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26ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 21, 28-32

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux anciens : « Que pensez-vous de ceci ? Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : 'Mon enfant, va travailler aujourd'hui à ma vigne.' Celui-ci répondit : 'Je ne veux pas.' Mais ensuite, s'étant repenti, il y alla. Abordant le second, le père lui dit la même chose. Celui-ci répondit : 'Oui, Seigneur !' et il n'y alla pas. Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier ».

Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n'avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole. »

Nouvelle homélie : Que cherchent-ils ?
Christine Fontaine

Oui ou non ?
Michel Jondot

Lequel des deux a fait la volonté du Père ?
Christine Fontaine


Que cherchent-ils ?

Qui sont-ils ?

Qui sont les prostituées et les publicains ? Les unes vendent leur corps et les autres -les collecteurs d’impôts – exigent davantage que ce qui leur a été ordonné. Les deux monnayent ce qui, dans les relations humaines, devrait être gratuit. Leur attitude est bien repérable : ils font partie des pécheurs publics, de ceux qui ne sont pas fréquentables pour un bon juif.

Mais sous le nom de « prostituées » ou de « publicains » se cachent des comportements bien plus répandus. Les prostituées représentent toutes celles - et tous ceux ! - qui se servent de leur charme pour obtenir un quelconque avantage ; ils sont toujours d’accord avec le patron ou le chef dans l’espoir de se faire bien voir, ceux qui « draguent » pour obtenir une promotion ou un passe-droit pour eux-mêmes ou leurs proches. Les publicains quant à eux vendent leur service. Les uns et les autres forgent un unique système : ils utilisent leurs relations pour faire du trafic. Ils monnaient ce qui devrait être gratuit.

En face d’eux, dans cet évangile, les anciens et les grands prêtres. Les Anciens sont des gens socialement haut placés, appartenant le plus souvent à de grandes familles. Ce sont des notables laïcs. Ils ont un pouvoir de conseil à l’intérieur du grand tribunal juif, le Sanhédrin, alors que les grands prêtres ont le pouvoir de juger. Ils sont ensemble au service du peuple. Ils ont à le maintenir dans l’obéissance à la Loi de Dieu ou à l’inciter à se convertir quand son comportement dévie.

Que cherche le 1er fils ?

Pourquoi Jésus déclare-il à ces guides du peuple que les prostituées et les publicains les précèdent dans le royaume de Dieu ? Notons qu’il en parle au présent. C’est dès maintenant que les prostituées et les publicains sont en quelque sorte les guides de ceux qui devraient les guider.

Ce sont-ils tous convertis d’un seul coup ? Rien ne permet de le dire : Jésus n’en parle pas comme d’anciens publicains ou d’anciennes prostituées. Cependant, déclare Jésus, ils ont tous « cru » en la parole de Jean qui est venu « sur le chemin de la justice ». Ils ont tous reconnu que leur trafic n’était pas juste et ils ont accepté de faire un pas dans le sens de la justice. Sont-ils parvenus d’un seul coup à ne plus faire payer ce qui doit demeurer gratuit ? Probablement pas si l’on en croit le temps qu’il nous faut entre la prise de conscience et l’abandon total de nos comportements déviants. Cependant ils ont fait un pas dans la bonne direction, ils se sont mis en marche. Ils se mettent à émonder leur propre vigne. Ils cherchent à se convertir.

« Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : « Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne. » Celui-ci répondit : ‘Je ne veux pas’. Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla. » Ce fils représente les prostituées et les publicains.

Mais en quoi le second fils, celui qui dit oui mais fait non, représente-t-il les anciens et les grands prêtres ? « Vous n’y êtes pas allé » leur dit Jésus. Autrement dit, vous n’avez pas voulu bouger. Mais qu’auraient-ils dû bouger ? Leur propre comportement n’est-il pas exemplaire ? Rien ne permet de le dire.

Que cherche le second ?

« Si vous y désiriez le bien du peuple de Dieu, comme votre fonction l’exige, vous vous seriez réjouis de ce que fait la parole de Jean sur les prostituées et sur les publicains », leur dit Jésus. Au lieu de cela « vous n’avez pas cru en sa parole. » Pour les grands prêtres et les anciens, peu importent les conversions opérées par Jean. Ils ne voient qu’une chose : Jean vient d’on ne sait où et il ne fait pas partie du sanhédrin ; pourtant il risque d’avoir plus d’influence qu’eux sur le peuple. Cela ils ne peuvent l’accepter. C’est leur fonction de guider le peuple et non celle de cet usurpateur. Ils ne sont pas prêts à bouger de leur rôle de chef ni même à le partager. Alors que les prostituées et les publicains sont prêts à changer, eux ne veulent surtout rien bouger de leur rôle de chefs. Leur comportement révèle qu’ils ne cherchent pas d’abord le bien du peuple mais avant tout à régner sur lui.

Ils ont dit oui quand on leur a demandé de travailler à la vigne. Oui pour obéir eux-mêmes en tout point à la loi pourvu qu’ils en soient les seuls guides. Sous couvert de travailler au bien du peuple, ils travaillent à assurer leur prééminence sur le peuple. Ils ne veulent pas bouger de là. Leur attitude vis-à-vis de Jean le révèle. Mais ils ne veulent surtout pas le reconnaître de peur d’avoir à se convertir. Leur goût du pouvoir pervertit toutes les relations d’autant que leur trafic demeure bien souvent caché… tant ils sont exemplaires en matière de valeurs ou de vertu…

Depuis quelque temps, dans l’Église, on entend de plus en plus de laïcs – souvent issus de grandes familles - se poser en « maîtres des valeurs ». Ils veulent non seulement les réinstaurer dans l’Église mais les infuser dans toute la société. Il faut reconnaître qu’ils sont parfois assistés de quelques prêtres. Devant leur comportement, ne peut-on s’interroger ? Ils ont peut-être – sûrement même – un comportement exemplaire. Ils ne volent pas, ne divorceraient pour rien au monde et se disent les défenseurs de la vie depuis la conception jusqu’à la mort. Mais que cherchent-ils en se faisant ainsi les défenseurs de ce qu’ils appellent les « valeurs chrétiennes » ? Cherchent-ils avant tout le bien du peuple où à maintenir leur pouvoir sur lui ? En cherchant à régner sur les autres, non seulement ils ne vont pas travailler à la vigne mais ils la saccagent.

Cet évangile nous rappelle que mieux vaut être un publicain ou une prostituée qui cherche à se convertir qu’un grand prêtre ou un ancien qui prétend ne pas avoir besoin de conversion !

Christine Fontaine


Oui ou non ?

La volonté du Père

Nous avons tous en mémoire les paroles féroces du « Chrétien Bernanos » à l’égard des responsables ecclésiastiques, lors de la guerre d’Espagne. Face aux massacres barbares qui laissaient de marbre l’épiscopat, il qualifiait d’ « ignoble » l’évêque de Majorque. Ce vis-à-vis entre le romancier laïc et le haut clergé de ce lieu et de ce temps ressemble au dialogue de Jésus, le charpentier de Nazareth, avec les prêtres et les anciens que la liturgie nous donne à entendre ce dimanche. Ceux-ci étaient les gardiens de la loi juive et de son application comme le clergé espagnol veillait à la bonne morale catholique et à la pratique dominicale des paroissiens de chaque village. Qui mieux que des hauts dignitaires ecclésiastiques peuvent prétendre servir la volonté du Père ?

« Amen, disait Jésus ! Les publicains et les prostituées vous précèdent dans le Royaume de Dieu. Car Jean-Baptiste est venu à nous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole, tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. Mais vous, même après avoir vu cela, vous ne vous êtes pas repentis pour croire à sa parole ». Il est vrai que les foules venaient à Jean. Il ne leur parlait pas des ablutions ni des rites innombrables que les interlocuteurs de Jésus ne cessaient de rappeler. Il leur présentait une façon renouvelée d’entendre la Loi. L’homme du désert demandait aux riches de partager vêtements et nourriture avec ceux qui avaient froid et faim ; aux publicains de cesser de s’enrichir au détriment des plus pauvres « Ne soyez violents envers personne » disait-il aux soldats romains. Le souci de l’autre, telle est la volonté du Père. Les foules croyaient à ces discours, même si les minuties de la loi leur échappaient.

D’une certaine manière, se faisant fonctionnaires de la Torah, prêtres et anciens disaient « oui » à la volonté du Père. En revanche, étrangers aux prescriptions particulières de ces légistes, publicains et prostituées disaient « non ». En réalité, à en croire Jean-Baptiste et Jésus, la loi conduit à répondre aux attentes de l’autre et telle est la volonté du Père qui, donnant la loi, fait de chacun le gardien de ses frères. « Va travailler à ma vigne » disait un père à son fils. « D’accord ! dit celui-ci et il n’y alla pas. » Il s’agit, bien sûr, des serviteurs zélés de la loi qui s’arrêtent à la lettre. « Va travailler à ma vigne » disait le même père à son autre fils ; il essuya un refus et pourtant, à en croire la parabole, il se mit à la tâche. Soldats de l’armée romaine ou pécheurs publics, étaient mis à l’écart. Sensibles aux paroles du Baptiste, le visage de l’homme souffrant parlait, pour ces gens-là, plus fort que les impératifs des scribes et des anciens.

A l’écoute de l’Eglise et de l’Evangile

La parabole de Jésus nous rejoint aujourd’hui. Chrétiens, chaque dimanche nous nous mettons à l’écoute de l’Eglise et de la parole de Jésus. Chaque page de l’Evangile est à entendre comme cet envoi formulé aujourd’hui : « Va travailler à ma vigne ! ». Ne disons pas trop vite que nous répondons « oui ». L’accueil et le refus du Père se croisent en nos cœurs et le discernement n’est pas toujours facile. Ne croyons pas que les consignes de la Hiérarchie suffisent pour nous éclairer. Avons-nous raison de désapprouver cette jeune femme qui, pour des motifs que nous ne connaissons pas, a interrompu une grossesse ? Est-ce dire « oui » à la volonté du Père si nous la condamnons ou si nous l’approuvons ? Pouvons-nous réprouver son acte sans avoir écouté une éventuelle souffrance ? On a vu, voici quelques mois, des milliers de fidèles chrétiens défiler dans les villes pour écarter le mariage pour tous. Ils avaient sans doute des raisons à faire valoir pour manifester de la sorte. Ils étaient approuvés par la Hiérarchie. Cela suffisait-il pour assurer que non seulement ils disaient « oui » à la volonté du Père mais qu’ils l’accomplissaient. Des questions graves sont posées à la conscience de la société ; certes, le chrétien ne peut les aborder en oubliant l’Esprit du Père répandu dans son église. Mais faut-il approuver ceux qui veulent respecter la parole du mourant ou ceux qui veulent laisser la nature faire son œuvre ? Soyons humbles devant nos réponses. N’imitons pas les scribes et les prêtres à qui Jésus s’adresse. Ils sont sûrs d’être du côté de ceux qui se soumettent au Père et accomplissent vraiment sa volonté. Jésus les invite à la prudence.

La tendresse du Père

« Un homme avait deux fils… » En entendant ces premiers mots, nous avons tous, bien sûr, en mémoire, la parabole de l’enfant prodigue, chez St Luc. Il me semble que les deux textes ne sont pas aussi éloignés l’un de l’autre qu’il ne le semble. Chacun de nous ressemble au fils aîné à son retour des champs ; Il refuse d’entrer, sûr de son bon droit. Il a toujours fait la volonté du Père, du moins le croit-il. Il refuse d’entrer mais le récit s’achève en laissant espérer que peut-être il reviendra sur sa décision. Il refuse d’entrer mais au cœur de son refus, la voix du Père manifeste sa tendresse et sa supplication. Sommes-nous sur la bonne voie ou sommes-nous murés dans nos apriori stériles ? Ce qui est sûr c’est que sans cesse, Dieu nous désire et nous appelle ; Comme dit le psaume : « Ne fermons pas notre cœur mais écoutons la voix du Seigneur » !

Michel Jondot

Lequel des deux a fait la volonté du Père ?

Les savants et les saints

Jeanne, la petite bergère de Domrémy, prétendait parler au nom de Dieu. Elle voulait chasser l’ennemi hors de France, elle désirait le salut pour ses contemporains. Jeanne vivait selon la justice, elle parlait selon son cœur. Le peuple des pauvres l’écoutait et la suivait. Les savants l’ont condamnée à mort.

François d’Assise, au début de sa vie, allait avec ses frères prêcher l’Evangile. Il arrivait parmi les hommes les mains vides et le cœur plein de Dieu. On le traita de fou, voire même d’hérétique. On le chassa de partout. Les hommes pleins de sagesse humaine disaient de lui : quel est donc ce bonhomme qui mendie au lieu de travailler ? Les hommes pleins de leur sagesse ne l’ont pas écouté.

Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître la sainteté de Jeanne et de François d’Assise. Et toute la chrétienté se gausse de ces savants, de ces théologiens qui n’ont pas su recevoir leur témoignage. Mais aujourd’hui encore, comme hier, comme aux jours de Jean-Baptiste, nous sommes enfermés dans notre sagesse humaine et nous passons devant la sainteté de nos contemporains sans la voir, sans la reconnaître.

Qu’un petit, à l’image de Jean-Baptiste qui n’avait guère l’allure d’un théologien, vienne jusqu’à nous, vivant selon la justice, et nous ne croirons pas à sa parole. Que cette même parole soit proclamée en chaire par un prédicateur de renom et nous l’applaudissons. Et Dieu se plaît à passer par des tout-petits que nous ne reconnaissons pas !

Les pécheurs et les saints

Dieu s’y prend mal, il devrait avoir compris, depuis tant de siècles où la même histoire se reproduit, que pour se faire entendre, il a intérêt à passer par des gens illustres ! Dieu devrait savoir que nous avons besoin de connaître les diplômes et les titres de ceux qui parlent en son nom. Et toujours il continue de parler par des petits Jean-Baptiste à qui les anciens demanderont : « A quel titre nous parles-tu de Dieu ? » Dieu n’a pas le sens de ses intérêts !

Pourtant, depuis Jean-Baptiste, en passant par les saints de tous les temps, les publicains et les prostituées ne s’y trompent pas. Les pécheurs, depuis toujours, ont une sorte de complicité avec les plus grands saints. Les pécheurs sont les amis des saints. « Vous les prêtres et les anciens, dit Jésus, vous qui avez l’expérience et le savoir, vous n’avez pas cru à la parole du Baptiste ;tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. » Les pécheurs et les saints se donnent la main ; ils font partie du même peuple, ils sont un même peuple, un même Royaume.

Dans ce Royaume, les publicains et les pécheurs précèdent les hommes de savoir et d’expérience. Ils marchent devant eux, ils les traînent, ils les entraînent. C’est grâce aux pécheurs, tirés par eux, que les sages arriveront quand même au bout du compte dans le Royaume des Cieux. Les pécheurs et les saints, ensemble, attireront le monde tout entier dans le Royaume du Père. C’est grâce à eux, ensemble, que tous nous serons sauvés. Les pécheurs et les saints sont de connivence : ils s’entendent bien ! ils n’ont ni titres ni diplômes : ils sont petits, ensemble, devant Dieu !

Les petits et les humbles

Un homme avait deux fils, au second il dit: «Mon enfant va travailler à ma vigne». Celui-ci lui répondit «Oui»; mais il n’y alla pas.

Un homme avait deux fils, mais l’un des deux, le second, ne bouge pas. Heureusement le premier ne suit pas la même pente : le premier dit franchement « non » à Dieu. Il répond : « Je ne veux pas faire ta volonté » ; Quelle chance ! Dieu s’en réjouit d’avance ! Il sait que celui-là au moins ne ment pas ! Ainsi en est-il des pécheurs, des publicains et des prostituées. Eux savent qu’ils ne font pas la volonté de Dieu. Ils savent qu’ils ont des torts devant Dieu. C’est le premier pas ! Ceux-là sont bien partis en vérité ! Qu’un petit comme Jean-Baptiste – vivant selon la justice – les appelle à changer de conduite et ils vont l’écouter : ils savent déjà, ils sont prêts, ils reconnaissent déjà leurs torts et leurs erreurs. La parole de Dieu peut venir à eux : ils sont préparés à la recevoir.

Mais le premier fils, l’homme d’expérience et de savoir, ne peut pas laisser venir à lui l’homme de Dieu. Il se croit lui-même un homme de Dieu, il n’a donc besoin de personne. Il sait qu’il faut toujours dire oui à Dieu. Et il le dit : c’est là son grand malheur ; il est hors d’atteinte de toute parole venue d’un autre : il se ment à lui-même, il est sûr de dire oui à Dieu, il est assuré que Dieu est de son côté.

Et Dieu, qui est toujours du côté de l’autre à recevoir, s’y prend bien. Il envoie aux sages et aux savants des hommes et des femmes qui ne correspondent pas à leur profil. Il envoie les saints de tous les temps qui seront traités de fous, méprisés, rejetés, mais qui, au bout du compte, finiront par pousser les sages à se reconnaître pécheurs. Par eux, la sagesse de Dieu a raison de la folie des hommes ; par eux la puissance de Dieu donne la main au pécheur !

Christine Fontaine