonction à se reconnaître pécheurs ? Et l’époque où les catholiques ne communiaient qu’une fois l’an seulement après avoir fait une bonne confession n’est pas si lointaine. Saint Marc écrit : « Commencement de la Bonne Nouvelle (…) tous se faisaient baptiser par Jean en reconnaissant leurs péchés. » Une fois de plus, jusque dans l’Évangile, tout commence par une confession des péchés ! Nous avons parfois quelque peine à considérer qu’il s’agit d’une « Bonne Nouvelle » !

Si le christianisme parle beaucoup du péché, reconnaissons que nul être humain, et pas seulement les chrétiens, n’échappe totalement à la culpabilité… Sauf peut-être ceux qui sont atteints de folie au plus haut point. Hitler et quelques autres faisaient probablement partie de ceux-là. Mais ils sont, fort heureusement, bien rares ceux qui refusent absolument de sentir parfois une sorte de malaise d’avoir agi un jour ou l’autre de telle ou telle façon.

Tous ceux qui ne sont pas complètement fous, quelle que soit la société où ils vivent, éprouvent au moins par moment un sentiment de culpabilité. Certains il est vrai semblent vivre dans un perpétuel déni du mal qu’ils ont commis. Selon eux, le malheur ou « le mal-être » qui arrive est toujours de la faute des autres. Ils essayent de se décharger sur eux d’une culpabilité qui les écrase. D’autres semblent toujours prêts à s’accuser de tous les maux de la terre. Ils se laissent convaincre que tout est de leur faute. Leur existence devient une sorte d’éponge qui regorge de la culpabilité que les premiers ne veulent pas assumer. Nous pouvons aussi passer du déni de nos fautes à une culpabilisation à outrance. Ce mal de vivre n’est pas le propre du christianisme.

Le baptême dans l’eau

Le propre du christianisme est de prendre acte de ce sentiment de culpabilité et de nous donner une manière particulière de le gérer. « Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, Fils de Dieu » écrit saint Marc. Il précise que cette Bonne Nouvelle commence pour chacun lorsqu’il consent à se convertir autrement dit à renoncer pour les uns au déni de leurs fautes et pour les autres à une culpabilité ravageuse.

« Tous se faisaient baptiser par Jean dans les eaux du Jourdain en reconnaissant leurs péchés. » Jean invite chacun à faire retour sur lui-même pour se souvenir de ses propres torts, les siens et non ceux des autres. Nous savons bien que lorsque quelqu’un a commis quelque chose de grave – un meurtre par exemple – il faut qu’il commence par reconnaître son acte. Tant qu’il ne l’aura pas fait il sera non seulement un danger pour les autres mais nous ne pourrons rien pour lui. Tout commence par un certain aveu au moins devant Dieu.

« Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Le péché, pour l’Évangile comme pour l’Église, c’est la faute toujours déjà prise dans le pardon de Dieu. La faute qui peut être reconnue d’autant plus facilement qu’elle est toujours déjà pardonnée. C’est le premier pas à faire, celui qui « prépare le chemin du Seigneur ». Ce pas nous permet de commencer à sortir de la confusion intérieure

Le baptême dans l’Esprit-Saint

Jean, à la frontière de l’Ancien et du Nouveau Testament, oriente le peuple vers celui qui « est plus puissant que lui ». Lui seul pourra faire passer chacun de nous du malheur de se sentir coupables au bonheur d’être encore en faute devant Dieu et devant ses frères en humanité. « Bienheureuse faute de l’homme qui nous vaut un tel Rédempteur », chantons-nous à Pâques.

François d’Assise, à la fin de sa vie, était considéré comme un grand saint par tout son entourage. On parlait de lui comme d’un autre Christ, aussi pur et dénué de tout péché que lui. François luttait de toutes ses forces contre la manière dont on parlait de lui. Il disait : « Le péché est la seule chose que j’ai en propre et on veut me le voler ! » Le péché est bien la seule chose que chacun a en propre, c’est-à-dire ce qui le bloque sur lui-même et l’empêche de vivre en relation autant avec Dieu qu’avec les autres. Le péché est ce qui fait obstacle à l’amitié ou la fraternité avec tous. Le péché est le terme qui recouvre tous les manques d’amour. Mais, François le savait, ce manque reconnu devant Dieu - qui lui ne manque jamais - appelle un surcroît d’amour livré. François avait l’expérience que reconnaître ses manques sous le regard de Dieu est le plus grand des bienfaits. En effet, Dieu ne vient pas pour nous juger mais pour nous sauver, pour accroître nos possibilités, notre liberté. Mais nous ne sommes pas ses choses, qu’il manipulerait à sa guise. Il nous rend participant de notre salut en nous permettant de découvrir ce qui fait obstacle à l’amour.

« Moi, dit Jean Baptiste, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. » Celui qui est baptisé dans l’eau dépasse la honte du mal qu’il a fait et commence à reconnaître ses fautes. Celui qui est baptisé dans l’Esprit Saint échappe à la honte. Il a un désir profond de reconnaître ce qui le bloque sur lui-même : il croit que cette reconnaissance est sa chance comme celle de Dieu de le faire non plus seulement préparer les chemins du Seigneur mais avancer sur le chemin avec son Seigneur.

Jésus-Christ nous apprend, non pas à échapper à la culpabilité, mais à la vivre comme une chance qui nous est donnée de vivre à chaque instant sous le regard d’un Dieu venu au milieu de nous pour nous libérer !

Christine Fontaine


Tout commence !

« Commencement ! »

Ce terme rappelle à chacun des sentiments particulièrement mêlés. Un « commencement » est un temps où se rencontrent à la fois la peur et l’espoir. Les rentrées des classes sont un moment où les jeunes à la fois craignent l’échec et espèrent le succès. Des amalgames de ce genre se retrouvent à tous les âges de la vie. L’entrée dans une profession, un changement de résidence, le début d’une maladie dont on ne connaît pas l’issue : autant d’occasions de douter de l’avenir.

« Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ... »

Le mot, dans ce contexte de l’Evangile, est encore plus étrange. Nous le recevons en connaissant le terme de l’histoire que St Marc va nous raconter. Formés, pour la plupart, par tant d’années de vie chrétienne, nous savons d’avance à quoi ce « commencement » conduit. Les dernières paroles de Jésus sont tragiques et traduisent l’échec le plus absolu devant les hommes et devant Dieu. Fixé sur la croix, exposé aux quolibets des foules, Jésus connaît le pire abandon qui soit : « Mon Dieu ! Mon Dieu ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? »

Entre ce vide absolu dont le charpentier a fait l’expérience et le premier mot de l’Evangile, un abîme a été franchi. La fin de tout s’est avérée un début ! Aux premiers jours de la Création, au « commencement » du temps, « Dieu dit » et sa parole arrache la lumière au chaos. Aux jours de la Pâque, alors que « tout est achevé » et que le Fils de l’Homme plonge dans le néant, tout peut commencer comme au premier jour et le temps devient promesse. L’attestent les derniers mots de la lecture de ce jour : « Il vous baptisera dans l’Esprit-Saint. »

Avec le temps de l’Avent commencé voici peu, une année liturgique nouvelle surgit aux yeux du chrétien. Ce commencement prend place parmi les jours les plus sombres de l’année qui conduisent au solstice d’hiver où nous fêterons Noël, alors que les nuits seront plus longues que les jours. C’est tout un symbole. Chaque vie, chaque instant de nos vies est un commencement et ce commencement est une Bonne Nouvelle., quoi qu’il en soit de la couleur des temps. « N’ayez pas peur, petit troupeau », disait Jésus à ses amis, au moment le plus dramatique, juste avant sa Passion. « N’ayez pas peur ! »: gardez cette parole dans le fond de vos cœurs, au moins jusqu’à Noël. Gardons-la malgré les difficultés économiques qui font souffrir beaucoup d’entre nous. Gardons-la malgré les affrontements stupides qui déchirent le Proche et le Moyen - Orient, l’Afrique et d’autres lieux.

« Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ... »

« N’ayons pas peur », mais ne soyons pas naïfs. Si chaque jour est un commencement, nous ignorons ce qui commence et de quoi demain sera fait. L’avenir nous échappe et pourtant nous avons prise sur la vie. Le récit de ce jour évoque le travail qui nous attend. C’est avant tout le travail de la parole. Tout « commence » dans le désert, là où la parole se perd. Jean-Baptiste a beau ouvrir les lèvres, ce qu’il donne à entendre n’est qu’un cri : « à travers le désert, une voix crie ». Jean-Baptiste réussit pourtant à se faire entendre. Le cri devient « proclamation » et les discours qu’il prononce déplacent les foules. Le désert se transforme : il devient lieu où l’on se rassemble : « Toute la Judée, tout Jérusalem, venait à lui » et ils se convertissaient. Qu’est-ce que « se convertir » ? Ce n’est pas tellement se conformer à un modèle moral dont on se serait écarté. Se convertir, c’est « commencer », introduire de la nouveauté dans l’existence, trouver les mots qui nous sortent des discours tout faits qui changeront les relations et transformeront l’indifférence en amitié ou en amour. Se convertir c’est changer la vie. D’une certaine façon, se convertir, c’est « commencer ».

« Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ... »

« Commencement » : ce terme, c’est bien vrai, rappelle à chacun des sentiments particulièrement mêlés : crainte ou espoir. Mais en quoi les événements qui suivent un commencement sont-ils gratifiants ou décevants ? Lorsque nous nous lançons dans une aventure, nous imaginons ce qu’est l’échec et le succès. Si la réalité nous déçoit c’est qu’elle ne correspond pas à ce que nous imaginions au départ. Ne soyons pas victimes de notre imagination. Ce qui survient est plus beau que les illusions dans lesquelles nous risquons de nous enliser. Ce que nous attendons dépasse notre imagination. Ce qui survient est inattendu. Mais ce qui est sûr – et précisément le temps de Noël vient nous le rappeler –ce qui vient est don de Dieu, Dieu donné à l’humanité.

Le malheur qui surgit est-il don de Dieu ? Non, bien sûr. Un ennemi agit et l’ivraie se confond avec le bon grain. Mais, donné avec le malheur et plus fort que lui, la force de commencer sans cesse nous est donnée, plus réelle que les plus beaux de nos rêves. Ce bébé qui naît à Noël nous révèle que la parole peut toujours prendre chair. Elle nous tourne vers autrui et nous reconnaissons en elle la force de la Création.

Michel Jondot

Pas sans Jean-Baptiste !

La loi ancienne

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu.
Enfin commence le règne de la liberté pour les enfants de Dieu! Enfin commence le temps où nous sommes libérés des lois anciennes, de ses préceptes et de ses impératifs écrasants! Enfin nous pouvons vivre sous la loi de l’Amour! Finis les exigences à remplir, les devoirs à accomplir! Fini me sentiment d’être coupables et d’être toujours en tort! Nous voici enfin libres! C’est réellement une Bonne nouvelle!

Commencement de la Bonne Nouvelle de Jésus Christ, le Fils de Dieu. Jean Baptiste parut dans le désert. Il proclamait la conversion pour le pardon des péchés.
La Bonne Nouvelle de Jésus Christ commence avant lui. Elle commence par Jean baptiste, l’homme de la loi ancienne. Et Jean Baptiste rappelle au peuple les exigences de la loi. Il les crie à travers le désert. C’est ainsi qu’il prépare le chemin du Seigneur! Et les hommes autour de lui reconnaissent leurs péchés. Ils se reconnaissent coupables devant Dieu. Ils s’accusent des fautes commises. La Bonne Nouvelle de Jésus Christ commence lorsque des hommes et des femmes acceptent de reconnaître qu’ils sont en tort devant Dieu, qu’ils avaient des devoirs et ne les ont pas accomplis, qu’ils avaient des exigences à remplir et qu’ils ne l’ont pas fait.

On ne peut entrer dans la Loi nouvelle, celle de l’Amour et de la liberté, sans reconnaître nos chaînes et nos entraves. On ne peut accéder à la liberté sans reconnaître nos esclavages.

L'amour sans loi

Toute la Judée, tout Jérusalem venait à Jean Baptiste. Tous se faisaient baptiser dans les eaux du Jourdain, en reconnaissaient leurs péchés.
Celui qui refuse de passer par là ne pourra jamais recevoir la Bonne Nouvelle; il prétendra ne vouloir d’autre loi que l’Amour et sombrera dans la confusion la plus totale. Car l’Amour dépasse toute loi mais ne va pas sans la loi. Jean Baptiste nous le rappelle.

Au nom de l’Amour on peut faire n’importe quoi, on peut justifier tous les comportements, prendre le mal pour le bien et se précipiter dans tous les vices possibles en toute bonne conscience. Au nom de l'Amour, sans loi, on peut quitter son époux ou son épouse en prétendant aimer davantage celui ou celle qui se présente! On peut aussi abandonner ses enfants, renier ses frères pour se lancer dans d’autres amours que l’on prétend plus forts! On peut encore plonger ses parents dans le désespoir et quittant tous ceux qui nous rappellent parois les exigences de la loi! Au nom de l’Amour, on peut justifier n’importe quoi; on se justifie du mal que l’on fait, on s’excuse soi-même; on se veut libéré de la faute, de la culpabilité et on la fait retomber sur les autres.

Moi, dit Jean Baptiste, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint. Il vient derrière le Baptiste celui qui nous plongera dans l’Amour. Mais il vient pour ceux qui acceptent de passer par Jean Baptiste. Celui qui ne passe pas par le baptême dans l’eau, celui qui déclare que la loi de Dieu ne compte pas ne peut prétendre être baptisé dans l’Esprit saint. Il confond la liberté des enfants de Dieu avec le laisser-aller le plus total.

La vie nouvelle Moi, je vous ai baptisés dans l’eau ; lui vous baptisera dans l’Esprit Saint, dit Jean Baptiste.
Et lorsque Jésus viendra, il annoncera à ses disciples : «Pas un iota de la loi ne sera effacé… ne croyez pas que je suis venu abolir la loi mais l’accomplir.» A ses disciples Jésus dira encore: «On vous a dit 'tu ne tueras pas'; moi je vous dis que celui qui se met en colère contre frère est coupable; on vous a dit 'tu ne commettras pas d’adultère'; moi je vous dis que celui qui regarde une femme en la désirant a déjà commis l’adultère». Jésus non seulement n’abolit pas la loi, mais il en renforce les exigences. La loi, pour Jésus, est bonne. Elle permet d'opérer un discernement. En renforçant les exigences de la loi, Jésus purifie le regard de ses disciples. Il les pousse à voir clairement où sont leurs torts. Il les pousse à reconnaître qu’ils sont tous en tort.

Si Jésus donne à ses disciples une loi nouvelle plus exigeante encore que l’ancienne, ce n’est pas pour les écraser sous la culpabilité. Jésus Christ, en nous permettant, grâce à la loi nouvelle, de reconnaître plus lucidement nos torts, veut nous rendre coopérateurs de notre propre salut. Il veut que nous soyons lucides sur nous-mêmes. Quoi de plus libérant que d’être éduqués par celui qui ne vient pas nous juger mais nous sauver?

La Bonne Nouvelle de Jésus Christ commence lorsqu’on peut reconnaître lucidement ses torts devant Dieu. Mais elle ne fait que commencer par là. Elle trouve son accomplissement lorsque l’homme et la femme découvrent que Dieu les libère de leurs chaînes et de leurs esclavages. Elle trouve son accomplissement lorsque l’homme découvre qu’il est, par grâce, plongé dans l’Esprit Saint, immergé dans l’Amour. Alors il devient libre pour aimer à son tour chaque jour davantage.

Christine Fontaine