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Rembrandt
Emmaüs

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Rembrandt,
Le Christ se révélant aux Pèlerins d’Emmaüs
Huile sur toile 68 x 65 cm 1648 Musée du Louvre, Paris, France

Peintre travaillant dans tous les genres, paysage, peinture d’histoire, portrait et nature morte, Rembrandt (1606-1669) a fait des sujets religieux un des cœurs de sa pratique picturale. Le choix du thème et la manière adoptée sont assurément pour lui une manière de prier et de méditer, avec le pinceau plus qu’avec la parole.

La scène mise en lumière dans ce chef d’œuvre bien connu a déjà été traitée par Rembrandt dans un tableau peint à 22 ans, conservé au Musée Jacquemart André. C’est la fin de la journée, dans cet épisode raconté par saint Luc (chapitre 24), que choisit le peintre. A l‘auberge, à la tombée du jour, Jésus se montre aux deux disciples avec lesquels il a discuté en chemin, et ils le reconnaissent. A ces trois personnages assis autour de la table s’ajoute l’aubergiste debout, que le peintre ajoute par un souci de vraisemblance, ou d’humanité je crois. Car c’est bien de l’homme qu’il s’agit ici. Comment trouver dans nos vies quotidiennes la vraie vie, la vie ressuscitée, la vie divine ? Comment faire cette expérience d’Emmaüs maintenant ?

Le Christ paraît étrangement pâle, livide, et son visage comme son attitude semblent venir de loin et porter ainsi en filigrane les traces de la Passion. Rembrandt a réussi à donner à voir un statut double, contradictoire dans son apparence : Jésus semble à la fois ici et ailleurs, présent et absent, ou plutôt présent d’une présence différente, d’une présence seconde. Cette qualité paradoxale donne toute sa puissance au tableau. Elle tient notamment au traitement singulier de la lumière. Jésus se trouve éclairé par la lumière venue de la fenêtre à gauche et par le reflet de la nappe blanche, qui rappelle le blanc du linceul. Et l’auréole qui le nimbe est, encore, une autre lumière.

Les deux disciples, qui peuvent être vous et moi, sont dessinés dans des attitudes différentes. Celui de droite paraît étonné, surpris de cette révélation soudaine, celui de gauche est dans la prière, les mains jointes.

Que retenir de cette étrange figuration du divin dans une scène toute humaine ? La simplicité, l’austérité, le dépouillement de l’auberge est comme notre monde, notre cœur sans doute, vide et en attente. Quelques détails, peu visibles, évoquent la finitude, précisément ici la mort récente de Jésus : le verre vide renversé à sa droite, le crane d’agneau brisé sur le plat à sa gauche, symbolisant le Christ agneau de Dieu. Ce type de tableau, de faibles dimensions mais précieux, appelait à l’époque un regard très attentif, une méditation par le regard reprise au fil des jours et qui donnait au moindre détail une importance capitale. Notre civilisation actuelle de l’image est plus sensible aux flashes et aux illuminations soudaines et a perdu l’habitude de cette longue et lente contemplation, sans cesse reprise.

Le tableau du Musée Jacquemart André, plus ancien de 20 ans, laissait le visage et le corps du Christ dans l’ombre, comme pour cacher le mystère de la Résurrection dans un fameux contre-jour. Ici au contraire, le mystère se trouve simplement en pleine lumière, au centre même de la toile. La divinité de Jésus, qu’atteste sa résurrection, n’est pas une énigme bien cachée, mais l’évidence même de sa pleine, de sa totale, humanité. La vie ressuscitée est simplement notre vraie vie humaine, en plénitude.

Paul-Louis Rinuy













Rembrandt
Emmaüs
Tableau du musée Jacquemart André



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