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Esquisse d'une réflexion sur la proposition
d'ouvrir le mariage aux couples homosexuels
Michel Poirier


Michel Poirier est membre de l'équipe animatrice du site "Dieu Maintenant"; il a participé au débat de notre groupe sur les mariages homosexuels. Il nous fait part d'un point important qu'il a soulevé pendant cette discussion. Sa réflexion, précise-t-il, n'est pas définitive. Article mis en ligne le 5 novembre 2012.

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Dans l’état actuel des choses, avant toute modification du code civil, il me semble qu’on est dans la situation suivante : le modèle du couple homme-femme, stable et reconnu, donnant le jour sans intervention extérieure à (un ou) des enfants et offrant de manière permanente à leur développement un cadre harmonieux, ce modèle constitue un pôle de référence. Il y a cela derrière la joie toute simple que Michel (Michel J.) disait avoir ressentie devant le bébé dans les bras de Claire et Iyad.

Ce modèle a toujours pu être ou devenir irréalisable pour certains. Tant de femmes jadis mouraient en couches ! Dans la situation actuelle (laissons provisoirement de côté l’homosexualité), il y a : la stérilité du couple, le célibat non choisi, la mort prématurée d’un des parents, les enfants abandonnés à leur naissance ou placés pour diverses raisons en orphelinat, les couples qui se séparent alors qu’il y a des enfants, etc. etc. Ce qui me fait penser que le couple décrit tout-à-l’heure demeure un pôle de référence, c’est que toutes ces situations sont ressenties comme des blessures, comme des épreuves, et que toutes les solutions qu’on essaie de leur donner visent à recréer quelque chose qui, autant qu’il est possible (cela ne l’est jamais totalement) se rapproche du modèle : adoption (y compris par des célibataires), PMA (procréation médicalement assistée), remariage avec une personne qui aimera les enfants orphelins comme les siens, entente des parents divorcés pour aménager au mieux l’existence et l’éducation de leurs enfants, etc. Certes, il arrive que certains divorcés engagés dans une nouvelle vie ne se soucient plus de leurs enfants, que d’autres fassent des enfants un enjeu et même un champ de bataille, personne ne considère ces attitudes comme convenables.

Passons aux couples homosexuels. Si être homo n’est ni une maladie ni une perversion psychologique ou morale, il n’est pas anormal qu’un couple d’hommes ou un couple de femmes, uni dans la durée, souhaite non seulement jouir de la même stabilité et de la même reconnaissance sociale que les couples hétéros mariés (ce que ne lui procure pas actuellement un simple PaCS), mais aussi souffre du même manque et de la même souffrance que des mariés hétéros dont le couple se retrouve stérile. Car il y a bien un handicap dans le fait que, comme le couple hétéro stérile, le couple homo ne peut pas engendrer et fonder une famille par lui-même, mais a besoin pour cela d’une aide, d’une intervention extérieure : il se trouve de ce fait, inéluctablement, en décalage pénible par rapport au couple et à la famille de référence. L’assimilation totale à une famille hétéro mariée et naturellement féconde est, de ce point de vue, un leurre.

Constater cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas, comme dans les cas précédents, rechercher et mettre en œuvre les solutions qui pourraient dans ce cas aussi pallier ces manques, à partir du moment du moins où on constaterait que les enfants élevés de fait actuellement par deux personnes de même sexe ne sont pas plus entravés dans leur développement et leur équilibre que, par exemple, ceux qui ont été adoptés par un(e) célibataire ou qui vivent à cheval sur des familles recomposées complexes (car c’est le bien de l’enfant qui doit primer). Une union officielle donnant les mêmes droits sociaux et fiscaux et la même reconnaissance que le mariage actuel, des possibilités d’adoption, des aménagements de l’adoption simple quand un(e) des partenaires a personnellement un enfant, etc., pourquoi pas ? Il reste alors à peser en détail et intelligemment chaque disposition nouvelle.

Mais ce qui fait problème, j’y arrive, c’est que, dans les arguments utilisés ici ou là pour promouvoir le même mariage « pour tous », dans la volonté de faire disparaître du code les mots « père » et « mère » pour ne plus garder que le mot « parent », il se révèle autre chose. Il ne s’agit plus seulement de prendre en compte une situation de plus parmi celles qui, rendant impossible le déroulement pur et simple du modèle de référence, appellent la mise en œuvre de mesures permettant de s’en rapprocher. Il s’agit, avec ces arguments et avec ces modifications revendiquées du code, d’un effort pour tout mettre sur le même plan, pour noyer dans la diversité des formes de structure familiale autorisées celle qui servait jusqu’ici de référence et dont l’impossibilité accidentelle créait un manque, et en définitive pour supprimer l’idée même d’un pôle de référence. Il ne s’agit plus d’aider une minorité en difficulté à résoudre les problèmes particuliers qu’elle rencontre, il s’agit d’opérer la déconstruction du modèle central de famille autour duquel les autres s’organisaient, pour que cette famille ne soit plus qu’une variante parmi d’autres d'un « mariage » devenu de ce fait plus difficile à définir, et qui en tout cas ne correspond plus à la définition que depuis des siècles l’usage et les dictionnaires donnent du mariage.

L’enjeu, tel que je le vois, serait alors le suivant : voulons-nous garder comme pôle de référence la famille qui, fondée sur un couple homme-femme, est féconde par elle-même, quitte à ce qu’en même temps on élabore des dispositions permettant de fournir aux couples homos certains des moyens ou tous les moyens dont disposent déjà les couples hétéros infertiles pour s’approcher au plus près de cette référence, ou bien choisissons-nous que soit cassée la référence, et en particulier abolie la reconnaissance de la dualité père-mère ? Plus brièvement : cherche-t-on à traiter au mieux un problème particulier sans bouleverser ni renier ce qui existe déjà, ou veut-on tout mettre par terre pour reconstruire sur d'autres bases ?

Je mentionne pour mémoire une troisième approche, celle des opposants absolus, qui militent pour le statu quo, certains par hostilité envers l'octroi de droits aux homosexuels, d'autres par crainte d'ouvrir la boîte de Pandore. Il y aurait à choisir entre ces trois approches.

Michel POIRIER
(réflexion provisoire, pouvant évoluer après débat)
Peintures de Guermaz