Page d'accueil Nouveautés Sommaire Auteurs
Retour "Temps Avent-Noël" Retour "Année A" Contact - Inscription à la newsletter - Rechercher dans le site


Dimanche de la Sainte Famille

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 2, 13-15.19-23

Après le départ des mages, l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph et lui dit : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et fuis en Égypte. Reste là-bas jusqu'à ce que je t'avertisse, car Hérode va rechercher l'enfant pour le faire périr. » Joseph se leva ; dans la nuit, il prit l'enfant et sa mère, et se retira en Égypte, où il resta jusqu'à la mort d'Hérode. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : D'Égypte, j'ai appelé mon fils.

Après la mort d'Hérode, l'ange du Seigneur apparaît en songe à Joseph en Égypte et lui dit : « Lève-toi ; prends l'enfant et sa mère, et reviens au pays d'Israël, car ils sont morts, ceux qui en voulaient à la vie de l'enfant. » Joseph se leva, prit l'enfant et sa mère, et rentra au pays d'Israël. Mais, apprenant qu'Arkélaüs régnait sur la Judée à la place de son père Hérode, il eut peur de s'y rendre. Averti en songe, il se retira dans la région de Galilée et vint habiter dans une ville appelée Nazareth. Ainsi s'accomplit ce que le Seigneur avait dit par les prophètes : Il sera appelé Nazaréen.

« Sauver la vie »
Michel Jondot

Sauver la famille !
Christine Fontaine


« Sauver la vie »

La famille est en crise

La famille est en crise : qui peut le nier après les manifestations spectaculaires du printemps dernier, au moment où les élus débattaient pour le vote d’une loi nouvelle concernant « le mariage pour tous » ? Qui avait raison, qui avait tort ? Existe-t-il vraiment une loi naturelle qui exclut la reconnaissance, par la société, de l’union de deux personnes du même sexe. ? Qu’est-ce qu’une loi naturelle ? Certes, ces questions sont importantes et notre site n’a pas voulu les esquiver même si nous ne sommes pas en capacité d’apporter un éclairage particulier. Manifestement la société occidentale vit une mutation qui déconcerte beaucoup de chrétiens. Mais il ne semble pas que l’Evangile soit d’un grand recours pour résoudre le problème. Certes, Jésus a condamné « la dureté du cœur masculin » en prenant la défense de la femme répudiée, rejetée de la maison comme un objet inutile qu’on met à la poubelle. Mais il n’a pas pris parti contre la situation patriarcale sur laquelle reposait la situation juive de son temps et que toute conscience éclairée – chrétienne ou non – rejette aujourd’hui.

L’enfance menacée

En revanche l’Evangile de ce jour illustre une manière d’être père ou mère qui devrait nous faire réfléchir en ces temps de violence qui bousculent tant de pays. Les pouvoirs en place, après la naissance de l’enfant, en Palestine, sont une menace pour la vie des tout-petits. Face à Hérode ou Archélaüs, les nouveau-nés sont en danger. Une force qui ne vient pas par les médias et qui n’a rien à voir avec une quelconque idéologie, une force qui ne cherche pas à mettre un gouvernement en difficulté, une force qui vient de loin met Joseph en mouvement. Après les analyses de Freud et de ses disciples, on peut dire qu’elle vient « des profondeurs » cette force qui par deux fois s’exprime par des « songes » dans notre texte. (« Intimior intimo meo » : un lieu plus intérieur que l’intérieur de moi, disait Augustin)

Défendre la Sainte Famille, c’est arracher celui qui vient de naître aux menaces des puissants. Ne dites pas qu’à Bethléem le cas est exceptionnel et qu’il s’agit de Jésus, le Fils de Dieu. Matthieu parle de « l’enfant ». Le mot ne désigne pas seulement celui qui vient de naître dans une grotte mais celui qui sort du ventre de sa mère en cet instant même, au fin fond de l’Afrique ou ailleurs. Il s’agit de sauver non pas un enfant mais « l’enfant », tout enfant. Sauver la vie à sa racine ; sauver l’avenir. Sauver le don de Dieu !

Comment se fait-il qu’en voulant sauver l’enfant confié à un couple homosexuel, la population soit si peu attentive aux milliers de familles qui fuient ces régions de Proche-Orient pour arracher leur progéniture aux bombardements ou à la faim ? Comment se fait-il qu’un pays comme le nôtre n’ait sauvé de la mort que 700 familles syriennes alors que nos voisins belges en ont accueilli 7000 ? Quand on voit l’ardeur de Joseph à fuir son pays pour trouver une terre hospitalière et lorsqu’on est témoin des propos de certains politiques pour fermer les frontières de l’Hexagone, le texte d’aujourd’hui doit faire mal. Comment se fait-il que l’Europe se résigne devant la mort de tant de pères naufragés en Méditerranée en tentant de rejoindre l’île de Lampedusa pour trouver en Europe de quoi arracher leurs enfants à la faim ?

Dira-t-on qu’en France les régimes politiques, qu’ils soient de droite ou de gauche, n’ont pas la cruauté de Bachar el Assad ou d’Hérode ? Ils ne réussissent pourtant pas à sauver la vie. On oublie que la politique du logement oblige des familles entières à vivre dans des appartements tellement insalubres qu’en France, chaque année, 85 000 enfants de 1 à 6 ans sont atteints de saturnisme, une maladie qui conduit à la mort !

Une famille en nombre aussi grand que les étoiles du ciel

Au siècle dernier, un romancier célèbre partait en guerre contre la famille : « Familles je vous hais ! Foyers clos, portes refermées, possessions jalouses du bonheur ! » (André Gide). Il est vrai qu’un certain milieu bourgeois avait réduit la famille au cercle étroit de relations privilégiées, plus avide de protéger un héritage que de s’ouvrir aux horizons ouverts par l’Evangile. La famille se décompose aujourd’hui. La sauver ne consiste peut-être pas à recomposer ces cellules étroites et protectrices, âpres au gain. Commentant la fuite en Egypte, Matthieu a cette phrase qui doit nous interroger. « Ainsi s’accomplit ce que le Seigneur avait dit par le prophète : ‘d’Egypte, j’ai appelé mon fils’. ». La sortie d’Egypte était l’entrée dans un peuple, la réalisation de la promesse faite à Abraham : une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel ou que le sable de la mer. Si la crise qui ébranle les familles annonce la disparition d’un monde mesquin, réjouissons-nous. Mais ne nous reposons pas sur les décombres d’un monde ancien. Faisons grandir la vie en faisant entrer tout enfant venant au monde dans un monde où la liberté recouvre l’univers d’un voile aussi beau qu’un ciel nocturne en plein été de Palestine.

Michel Jondot


Sauver la famille !

Nos modèles : la solidité

Nous avons tous en tête une image de ce que doit être une famille. Nous savons, par exemple, qu'il existe des critères favorables à l'épanouissement de ses membres : une situation stable, un logement convenable, l'absence de soucis financiers, un minimum de sécurité et de stabilité pour les enfants.

Dans ce monde tourmenté, nous avons besoin que le couple soit solide. Nous aimerions que la famille soit un lieu de repos et de paix; ce repos et cette paix dont nous sommes si souvent privés ailleurs. Nous voudrions pouvoir protéger notre propre famille de la tourmente.

Nous nous forgeons tous ainsi des images de la famille : images de douceur, d'harmonie, de repos et de solidité. Nous souffrons lorsque, dans notre propre famille, nous n'arrivons pas à réaliser ce modèle.

La Sainte famille errante

Joseph, Marie, l'enfant : la Sainte Famille... Confrontée aux modèles que nous avons, cette famille n'a vraiment pas de chance. Tout s'acharne contre elle. Nous rêvons de paix et de sécurité... la Sainte Famille n'arrive pas à connaître le repos. De Bethléem en Egypte, d'Egypte en Judée et jusqu'à Nazareth, ils sont constamment déportés depuis la naissance de Jésus. Ils ne possèdent pas le minimum de sécurité exigé lorsqu'on a la charge d'un bébé : ils n'ont ni maison, ni pays. C'est une famille d'exilés.

La Sainte Famille surtout n'arrive pas à se protéger de la tourmente ni des atteintes du monde. Dès le début, les aléas de la politique d'Hérode les atteignent de plein fouet : le roi est jaloux et il en veut à la vie du nouveau-né. Une lumière pourtant se lève dans la nuit : celui qui voulait tuer l'enfant meurt le premier. Mais la chance est de courte durée : voilà que le successeur est le fils d'Hérode; il épouse les desseins de son père.

Marie, Joseph, l'enfant, comparés à nos modèles sont des gens bien à plaindre. Et pourtant cette famille est solide, plus même que celles dont nous rêvons. Sa force repose dans le désir de vie qui anime chacun des membres. Car il s'agit de protéger la vie de l'enfant. Cette vie est menacée. Devant le péril, plus rien ne compte. Pour sauver la vie de l'enfant, ils sont prêts chaque fois à faire face à une nouvelle situation, à prendre tous les détours possibles.

Ce désir qui les habitent est pris dans l'appel du Père qui poursuit Joseph jusque dans son sommeil. Joseph et Marie entendent sans cesse cet appel du Père qui veut la vie avec eux et par eux. Leur solidité vient du désir de vivre et de faire vivre.Joseph, Marie, ne se réfèrent pas à un modèle à réaliser. Ils inventent pour sauver la vie. C'est en cela que leur famille s'avère solide et sainte.

Une autre solidité

Nous disons souvent que la famille est menacée aujourd'hui. Il est vrai que le repos, la quiétude et l'harmonie ne sont pas faciles à trouver. Nos modèles sont ébranlés, sûrement; mais pas plus que ceux de Marie et de Joseph.

Lorsque les modèles sont ébranlés, plutôt que de s'y accrocher et de se lamenter, nous pouvons considérer cette épreuve comme une chance. Si le désir de vivre et de faire vivre nous habite, nous pouvons inventer une réponse qui nous est propre, une réponse qui n'aura jamais fini de se chercher. Comme Joseph et Marie, de détours en détours et de tâtonnements en tâtonnements, nous n'en aurons jamais fini de sauver l'amour et la vie. Nous apprendrons, dans ce cheminement même, la joie et une autre manière d'être solides.

La seule menace qui pèse sur la famille consiste à croire que la vie est repos plutôt que chemin. En amour, nous n'en aurons jamais fait assez. Il y aura toujours un nouveau détour à prendre. Accepter les détours incessants pour se rejoindre, reconnaître dans cette marche le désir de Dieu, telle est la sainteté et la solidité auxquelles nous sommes conviés.

Christine Fontaine