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3ème dimanche du carême

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 2, 13-25

Comme la Pâque des Juifs approchait, Jésus monta à Jérusalem. Il trouva installés dans le Temple les marchands de boeufs, de brebis et de colombes, et les changeurs. Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple ainsi que leurs brebis et leurs boeufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs, et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d'ici. Ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. » Ses disciples se rappelèrent cette parole de l'Écriture : L'amour de ta maison fera mon tourment. Les Juifs l'interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répondit : « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai. » Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce Temple, et toi, en trois jours tu le relèverais ! » Mais le Temple dont il parlait, c'était son corps.

Aussi, quand il ressuscita d'entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu'il avait dit cela ; ils crurent aux prophéties de l'Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

Pendant qu'il était à Jérusalem pour la fête de la Pâque, beaucoup crurent en lui, à la vue des signes qu'il accomplissait. Mais Jésus n'avait pas confiance en eux, parce qu'il les connaissait tous et n'avait besoin d'aucun témoignage sur l'homme : il connaissait par lui-même ce qu'il y a dans l'homme.

Brisons les Temples qui enferment
Michel Jondot

Le marchandage
Christine Fontaine


Brisons les Temples qui enferment

Un monument symbolique

Chaque grande ville du monde est caractérisée par un monument qui suffit à la désigner, elle et le monde qui l’habite : le Parthénon à Athènes, le Vatican à Rome et, bien sûr, la Tour Eiffel à Paris. Lorsque le 11 septembre 2001, les avions d’Al-Qaïda traversaient les Twin Towers, ils faisaient plus que de démolir un bâtiment gigantesque. Ces deux tours, au même titre que la statue de la liberté, étaient l’icône et d’une ville et du monde des affaires, New York et le pouvoir des Etats-Unis. C’était à ce monde en son ensemble qu’Oussama Ben Laden s’attaquait en écrasant ce chef-d’œuvre d’architecture moderne.

Le Temple, au temps de Jésus, jouait à Jérusalem un rôle assez semblable ; les habitants de Juda en étaient fiers. « Il avait fallu quarante-six ans pour le bâtir », disaient-ils avec admiration. On y venait en pèlerinage de tous les coins de la Palestine, prenant ainsi conscience d’appartenir à un peuple particulier ne pouvant se confondre avec ses voisins. On y accomplissait des actes prescrits par cette Loi de Moïse qui s’imposait à ceux qui faisaient partie du peuple. En bon juif, Jésus et sa famille se reconnaissaient, en fréquentant le Temple, membre de ce peuple. Jésus adolescent aimait s’attarder auprès des Docteurs qui enseignaient en ce lieu. Dès sa naissance, il y fut « présenté au Seigneur » ; il fallait pour cela, très pacifiquement, acheter et sacrifier un couple de tourterelles ou de colombes. Sans le moindre scrupule, moyennant quelques pièces, Joseph et Marie s’étaient soumis à la coutume.

Jésus prophète

C’est précisément à ces pacifiques vendeurs que s’en prend Jésus : « Il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs et dit aux marchands de colombes : 'Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce'. » Tout cela était formulé avec force et violence : « Il fit un fouet avec des cordes et les chassa tous ! » Par ce comportement spectaculaire, Jésus agissait comme les prophètes d’autrefois : ils joignaient le geste à la parole. Les Juifs comprennent cela ; ils interrogent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? » Montre-nous ce qui te permet de te considérer comme prophète.

Tout comme les agents d’Al-Qaïda – excusez la comparaison – Jésus s’adressait à tous. Certes, les héritiers de David, tout comme leurs voisins, avaient leurs particularités, leur langue, leur littérature, leur culture, leurs institutions. Mais à cet ensemble politique, tout humain qu’il ait été, il avait été révélé qu’il était « Peuple de Dieu ». En quoi le Temple manifestait-il cette originalité ? Il n’était guère qu’une institution dont s’effaçaient les signes d’appartenance au Seigneur Yahvé : la maison du Père, et surtout ses habitants, est une maison comme une autre ! Les héritiers de David cessaient d’être le troupeau dont le Seigneur est le berger.

Le nouveau Temple

Il aura fallu du temps aux disciples pour décrypter le message de Jésus : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai !... Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. » Il est vrai qu’après son réveil d’entre les morts naissait un corps social nouveau qui n’était plus enfermé dans les frontières d’un territoire ni dans les exigences d’une législation particulière. Il est vrai qu’après sa mort et sa résurrection, après son retour auprès du Père, les témoins de la scène à Jérusalem étaient enfermés dans une maison mais ils ne purent y rester : un violent coup de vent les fit sortir. Il est vrai que la parole n’était pas enserrée dans une seule langue. Pas loin du Temple de pierre, des foules venues de toutes les nations comprenaient, chacune dans son propre idiome, les propos que les disciples recevaient de l’Esprit. Le Temple, le nouveau Temple, s’avère l’ensemble des baptisés. Il ne désigne plus un peuple particulier, replié sur ses coutumes. Le Temple nouveau est composé de pierres vivantes ; il ne nie pas l’existence des différents peuples mais il désigne l’ensemble de ceux qui œuvrent pour que les frontières ne soient pas des murs mais des portes qu’on peut franchir et que partout l’accueil mutuel soit possible.

Le 11 janvier 2015, des millions d’hommes et de femmes déferlaient dans les rues de France avec le désir qu’entre tous les citoyens s’abolissent les obstacles à la rencontre. Pendant quelques heures, on a pu croire que les frontières idéologiques, religieuses, sociologiques pouvaient être dépassées. Sans doute y avait-il une certaine part d’illusion dans ce rassemblement unique : par exemple, telle ou telle religion semblait mise à l’écart. Quoi qu’il en soit, pareil événement révèle ce qu’il y a au fond du cœur de chaque homme. Aucune organisation de la cité où il habite ne le satisfera jamais : notre désir d’autrui, souvent occulté, hélas, voudrait rejoindre l’humanité tout entière. Brisons les Temples qui enferment : souvenons-nous de cela chaque fois que nous aurons à voter !

Michel Jondot

Le marchandage

Un marchandage sacré

Il y avait beaucoup de marchands à Jérusalem mais Jésus ne s’est attaqué à aucun d’eux. Pourtant, ceux qui étaient établis à l’extérieur du Temple n’étaient probablement pas différents de ceux qui avaient leur commerce à l’intérieur. Les uns comme les autres devaient avoir le sens des affaires et rien ne permet de penser que ceux de l’intérieur étaient plus voleurs que ceux du dehors. Ils devaient être d’honnêtes commerçants.

Jésus prit un fouet et, à ceux de l’intérieur, il interdit de faire de la maison de son Père une maison de trafic. Jésus ne supporte pas que l’on fasse du commerce à l’intérieur du Temple. Il refuse qu’on trafique avec Dieu, qu’on essaye de rendre son Père complice du commerce des hommes.

Les marchands du Temple comme tout commerçant qui se respecte, recherchent leur propre bénéfice, leur intérêt. Mais ce qu’ils vendent est différent de ce que l’on vend à l’extérieur du Temple : ils empochent le bénéfice des animaux qui servent pour les sacrifices. Les animaux sont offerts à Dieu, ce sont des animaux sacrés. Et, puisque ces animaux seront consacrés à Dieu, puisque leur marchandise est sacrée, autant dire que leur commerce est sacré, que leur activité est sacrée, que… leurs bénéfices sont sacrés ! Les marchands de l’intérieur du Temple servent leur propre intérêt, mais ils prétendent que leur commerce est au service de Dieu. Jésus dénonce ce trafic.

Une maison de trafic

Jésus trouva installés dans le Temple les marchands de bœufs, de brebis, de colombes et les changeurs.
Mais le temple dont il parlait c’était son corps.

Jésus trouve installés dans son Corps, dans son Eglise, des marchands qui recherchent leur propre intérêt, leurs profits et leurs bénéfices et qui se parent de vertu !

« Quand tu cherches ton profit, dit Jésus, ne prétends pas que tu sers ton Dieu. Ne confonds pas la loi de Dieu avec les lois du marché ; ne cherche pas à sacraliser ce que Dieu vomit. »

Beaucoup, à Jérusalem, crurent en Jésus mais lui n’avait pas confiance en eux, parce qu’il les connaissait tous et n’avait besoin d’aucun témoignage sur l’homme.
Jésus connaît le cœur des croyants. Il sait que chacun de nous, s’il est laissé à lui-même, recherche son propre intérêt en feignant de se mettre au service des autres, au service de Dieu. Jésus sait combien les croyants, s’il les laisse faire, se mettront au service des hommes dans l’espoir d’en obtenir un quelconque bénéfice, dans l’espoir qu’on saura les honorer, les remarquer. Il sait que les croyants viennent vers lui bien souvent pour que Dieu reconnaisse leurs mérites, pour que Dieu leur soit reconnaissant.

Ils attendent une récompense de Dieu ou des hommes ; ils sont intéressés. Ils confondent la loi de Dieu, la loi de l’Amour gratuit avec les lois du marché. Ils font du trafic avec les autres et avec Dieu.

Un amour désinteressé

Tous ces marchands du Temple étaient établis depuis des décennies dans la maison de son Père lorsque Jésus, ce jour-là, prit un fouet pour les chasser.
Ainsi, Dieu supporte en lui-même que son Eglise et chaque baptisé aient le cœur occupé par l’argent, le profit, la promotion personnelle, la recherche des honneurs. Il supporte, à longueur de jour, tout ce marchandage qui s’ignore et se pare de vertu !

Ce jour-là, Jésus prit un fouet. Il ne le fit qu’une seule fois. « Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais ? » demandent les Juifs. Et Jésus leur donne le signe de la Croix.

Au jour de la Croix, les hommes prendront un fouet et flagelleront Jésus. Les marchands se vengent d’avoir été expulsés ! Jésus était venu nous dire l’Amour gratuit du Père ; il nous enseignait à chercher le bonheur et l’intérêt des autres avant le nôtre ; il voulait nous apprendre qu’il est mauvais de laisser son cœur encombré par le profit personnel. Et les hommes prennent un fouet pour humilier, chasser et détruire le Fils de l’homme.

« Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais ? » demandent les Juifs. « Détruisez ce Temple, et en trois jours je le relèverai ! » Jésus répond aux coups portés par les hommes par un surcroît d’amour livré et c’est ainsi qu’il suscite au cœur des baptisés la passion de l’Amour gratuitement proposé.

Christine Fontaine