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4ème dimanche de pâques

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 10, 1-10

Jésus parlait ainsi aux pharisiens : « Amen, amen, je vous le dis : celui qui entre dans la bergerie sans passer par la porte, mais qui escalade par un autre endroit, celui-là est un voleur et un bandit. Celui qui entre par la porte, c'est lui le pasteur, le berger des brebis.

Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent, car elles connaissent sa voix. Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s'enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. »

Jésus employa cette parabole en s'adressant aux pharisiens, mais ils ne comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. C'est pourquoi Jésus reprit la parole : « Amen, amen, je vous le dis : je suis la porte des brebis. Ceux qui sont intervenus avant moi sont tous des voleurs et des bandits ; mais les brebis ne les ont pas écoutés. Moi, je suis la porte. Si quelqu'un entre en passant par moi, il sera sauvé ; il pourra aller et venir, et il trouvera un pâturage. Le voleur ne vient que pour voler, égorger et détruire. Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.

Nouvelle homélie : Obéir ?
Christine Fontaine

Les murs à détruire
Michel Jondot

"Il les appelle par leur nom"
Christine Fontaine


Obéir ?

L’obéissance une vertu ?

Hannah Arendt écrit : « Puis vint la dernière déclaration d’Eichmann. Ses espoirs de justice avaient été déçus ; le tribunal ne l’avait pas cru, quoiqu’il eût toujours fait de son mieux pour dire la vérité. Le tribunal ne le comprenait pas : il n’avait jamais haï les Juifs, il n’avait jamais voulu le meurtre d’êtres humains. Il était coupable parce qu’il avait obéi, et l’obéissance est considérée comme une vertu. Les dirigeants nazis avaient abusé de sa vertu. Mais il n’appartenait pas à la clique dirigeante, il était une victime et seuls les dirigeants méritaient d’être punis. »

« Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens. » Les pharisiens font partie des chefs mais ils ne sont pas parmi les plus grands. Au-dessus d’eux président les grands prêtres qui seuls ont accès au Saint des Saints. Les pharisiens sont plus proches du peuple que les grands-prêtres. Ces derniers doivent négocier avec eux pour que le peuple les suive. On pourrait dire que les pharisiens dont parle Jésus, ceux qu’il traite de « voleurs » « qui ne viennent que pour voler, égorger et détruire », sont taillés dans le même bois que Eichmann. Ils ne font en quelque sorte qu’obéir… « et l’obéissance est considérée comme une vertu ». L’accusation prononcée par Jésus est prémonitoire quand on se souvient de l’immensité du massacre causé par l’obéissance d’Eichmann et de ses nombreux pairs ! « Jésus employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait leur dire ! »

L’écoute de l’Autre

Jésus oppose radicalement le comportement des pharisiens et celui du berger. Il oppose la destruction du troupeau causée par les pharisiens et la vie en abondance que lui, Jésus, vient donner à l’humanité : « Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu’ils l’aient en abondance. » Dans les deux cas, il s’agit pour les brebis d’obéir. Jésus parle d’obéissance en disant que « les brebis écoutent sa voix ». Étymologiquement, obéir signifie « écouter l’autre », répondre à sa sollicitation. Ainsi le troupeau est traversé par deux forces totalement contradictoires, l’une conduisant à la vie et l’autre au massacre. Ces deux instances demandent l’une comme l’autre à être écoutées, autrement dit font appel à l’obéissance des brebis. Il ne suffit donc pas d’obéir, il y faut du discernement. On ne peut pas se contenter de suivre un chef, fût-il religieux comme les pharisiens, pour avoir l’assurance d’être mené sur un chemin de vie.

Mais comment ces pauvres brebis pourront-elles ne pas se laisser tromper par des loups voraces qui, évidemment, prendront toujours l’aspect de bons bergers puisqu’ils veulent être suivis ?

« Ses brebis à lui (le Bon Pasteur), il les appelle chacune par son nom. » Pour les bergers hypocrites et voraces - ceux qui paraissent doux comme des agneaux mais qui sont en vérité des voleurs et des brigands - le troupeau est une masse indistincte. Peu importe l’histoire, les compétences, les blessures ou les désirs de chaque individu, l’important c’est que le troupeau suive comme un seul homme. Pour le Bon Pasteur, chaque brebis a un nom qui la distingue de toutes les autres. Le troupeau est composé d’hommes et de femmes chacun différents les uns des autres. Ensemble ils ne constituent pas une masse anonyme. Chacun est appelé par son nom propre. « Ses brebis à lui (le Bon Pasteur), il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir. » De quoi les fait-il sortir sinon de l’anonymat qui caractérise les foules ?

Sans confusion

Chacun de ceux qui s’est senti reconnu par Jésus, appelé par lui, ne peut confondre cet appel avec celui des bergers qui demandent qu’on leur obéisse sans se soucier des personnes à qui ils parlent. On ne peut plus les tromper. Ils savent reconnaître une parole qui les rejoint d’une parole qui est peut-être juste mais ne rejoint personne. « Jamais elles ne suivront un inconnu, elles s’enfuiront loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus. » Les faux pasteurs ne cherchent pas à connaître et à rejoindre ceux à qui ils s’adressent. Du coup, ils sont pour eux des inconnus. Le chemin de la vie est celui de la reconnaissance mutuelle. Sur ce chemin, l’obéissance consiste à s’appeler, à s’écouter et à se répondre à « aller et venir ». Le chemin qui mène à la mort est celui où on massacre l’autre, où on ne tient pas compte de ce qu’il a d’unique. Sur ce chemin on n’a pas le droit d’aller et de venir, d’entrer et de sortir, de chercher à s’écouter mutuellement. L’obéissance consiste à perdre son identité et à se fondre dans une masse anonyme. Un véritable massacre  !

Eichmann disait, lors de son procès, « n’avoir jamais haï les juifs, il n’avait jamais voulu le meurtre d’êtres humains. Il était coupable parce qu’il avait obéi, et l’obéissance est une vertu ». Sans aller jusqu’à l’holocauste, chaque fois qu’on oublie que tout groupe humain est constitué d’individus, chacun unique au monde, on tue leur humanité. On les réduit à un anonymat destructeur, moins spectaculaire mais tout autant insidieux et efficace, que celui qui a conduit Eichmann à exécuter des ordres inhumains. Les disciples de Jésus Christ sont appelés à désobéir à ceux qui veulent transformer leur groupe en un troupeau docile où la spécificité de chacun est abolie. Ils sont appelés à former non le troupeau mais la troupe de ceux qui combattent de toutes leurs forces pour que chacun soit écouté, reconnu dans ce qu’il a d’unique. Dans la troupe de Jésus-Christ chacun appelle les autres par leur nom !

Christine Fontaine


Les murs à détruire

Un récit mystérieux

J’ai été longtemps avant de comprendre ce récit.
A quoi pouvait ressembler cette bergerie à laquelle Jésus songeait lorsqu’il prononçait cette parabole Le berger appelle ses brebis, chacune par son nom. Elles répondent, elles entrent et lorsqu’elles sont à l’intérieur, il les promène à l’extérieur « et elles le suivent car elles connaissent sa voix ». Entrent-elles ou sortent-elles ? A quoi ressemble cette bergerie qui loin d’enclore et d’abriter ouvre sur de larges espaces où le Pasteur conduit son troupeau pour de vastes déplacements ?

Et aussi, à quoi pouvait ressembler ce Pasteur qui fait entrer ou sortir, on ne sait. Il ouvre la porte et il appelle ; en même temps, il dit « Je suis la porte » ! A l’épaisseur d’un corps s’oppose le vide d’un passage : une brèche à l’intérieur d’un mur épais qu’on ne peut franchir qu’en l’escaladant en cachette « pour voler, escalader et détruire ».

Berlin 9 novembre 1989

En réalité, depuis le 9 novembre 1989 je comprends parfaitement. Vous vous souvenez des images diffusées à travers le monde, depuis Berlin, ce matin du 10 novembre pour permettre un passage entre Allemands de l’Est et Allemands de l’Ouest. J’ai encore sous les yeux l’image de deux jeunes gens armés de pioches et de pics ayant réussi à se hisser au haut de ce mur de 3,60 mètres et brisant l’épaisseur des pierres. Ils réussirent à faire une ouverture où les foules s’engouffrèrent, criant de joie et débordant d’affection non seulement quand ils reconnaissaient un parent dont ils étaient séparés depuis longtemps mais quand ils prenaient dans leurs bras un inconnu aussi proche qu’un frère bien aimé. Les cris de joie s’harmonisaient d’une façon étonnante avec la musique du violoncelle du fameux Rostropovitch.

Lorsque la trouée dans le mur de pierre fut achevée, lorsque les Allemands purent passer d’Est en Ouest dans la joie et la liberté, j’ai compris la parole de Jésus : « Je suis la porte ». Je me suis rappelé le texte de St Paul qu’on lit à l’entrée de la Semaine Sainte : « Il se dépouilla lui-même... ». Jésus, au milieu de ses contemporains, n’avait rien de ces 14 000 gardes qui surveillaient le Mur, à Berlin, pour empêcher ceux qui s’aimaient de se rencontrer. Il s’effaçait pour laisser place à autrui. Il refusait de de faire obstacle à la rencontre des uns et des autres par des interdits, des menaces et des condamnations. Entre le fils prodigue qui voyait s’ouvrir la porte de la maison familiale et le père qui venait à sa rencontre, rien ne s’interposait. Cette absence d’obstacles entre les deux personnages, tel est le mystère de Jésus. Il s’efface et son effacement n’est pas une démission : il permet qu’entre nous s’effondrent les barrières et les murs.

Regarder le monde

Quand on a compris cette parabole, on peut regarder le monde. On peut le comparer à une immense bergerie. L’humanité ressemble à un troupeau innombrable. Chacun fait groupe avec qui il veut : il s’agrège à tel parti, telle nation, telle Eglise ; on y entre ; on y forme un ensemble à l’intérieur duquel on se referme. Et nous voilà emprisonnés dans des principes, des convictions, des intérêts. On croit avoir trouvé l’abri. En réalité, souvent on demeure prisonnier ; des murs plus épais que celui de Berlin nous séparent les uns des autres. Entrons non seulement là où nous sommes protégés mais partout où nous pouvons communiquer. Entrons partout là où nous pouvons nous parler ; lorsque nous prêtons l’oreille à ceux que nous tentons de rejoindre, « nous écoutons sa voix » et, si nous y prenons garde, elle est plus belle que le violoncelle de Rostropovitch.

En lisant cette parabole je songe à une rue dans une ville des Hauts de Seine. Des Français avaient réussi à se construire, sur le même côté d’une chaussée, des petits pavillons de banlieue comme on en voit beaucoup. Vinrent, quelques années plus tard, des Antillais et des Maghrébins qui réussirent, à leur tour, à construire, de l’autre côté de la chausse, une maison pour abriter leur famille. Les bons français refusèrent le risque de communiquer avec leurs vis-à-vis ; ils construisirent, au milieu de la rue, un mur pour qu’on ne puisse passer d’un côté à un autre. Ne nous moquons pas ; chacun de nous s’arrange pour se protéger de ceux dont, à tort ou à raison, il se méfie. Lorsque des étrangers se présentent à nos frontières, il est loin le portier dont ils aimeraient entendre la voix qui les aiderait à entrer. Lorsque se préparent des élections dans notre pays, entre les adversaires les cloisons sont impénétrables : aucun berger ne pourra faire entendre sa voix et si vous tendez l’oreille, la plupart du temps, vous percevrez non les bêlements d’un troupeau de brebis mais les hurlements d’une meute de chiens. Apprendrons-nous à nous parler, tout différents que nous soyons ? Nous sommes au monde non pour nous séparer mais pour communiquer : ne fermons pas la porte qui pourrait s’ouvrir entre nous. Rappelons-nous la parole : « Je suis la porte ».

Enfin regardons l’univers. Quels discours prononcerait Jésus devant la frontière infranchissable qui sépare le Mexique et les Etats-Unis : un mur de 21 000 kms dont la construction aura coûté deux milliards de dollars ! Et surtout, si vous préparez un pèlerinage en Terre Sainte, apprenez par cœur l’Evangile de ce jour. Méditez-le devant ce qu’on appelle « Le mur de la honte » que construit Israël pour annexer la terre du pauvre, le territoire du Palestinien de Cisjordanie.

Michel Jondot


"Il les appelle par leur nom"

Il les appelle

L'église nous invite aujourd'hui à prier pour les vocations. Dieu appelle des hommes et des femmes à le suivre. Et chacun est invité à se demander à quoi il est appelé et s'il répond fidèlement à cet appel.

Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom.
On aurait pu s'attendre à ce que Jésus soit plus précis et qu'il assigne une fonction particulière à chacune de ses brebis. On aurait pu imaginer qu'il demande à un membre de son troupeau d'être prêtre, à un autre d'être missionnaire, à un autre encore d'être un bon militant chrétien.
Rien de tel.
Jésus appelle ses brebis et il ne leur fixe aucune tâche particulière. Jésus appelle ses brebis chacune par leur nom. Il appelle chacun à être simplement lui-même, à devenir lui-même. Jésus n'est pas à la tête d'un troupeau de fonctionnaires. Il n'agit pas comme un chef d'entreprise qui aurait des postes à pourvoir et qui forcerait chacun à occuper une place ; Il n'agit pas non plus comme un patron qui n'aurait pas de place pour chacun et laisserait des brebis au chômage.
Dans le troupeau dont Jésus est le berger chaque brebis a un nom, chaque brebis est aimée pour elle-même, chaque brebis est appelée par son nom ; Que l'on ait telle ou telle fonction, peu importe, l'important c'est d'avoir un nom.

Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, il les appelle à vivre :
« Moi je suis venu pour que les hommes aient la vie, pour qu'ils l'aient en abondance.»

Il les conduit

« Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom et il les fait sortir. Quand il a conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête, et elles le suivent car elles connaissent sa voix.»
Jésus appelle ses brebis à sortir de ce qui n'est pas leur propre nom. Il les arrache aux images qu'elles se forgent d'elles-mêmes, des autres ou de Dieu.
Jésus les conduit là où il demeure lui-même.

Jésus demeure au coeur du Père. Il conduit ses brebis à recevoir l'amour du Père, à en vivre et à demeurer dans l'Amour comme lui-même y demeure.
Jésus appelle et conduit ses brebis à se savoir bien-aimées de Dieu. Il les appelle et les conduit à aimer à leur tour comme Dieu les aime.

Sans passer par lui, Jésus, personne ne peut entrer et demeurer au coeur de Dieu. Sans passer par Jésus, personne ne peut aimer avec le coeur de Dieu, personne ne peut répondre à l'appel de Dieu.
Il est la porte ; il ouvre le passage, si quelqu'un entre en passant par lui, il sera sauvé. Sans passer par lui, on veut escalader par la force de ses propres mérites, on veut acheter à coup d'effort personnel ce que personne ne mérite, ce qu'aucun effort ne peut obtenir. Lorsqu'on ne passe pas par lui, on veut entrer par soi-même au coeur de Dieu. On se fait voleur et brigand. On veut acquérir, acheter l'amour de Dieu, on veut gagner ce qui est donné gratuitement, on vole l'amour et on le tue.
En passant par Jésus, on reçoit la vie même de Dieu à qui nul d'entre nous n'a droit et que nul ne mérite.

Elles le suivent

Jamais ses brebis ne suivraient la voix d'un inconnu, elles s'enfuiraient loin de lui, car elles ne reconnaissent pas la voix des inconnus.
Jamais les brebis de Dieu ne suivraient une autre voix que celle de l'Amour, jamais elles ne suivraient des voix inconnues de Dieu, les chemins de mort et de péché. Elles sont appelées à aimer et elles reconnaissent l'Amour. Elles ne cherchent en rien leur intérêt, elles n'ont d'autre intérêt, d'autre désir, d'autre appel que d'aimer leur Dieu, d'aimer chacun avec le coeur de Dieu. Elles reconnaissent ce qui est un faux semblant d'amour, elles reconnaissent ce qui les empêche d'aimer, et elles en appellent à Dieu pour les faire sortir de leurs ornières.

Elles vont et viennent sans crainte : elles s'en remettent à Dieu pour leur donner la vie en abondance lorsque la force leur manque. Elles ne craignent pas de reconnaître leurs manques : elles croient que Dieu ne leur manquera pas et qu'il donne gratuitement à celui qui demande.

Les brebis sont appelées à croire qu'elles sont bien aimées de Dieu. Elles sont appelées à vivre de la vie même de Dieu, à aimer chacun comme Dieu les aime.

La force des brebis, c'est d'être des brebis, faibles comme des tout-petits, comptant sur Dieu pour leur donner nourriture et vie.
On rencontre des brebis de Dieu à toute place, dans toute fonction et dans toute situation !

Christine Fontaine