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Ascension


Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 16, 15-20

Jésus ressuscité dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné. Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s'ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s'en trouveront bien. »

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s'assit à la droite de Dieu. Quant à eux, ils s'en allèrent proclamer partout la Bonne Nouvelle. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l'accompagnaient.

A la droite du Père
Christine Fontaine

Dieu n’est plus dans les hauteurs
Michel Jondot


A la droite du Père

La stabilité

Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assis à la droite de Dieu.
Comme quelqu’un qui est heureux du travail accompli et peut enfin se reposer, Jésus Christ s’assied à la droite du Père. Désormais, il ne bougera plus de ce lieu !

Jésus Christ est stable ; il est définitivement établi au plus haut des cieux. Il ne sera pas sujet à éclipse. On peut compter sur lui : il demeurera assis à droite, du côté des bénis !
Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel d’où il était descendu. Il retrouve sa place auprès de Dieu. Il ne la quittera plus.

Jésus Christ est Seigneur !
Jésus est son nom d’homme, Seigneur est son titre de gloire !
En ce jour nous fêtons l’Ascension du Seigneur, nous fêtons le Fils de l’homme, qui, en Jésus, est établi pour toujours en Dieu. Car celui qui est descendu ne remonte pas sans avoir accompli son ouvrage. En montant au plus haut des cieux il entraîne avec lui cette humanité qui lui appartient, il nous élève avec lui. Désormais, par Jésus, l’humanité est assise à la droite de Dieu. Elle ne bougera pas de ce lieu. Nous pouvons compter sur Jésus Christ : il tiendra l’humanité assise du côté du Père ! L’humanité a enfin trouvé sa stabilité. Elle est bien tenue ! Elle ne s’éclipsera pas de ce lieu !

La marche

Avant de monter vers son Père, Jésus dit aux onze Apôtres : « Allez dans le monde entier. Proclamez la Bonne Nouvelle à toute la création. »
Jésus met en marche ses apôtres. Désormais, ils n’auront guère le temps de s’asseoir ! Ils iront au gré de Dieu, poussés par l’Esprit, proclamer à tous les hommes que l’humanité a trouvé son assise véritable ! Ils braveront tous les dangers, traverseront les combats, chasseront les esprits mauvais, imposeront les mains aux malades. Ils tiendront le coup ! Ils proclameront, en paroles et en actes, que l’humanité est maintenue pour toujours en Vie avec Dieu, en Dieu, par Jésus.

Infatigables, ils marcheront pour rejoindre les juifs et les païens, les pauvres et les riches, les grecs et les romains. Ils proclameront à toute la création qu’elle est bénie de Dieu. Personne ne pourra plus les arrêter. Ils repousseront les divisions et les frontières entre les hommes.

Le Seigneur travaillera pour eux et confirmera leur parole. Il marchera avec eux, il ne les laissera pas seuls pour faire face à la tâche. Il les assistera dans toutes leurs entreprises. Ils peuvent se reposer sur lui : Jésus Christ ne les quittera plus jamais. Les apôtres ne font qu’un avec lui. Par eux, le Fils de l’homme marche parmi les hommes ; par eux, il continue l’œuvre de son Père, par eux, la vie de Dieu s’épanouit sur la terre. Comme un arbre qui plongerait ses racines dans le ciel, les apôtres, par Jésus, puisent une sève nouvelle en Dieu. Ils peuvent marcher sans crainte sur la terre puisqu’ils ont trouvé leur assise auprès de Dieu !

L’assurance

Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé.
« Croyez, dit Jésus Christ qu’en remontant vers le Père du ciel, je vous emmène avec moi. Je vous donne l’assise que vous cherchiez, l’assurance qui vous manquait. Croyez qu’en vous lançant dans le monde des homme, je vous maintiens au monde de la grâce, au monde de Dieu. Croyez que je ne suis pas sujet à éclipses passagères et que je ne vous manquerai pas. Je demeure avec vous, je travaille pour vous. Je monte vers le Père pour unir le ciel et la terre, Dieu et les hommes à tout jamais. Croyez que désormais rien ne pourra séparer le ciel de la terre ! »

Nous pensons souvent que Jésus, en remontant vers le Père, nous a laissés seuls pour faire face à son œuvre. Nous disons parfois que Dieu est sujet à éclipse : autant, par moments, sa présence nous paraît évidente, autant, à d’autres heures, son absence nous tenaille, comme elle tenaillait Jésus à Gethsémani. En vérité, Dieu ne nous laisse jamais seuls, mais notre foi doit s’ouvrir sans cesse, comme celle des apôtres après l’Ascension. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé : il trouvera dès cette terre, au milieu des épreuves, son assise en Dieu. Il marchera en paix. Il marchera avec son Dieu sur la terre dans l’espérance de se reposer un jour avec lui dans les cieux !

Le monde, malgré ce qu’en voient nos yeux, est tout entier sauvé. Celui qui croit, là est son originalité par rapport à celui qui ne croit pas, peut avancer en paix. Traversant les épreuves, il marche dans l’espérance !

Christine Fontaine

Dieu n’est plus dans les hauteurs

L’autorité vient-elle d’en-haut ?

Lors d’une rencontre islamo-chrétienne dans une ville de la banlieue parisienne, un imam de bonne volonté, soucieux d’un dialogue interreligieux fraternel, interrogeait les chrétiens. Sans la moindre agressivité, il s’étonnait. « Quand on rentre dans vos églises, même si l’on est choqué de voir des statues et des représentations de Jésus sur la croix, nous nous disons, nous musulmans, que vous n’êtes pas loin de la vérité lorsque vous rendez hommage à quelqu’un qui connaît une extrême pauvreté. Mais lorsque l’Evêque nous invite pour des célébrations officielles, ce n’est plus le même langage. Expliquez-nous ce que signifie la façon dont il s’habille et la couronne qu’il a sur la tête comme les rois d’autrefois ».

Même s’ils supportent la vue d’une mitre ou d’une crosse, bien des chrétiens s’étonnent que l’Eglise légifère, en matière de morale, d’une manière aussi autoritaire. Entre l’Eglise et la société, on constate une espèce de concurrence. D’une part, les responsables civils édictent des lois qui permettent une vie commune. D’autre part, l’Eglise multiplie les interdits qui contredisent la morale ambiante. Qu’on songe, par exemple, aux encycliques interdisant la limitation des naissances.

Les historiens peuvent sans doute expliquer ce qui a conduit à prescrire les rites liturgiques et, en particulier, les tenues des évêques ou des prêtres. Les théologiens, peut-être, sont capables de justifier la morale chrétienne. A coup sûr pourtant, la fête de ce jour oblige l’Eglise à s’interroger. N’est-elle pas en contradiction avec son message lorsque son comportement et son langage donnent à entendre qu’elle se fait l’écho d’une volonté venue d’en haut ?

N’appelez personne Père !

La culture juive dont les disciples étaient imprégnés risquait de les conduire à transmettre les consignes de Jésus en adoptant le comportement patriarcal dans lequel ils avaient vécu. Toute autorité vient d’en haut et devant les paroles du Père ou du maître, il convient de s’incliner. Jésus avait bien essayé de les mettre en garde : « N’appelez personne père ni maître ! » Au fameux repas du jeudi, il leur avait dit : « Vous n’êtes pas mes serviteurs, vous êtes mes amis! » La tentation pourtant demeurait, jusqu’au jour de l’Ascension, de considérer l’avenir qui les attendait comme l’établissement d’un Royaume avec des chefs qui domineraient l’univers plus sûrement que David ou Salomon. Quarante jours après la Résurrection, ils posaient encore, on l’a entendu, cette question aberrante : « Est-ce maintenant que tu vas rétablir la royauté en Israël ? » Jésus ne se laisse pas enfermer dans cette question qui sans doute l’agace un peu. Le temps des discours et des instructions est terminé. Lui succède le temps des adieux. Loin d’entrer dans le Temple, acclamé par les foules, pour recevoir l’onction qui en ferait un roi à la manière de ceux qui règnent en maîtres avec une couronne sur la tête, il s’efface : « Ils le virent s’élever et disparaître à leurs yeux dans une nuée ». Loin de haranguer le peuple à la manière des candidats à la Présidence lors des meetings en période électorale, il laisse la parole à ceux qu’il avait choisis. A vous de jouer ! « Vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux extrémités de la terre ».

« Esprits lents à croire » leur avait dit Jésus. A l’Ascension, une fois Jésus parti, Ils ont encore du mal à comprendre et ils restent les yeux fixés au ciel comme si la vérité ou les consignes allaient venir d’en haut. Il faut que les anges les ramènent à la réalité. C’est en retournant dans la ville qu’ils le trouveront. « Il reviendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller ».

« Les pauvres sont nos maîtres ».

Désormais Dieu n’est plus dans les hauteurs. Désormais Dieu est avec nous, les humains. Dieu avec nous : Emmanuel. Dieu avec nous mais non à la façon d’un maître ou d’un roi. Sa seigneurie se donne à voir dans la détresse du boiteux qui à la porte du Temple interpelle Pierre. Son appel se laisse reconnaître dans les murmures des veuves qui, lors des assemblées, sont laissées pour compte. Le royaume est là lorsque, réunis au nom de Jésus, hommes et femmes se retrouvent sans qu’aucun d’entre eux ait la moindre attitude paternaliste. La Bonne Nouvelle est proclamée. D’après Marc, dans le texte que la liturgie donne à relire, Jésus promet un langage nouveau sur les lèvres de ceux qui suivront les apôtres. En effet, entre les croyants, certains mots disparaissent ; il n’est plus de Seigneur ni d’esclave, il n’est plus de Père ni de maître. Ces mots sortent du vocabulaire et un terme nouveau les remplace. On devient « frère » en adhérant au message.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de contester l’organisation de l’Eglise ; il a bien fallu que, pour se maintenir, elle devienne institution. Il n’est pas question de contester le lien aux évêques et aux prêtres. La communion avec eux est sacramentelle : elle nous maintient dans le sillage des apôtres. Reste qu’une question est posée à tous. La parole qui nous est donnée indique-t-elle le chemin qui conduit à la foi ? Il faudrait retrouver le vrai sens du mot « Hiérarchie ». Etymologiquement, il désigne un pouvoir sacré. Où est le pouvoir sacré depuis le jour de l’Ascension ? Non pas d’abord dans la parole des évêques ou des pontifes mais dans la voix du malade qui appelle à l’aide. Où est le sacré ? Non pas dans les propos qui "empoisonnent" des vies en excluant au nom d’une morale particulière. A qui faut-il obéir pour rejoindre Jésus ? A tous ceux qui souffrent y compris ceux qui souffrent par l’Eglise. A tous ceux qui, comme Jésus à Gethsémani, voudraient voir s’écarter l’amer calice qu’il faut boire mais qui conduit à l’exclusion, figure de la mort. « Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils chasseront les esprits mauvais ; ils parleront un langage nouveau ; ils prendront des serpents dans leurs mains, et, s’ils boivent un poison mortel, il ne leur fera pas de mal ; ils imposeront les mains aux malades, et les malades s’en trouveront bien ». Tels sont les derniers mots que l’Evangile de Marc attribue à Jésus avant qu’il ne soit « enlevé au ciel ».

Michel Jondot