Page d'accueil Nouveautés Sommaire Auteurs
Retour "Temps Avent-Noël" Retour "Année A" Contact - Inscription à la newsletter - Rechercher dans le site


Baptême du Seigneur

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 3, 13-17

Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l'en empêcher et disait : « C'est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi, et c'est toi qui viens à moi ! » Mais Jésus lui répondit : « Pour le moment, laisse-moi faire ; c'est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste. » Alors Jean le laisse faire.

Dès que Jésus fut baptisé, il sortit de l'eau ; voici que les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. Et des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour. »

Nouvelle homélie : La manifestation de Dieu
Michel Jondot

Le ciel s'est ouvert
Christine Fontaine

Devenir des justes !
Michel Jondot


La manifestation de Dieu

Dieu serait-il mort ?

Naguère la société fourmillait de signes chrétiens ; les rues des villes et des villages se remplissaient, le dimanche, d’hommes et de femmes se dirigeant vers une église. Les prêtres étaient nombreux et leurs vêtements les distinguaient au milieu de la foule. Lors des obsèques, de nombreux hommes et de nombreuses femmes suivaient le catafalque conduisant le corps du défunt au lieu de la sépulture. Au passage de la procession on faisait le signe de la croix. On accrochait des crucifix dans les chambres de la plupart des hôpitaux. Ces signes-là ont disparu. Le Dieu de Jésus ne se manifeste plus. Serait-il mort comme on l’a dit ?

L’épiphanie de Dieu en Jésus

En réalité ce Dieu-là n’est pas vraiment Celui que les chrétiens vénèrent. L’Évangile de ce jour fait apparaître la manière dont le Dieu de Jésus apparaît aux yeux des hommes, son épiphanie.

Les foules s’étaient déplacées près de Jean-Baptiste aux bords du Jourdain, s’inclinant devant lui. La plongée dans les eaux était une manière de signifier à la fois leur condition de pécheurs et la volonté de s’effacer devant Dieu. C’est dans ce contexte que Jésus, pour la première fois, paraît publiquement devant ses contemporains. On comprend le réflexe de Jean-Baptiste qui discerne, en ce Nazaréen, le Messie promis, l’héritier du trône de David. Il avait dit qu’il n’était pas même digne de se pencher à ses pieds pour dénouer les lacets de ses sandales. C’est à lui de s’incliner devant Jésus et non l’inverse : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi. » Mais, ce-disant, il se trompe. Jésus ne peut supporter qu’on s’incline devant lui. Le comportement qui convient, le comportement juste, c’est de faire corps avec ceux qui se font tout petits devant l’Autre. « Pour le moment, laisse-moi faire ; c’est de cette façon que nous devons parfaitement accomplir ce qui est juste. » Cet effacement fait entendre la voix du Père. Mais qui est le Père sinon Celui qui disparaît, lui aussi, au profit de Son Fils ? « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : en lui j’ai mis tout mon amour. » C’est lui qu’il faut écouter.

L’amour mutuel

On a reproché aux chrétiens de démissionner devant la vie, de s’écraser alors qu’il faudrait respecter et exalter la condition humaine. C’est mal comprendre l’Esprit dans lequel Jésus a vécu. Il ne s’agit pas de faire un monde divisé entre ceux qui dominent et ceux qui s’inclinent, entre les forts et les faibles. Le mouvement par lequel on laisse la meilleure place à autrui consiste non seulement à l’honorer mais à accepter l’honneur qu’il peut m’accorder. Il ne s’agit pas de s’asservir à l’autre mais de devenir serviteurs les uns des autres. Jésus n’a pas dit « aimez autrui » mais « aimez-vous les uns les autres ». Au jour du Baptême, lorsque Jésus s’abaisse devant le Baptiste, le Père s’efface devant lui. Il est à la fois livré et relevé.

Le Père s’incline devant le Fils au début de l’aventure évangélique. Le Fils, à son tour, se tourne vers le Père au moment où s’achève son parcours dans l’histoire. Sa volonté s’efface devant la sienne : « Que ta volonté soit faite et non la mienne ! » Paul considère cela comme une victoire : « C’est pourquoi Dieu l’a exalté ! »

Au jour du baptême, Jésus s’incline devant le Baptiste lorsque commence sa mission ; lorsqu’elle s’achève, peu avant qu’il ne soit arrêté, il tombe aux pieds de ses amis, posant un geste de servitude. Non parce qu’ils doivent se considérer comme des maîtres mais parce qu’ils doivent devenir à leur tour serviteurs de ceux qu’ils rencontreront. « Ce que j’ai fait, faites-le-vous aussi ! » C’est dans cette reconnaissance mutuelle que le salut peut advenir.

Un monde de concurrence

Il n’est pas rare d’entendre dire : « Si j’ai réussi, c’est grâce à mes efforts. Je ne dois rien à personne. » Quel propos grotesque et faux. Que serait chacun d’entre nous s’il n’avait grandi au sein d’une société où il a eu le privilège d’être reconnu et de recevoir les moyens d’étudier et d’acquérir les compétences qui sont les siennes. Vivre, c’est toujours être enfanté par autrui.

Il faut reconnaître que le monde est divisé. Il faut reconnaître aussi d’où viennent les écarts entre les personnes et les peuples. S’il y a des puissants et des faibles, la source du mal n’est pas chez les défavorisés. La concurrence est le maître mot du monde contemporain. C’est elle qui prétend faire avancer l’histoire, mais à quel prix ! Il faut se battre pour conquérir les marchés, trouver chez les pays pauvres les matières premières qu’il faut payer au moindre prix afin d’abattre les rivaux. Le résultat est désastreux : les richesses mondiales sont aux mains d’une poignée d’hommes et la moitié des humains en sont absolument exclus.

Quel beau service les responsables politiques pourraient rendre à un pays. Hélas ! Malgré leurs belles déclarations, leur premier souci est d’écraser leurs concurrents. Ne nous hâtons pas de leur jeter la pierre : une attitude semblable se retrouve entre collègues dans les entreprises, dans les familles et parfois même dans les communautés ecclésiales.

On se plaint parfois de voir les signes chrétiens disparaître de la société. C’est oublier que le premier signe est le visage de ceux qui nous entourent. Ils sont nos maîtres. Dieu s’efface et, si nous y prenons garde, ils nous parlent à la place de Jésus.

Michel Jondot


Le ciel s'est ouvert

Dieu à notre image

C’est le propre de notre pauvre condition humaine de projeter sur Dieu ce qui est en nous. Nous oublions Dieu et nous disons que Dieu nous oublie. Nous sommes sourds à ses appels et nous disons qu’il n’entend pas ce que nous lui demandons. Nous sommes aveugles, incapables bien souvent de reconnaître le travail de Dieu au milieu de nous, et nous disons que Dieu ne voit pas, qu’il nous abandonne, qu’il nous laisse seuls, dans notre malheur.

C’est le propre de notre pauvre condition humaine de justifier ce que nous faisons et voulons en disant que c’est Dieu qui le veut. Ainsi nous voulons pour nos proches une bonne situation, et nous pensons que c’est la volonté de Dieu. Que notre prochain, celui que nous aimons, traverse l’adversité et nous prétendons que ça ne peut pas être la volonté de Dieu. Nous ne pouvons pas concevoir qu’une épreuve, quand elle est réelle, puisse être voulue par Dieu. Nous nous forgeons des images de la bonté de Dieu qui sont inconciliables avec ce qui s’abat sur nous.

Nous faisons Dieu à notre image et à notre convenance. Et nous sommes profondément déconcertés lorsque le Dieu que nous imaginons ne correspond pas à la réalité de ce que nous vivons. Pour nous le ciel reste clos.

Sans image

« Jésus, arrivant de Galilée, paraît sur les bords du Jourdain, et il vient à Jean pour se faire baptiser par lui. Jean voulait l’en empêcher et disait : « C’est moi qui ai besoin de me faire baptiser par toi et c’est toi qui viens à moi ! »

Jean est prophète de Dieu. Il parle et agi au nom de Dieu. Il est plongé en Dieu. Jean appelle les foules à la conversion parce qu’il est lui-même converti : il ne tourne pas Dieu vers lui, il est tourné vers Dieu. Il n’attribue pas à Dieu ce qui est de l’homme, il annonce la venue de Dieu parmi les hommes. Jean prépare l’humanité à se laisser plonger en Dieu, à sortir d’elle-même et des images qu’elle se fait de Dieu pour accueillir en vérité le don de Dieu. Jean ouvre l’humanité au Mystère de Dieu.

Cependant, en ce jour du baptême de Jésus, Jean lui-même est déconcerté. Jean, comme nous, se fait une image du Messie qui ne correspond pas à ce qui arrive. Il sait que, devant Jésus, il n’est pas digne de se courber pour délier la courroie de ses sandales. Et voici que Jésus lui demande, non seulement de rester debout devant lui, mais de le plonger dans le Jourdain. Jésus demande à être, non seulement aux pieds du Baptiste, mais encore plus bas, plus bas que terre, au fond des eaux.

L’image que Jean se forgeait du Messie chavire. Il ne comprend plus. Tout cela n’est pas convenable ! Il ne convient pas que le Messie agisse ainsi !

A l'image de Dieu

"Mais, Jésus lui répondit : Pour le moment, laisse-moi faire : c’est de cette façon que nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste."

Jean est prophète du Très-Haut et il se comporte comme un prophète fidèle : il s’incline devant celui qui veut s’incliner devant lui. Et il est juste qu’il agit ainsi. Il est juste qu’il lâche l’image qu’il se faisait pour recevoir le Messie tel qu’il se présente. Jean accomplit parfaitement ce qui est juste.

Jésus veut être baptisé par Jean et Jean se soumet à la volonté de Jésus. Dans cette soumission totale de Jean s’accomplit le passage : désormais c’est bien Jésus qui mène et non plus Jean ; désormais c’est bien Jésus qu’il faut suivre : et Jésus demande à Jean de le suivre. Il plonge Jean dans une déprise plus profonde que l’abaissement imaginé par Jean. Jean se laisse plonger par Jésus dans une déprise plus profonde que le fond du Jourdain. « C’est ainsi que Jésus accomplit parfaitement toute justice. »

Alors le ciel qui demeurait clos s’ouvre enfin. La voix du Père se fait entendre : l’humanité désormais est conviée, comme Jean, à suivre Jésus en lâchant tout : « Celui-ci est mon fils bien-aimé ; en lui j’ai mis tout mon amour. »

L’humanité est conviée à lâcher toute image du Messie, toute image de Dieu, toute prise sur Lui, pour découvrir un amour plus fort que tout ce qu’on pouvait imaginer et pour nous y laisser plonger. Nous découvrons alors que Dieu nous fait à son image, à la suite de Jésus, nous reconnaissons qu’il a mis en nous tout son amour.

Christine Fontaine


Devenir des justes !

Le malheur d'être coupable

Il n'est jamais vraiment agréable de vivre en transgressant la loi. Celle-ci nous permet de marcher la tête haute. Il est confortable, lorsqu'on reçoit le salaire de son travail, de pouvoir se dire qu'on l'a bien gagné. En revanche, lorsqu'on a une conscience normalement forgée, on éprouve une certaine gêne à disposer de privilèges acquis malhonnêtement. Si l'on triche avec le fisc en faussant les déclarations de ses revenus on est taraudé par la crainte d'être découvert et de perdre sa réputation. Il est dur d'être obligé de se détourner de ceux qui vous ont lésés ou qu'on a soi-même lésés. L'injustice commise sépare. Il n'est pas rare que celui qui s'est rendu coupable d' un crime vienne spontanément se livrer à la police tant il est difficile de vivre avec autrui en étant obligé de masquer son forfait : on redevient humain en payant sa dette à la société. C'est à soi-même que l'on fait mal en lésant autrui. On tente de se réconcilier, quand on le peut, pour retrouver une paix intérieure. On ne nie pas qu'ils sont nombreux ceux qui s'enferrent dans le mal en s'aveuglant sur eux-mêmes. Tout être humain normalement constitué est alors conduit non seulement à les blâmer mais à s'en protéger ou, dans le meilleur des cas, à les plaindre et à prendre ses distances par rapport à eux. Vivre dans la justice est une forme de bonheur qu'on souhaite retrouver lorsqu'on l'a perdu. Retrouver la justice restaure les relations

Accomplir parfaitement ce qui est juste

On comprend qu'autour de Jean-Baptiste, ce rite de la plongée dans le Jourdain accompagnée d'une promesse de réconciliation, ait eu quelque succès. «Jérusalem, toute la Judée et toute la région du Jourdain se rendaient auprès de lui ; ils se faisaient baptiser en confessant leurs péchés». Retrouver le droit d'entrer en communauté avec les hommes conduit à retrouver la vie et le goût de vivre. En revanche, tout comme Jean-Baptiste, on ne comprend pas spontanément la démarche de Jésus qui vient pour être baptisé. Quelle loi a-t-il enfreinte ? N'est-il pas le juste des justes ?

En réalité Jésus manifeste sa communion avec l'humanité ; il vient parmi les hommes, il épouse leur condition et fait corps avec eux et avec leur misère, morale ou physique. Arrivant au Jourdain, il plonge non seulement dans les eaux mais au milieu des pécheurs. Les quelques lignes de ce récit résument la vie du Galiléen : « les publicains et les pécheurs venaient à Lui ». Ceux-ci ne sont pas totalement réconciliés tant qu'ils en restent à une justice simplement humaine. « L'homme passe infiniment l'homme » (Pascal).Aurait-il satisfait aux exigences de toutes les lois qu'il est censé ne pas ignorer, aurait-il été absous de toutes ses transgressions, aucun homme jamais ne saurait se considérer comme juste. Après le baptême, Jésus, dès le début de ses enseignements, parlera de la Loi ; il prononcera cette phrase mystérieuse : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Qui peut connaître la perfection de Dieu ? Autrement dit, qui peut accomplir la loi de Dieu ? Dans cet enseignement qu'il donnera bientôt, il commencera par dire : « Je ne suis pas venu abolir la Loi mais l'accomplir ». Ce sera l'écho de cette réplique à Jean qui s'étonne de la démarche de Jésus lors du baptême : « nous devons accomplir parfaitement ce qui est juste ».

La scène du Jourdain est l'Epiphanie, la manifestation de la rencontre en Jésus de l'humanité et du Père. Jésus fait corps avec la masse des pécheurs. Ce faisant, il fait entendre, lui le Verbe, quel lien l'unit au Père («Des cieux, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; en lui j'ai mis tout mon amour »). En Jésus, l'humanité tout entière est rejointe par cet amour. L'Evangile appelle Esprit cette relation de l'un à l'autre que symbolise le vol de la colombe.

Le mystère des Béatitudes

Alors, que signifie être parfaitement juste ? A coup sûr répondre à cette question renvoie chacun à poser un acte d'humilité. Jamais nous ne pourrons nous glorifier de ce que nous avons fait. Du Père qui manifeste au Jourdain son lien à Jésus, du Père de qui vient toute justice, du Père dont nous désirons que la volonté soit faite, nous ne pourrons jamais atteindre la perfection. Nous pourrions désespérer si le Baptême de Jésus ne faisait apparaître que la communion avec Lui nous fait entrer dans ce mouvement du Père à son fils dans l'esprit. L'amour désigne ce tourbillon dans lequel nous sommes pris.

Que signifie être parfaitement juste ? S'il est vrai que nos actes ne réussiront jamais à rejoindre la perfection du Père, s'il est vrai que jamais la soumission à une loi - quelle qu'elle soit - ne fera de nous des justes, il n'en reste pas moins qu'en reconnaissant le travail de Dieu qui seul nous rend justes, nous sommes appelés à entrer dans ce mouvement que tente de visualiser la scène du Jourdain. Il ne s'agit pas de se reposer mais de se laisser prendre par le mouvement en Dieu. L'amour que Jésus porte à son Père dans l'Esprit continue à se manifester. Transgresser nous coupe d'autrui et c'est un malheur : nous partions de ce constat. Croire que Jésus fait de nous des justes nous renvoie à autrui en qui nous discernons un appel. Tenter d'y répondre nous fait plonger dans le mystère des Béatitudes.

Michel Jondot