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Le monde des prisons
Isabelle Ziadé


Nous sommes inconscients si nous oublions que nous avons à être solidaires de ceux que la société tient à l'écart. Isabelle Ziadé est bénévole dans une association qui accueille les familles de détenus à la Centrale de Poissy. Elle a bien voulu nous livrer son témoignage.

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À la recherche d’un engagement

Heureuse épouse de mon mari depuis quarante ans, heureuse mère de quatre enfants et heureuse grand-mère de sept petits-enfants, vint le jour où je me suis dit : « Il est temps de "rendre" tout ce que la vie vous a donné ; le temps est venu de donner du temps "aux autres" en même temps qu’aux siens. » Mais quels autres ?

J’étais plongée dans mes réflexions et recherches : vers quel domaine aller ? dans quoi m'engager ? Totalement par hasard, une amie est passée un jour prendre un café ; nous revenions de l'étranger. Je ne l'avais pas vue depuis plusieurs années ; elle se met à me raconter où elle en était avec ses enfants, son boulot... et son engagement. Elle était depuis 3 ans "aumônière catholique" à la Centrale de Poissy ; je l'écoute, assez fascinée ! Ce n'est pas banal ; il s’agissait d’un univers auquel je n’avais jamais pensé.

Comme je lui disais que je cherchais à faire "quelque chose", elle me dit : « Et pourquoi pas ne viendrais-tu pas dans une association qui intervient dans la Centrale ? C'est tout près ! à 10mn en voiture de chez nous ; c'est un univers complexe mais passionnant... »

Le monde carcéral

Il s’agit d’une association qui m’a particulièrement interpellée dont je fais partie depuis maintenant 5 ans : "Accueil des familles de détenus". Cette association, née il y a 20 ans, a démarré de belle manière puisqu'elle est le résultat d'un mouvement citoyen, solidaire, humain tout simplement !

La Centrale de Poissy étant en pleine ville, ce sont les habitants du quartier tout autour de la prison, qui ont réagi un jour au fait que ce n'était pas "normal" que ces familles, par tous les temps - qu'il pleuve, vente, neige ou inversement en pleine chaleur - attendent une demi-heure, voire une heure devant la prison et ce jusqu’à l'heure des visites à leurs proches détenus, qu'on appelle "les parloirs".

Ces citoyens voisins se sont constitués en association et ont parlementé d'abord avec la Mairie puis avec l'Administration Pénitentiaire... pour finir par ouvrir une salle d'accueil dans la Centrale même ; bien entendu, nous ne sommes pas seuls ! Une multitude d'accueils se sont créés peu à peu partout en France, autour soit des Maisons d'Arrêt (détenus incarcérés pour petites peines de moins de 10 ans, ou en attente de jugement), soit des Centrales (détenus incarcérés pour des longues peines, de 10 ans minimum jusqu'à "perpète" comme on dit dans le milieu, autrement dit perpétuité, autrement dit du "lourd" !)

Il y a 7 Centrales en France. Celle où j'interviens a 230 "pensionnaires" et donc autant de surveillants, plus le personnel administratif ; autant dire une "petite maison" par rapport aux ruches surpeuplées que sont les Maisons d'Arrêt où il y a facilement jusqu'à 800 détenus sans compter le personnel ; c'est dans les Maisons d'Arrêt qu'on trouve l'énorme problème de surpopulation ; les détenus sont 5 ou 6 dans une cellule prévue pour 3. Dans les Centrales, ce problème n'existe pas ; ces hommes jugés et condamnés à une détention très longue, ont une cellule strictement individuelle, même si elle est toute petite (environ 9m²).

Dans une Maison d'Arrêt, la vie et les gens tournent en permanence ! Des détenus arrivent pour une peine de quelques mois ou quelques années, et repartent ; d'autres arrivent, certains reviennent ! C'est un "turn over" permanent ; c'est gigantesque, bruyant, sous tension permanente ; ça m'a littéralement fait l'effet d'une ruche bourdonnante quand j'en ai visité une. En parlant avec les surveillants (ils n'aiment pas qu'on les appelle "gardiens de prison"), on s'aperçoit qu'il est bien plus difficile d'être surveillant en Maison d'Arrêt qu'en Centrale... pourquoi ?

Parce qu’en Centrale, la vie s'installe d'une certaine manière. La tension liée à l'attente du jugement est passée, les hommes sont là pour longtemps, très longtemps ; le temps peut et doit être structuré ; les rapports entre surveillants et détenus sont réglementés, certes, mais avec souplesse et bienveillance, notamment quand il s'agit des familles ; comme me disait un surveillant : "On est les uns avec les autres 24h sur 24, et pour des années et des années, ce n'est l'intérêt de personne, ni pour eux, ni pour nous, d'être en tension en permanence ; on deviendrait tous fous..."

Les familles des détenus

Notre Association s'est donc davantage penchée sur la vie des familles. Nous avons à faire majoritairement à des épouses ou des parents, notre Centrale étant une Centrale d'hommes.

Les femmes ont traversé un véritable tsunami lors de l’arrestation, un matin tôt, de leur mari ou de leur fils ou frère ; et après cela, la garde à vue, le procès, l'interminable attente du jugement, puis la sentence. Et un jour, ces femmes se retrouvent seules à tout gérer, la famille, les enfants, souvent les problèmes d'argent (qui commencent avec la perte nette du salaire du partenaire de vie maintenant en prison), le regard des "autres"... l'opprobre sociale suite à certains procès très médiatisés, leur vie d'épouse ou de conjointe qui vole en éclats... plus, et ce n'est pas un petit "plus", insérer dans cette nouvelle vie la fatigue, tant morale que physique, et le coût financier des innombrables et répétitifs aller-retours pour aller visiter le nouveau détenu durant les W.E...

Les familles arrivent toujours largement en avance (entre une demi-heure et une heure) par rapport à l'heure du "parloir", parce qu'elles ne veulent prendre aucun risque d'être en retard ! Et parce que la majorité vient en transports publics et dépendent donc des horaires de train. Il faut prendre ses précautions au cas où il y aurait un problème...

C'est pourquoi offrir un lieu "au chaud", en l'occurrence une grande et simple salle (tout de suite après la première "sécurité" à passer, à l'entrée de la Centrale), où nous leur servons du café, du thé, quatre biscuits et trois bonbons... autour d'une table et d'un bouquet de fleurs. C’est peu mais cela contribue à soulager, aider, rassurer, accompagner ces femmes dans le long et patient "parcours du combattant" qu'est l'accompagnement d'un proche détenu pour 10 ou 15 ou 30 ans... Il est bien connu qu'on se détend ou qu'on discute autour d'un café, assis et au chaud, plus facilement qu'en faisant la queue devant un mur de prison ...

Du coup, on se connaît, on se reconnaît, certaines deviennent amies, on échange, on discute et on rit... Mais oui, on rit aussi à ma grande surprise (on part tous avec des idées toutes faites sur le monde de la prison !) ; on soupire et/ou on pleure parfois, on s'énerve, on râle, on s'angoisse, on parle enfants, recettes et maris, on s'isole, soit parce qu'on a le moral en berne ce jour-là, soit parce que… - elle me faisait quand même rire celle-là ! - on est la femme d'un "chef", même sous les verrous ! et donc on ne se "mélange" pas... Parfois, on parle de la "pluie et du beau temps" comme on dit, c'est à dire rien de spécial ! Ce n'est pas grave, on est quand même ensemble et au chaud; parfois, notamment quand on est moins nombreux, on a des échanges forts, passionnants ; certaines femmes "lâchent"... elles lâchent la pression, le ras le bol, elles " lâchent" le pourquoi du comment ! à savoir l'histoire de leur mari et donc ce qu'il a fait... chose qu'on ne demande jamais évidemment ; nous, les bénévoles, nous sommes d'abord là pour écouter ; bref, c'est un microcosme de société, vivant, tendu ou paisible, c'est selon... avec ses hiérarchies et ses rivalités, des sentiments et des émotions plus "à fleur de peau" qu'ailleurs sans doute...

Des figures de femmes différentes

On y rencontre des femmes bluffantes d'énergie, de loyauté, de courage et qui ne se plaignent jamais ; elles ont acté une bonne fois pour toutes ce qui est arrivé, elles ont ou n’ont pas "digéré" et/ou "pardonné"... en tous cas, elles ont choisi d'assumer et d'être là, aux côtés de leurs compagnons, dans cette drôle de vie, toujours considérée comme à deux donc... mais chacun de son côté !

On y rencontre des femmes fatiguées, résignées, un peu éteintes... des femmes discrètes qui s'en vont au fond de la salle, qui ne veulent pas parler, qui ne veulent jamais ni café ni thé ni rien ; des femmes sous tension, qui viennent voir leur mari ou compagnon sous la pression du clan, on comprend qu'elles ont à peine le choix, c'est leur devoir, leur obligation et elles sont "surveillées" de près par le clan (notamment les gens du voyage). Des mères de familles "costaud" ! qui arrivent de province parfois avec armes et bagages ! C'est-à-dire avec 3 petits, la poussette, les biberons et les couches, les jouets etc., après 3 ou 4h de TGV plus 1h de RER, plus 15mn de marche jusqu'à la Centrale... et qui trouvent le moyen de sourire parce qu'elles vont enfin voir "leur homme".

On y rencontre aussi des "gamines" sexy... qui arrivent chaque semaine "apprêtées" avec des vêtements différents... plongeants décolletés, bottines avec 15cm de talons, boucles d'oreilles et autres colifichets clinquants (qu'elles mettent 10mn à enlever...puis à remettre pour passer la Sécurité !) ... fascinant ballet de jeu de séduction, que le mari ou le compagnon soit ou non en prison...

On y rencontre encore des femmes dignes et droites, mais aussi des femmes snobs, hautaines et fières quelque part (exemple : la femme du « chef » dont j’ai parlé plus haut) ... ce à quoi je n'aurais jamais pensé ! Elles vous disent du bout des lèvres "non merci" quand vous leur offrez un café, l'air de dire : "mais t'es qui toi, je n'ai besoin ni de ton café ni de ton sourire... !", des femmes soucieuses ou angoissées parce que leur conjoint (mari ou compagnon) traverse une mauvaise passe, ou parce qu'un des enfants pose problème, ou parce qu'elles n'en peuvent plus d'avoir du mal à joindre les deux bouts financièrement (on a d'ailleurs une petite cagnotte, dans notre association, pour donner un coup de main et payer un billet de train ou un hôtel, pour celles qui viennent de loin...).

Ces femmes sont là par amour, par loyauté, par sens du devoir, par courage, pour préserver leur famille et le père de leurs enfants, envers et contre tout, parce qu'elles pensent, pour certaines, que leur mari est innocent ! ou vraiment a pris "trop cher" (on apprend aussi en prison, qu'il y a une hiérarchie dans le mal et/ou dans la manière de considérer le mal et donc la sanction...).

Celles que je trouve le plus "curieuses" sont les femmes, bien plus rares, que j'appelle les "revendicatrices"... Celles-là ont connu, d'abord par courrier, puis à travers des visites, puis sont tombées amoureuses d'un homme, dont elles savent qu'il est en prison pour 10 ou 20 ans ! Certaines - dont on connaît quand même le "pourquoi" de l’incarcération de leur homme, (et c'est horrible ce qu'ils ont fait !) - décident de se marier avec lui. Elles revendiquent haut et fort leur statut de "femmes de détenus", qui prouve, à leurs yeux j'imagine, leur courage ou leur abnégation. Ce statut leur donne-t-il un rôle ou une place dans la Société, une place de bagarreuse ? de rebelle ? Elles claironnent à tout bout de champ : "Moi, mon mari en prison..." ;"l'administration, c'est tous des "cons" ; "moi, j'ai peur de personne, je le dis à tout le monde que mon mari est en prison"... Bref, elles en tirent une sorte de gloire... que je trouve, pour ma part, malsaine ; avec ces femmes-là, je dois dire que j'ai un peu de mal...

Et puis il y a les vieux parents, qui vous brisent le cœur, avec leur dignité et leur gentillesse et qui répètent :"Je vous assure, on l'a pourtant pas élevé pour qu'il fasse des bêtises pareilles..."

Il y a aussi les familles où on est en prison de père en fils, en passant par le grand-père et les cousins... Ceux qui viennent les visiter ont souvent fait aussi des "petites peines", une fois... ou deux ! mais ont évité, jusqu'à présent la Centrale ; certains en rigolent ! en disant : "Ben oui, c'est de famille chez nous, un genre de tradition" ! D'autres, plus soucieux, emmènent leurs enfants visiter le grand-père, qui en a pris pour 20 ans ; c'est gentil, ils ont l'esprit de famille... mais ils élèvent leurs enfants "serrés" en espérant que le cercle infernal va s'arrêter là.

L’accueil des familles

Nous sommes toujours un ou deux "permanents" de notre association à chaque accueil et recevons de 10 à 40 personnes chaque fois. Ces accueils ont lieu 5 fois par W.E : le vendredi après-midi, samedi matin, samedi après-midi, dimanche matin et dimanche après-midi. Comme nous sommes environ une vingtaine de bénévoles, cela nous fait en moyenne deux tours de garde chacun !

Ce que je fais aussi, après l'accueil, et ceci une fois par mois, c’est d’accompagner les familles jusqu'au parloir, et gérer, occuper les enfants. Les visites, ou « parloirs » donc, durent deux heures ; chaque détenu et sa femme se retrouvent dans un petit box, environ 2m sur 2, avec une porte fermée, mais ouverte en haut et en bas ; c'est assez "intime" pour qu'on ait des "bébés parloir"... les surveillants tournent plutôt discrètement et pas très souvent autour ; le temps des familles c'est sacré ; et personne ne craint un problème pendant ce temps de retrouvailles familiales... aucun détenu ne serait assez crétin pour risquer quoi que ce soit pendant le temps des familles quand les femmes et les enfants de chacun sont là. Mais en tous cas, deux heures, c'est bien long pour un enfant, dans un box de 2m2 ; c'est donc l'administration pénitentiaire qui nous a demandé si nous pouvions créer un "pôle enfants", qui, sinon, cavaleraient comme des fous partout et perturberaient leurs parents et les parents dans les boxes d’à côté.

La place des enfants

Ce temps de parloir est un moment en général paisible. Les détenus viennent presque tous nous saluer, nous les bénévoles, nous offrent un café (distributeur de boissons du parloir) et nous remercient de nous occuper de leurs enfants. Certains couples, après un moment tranquille entre eux, nous rejoignent dans le « coin enfants » et hop, rentrent dans le jeu ou le puzzle en cours... Je propose à chaque fois de m'effacer évidemment, pour les laisser jouer avec leurs enfants ; certains acceptent avec un sourire, d'autres préfèrent visiblement nous garder en "tiers" entre eux et leurs enfants. D’autres petites familles, du genre « jeune couple », la trentaine, avec des tout-petits, s'installent dans un coin sur les tatamis et se roulent par terre et rigolent et câlinent leurs enfants, comme s’ils étaient dans leur salon...

En général, on trouve que les enfants sont plutôt « bien élevés » comme on dit... et comme on ne s'y attend pas toujours ! En fait, c'est simple, les femmes qui sont là, tous les W.E ou presque, avec des enfants souvent impeccables, sont celles qui "tiennent la route", qui arrivent à élever leurs enfants seules ou entourées et aidées par leurs familles. C’est peut-être aussi tout simplement parce qu'elles ont une forte personnalité. Les enfants excessivement turbulents (et/ou perturbés, et/ou visiblement pas "tenus" par leurs mères) finissent par disparaître du paysage des parloirs ; certains vont en pension. Pour certaines femmes les enfants sont écartés tout simplement parce que la charge est trop lourde pour elles.

Il est intéressant de noter le choix que font certains jeunes couples par rapport aux enfants. Ils ont en général la trentaine ; l’homme a été incarcéré pour une lourde peine à l’âge de 20 ans à la suite d’une grosse bêtise de jeunesse. (S’ils sont là pour 10 ou 15 ans, c'est en général qu'il y a eu mort d'homme !) Ils laissent passer sciemment quelques années, peut-être aussi pour voir si leur couple résiste à tout cela, et ils finissent par décider de faire des enfants ; le papa va sortir quand il aura 35 ans environ, donc encore avec la vie devant lui comme on dit ; sa famille est constituée, il n'aura plus qu'à reprendre une ligne droite... cette fois ! Et la jeune femme de dire : "Comme ça, les enfants auront à peine 7 ou 8 ans quand leur papa sortira, ils ne se souviendront de rien... !"

Il y a aussi des femmes qui refusent catégoriquement que leurs enfants passent tous leurs W.E. en prison : « Non, je ne veux pas de ça pour mes gosses. » Elles accompagnent leur mari dans sa sanction et font le choix de ne pas avoir d'enfants... peut-être aussi ne se sentiraient-elles pas capables d'assurer tout toutes seules ?

Il y a les femmes qui mentent à leurs enfants... Ceux-ci croient qu'ils viennent là parce que leur papa "travaille" dans la prison. Certaines femmes peuvent dire, sans trop de mal, pourquoi le papa est là : par exemple, un braquage, même avec mort d'homme "involontaire", est explicable. Mais comment avouer une affaire de viol ou de pédophilie ? Pire : comment expliquer à des enfants des histoires de femmes martyrisées et coupées en morceaux par le père ? Il s’agit là de vrais exemples qu'on finit par connaître.

Il faut noter que l'on voit avec les mères les enfants en bas âge : ils suivent ! On ne voit pratiquement aucun ado venant visiter son père; le père détenu a des chances de garder les visites de femme et enfants si les enfants sont petits ; si quelqu’un fait sa "bêtise" quand ses enfants sont en âge de comprendre, la plupart du temps, il les perd... ainsi, une femme vient régulièrement voir son mari depuis 10 ans ; ses filles, 14 et 16 ans au moment des faits, refusent de voir leur père depuis le drame, répétant sans cesse, me racontait la mère un jour de grosse déprime : "Mais ce n'est pas notre père, ce n'est pas notre père". Elles n’arrivaient pas ou elles refusaient totalement de faire le lien entre leur gentil papa... et le monstre qui avait fait des trucs affreux dont on parlait dans les journaux...

Lorsque les femmes assument et surtout lorsque le père assume (« j'ai fait une énorme bêtise, je paie ma faute, c'est la loi »), en général les enfants vont bien.

Que peut devenir un enfant qui grandit dans le mensonge ? ou le non-dit ? ou le faux-dit ? Que peut devenir un enfant... dont le père a tué la mère ? Ce détenu dans un état de détresse extrême, entendu au cours d'une messe dans la Centrale : "Il ne me reste que ma fille, pour l'instant elle est petite, mais pourrai-je jamais être son père, être aimé comme père, alors que j'ai tué sa mère... !"

D’autres associations s'occupent d'amener les enfants rendre visite à leur père en prison, dans le cas, sûrement fréquent où le drame a engendré divorce ou séparation. Sauf de rares exceptions, le père ne perd pas ses droits de père quand il est en prison. Mais l’épouse, lorsqu’elle s’est engagée dans une nouvelle vie va-t-elle continuer à faire des aller-retours à la prison pour amener les enfants à leur père ? Sans ces associations, certains pères "perdraient" leurs enfants...

Un autre monde

Donc, voilà... j'ai découvert un autre monde, presque un univers parallèle, tellement ces familles vivent des choses compliquées et hors normes, hors de nos normes en tous cas ! Mais c'est passionnant et très enrichissant de les rencontrer, de les côtoyer, de les aider... même un peu.

Isabelle Ziadé
Peintures de Georges Rouault