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21ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 16, 13-20

Jésus était venu dans la région de Césarée-de-Philippe, et il demandait à ses disciples: « Le Fils de l'homme, qui est-il, d'après ce que disent les hommes ? » Ils répondirent : « Pour les uns, il est Jean Baptiste ; pour d'autres, Élie ; pour d'autres encore, Jérémie ou l'un des prophètes. » Jésus leur dit : « Et vous, que dites-vous ? Pour vous, qui suis-je ? » Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! » Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l'emportera pas sur elle. Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux : tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. » Alors, il ordonna aux disciples de ne dire à personne qu'il était le Messie.

Nouvelle homélie : Les clefs du Royaume
Christine Fontaine

Sur cette pierre !
Michel Jondot

Tiens ferme dans la foi !
Christine Fontaine


Les clefs du Royaume

Une porte verrouillée

Jésus dit à Simon « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux… »
On représente souvent saint Pierre avec une clef et voici que, dans cet évangile, Jésus lui en donne tout un trousseau ! « Les clefs du Royaume ! » On peut se représenter la porte qui permet d’accéder au royaume comme bardée de toutes sortes de serrures. Il faudrait posséder toutes les clefs et savoir à quelle serrure chacune correspond pour ouvrir cette porte. Seul Pierre posséderait cette science des mystères et de la connaissance de Dieu. Il serait le seul à avoir la clef, à connaître la vérité. C’est en le suivant que les disciples du Christ auraient l’assurance du salut dès maintenant et pour éternité.

Jésus dit à Simon « Je te donnerai les clefs du Royaume des cieux… »
Si, dans l’imagerie chrétienne, le pouvoir des clefs est lié à Pierre et à ses successeurs, dans notre monde, celui qui est le plus souvent représenté avec un énorme trousseau de clefs est le gardien de prison. Il possède une clef différente pour chaque cellule. Il a le pouvoir d’ouvrir et de fermer, de lier et de délier chacun – au moins pour le temps des promenades –de l’espace où il est confiné.

Des clefs pour sortir

Peut-être cette image du gardien de prison qui possède beaucoup de clefs est-elle plus proche que celle de la porte bardée de serrures pour nous aider à entrer dans cet évangile. À condition de considérer que, contrairement au gardien de prison qui est là pour protéger la société des délinquants en les mettant sous clef, le trousseau donné à Pierre permet d’accéder à une vie en société : à un « royaume », celui des cieux. Un royaume qui commence déjà sur cette terre puisque « tout ce que Pierre aura lié ou délié sur la terre sera lié ou délié dans les cieux ».

Le trousseau de clefs de Pierre lui permet non pas d’enfermer des individus nocifs mais d’ouvrir la cellule dans laquelle chacun s’est lui-même muré. Il lui permet de sortir chacun de l’individualisme qui le sépare des autres pour le faire entrer dans un royaume, en un lieu où nous sommes liés les uns aux autres, où le bonheur des uns fait celui des autres, où la détresse d’autrui nous touche personnellement. Les clefs de Pierre sont celles d’un gardien qui est là pour ouvrir les portes des prisons.

Le pouvoir des clefs

Mais d’où Pierre reçoit-il ce pouvoir d’ouvrir, de lier et de délier afin que l’humanité sorte de l’individualisme et en vienne à faire corps ?

« Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. » C’est le lien noué entre le Père des cieux et Pierre qui permet de reconnaître en Jésus, « le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Le lien au Dieu de Jésus-Christ, à celui qui est son Père et notre Père, nous permet d’entrer dans un royaume où tous les hommes sont considérés d’abord comme des frères et non comme des supérieurs ou des concurrents. Le lien au Père nous permet d’être nous-mêmes déliés des chaînes de l’individualisme et liés à chacun au point de donner notre vie, à la suite de Jésus, pour que pas un seul être humain ne puisse être exclu du Royaume.

La clef de voûte ?

« Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; et la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur elle. » Est-ce la proximité des deux images, celle de la pierre et celle des clefs, qui pousse souvent à confondre la pierre angulaire et la clef de voute ? Toujours est-il que Pierre lui-même, dans le passage qui suit cet évangile, va les confondre. La clef de voute est celle que l’on pose en dernier et qui tient l’édifice par le sommet. Pierre s’imagine bien, à la suite de Jésus, au sommet de l’édifice. Il le prend à part pour le rappeler à l’ordre quand Jésus annonce qu’il doit beaucoup souffrir, passer par la mort avant de ressusciter. « Passe derrière moi Satan, lui dit alors, Jésus, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celle des hommes. » Jésus lui annonce que les clefs du royaume sont à ceux qui, à sa suite, acceptent de devenir pierre angulaire, celle qui tient l’édifice non par le sommet mais par le fond… C’est cette pierre rejetée des bâtisseurs de grandeurs et de toute puissance qui fonde l’Église.

Nous confondons souvent, comme Pierre, les clefs du Royaume avec la clef de voute, celle qui tient l’édifice par le haut. La Majesté du Christ passe par la croix, par des blessures d’amour. Non seulement le Christ est blessé mais il nous blesse pour nous ouvrir à un Dieu qui nous veut frères de tout homme. Il blesse notre individualisme, notre égoïsme, notre volonté d’être des supérieurs. Il nous blesse lui-même et il panse la plaie. Chaque blessure est une clef qui nous ouvre sur son Royaume !

Christine Fontaine


Sur cette pierre !

Une parole infaillible

Des politologues l’ont fait remarquer : dans un régime totalitaire, seule la parole du chef a du poids. Les citoyens n’ont rien à dire qu’à répéter ce que l’autorité formule. Ils ne doivent pas dévier dans leurs opinions ou dans leur comportement mais agir comme un seul homme. Tout discours qui s’écarterait des affirmations officielles serait nécessairement dans l’erreur et son auteur empêché de prendre la parole. Un discours infaillible est un discours dictatorial.

En réalité, un ensemble est humain lorsque les sujets qui le composent réagissent à la parole les uns des autres, interrogent et répondent, inventent des chemins nouveaux, s’inclinent les uns devant les autres, plutôt que de s’incliner ensemble, confondus les uns avec les autres, devant un maître absolu. Certes, le tyran se réjouit peut-être de constater que ses ordres sont exécutés sans hésitation ni murmure. En revanche deux personnes qui s’aiment se lamentent lorsque le discours de l’un ne reçoit pas de l’autre les propos qu’il attend. En écoutant la parole de l’autre, il découvre qui il est lui-même. Il découvre au moins qu’il est digne d’être aimé, c’est-à-dire distingué. Et si les deux personnes sont des fiancés qui veulent se marier, qu’ils sachent s’écouter s’ils veulent construire un avenir solide.

Construire sur la pierre

Jésus parle, dans l’Evangile de Matthieu, avec l’autorité d’un maître. Rappelez-vous les mots qui concluent son premier discours, sur la montagne : « Quiconque écoute les paroles que je viens de dire et les met en pratique, peut se comparer à un homme avisé qui a construit sa maison sur la pierre ». Avouons que Jésus ne serait plus Jésus s’il en était resté là. Que ses propos méritent d’être entendus et mis en pratique, nous comprenons. Mais qu’ils soient le dernier mot et le charpentier de Nazareth ne serait plus que le porte-parole d’un Despote Tout-Puissant.

En réalité, si Jésus parle en effet, il se doit aussi d’écouter. Certes, il sait entendre l’appel des malades, des exclus, des pécheurs ou des possédés. Il prête volontiers l’oreille aux propos de ses amis dont il aime partager la table : Marthe, Marie, Lazare. Les événements quotidiens de ce genre et les conversations qui les accompagnent ne sont pas vains, mais ce n’est que « chair et sang ». Pour que la parole qui dit Dieu – qui proclame Jésus Dieu, qui le distingue - ne soit pas terrorisante, pour qu’elle soit parole venue du Père et non pas celle d’un Seigneur Tout - Puissant dont la parole enferme, il faut qu’elle soit aussi et en même temps parole à entendre et prononcée par une personne humaine. Hélas, jusqu’à présent, il a trouvé sur son chemin des terriers pour les renards et des nids pour les oiseaux ; mais la pierre qui serait parole de Dieu prononcée par les hommes et les femmes qu’il côtoie, il ne l’a pas trouvée.

Tu es pierre

L’Evangile de ce jour, précisément, nous conduit en ce point. Enfin des lèvres humaines prononcent des propos quotidiens qui dépassent « la chair et le sang ». « Pour vous, qui suis-je ? » Et Simon déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ». Prenant la parole à son tour, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise ». Il faut corréler, bien sûr, ces propos avec ceux que nous avons cités. L’Eglise à construire renvoie à la maison à bâtir et la métaphore de la pierre comme parole « édifiante » se retrouvent ensemble ici et là.

« Tu es Pierre », dit Jésus. Il ne dit pas « Tu es Simon » ; il ne dit pas « Tu es un vrai Galiléen ni un pécheur qui a quitté ses filets ». Il dit « Tu es parole », une parole qui répond à ce Dieu qui s’adresse à toi par le Messie qu’il envoie. La parole lie et allie des sujets. La phrase de Simon noue le monde des hommes et l’univers de Dieu ; elle joint ce qui est sur la terre et ce qui est dans les cieux.

« Quelque chose de plus grand que moi ! »

Faut-il en conclure, comme le font les catholiques, qu’il n’est pas d’Eglise hors des ensembles qui se nouent autour du successeur de Pierre ? Laissons les théologiens en décider. A s’en tenir à l’Evangile, reconnaissons d’abord l’Eglise là où nous lâchons les évidences et les sagesses humaines. Elles ont leur beauté, Jésus les a goûtées ; elles sont « chair et sang », ce qui n’est pas rien. L’Eglise naît et se construit là où des hommes et des femmes reconnaissent que « chair et sang » sont dépassés devancés par un Dieu qui leur envoie son Verbe non comme une parole infaillible mais comme un appel qui attend une réponse libre et neuve. L’Eglise naît et se construit là où des hommes et des femmes sont traversés par une force qui refuse les limites d’un horizon mesquin. Un membre de l’Eglise, s’il entend cet appel ressemble à un véritable artiste. Van Gogh disait : « Je ne puis pas, moi, souffrant, me passer de quelque chose qui est plus grand que moi, qui est ma vie : la puissance de créer. » Remplacez « la puissance de créer » par la « puissance de répondre » et vous aurez la vision chrétienne de l’Eglise.

Le 13 mars 2013, le Pape François apparaissait face à la foule qui s’était massée sur la Place St Pierre. Avant de donner sa bénédiction à la multitude venue l’acclamer, il a tenu à s’incliner lui-même devant les chrétiens présents. Il indiquait par-là que l’Eglise, avant de reposer sur sa personne supposait une force venue d’en haut, un appel venu d’en-haut faisant la dignité de chacun, dont il n’était pas maître mais serviteur. Devenons capables de lier les réalités terrestres à celles d’en-haut. « Ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux » : à chacun, la tâche est confiée

Michel Jondot

Tiens ferme dans la foi !

La vie dans la foi

Nous avons posé, dans le cours de notre histoire, tant d’actes de foi sans nous rendre compte de leur portée. Nous avons, comme Pierre, bien souvent affirmé que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant. A chaque Eucharistie nous faisons profession de foi ; mais aussi, au fil des jours, nous agissons au nom de la foi, nous en appelons au Dieu de Jésus Christ pour nous éclairer devant telle décision à prendre, nous remettons la vie de nos proches entre ses mains, nous crions vers lui lorsque nous avons l’impression qu’il se fait absent, nous le remercions pour la vie qu’il nous donne et pour celle qui jaillit partout dans le monde, nous revenons à lui lorsque nous découvrons nos torts, nos tentations. La foi nous est familière, si proche et si intime que nous n’y prêtons plus attention.

Prenant la parole, Simon-Pierre déclara : « Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! »
Pierre, en professant sa foi en Jésus Fils de Dieu, ne fait rien d’autre que ce que nous faisons au fil des jours. Et Pierre, comme nous, n’est pas conscient de la portée de ce qu’il atteste. Il prend la parole, spontanément, pour répondre à la question de Jésus. Il dit ce qui lui coule de source, sans réfléchir, sans reconnaître la grandeur de ce qu’il dit. Un jour viendra où, au nom de Jésus Fils de Dieu, Pierre posera des actes héroïques, il supportera des coups de fouet, il supportera l’incompréhension, le danger, le péril et il livrera sa vie. Mais en ce jour où Pierre reconnaît pour la première fois que Jésus est le Messie, le Fils du Dieu vivant, sa profession de foi n’a rien d’héroïque, rien de spectaculaire ; seuls Jésus et les autres apôtres en sont témoins.

la grandeur de la foi

Jésus lui déclara : « Heureux es-tu Simon fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela mais mon Père qui est aux cieux. »
Pierre, comme nous, ne se rend pas compte de la portée de ce qu’il dit. Jésus connaît la portée du plus petit acte de foi. La profession de foi de Pierre manifeste le lien que le Père a noué avec lui. Si le Père des cieux n’avait pas révélé à Pierre qui est Jésus en vérité, Pierre n’aurait pas pu, parmi tous les prophètes, distinguer le Fis de Dieu.

Pour les hommes, le Fils de l’homme est Jean-Baptiste, ou Elie ou Jérémie ou l’un des prophète.
Pour les hommes il y a hésitation sur l’identité du Messie. Et Pierre, comme tous les autres hommes hésiterait entre tous les prophètes passés ou présents, si le Père ne lui avait donné de distinguer Jésus entre tous. Tout acte de foi en Jésus Christ Sauveur est don de Dieu ; tout acte de foi en Jésus Christ révèle le lien que le Père invisible a noué avec celui qui confesse le Messie. Tout acte de foi en Jésus Christ porte la marque de la grandeur même de Dieu. Jésus révèle à Pierre que Dieu l’anime et l’habite. Il révèle à son apôtre le don que Dieu lui fait.

Celui qui pose un acte de foi, celui qui tient dans la foi parce que Dieu le tient est une pierre sur laquelle l’Eglise est bâtie. La puissance de la mort ne peut pas l’emporter : l’Esprit de Dieu que le lie à Dieu lui donne la force de repousser ce qui entrave la marche de l’humanité et la ligote dans la mort.

Tout ce qu’il lie sur la terre est lié dans les cieux pour toujours, tout ce qu’il délie sur la terre est délié dans les cieux pour l’éternité. Tout acte, porté par la foi, attire l’humanité en Dieu.

Le combat de la foi

Ce même Simon à qui Jésus vient de révéler la portée de l’acte de foi qu’il vient de poser, ce même Simon à qui Jésus Déclare qu’il s’appuiera sur lui pour bâtir son Eglise se verra quelques instants plus tard rabroué par Jésus. « Arrière de moi, Satan, lui dira Jésus, tes pensées ne sont pas celles de Dieu mais celles des hommes. » Pierre se fait traiter de démon lorsqu’il refusera l’annonce de la crucifixion de Jésus.

La foi de Pierre est plus solide que tout : c’est Dieu qui le tient fermement dans son Esprit et lui révèle que Jésus est le Messie. Mais Pierre demeure avec des pensées humaines, un esprit pauvrement humain et il chancelle. La foi de Pierre doit encore être confirmée.

Il faudra que soient chassées de sa vie toutes les pensées humaines pour faire place à l’Esprit de Dieu en plénitude. Il faudra qu’il ne soit plus lié qu’à Dieu et délié totalement de la chair et du sang pour devenir inébranlable dans la foi.

Un combat de Pierre, un combat en chacun, se livre. D’actes de foi en actes de foi, d’errances en égarements, la foi de chacun est appelée à grandir. Mais il faut passer par la Croix, par le dénuement, pour que notre foi se confirme. Dans ce combat, le croyant en Jésus Christ reçoit le témoignage de Pierre :Pierre deviendra capable de vivre et de mourir dans la foi sans chanceler. Dans ce combat, le chrétien a l’assurance de la victoire de Dieu sur la puissance de l’Enfer, de la mort et des ténèbres. Dans ce combat, le chrétien est sans cesse invité à croire que chaque épreuve comme chaque joie sont l’occasion de le faire grandir en Dieu.

Christine Fontaine