Page d'accueil Nouveautés Sommaire Auteurs
Retour à "L'islam en France" Contact - Inscription à la newsletter - Rechercher dans le site

Islamophobie : attention danger !
Christine Fontaine


Christine Fontaine est vice-présidente d’une association islamo-chrétienne qui travaille dans les banlieues depuis plus de vingt ans. Dans un premier temps, elle décrit ce que vivent aujourd’hui les musulmans qu’elle côtoie en particulier dans une cité de la banlieue nord de Paris. En un second temps, elle donne son point de vue sur ce qu’elle perçoit : l’islamophobie grandissante n’est pas seulement une injustice qu’il faut combattre, c’est un réel danger pour la société française toute entière.

Cet entretien fait suite à celui que Christine Fontaine a donné sur radio Notre Dame et que l’on trouve à la page
"lamaisonislamochretienne.html" où elle décrit l’histoire de cette association.

Christine Fontaine est membre de l'équipe animatrice "Dieu maintenant"

(11) Commentaires et débats


Description de la situation
après les événements de janvier 2015

Des femmes terrifiées

Question : Après les attentats de janvier 2015, comment réagissent les musulmans que vous rencontrez dans la cité où vous êtes implantés ?

Réponse de Christine Fontaine :
Nous sommes implantés depuis 20 ans dans une cité de la banlieue parisienne, nous n’avons jamais connu de situation aussi tendue qu’aujourd’hui. Dans cette cité, notre association a tout vécu : nous avons été cambriolés plusieurs fois, des jeunes ont forcé la porte pour mettre la pagaille lorsque nous faisions du soutien scolaire, j’ai été giflée. Cependant aux heures d’activité nous avons toujours laissé la porte de notre local ouverte. Aujourd’hui, nous rejoignons surtout des femmes : elles s’enferment à double tour. Si quelqu’un frappe à la porte, avant d’ouvrir elles regardent si ce n’est pas un inconnu. Si c’est le cas, elles n’ouvrent pas. Parmi elles, certaines sont voilées et d’autres non ; aucune n’a le visage entièrement recouvert mais certaines portent un bandana, d’autres un voile classique et quelques unes un « voile salafiste ». Elles se disent qu’elles sont la cible rêvée pour n’importe quel islamophobe qui n’aurait qu’à pousser la porte pour entrer les agresser physiquement ou verbalement. Elles ne se sentent plus en sécurité, même à l’intérieur de leur propre local. Cet enfermement dans la peur me semble très dangereux non seulement pour les musulmans mais pour la société française tout entière.

Des coups de griffe répétés

Ont-elles de réelles raisons d’avoir peur ?

Nous nous sommes demandé si elles étaient en train de faire une sorte de paranoïa collective ou si elles avaient de réelles raisons de réagir ainsi. Dans le doute, nous avons interrogé Mohammed Benali qui est l’un des fondateurs de « la Maison islamo chrétienne », le responsable de la mosquée de Gennevilliers et dont les capacités de discernement ne peuvent être mises en doute. Il nous a répondu que non seulement elles avaient raison de contrôler l’entrée de leur local mais qu’elles seraient véritablement inconscientes si elles ne le faisaient pas. La plupart des musulmans qu’il connaît demandent à leurs femmes d’éviter le plus possible de sortir de chez elles. La mosquée de Gennevilliers a été gardée par l’armée jour et nuit. Dans la vie quotidienne, les musulmans ne comptent plus les agressions la plupart du temps verbales, parfois physiques, dont ils font l’objet. A l’une de chez nous, quelqu’un fait un bras d’honneur devant l’école où elle attendait sa fille. Une autre attend pour payer ses courses, dans une grande surface, quand un homme la fixe avec un regard haineux et lui crie « retourne dans ton pays ». On pourrait multiplier presque sans fin ces coups de griffe répétés contre la population musulmane. Mohammed Benali a demandé à sa communauté de ne surtout pas répliquer pour éviter la surenchère, de feindre de ne rien voir ni entendre ou bien de répondre par un sourire. Mais combien de temps pourront-ils garder le sourire ?

Face à la haine

Ce climat existe-t-il depuis longtemps ou bien les musulmans que vous connaissez ressentent-ils une islamophobie nettement plus importante depuis les événements de janvier ?

Pour vous répondre j’aimerais passer la parole à Leïla, une musulmane non voilée de notre association qui nous a parlé à cœur ouvert et nous a autorisé à enregistrer ses propos.

Leïla : « Avant on sentait déjà cette tendance, par exemple des personnes nous regardaient avec un regard haineux dans les transports en commun, même moi qui ne suis pas voilée mais bien davantage celles qui le sont. Maintenant on a l’impression qu’ils se lâchent, qu’ils se sentent dans leur bon droit de le faire. On nous parle sans cesse d’intégration mais qu’est-ce qu’ils entendent par là ? Tu connais Aïcha qui a élevé ses enfants toute seule et a travaillé presque jour et nuit à faire des ménages pour leur payer des études. L’un de ses fils est devenu médecin spécialiste en dermatologie. La semaine dernière, il a ouvert un cabinet dans le 16ème arrondissement de Paris. Le premier soir il fixe une plaque au bas de l’immeuble pour signaler son cabinet. Le lendemain matin, il retrouve sa plaque par terre. N’était-il pas suffisamment intégré ? Sa mère n’avait-elle pas fait suffisamment d’efforts pour qu’il fasse des études supérieures ? Portait-il une barbiche ou une djellaba ? Bien sûr que non ! Il avait simplement un nom et un prénom arabes c’est-à-dire, pour les Français d’origine européenne, musulmans. Pas de place pour des musulmans dans le 16ème arrondissement, même s’il est professeur à l’université, ingénieur ou médecin, même s’il appartient à une famille française depuis deux ou trois générations. Quoi qu’il fasse, il est perçu d’abord comme un musulman, une de ces personnes dont la religion, soi-disant, est insoluble dans la société française… même s’il n’est pas pratiquant, il n’est pas d’abord un homme comme les autres, il est d’abord un « bougnoule, un arabe… un musulman » ! Nous faisons tout, et même davantage, pour nous intégrer mais quoi qu’on fasse on nous colle l’étiquette « Musulman = Non Intégrable ».

On entend partout que les Juifs ont peur aujourd’hui en France. On le comprend mais comprenez que nous aussi nous avons peur. Les juifs ont les media pour les défendre. Heureusement pour eux. Mais nous qui avons-nous pour faire entendre notre peur et notre souffrance ? Il y a des centaines d’attentats contre des mosquées, des milliers de musulmans qui se font agresser : qui en parle dans les media ? Qui va dénoncer l’islamophobie qui s’abat sur nous ? Certes les lois françaises déclarent que ces actes doivent être sanctionnés autant que les actes antisémites. Mais ils ne le sont pratiquement jamais. On se sent profondément seuls, repoussés, abandonnés, humiliés. On n’ose pas le dire, la plupart du temps, même aux chrétiens de passage dans l’atelier à la Caravelle. On a peur qu’ils nous écoutent avec bienveillance mais avec quand même l’arrière-pensée que toutes ces femmes voilées pourraient quand même faire un effort pour s’intégrer… en enlevant leur voile !

(Leïla éclate en sanglots) Dans mon pays d’origine, il y a un proverbe qui dit : « Si tu as un grand sac de poissons et que l’un d’entre eux est pourri, l’odeur se répand au sac tout entier. Trouve le poisson pourri et jette-le mais ne jette pas tout le sac. » On a l’impression que les français d’origine européenne mettent tous les musulmans dans le même sac, un sac qui pour eux sent la pourriture ; ils rejettent tout le monde sous prétexte qu’il y a un poisson pourri, un fou qui a commis des attentats odieux. Oui on a peur et on se sent méprisés. Notre religion est méprisée quand on confond l’islam avec le comportement de fous furieux ou de djihadistes coupeurs de tête.

Nous avons l’impression que, quoi qu’on fasse, nous serons toujours des étrangers, voire même des ennemis, uniquement parce que nous sommes musulmans. On a peur pour nos enfants encore plus que pour nous. Elevés en France, ils ne se sentent pas chez eux dans le pays d’origine quand ils y vont en vacances ; souvent ils ne veulent même plus y aller. Où seront-ils chez eux ? Où pourront-ils vivre sans avoir à craindre d’être suspectés voire rejetés simplement parce qu’ils ont un nom de famille « arabe » ? Mon mari et moi avons fait des études supérieures et nous faisons tout pour que nos enfants puissent en faire et avoir un bon métier. Mais si l’étiquette « musulman = Non Intégrable » leur colle à la peau, à quoi bon ? Depuis des générations cette situation d’exclusion demeure et elle semble bien s’amplifier aujourd’hui. Nous avons peur non seulement du présent mais de l’avenir. »

Point de vue de Christine Fontaine

Une fracture très grave

Pensez-vous que ce « cri du cœur » de Leïla soit significatif de ce que vivent les musulmans aujourd’hui ?

On trouvera toujours des exceptions bien sûr. Mais dans l’ensemble je crois que ce que dit Leïla correspond à ce que vivent le plus grand nombre de musulmans en France aujourd’hui. Je pense que cette fracture dans la population française est très grave et que, si on n’y remédie pas au plus vite, elle ne nous annonce pas des lendemains qui chantent.

Beaucoup de Français d’origine européenne ne supportent pas la présence de femmes voilées dans les rues. Ne pensez-vous pas que, si elles acceptaient d’ôter ce voile, leur présence serait mieux acceptée ?

Je crois qu’il est normal que la présence de femmes voilées suscite un certain rejet. La présence de l’autre fait toujours peur, au moins en un premier temps. Je crois qu’il est bon de le reconnaître si l’on veut un jour arriver à dépasser cette peur. L’autre c’est celui que je ne connais pas et dont je ne suis pas sûre qu’il ne soit pas mon ennemi. L’autre est celui qui vient bousculer nos habitudes et le confort d’être entre soi. Je pense qu’il faut que les femmes voilées soient conscientes qu’il est « normal » que leur présence suscite a priori une certaine crainte : elles sont la figure de l’étrange, de l’étranger à ce que nous avions l’habitude de croiser dans les rues. Mais je crois que cette crainte doit être dépassée.

Par ailleurs, les musulmans savent que tous les débats sur le port du voile dans la rue ou la loi contre le port de signes ostentatoires à l’école sont dirigés directement contre la présence de musulmans dans la société. Tant que des juifs portaient la kippa, les loubavitch des papillotes et un grand chapeau, les sikhs des turbans, les chrétiens des croix grandes ou petites, il n’a pas été question de débats sur les signes religieux dans l’espace public ou d'interdire les signes ostentatoires à l’école. C’est lorsque deux jeunes musulmanes voilées ont voulu franchir le seuil de leur établissement scolaire que la question s’est posée. A Vanves, il existe un couvent de bénédictines ; elles sortent en habit religieux sans que personne ne les en blâme ou n’y prête attention. Le port de la soutane n’a jamais été interdit dans les rues depuis les lois de séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ces lois nouvelles et ces débats sur l’interdiction de signes religieux dans l’espace public sont nés de la présence de musulmans. Ils ne peuvent pas ne pas les ressentir comme dirigés directement contre eux.

Je crois qu’il n’y a aucune raison de changer les lois qui ont fonctionné avec les juifs, les sikhs ou les chrétiens à cause de la présence de musulmans dans la société française. La Déclaration universelle des Droits de l’homme affirme que « la liberté religieuse est une liberté fondamentale » et précise que tout homme et toute femme doit avoir la liberté de manifester sa religion en public (article 18).

Femmes soumises : un mythe

On dit souvent que le voile est le signe de la soumission de la femme aux hommes. Je ne suis pas sûre que ce soit vrai au moins dans la population que je connais. Beaucoup de jeunes filles, bien avant d’être mariées, portent le voile aujourd’hui alors que leur sœur aînée ne le portait pas. Les femmes que nous côtoyons tous les jours dans notre atelier abordent souvent leurs problèmes de famille ou de couple. Celles qui sont voilées ne nous paraissent pas plus soumises à leur mari que les autres. En plus des raisons proprement religieuses, d’autres facteurs peuvent jouer. Nous avons connu plusieurs jeunes femmes qui élevaient leurs enfants toutes seules ; elles étaient souvent harcelées par des hommes dans la cité. Du jour où elles ont porté le voile, on les a laissées tranquilles : le port du voile les a libérées d’une certaine emprise masculine. Je crois que les raisons de porter ou non un voile sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Dans les établissements scolaires

Vous n’êtes donc pas d’accord avec la loi interdisant le port du voile dans les établissements scolaires ?

Plusieurs de mes amis qui travaillent au sein de « La Maison Islamo Chrétienne » sont contre cette loi même si, ceux qui sont musulmans, s'y soumettent. Plusieurs autres, dont je fais partie, sont plutôt favorables à cette loi, non pour des raisons de principes mais à cause des circonstances propres à la situation des musulmans en France. Je m’explique : 80% de la population musulmane vit dans des cités ou des banlieues ghetto. Dans ces cités, il y a une forte pression sociale pour que les femmes soient voilées. En l’absence de reconnaissance sociale par les autres français, en l’absence de débouchés professionnels, il ne reste que la possibilité d’une reconnaissance religieuse. Porter le voile c’est être reconnue par le groupe comme une bonne musulmane. Je n’entrerai pas dans les débats à n’en plus finir sur le fait de savoir si le voile fait partie des obligations pour toutes les musulmanes ou s’il est le signe d’un fondamentalisme musulman de fraiche date. Pour la très grande majorité de ces jeunes-filles et de ces femmes il est simplement le signe qu’on n’a pas à avoir honte de sa religion et qu’on peut en être fière. Autrement dit qu’on n’a pas à avoir honte d’être soi-même.

Plus la société rejette les musulmans plus les femmes portent le voile. Il y a 20 ans presque aucune adolescente n’était voilée, aujourd’hui presque toutes le sont. Les collèges et lycées dont dépendent ces cités reçoivent 90% de jeunes musulmans. Donc dans une classe, presque toutes les jeunes-filles porteraient le voile. Je pense que cela peut être dangereux pour plusieurs raisons. La première est que le port du voile est recommandé dès la puberté, soit vers 13 ans. A cet âge, les jeunes-filles ne sont pas nécessairement conscientes des conséquences de leur choix : aujourd’hui, dans la société française, elles trouveront très difficilement un travail et se préparent un avenir de mère au foyer sans en avoir forcément conscience. On me répond que des femmes enlèvent leur voile pour aller travailler. C’est vrai pour certaines mais le fait que l’éducation nationale interdise le port du voile à l’école me semble favoriser la possibilité de choisir, à l’âge adulte et en connaissance de cause, de porter ou non le voile.

Une deuxième raison : 90% des jeunes sont musulmans mais 10% ne le sont pas. Il est très difficile pour un jeune chrétien venu d’Afrique ou des Antilles, ou issu d’une famille agnostique ou athée de trouver sa place dans un groupe où la prégnance de signes musulmans est très forte, surtout à un âge où on n’aime pas se singulariser du groupe. Il me semble également très difficile pour les enseignants de se trouver devant une classe où presque toutes les filles portent le même signe d’appartenance religieuse, ce serait la même difficulté si 90% des jeunes portaient la kippa.

Le fait d’interdire le port du voile pour les élèves à l’école me semble l’inscription d’une certaine altérité au sein d’un groupe qui risque de se replier sur lui-même. Si cette exception à la règle me paraît nécessaire, elle est due au fait que ces musulmans sont enfermés dans des ghettos. Les lois favorisant la mixité sociale telle que l’obligation de construire une certaine proportion de logements sociaux dans toutes les communes ne sont presque jamais respectées. Il faudrait qu’un dermatologue dont le nom est arabe puisse installer son cabinet dans le 16ème arrondissement sans craindre de retrouver sa plaque par terre dès le premier jour. Si, dans une classe, le signe d’appartenance à l’islam n’était qu’une particularité parmi d’autres, la question se poserait tout autrement.

Islam et fondamentalisme

Le voile n’est pas, selon vous, le signe d’un fondamentalisme dangereux. Mais n’y a-t-il pas quand même un réel danger, à votre avis, de laisser des courants fondamentalistes musulmans s’implanter en France ?

La plupart des femmes voilées n’ont absolument pas le désir de prendre le pouvoir sur la société française. Elles ont le désir de vivre comme tous les autres qui ne rencontrent pas de problèmes à porter une kippa ou un habit religieux. Par ailleurs, ceux qui causent des attentats en général cherchent à se fondre dans la population et ne portent pas de signes religieux. Il est vrai que certains musulmans appartiennent à des mouvements fondamentalistes qui rêvent d’une société régie par la charia mais qui ne sont pas des terroristes pour autant. Ce fondamentalisme est dangereux et il faut exercer une réelle vigilance. Mais il n’est pas plus dangereux que n’importe quel autre fondamentalisme juif ou chrétien. De surcroît il est extrêmement minoritaire. Comme le dit Leïla : « Ne jetons pas tout le sac de poissons sous prétexte qu’il y en a un qui sent mauvais. » Enfin, une certaine conception de la laïcité voudrait interdire tout signe religieux dans l’espace public. En réalité, bien loin d’empêcher les mouvements fondamentalistes on les favoriserait : à force de se sentir exclus, la tentation est grande d’en rajouter pour dire que l’on existe.

Appel aux chrétiens

Vous vous adressez à des chrétiens. Pensez-vous qu’ils puissent avoir une action particulière ?

Je crois que beaucoup de chrétiens ne sont pas conscients de la situation qui se crée aujourd’hui en France. S’ils n’ont pas de proches amis musulmans qui acceptent de leur parler à cœur ouvert – comme l’a fait Leïla – ils ont fort peu de moyens de discerner cette fracture sociale qui se creuse entre les musulmans et le reste de la population. D’autant que les media ne relaient pratiquement pas l’information. Nous avons promis à Leïla de le faire autant qu’il nous est possible. Par cette interview, nous tenons notre promesse.

Mais Leïla, en nous remerciant, nous a répondu que c’était une goutte d’eau dans la mer. C’est vrai. Nous pourrions rêver que les chrétiens, au nom même de leur foi et quelle que soit leur sensibilité politique, s’élèvent pour dénoncer cette exclusion de l’autre qui s’installe en France. Nous pourrions rêver que la hiérarchie catholique incite tous ses fidèles à prendre conscience de cette situation et – pourquoi pas – les invite à manifester avec autant de force qu’elle l’a fait au moment des lois sur le « mariage pour tous ». On pourrait rêver qu’elle invite à lutter contre l’islamophobie autant qu’elle le fait aujourd’hui contre l’antisémitisme.

Cependant, souvenons-nous que très rares étaient les évêques, sous le nazisme, à avoir dénoncé l’extermination du peuple juif. Certains chrétiens l’ont fait sans attendre de consignes de leur Eglise. Ils sont entrés en résistance avec les moyens du bord. Aussi faibles qu’aient été leurs moyens, ils ont gagné puisqu’aujourd’hui l’Eglise tout entière condamne l’antisémitisme. Je crois que des chrétiens ont aujourd’hui à entrer en résistance contre l’islamophobie comme leurs parents l’ont fait hier contre l’antisémitisme.

Tout ceci n’est pas très concret, je vous l’accorde. A partir de cette prise de conscience de la situation réelle des musulmans aujourd’hui en France, que peuvent les chrétiens seuls ou avec d’autres ? Franchement je ne sais pas. Mais je crois que chacun peut au moins chercher – seul ou avec des amis – ce qu’il peut faire pour permettre aux musulmans d’avoir leur place en France. Je crois que « qui cherche trouve » et qu’il ne faut pas attendre d’avoir de grands moyens pour entreprendre.

Christine Fontaine
Peintures de Guy Garnier