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5ème dimanche du carême

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 8, 1-11

Jésus s'était rendu au mont des Oliviers ; de bon matin, il retourna au Temple. Comme tout le peuple venait à lui, il s'assit et se mit à enseigner. Les scribes et les pharisiens lui amènent une femme qu'on avait surprise en train de commettre l'adultère. Ils la font avancer, et disent à Jésus : « Maître, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. Or, dans la Loi, Moïse nous a ordonné de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » Ils parlaient ainsi pour le mettre à l'épreuve, afin de pouvoir l'accuser. Mais Jésus s'était baissé et, du doigt, il traçait des traits sur le sol. Comme on persistait à l'interroger, il se redressa et leur dit : « Celui d'entre vous qui est sans péché, qu'il soit le premier à lui jeter la pierre. » Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. Quant à eux, sur cette réponse, ils s'en allaient l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Jésus resta seul avec la femme en face de lui.

Il se redressa et lui demanda : « Femme, où sont-il donc ? Alors, personne ne t'a condamnée ? » Elle répondit : « Personne, Seigneur. » Et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus. »

« Faites ceci et vous vivrez »
Michel Jondot

Il a tracé des traits sur le sol
Christine Fontaine


« Faites ceci et vous vivrez »

La justice et la mort

On entend dire qu’il existe encore des pays où les femmes adultères sont lapidées. Ceci heurte notre sensibilité.

Cette sanction de l’adultère dont parle la liturgie de ce jour n’a rien à voir avec la justice. Certes, tromper son conjoint est déplorable : c’est porter atteinte à la parole donnée au jour des noces. Mais la façon dont on fait fonctionner la justice, dans la situation que nous rapporte Jean, a quelque chose de scandaleux.

D’une part, l’adultère est un acte qui compromet non seulement la femme mais l’homme. Où est le complice ? Pourquoi faire porter à la femme seule le poids de la faute ?

D’autre part – ceci sans doute est plus grave encore – la Loi est donnée par Dieu pour sauver la vie. « Faites ceci et vous vivrez » : l’expression revient comme un refrain dans la Bible, au Livre du Deutéronome où nous est rapporté le don de la Loi. Les préceptes de Moïse écartent la mort : « Tu ne tueras pas ! » Ils redressent le peuple des Hébreux accablés par la marche, usés par les années qui se succèdent loin de la terre d’Egypte qu’ils ont quittée, loin de la terre qu’ils espèrent. La loi les remet debout : elle fait d’eux un vrai peuple. Pas de loi sans promesse : le livre de Moïse est celui de l’Alliance qui ouvre l’avenir. La Torah est le livre de la promesse. Elle ressemble aux paroles qu’échangent deux époux ou au contrat qui engage deux pays qui se lancent dans l’aventure de la paix.

L’accomplissement de la Loi

« Faites ceci et vous vivrez » dit la Loi. Les scribes et les Pharisiens qui ont mis la main sur cette femme coupable n’ont que la mort à la bouche. « Dans la Loi, Moïse nous prescrit... Toi, donc, que dis-tu ? Mais Jésus, se baissant, se mit à écrire sur le sol. »

La Loi va avec l’Ecriture. Lorsqu’elle fut donnée à Moïse on l’écrivait sur des tables de pierre, blanchies à la chaux, visibles pour tous. Lorsqu’elle arrive à Jésus, celui-ci baisse les yeux. C’est le seul moment de son existence où on le voit écrire, non sur la pierre mais sur le sable. Qu’a-t-il écrit, nul ne peut le dire.

On peut supposer que Jésus est arrivé en ce point où la loi, sans laquelle il n’est pas d’humanité, touche une limite. Ce point–limite est celui où la loi, plutôt que d’aider à vivre se transforme en instrument de mort. « Je ne suis pas venu abolir la loi mais l’accomplir » avait-il dit au début de sa mission. L’accomplir c’est trouver le chemin qui sauvera la vie. L’accomplir c’est la réinventer, quand l’imposent les circonstances, pour écarter la mort. Jésus écrit sur le sable : l’écriture symbolise la loi. Elle n’est lisible que pour lui. Elle est une manière d’indiquer le chemin qu’il lui faut trouver pour sauver la vie. Il a à faire face pour écarter la mort.

Faire face

Faire face. L’expression est heureuse. Elle dit la détermination de Jésus. Elle dit aussi le mouvement de son corps. Par deux fois « il se redressa ». Il se redressa d’abord pour affronter le regard arrogant de ces scribes et pharisiens à la recherche d’un motif de condamnation. Il se redressa ensuite pour regarder les yeux dans les yeux le visage accablé de cette malheureuse femme. Que se passe-t-il quand nous sommes en vis-à-vis les uns des autres ? Les traits du visage que l’on contemple sont comme une écriture à déchiffrer. Jean insinue peut-être que les visages regardés par Jésus sont la traduction du texte qu’il écrit sur le sable. Ils sont comme les lettres d’un texte révélé : ils parlent. Surgit, entre les uns et les autres, un appel venu d’en-haut : « Tu ne tueras pas ! » Lorsque deux ennemis prennent le temps de se regarder, il y a des chances que leur haine touche un point-limite et qu’ils cesseront de vouloir donner la mort. Quoi qu’il en soit, tout visage humain est comme un cri appelant la grâce !

Jésus déchiffre les visages. Son regard désarme scribes et pharisiens : « Ils s’en allèrent un par un, en commençant par les plus âgés. » Il libère la femme : « Va et désormais ne pèche plus. »

Sauvons la vie !

Dira-t-on qu’oublier la loi est dangereux pour la société. Ne faut-il pas punir les coupables ? Que ceux qui pensent cela regardent la destinée de ce Jésus qui sauve la vie. Peut-être y a-t-il un prix à payer pour tous nos manquements ? Vis-à-vis de Dieu les pécheurs sont réconciliés. Dieu lui-même en Jésus a pris la place des coupables. Scribes et Pharisiens, amenant cette femme à Jésus, cherchaient à l’accuser. Bientôt ils réussiront à mettre la main sur lui oubliant que la loi doit faire jaillir la vie : « Nous avons une loi et d’après cette loi il doit mourir. » Avec Jésus tout châtiment disparaît et la loi de Dieu trouve son achèvement : la loi ne doit plus faire mourir ; la vie est sauvée.

Certes la loi ne peut nous couper de Dieu : les pécheurs sont réconciliés.
Mais nous avons à vivre dans des cités humaines qui ne pourront subsister sans que les délinquants ne soient châtiés. C’est peut-être vrai mais nous ressemblons aux scribes et aux pharisiens lorsque nous exigeons des mesures fortes au nom d’une sécurité à maintenir. Bien sûr il faut se protéger des violences de certains jeunes. Mais le vrai remède n’est peut-être pas dans le recours à une police bien équipée pour exercer de sévères répressions. Il convient peut-être de prévenir plutôt que de guérir. Les délinquants sont souvent eux- mêmes les victimes d’un système injuste Aidons chacun à vivre dignement et, sans doute, la violence reculera. Nous sommes capables d’humaniser les rigueurs de la loi. La disparition de la peine de mort dans notre pays en apporte le témoignage.

Des armées barbares se réclament de Dieu pour tuer ou décapiter des innocents. Certes, il y a de quoi s’indigner mais gardons-nous de sombrer dans la haine. Tout désir de revanche et tout propos empreint de violence ne font qu’accroître les blessures.

A la suite de Jésus ayons soif d’une justice qui, conduisant à la paix, sauve la vie.

Michel Jondot

Il a tracé des traits sur le sol

L'ordre

Nous ne pouvons pas vivre sans lois. La loi ordonne, elle met de l’ordre dans l’humanité. La loi interdit certains comportements, elle interdit d’emprunter certains chemins ; mais aussi elle permet de vive ensemble en réglant le comportement entre les hommes.

Devant la loi l’adultère est un délit. La femme a été « prise en flagrant délit. Or, dans la loi, Moïse ordonne de lapider ces femmes-là. »

La loi protège la famille, elle permet qu’une famille soit fondée sur des bases solides, reconnues par tous, reconnues comme étant selon la volonté de Dieu. Prétendre que l’acte de cette femme n’est pas vraiment mauvais, c’est faire chavirer les règles qui fondent la vie en société et s’opposer ouvertement à ce que Dieu a dit par Moïse, à ce que Dieu veut. Rendre insignifiant le flagrant délit, c’est faire basculer Dieu et les hommes dans le chaos, et rendre la terre informe et vide : lorsque le bien et le mal ne sont plus définis par la loi, lorsque plus rien ne les sépare, tout devient sans contours, sans forme ; et, comme il faut bien vivre, chacun fait ce qu’il veut, chacun fait sa propre loi qui va s’opposer à celle de l’autre. La société se pulvérise, on s’affronte et l’on s’ignore, on fait le vide.

Le désordre

« Les scribes et les pharisiens parlaient ainsi pour mettre Jésus à l’épreuve, afin de pouvoir l’accuser. »

Et ils ont raison de mettre Jésus à l’épreuve. Ils n’agissent pas par méchanceté ou par perversité. Ils parlent pour le bien du peuple tout entier. Si Jésus légitimait le comportement de la femme, ils auraient raison de l’accuser. Ils avaient le devoir de le faire, au nom même de Dieu, et pour protéger l’ensemble de la société. Et lorsque Jésus se tait, ils ont raison d’insister. Ils ont raison de l’acculer à se situer par rapport à la loi. « Acceptes-tu de te soumettre à la loi de Dieu ? Reconnais-tu la loi ou viens-tu pour perdre le peuple, pour l’emmener à sa perte ? », demandent-ils à Jésus.

« Comme on persistait à l’interroger, Jésus se redressa et leur dit : « Celui d’entre vous qui est sans péché, qu’il soit le premier à lui jeter la pierre. » Et il se baissa de nouveau pour tracer des traits sur le sol. »

Jésus reconnaît la loi. Il ne légitime pas le comportement de la femme. Il reconnaît que tous les actes ne se valent pas, qu’on ne peut pas faire n’importe quoi. Il parle de péché. Dans la poussière du sol, là où tout est pulvérisé, il trace des traits. Il dessine les contours sans lesquels il n’y a pas d’humanité possible.

L'accusation

Jésus emmène ses interlocuteurs jusqu’au bout de la loi, jusqu’au bout de l’humanité. Devant la loi, cette femme est coupable ; mais en allant jusqu’au bout de la loi, tous sont coupables. La loi, pour Jésus, règle bien les comportements : elle permet de reconnaître le péché, mais elle interdit à un homme d’en accuser un autre sans, par le fait même, être accusé lui-même. Jésus, en allant jusqu’au bout de la loi, dessine sur cette terre l’ébauche d’une humanité nouvelle.

Dans cette humanité nouvelle, nous sommes tous pécheurs… « à commencer par les plus vieux ». Telle est l’expérience que nous donne la vie sur cette terre, la seule expérience peut-être que les anciens peuvent communiquer aux plus jeunes. Et cette expérience nous permet d’échapper à l’accusation mutuelle. Telle est la loi nouvelle qui était déjà contenue dans l’ancienne. La loi de Dieu nous accuse tous, elle nous empêche d’être juges les uns des autres ; elle nous rend frères dans le péché.

Devant Dieu, un seul peut nous accuser : Jésus, lui seul est sans péché. Et chacun de nous, comme la femme, demeure seul devant Jésus. A chacun Jésus déclare : « Moi non plus, je ne te condamne pas ; va et désormais ne pèche plus. »

La compassion

Si Jésus, le seul qui puisse nous condamner ne le fait pas, alors personne ne peut plus nous condamner. Nous sommes sauvés de la condamnation ; nous sommes sans crainte devant les hommes et devant Dieu. Nous sommes sans crainte pour le jour du jugement.

« Va et désormais ne pèche plus » dit Jésus. Ne plus pécher, ce n’est pas seulement ne plus commettre l’adultère, c’est ne condamner personne. Pour cette femme, comme pour nous, la condamnation est interdite ; pour cette femme, comme pour nous, l’accusateur est vaincu : nous ne pouvons accuser personne sans être renvoyés à ce face à face avec Jésus qui nous sauve par grâce, qui nous fait grâce et nous ouvre à la compassion, à la miséricorde, au pardon sans fin.

Avec Jésus, la loi fait de tout homme un pécheur pardonné. Nous sommes tous pécheurs et tous grâciés. Celui qui est sans péché ne nous a pas jeté la pierre. Il est la pierre sur laquelle se construit l’humanité nouvelle, où le péché n’entraîne plus la condamnation, mais la grâce pour tous sans exception. Telle est la loi nouvelle.

Christine Fontaine