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3ème dimanche du carême

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 2, 13-25

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment. Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.

Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait. Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.

Nouvelle homélie : En toute bonne foi !
Christine Fontaine

Brisons les Temples qui enferment
Michel Jondot

Le marchandage
Christine Fontaine


En toute bonne foi !

Une confiance mutuelle

Lors de la vigile pascale, les chrétiens sont invités à renouveler leur profession de foi. A la question « Croyez-vous en Dieu Père, Fils et Esprit », nous répondons comme un seul homme « Oui, nous croyons ! ». Imaginez notre stupéfaction si nous entendions alors le Fils de Dieu lui-même nous dire : « Vous croyez en moi mais moi je ne crois pas en vous ! Je ne fais aucune confiance à votre profession de foi ! »

Impensable ? Pourtant c’est exactement ce qui se passe dans cet évangile. Il y est écrit : « Pendant que Jésus était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui à la vue des signes qu’il accomplissait. Mais Jésus n’avait pas confiance en eux… »

La plupart du temps, nous considérons que la foi est un mouvement de reconnaissance de l’homme envers Dieu. Cet évangile nous apprend qu’il s’agit aussi du mouvement inverse : de la confiance que Dieu peut ou ne peut pas faire à ceux qui se disent croyants. La foi est un mouvement de reconnaissance mutuelle.

Une maison de trafic

L’épisode des vendeurs chassés du Temple se situe tout au début de l’Évangile de Jean. Juste après Cana. C’est en quelque sorte le 1er acte de sa vie publique. Lorsqu’on lui demande un signe pour justifier son comportement à l’égard des vendeurs et des changeurs, Jésus répond : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » On retrouve cette même parole, à la fin de l’Évangile de Matthieu (Mt 27,39) alors que Jésus est déjà cloué sur la Croix : « Les passants l’injuriaient, hochant la tête et disant : ‘Toi qui détruis le Temple et en trois jours le rebâtis, sauve-toi toi-même si tu es le Fils de Dieu… » Les mêmes qui mettaient toute leur foi en Jésus au début, le discréditent et l’injurient à l’heure de la Passion. Jésus, dit Saint Jean, « n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme : il connaissait par lui-même ce qu’il y a dans l’homme. » L’histoire a montré qu’il ne se trompait pas.

Il nous est dit que Jésus fit de nombreux signes lors de cette première fête de Pâques. Il ne nous est décrit que celui des vendeurs chassés du Temple. Changer la monnaie et vendre à l’intérieur même du Temple ce qui doit être offert à Dieu en sacrifice – bœufs, brebis ou colombes - rapporte gros, surtout au moment de la Pâques, où des Juifs venus de tous les horizons refluent vers le Temple. Les places sont chères et nécessitent, pour les obtenir, d’avoir quelques relations avec les Grands prêtres. On conçoit facilement que les témoins de la scène voient d’un bon œil celui qui n’hésite pas à dénoncer ce « trafic ». D’autant que Jésus n’agit pas comme un fou ou un colérique, mais comme un prophète. Les autorités juives chargées du Temple ne s’y trompent pas. Elles ne l’arrêtent pas comme on le ferait pour un délinquant ; elles l’interrogent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus apporte une réponse incompréhensible mais elle manifeste qu’il est capable de tenir tête à leurs autorités ainsi qu’aux aux changeurs et aux marchands ! Qui d’entre nous ne serait pas porté à faire confiance en celui qui se révèle plus fort que les plus grands ?

Mais Jésus n’est pas dupe. « Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic » proclame-t-il. Cette parole ne s’adresse pas seulement aux marchands ou aux grands mais aussi au peuple qui prétend croire en lui. N’avons-nous pas toujours la tentation de suivre celui qui pourrait nous apporter un surcroît de puissance ? N’avons-nous pas aussi la tentation de le lâcher quand il est au fond du gouffre, désavoué par tous, mis à mort par ces mêmes autorités dont il semblait au départ être le maître ? Lequel parmi nous, ayant eu la redoutable épreuve d’être lâché par ses supérieurs, pourrait nier qu’il ne lui est resté alors que très peu d’amis ? La confiance que les autres nous portait a alors disparu comme par enchantement ! Ce que nous prenions pour de la confiance n’était en vérité que du marchandage, du trafic ou du commerce !

« Seigneur, méfiez—vous de moi ! »

Lors de la vigile pascale, nous répondrons tous ensemble « Oui nous croyons en Dieu Père, Fils et Esprit ». Mais comme les juifs à l’époque de Jésus, nous pouvons très bien nous faire illusion. Jésus « sait ce qu’il y a dans le cœur des hommes » mais nous, bien souvent, nous ne connaissons pas même ce qu’il y a au fond du nôtre. Nous pouvons nous reconnaître croyants et être de ceux à qui Dieu n’accorde pas sa confiance. Nous pouvons très bien faire du trafic avec la religion… en toute bonne foi !

Saint Jean, dans sa première épître, indique le seul moyen que nous avons pour sortir de l’illusion : « Celui qui n’aime pas son frère qu’il voit ne peut aimer Dieu qu’il ne voit pas » (1Jn 4,20b). Il ne s’agit pas d’aimer seulement nos semblables ou ceux dont les relations peuvent nous apporter quelque chose. Il n’est pas non plus question de faire du sentiment mais de rejoindre ceux qui sont aujourd’hui à la place de Jésus à l’heure de sa passion. Saint Vincent de Paul disait qu’il faut non seulement assister mais honorer les pauvres. Il les côtoyait de trop près pour ignorer combien certains peuvent être odieux, mal élevés, brutaux. La rencontre est souvent blessante et pourtant ils méritent pour lui tous les honneurs simplement parce qu’ils sont pauvres et donc victimes de l’injustice. L’amour que nous aurons pour les plus démunis parmi nous ou pour des étrangers qui viennent bouleverser nos habitudes est le seul signe qui nous soit donné pour vérifier si nous faisons ou non de la maison de notre Père une maison de trafic.

C’est en apprenant à discerner en quoi nous trafiquons tous plus ou moins la religion que nous devenons dignes de confiance aux yeux de Dieu. Saint Philippe de Neri ne commençait jamais une journée sans dire à Dieu : « Seigneur méfiez-vous de moi, je serais capable de vous trahir avant la fin du jour ! » Que sa prière devienne aussi la nôtre ! Nous serons alors dignes de confiance devant Dieu !

Christine Fontaine


Brisons les Temples qui enferment

Un monument symbolique

Chaque grande ville du monde est caractérisée par un monument qui suffit à la désigner, elle et le monde qui l’habite : le Parthénon à Athènes, le Vatican à Rome et, bien sûr, la Tour Eiffel à Paris. Lorsque le 11 septembre 2001, les avions d’Al-Qaïda traversaient les Twin Towers, ils faisaient plus que de démolir un bâtiment gigantesque. Ces deux tours, au même titre que la statue de la liberté, étaient l’icône et d’une ville et du monde des affaires, New York et le pouvoir des Etats-Unis. C’était à ce monde en son ensemble qu’Oussama Ben Laden s’attaquait en écrasant ce chef-d’œuvre d’architecture moderne.

Le Temple, au temps de Jésus, jouait à Jérusalem un rôle assez semblable ; les habitants de Juda en étaient fiers. « Il avait fallu quarante-six ans pour le bâtir », disaient-ils avec admiration. On y venait en pèlerinage de tous les coins de la Palestine, prenant ainsi conscience d’appartenir à un peuple particulier ne pouvant se confondre avec ses voisins. On y accomplissait des actes prescrits par cette Loi de Moïse qui s’imposait à ceux qui faisaient partie du peuple. En bon juif, Jésus et sa famille se reconnaissaient, en fréquentant le Temple, membre de ce peuple. Jésus adolescent aimait s’attarder auprès des Docteurs qui enseignaient en ce lieu. Dès sa naissance, il y fut « présenté au Seigneur » ; il fallait pour cela, très pacifiquement, acheter et sacrifier un couple de tourterelles ou de colombes. Sans le moindre scrupule, moyennant quelques pièces, Joseph et Marie s’étaient soumis à la coutume.

Jésus prophète

C’est précisément à ces pacifiques vendeurs que s’en prend Jésus : « Il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et dit aux marchands de colombes : 'Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce'. » Tout cela était formulé avec force et violence : « Il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous ! » Par ce comportement spectaculaire, Jésus agissait comme les prophètes d’autrefois : ils joignaient le geste à la parole. Les Juifs comprennent cela ; ils interrogent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Montre-nous ce qui te permet de te considérer comme prophète.

Tout comme les agents d’Al-Qaïda – excusez la comparaison – Jésus s’adressait à tous. Certes, les héritiers de David, tout comme leurs voisins, avaient leurs particularités, leur langue, leur littérature, leur culture, leurs institutions. Mais à cet ensemble politique, tout humain qu’il ait été, il avait été révélé qu’il était « Peuple de Dieu ». En quoi le Temple manifestait-il cette originalité ? Il n’était guère qu’une institution dont s’effaçaient les signes d’appartenance au Seigneur Yahvé : la maison du Père, et surtout ses habitants, est une maison comme une autre ! Les héritiers de David cessaient d’être le troupeau dont le Seigneur est le berger.

Le nouveau Temple

Il aura fallu du temps aux disciples pour décrypter le message de Jésus : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai !... Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. » Il est vrai qu’après son réveil d’entre les morts naissait un corps social nouveau qui n’était plus enfermé dans les frontières d’un territoire ni dans les exigences d’une législation particulière. Il est vrai qu’après sa mort et sa résurrection, après son retour auprès du Père, les témoins de la scène à Jérusalem étaient enfermés dans une maison mais ils ne purent y rester : un violent coup de vent les fit sortir. Il est vrai que la parole n’était pas enserrée dans une seule langue. Pas loin du Temple de pierre, des foules venues de toutes les nations comprenaient, chacune dans son propre idiome, les propos que les disciples recevaient de l’Esprit. Le Temple, le nouveau Temple, s’avère l’ensemble des baptisés. Il ne désigne plus un peuple particulier, replié sur ses coutumes. Le Temple nouveau est composé de pierres vivantes ; il ne nie pas l’existence des différents peuples mais il désigne l’ensemble de ceux qui œuvrent pour que les frontières ne soient pas des murs mais des portes qu’on peut franchir et que partout l’accueil mutuel soit possible.

Le 11 janvier 2015, des millions d’hommes et de femmes déferlaient dans les rues de France avec le désir qu’entre tous les citoyens s’abolissent les obstacles à la rencontre. Pendant quelques heures, on a pu croire que les frontières idéologiques, religieuses, sociologiques pouvaient être dépassées. Sans doute y avait-il une certaine part d’illusion dans ce rassemblement unique : par exemple, telle ou telle religion semblait mise à l’écart. Quoi qu’il en soit, pareil événement révèle ce qu’il y a au fond du cœur de chaque homme. Aucune organisation de la cité où il habite ne le satisfera jamais : notre désir d’autrui, souvent occulté, hélas, voudrait rejoindre l’humanité tout entière. Brisons les Temples qui enferment : souvenons-nous de cela chaque fois que nous aurons à voter !

Michel Jondot

Le marchandage

Un marchandage sacré

Il y avait beaucoup de marchands à Jérusalem mais Jésus ne s’est attaqué à aucun d’eux. Pourtant, ceux qui étaient établis à l’extérieur du Temple n’étaient probablement pas différents de ceux qui avaient leur commerce à l’intérieur. Les uns comme les autres devaient avoir le sens des affaires et rien ne permet de penser que ceux de l’intérieur étaient plus voleurs que ceux du dehors. Ils devaient être d’honnêtes commerçants.

Jésus prit un fouet et, à ceux de l’intérieur, il interdit de faire de la maison de son Père une maison de trafic. Jésus ne supporte pas que l’on fasse du commerce à l’intérieur du Temple. Il refuse qu’on trafique avec Dieu, qu’on essaye de rendre son Père complice du commerce des hommes.

Les marchands du Temple comme tout commerçant qui se respecte, recherchent leur propre bénéfice, leur intérêt. Mais ce qu’ils vendent est différent de ce que l’on vend à l’extérieur du Temple : ils empochent le bénéfice des animaux qui servent pour les sacrifices. Les animaux sont offerts à Dieu, ce sont des animaux sacrés. Et, puisque ces animaux seront consacrés à Dieu, puisque leur marchandise est sacrée, autant dire que leur commerce est sacré, que leur activité est sacrée, que… leurs bénéfices sont sacrés ! Les marchands de l’intérieur du Temple servent leur propre intérêt, mais ils prétendent que leur commerce est au service de Dieu. Jésus dénonce ce trafic.

Une maison de trafic

Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis, de colombes et les changeurs.
Mais le temple dont il parlait c’était son corps.

Jésus trouve installés dans son Corps, dans son Eglise, des marchands qui recherchent leur propre intérêt, leurs profits et leurs bénéfices et qui se parent de vertu !

« Quand tu cherches ton profit, dit Jésus, ne prétends pas que tu sers ton Dieu. Ne confonds pas la loi de Dieu avec les lois du marché ; ne cherche pas à sacraliser ce que Dieu vomit. »

Beaucoup, à Jérusalem, crurent en Jésus mais lui n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme.
Jésus connaît le cœur des croyants. Il sait que chacun de nous, s’il est laissé à lui-même, recherche son propre intérêt en feignant de se mettre au service des autres, au service de Dieu. Jésus sait combien les croyants, s’il les laisse faire, se mettront au service des hommes dans l’espoir d’en obtenir un quelconque bénéfice, dans l’espoir qu’on saura les honorer, les remarquer. Il sait que les croyants viennent vers lui bien souvent pour que Dieu reconnaisse leurs mérites, pour que Dieu leur soit reconnaissant.

Ils attendent une récompense de Dieu ou des hommes ; ils sont intéressés. Ils confondent la loi de Dieu, la loi de l’Amour gratuit avec les lois du marché. Ils font du trafic avec les autres et avec Dieu.

Un amour désinteressé

Tous ces marchands du Temple étaient établis depuis des décennies dans la maison de son Père lorsque Jésus, ce jour-là, prit un fouet pour les chasser.
Ainsi, Dieu supporte en lui-même que son Eglise et chaque baptisé aient le cœur occupé par l’argent, le profit, la promotion personnelle, la recherche des honneurs. Il supporte, à longueur de jour, tout ce marchandage qui s’ignore et se pare de vertu !

Ce jour-là, Jésus prit un fouet. Il ne le fit qu’une seule fois. « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais ? » demandent les Juifs. Et Jésus leur donne le signe de la Croix.

Au jour de la Croix, les hommes prendront un fouet et flagelleront Jésus. Les marchands se vengent d’avoir été expulsés ! Jésus était venu nous dire l’Amour gratuit du Père ; il nous enseignait à chercher le bonheur et l’intérêt des autres avant le nôtre ; il voulait nous apprendre qu’il est mauvais de laisser son cœur encombré par le profit personnel. Et les hommes prennent un fouet pour humilier, chasser et détruire le Fils de l’homme.

« Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais ? » demandent les Juifs. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ! » Jésus répond aux coups portés par les hommes par un surcroît d’amour livré et c’est ainsi qu’il suscite au cœur des baptisés la passion de l’Amour gratuitement proposé.

Christine Fontaine