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Ascension du Seigneur

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
24, 44b-53

Jésus ressuscité, apparaissant à ses disciples, leur disait : « Il fallait que s'accomplisse tout ce qui a été écrit de moi dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes. » Alors il leur ouvrit l'esprit à l'intelligence des Écritures. Il conclut : « C'est bien ce qui était annoncé par l'Écriture : les souffrances du Messie, sa résurrection d'entre les morts le troisième jour, et la conversion proclamée en son nom pour le pardon des péchés à toutes les nations, en commençant par Jérusalem. C'est vous qui en êtes les témoins. Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus d'une force venue d'en haut. » Puis il les emmena jusque vers Béthanie et, levant les mains, il les bénit. Tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel. Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, remplis de joie. Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu.

Nouvelle homélie :
L’amour vient d’en-haut
Michel Jondot

Autre homélie :
A la jointure du ciel et de la terre
Christine Fontaine


L’amour vient d’en-haut

La volonté de vivre

Au début des années 30, quelques aviateurs prenaient de grands risques pour traverser l’Atlantique et porter le courrier postal par-delà l’Océan. Guillaumet, un de ces pionniers, fut contraint d’atterrir en pleine montagne, dans les neiges éternelles de la Cordillère des Andes, « l’enfer blanc ». « Terre des hommes », un livre de St Exupéry, raconte l’épopée de cet homme qui pendant six jours a escaladé des rochers et traversé des glaciers. Pendant six jours il a surmonté les menaces d’un environnement impitoyable en endurant le froid et la faim mais porté par la volonté d’échapper à la mort. Ce désir de vivre en affrontant les pires dangers lui a permis de comprendre sa dignité : « Ce que j’ai fait, a-t-il dit, aucune bête n’aurait pu le faire. » Sa force, disait-il encore, ne venait pas de lui mais de la conscience qu’il avait d’être attendu par ceux qui, au loin, l’aimaient : son épouse et ses enfants. Il fallait cette distance entre eux et lui pour qu’il perçoive que cet amour lui collait à la peau.

Cette histoire peut servir de parabole pour comprendre l’Ascension.

Ce jour est celui où nous nous rappelons que Pierre et les autres sont entrés dans l’aventure de la mission. Le départ du Maître, dans les hauteurs du ciel, s’est avéré le début des Actes des Apôtres. Les voilà livrés aux menaces de mort venant des Juifs ou des Romains. Les voilà traînés devant les tribunaux, enchaînés dans les prisons. Les voilà jetés dans la mer en pleine tempête. Les voilà affrontés sans cesse à la mort sans que rien les arrête. Les voilà surtout portés par une volonté farouche de transmettre un message qui promet la vie. Luc a compris que la force déployée ne venait pas d’eux seulement. Ils ont fini par reconnaître qu’ils étaient dotés d’un pouvoir qui venait de plus loin qu’eux-mêmes, qui venait d’en-haut. Il leur avait dit – l’Evangile de ce jour nous le rappelle – « Je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis... vous serez revêtus d’une puissance venue d’en-haut. » Nous évoquerons sous peu ce jour où la promesse du Père s’est manifestée, le jour où Pierre et les autres ont compris que « toutes les nations qui sont sous le ciel » ont reçu l’Esprit de Pentecôte. L’Esprit est cet amour qui unit Jésus et son Père. Cet Esprit est donné au monde. Les hommes sont aimés.

Il nous est donné d’aimer

Pendant plusieurs mois Pierre et ses amis avaient vécu au contact de Jésus sans toujours bien comprendre d’où venait ce rabbi. Il fallait qu’Il s’écarte pour qu’ils perçoivent quel amour il avait dans la peau. Il fallait qu’il s’écarte pour comprendre que cet amour leur est donné et les habite. Il fallait qu’ils fassent l’expérience que cet amour est une force capable de déplacer les montagnes.

L’Esprit nous est donné. En prendre conscience devrait transformer la vie et nous conduire là où nous sommes attendus c’est-à-dire là où la vie est à sauver. « Aller jusqu’au bout du monde pour une seule âme à sauver » : après sa conversion, Charles de Foucauld avait bien compris où nous envoie l’Esprit.

L’Esprit nous est donné ; il nous est donné d’être aimé et d’aimer humainement. L’amour vient d’en-haut, là où est monté Jésus au jour de l’Ascension. Mais cet amour vient à nous, entre nous. Lorsque Guillaumet dont nous parlions luttait contre les menaces qui l’entouraient, l’amour des siens le soutenait ; savait-il quelle en était la source ? Chrétiens, nous le savons. Ceci doit changer notre regard lorsque nous nous tournons, fraternellement ou tendrement, les uns vers les autres. On comprend que Jésus, au Jeudi Saint, se soit incliné devant ses disciples avec un respect infini. Puisqu’il les aimait à en mourir il reconnaissait le don du Père. Tournons-nous vers nos proches : leurs visages sont ruisselants, si nous les aimons ou s’ils nous aiment, de la puissance qui vient d’en-haut et que Jésus promet au jour de l’Ascension.

L’amour et l’Espérance

L’Esprit est donné au monde entier. Il rend tous les hommes capables d’aimer et de se laisser conduire par les forces de l’amour. Hélas « l’amour n’est pas aimé » disait François d’Assise en pleurant. Lui-même Jésus pleura en arrivant à Jérusalem. La jalousie était au cœur des scribes et des Pharisiens. Où donc était caché ce cœur nouveau, ce cœur de chair promis par les prophètes ? De Jérusalem viendrait sa propre mort alors qu’il venait « pour qu’ils aient la vie ». Notre monde est habité par des forces de mort. Quel gâchis en tant de pays, au Proche-Orient ou en Afrique. Certes, il y a de quoi pleurer à notre tour.

Compatir et pleurer, bien sûr ! Pourtant, ceci ne suffit pas. Il est trop évident que chacun de nous, sans cesse, est invité à se convertir : mets en nous, Seigneur, un cœur nouveau. Si nous croyons à la puissance de l’amour, si nous croyons que cet amour est donné, nous vivrons dans l’Espérance. Cet amour, s’il est reçu, finira par changer le monde.

Michel Jondot

A la jointure du ciel et de la terre

Le ciel ou la terre

La vie, le bonheur sans fin, la fraternité universelle, la joie qui ne passe pas,
Tout ce que promet l'Evangile, tout ce qui nous paraît impossible
dans ce monde sera possible dans l'autre.
L'autre monde : le seul qui compte vraiment.

Acceptons de peiner sur cette terre, supportons maintenant,
tout ira mieux plus tard.
Supportons aujourd'hui la peine, la souffrance et la mort
et nous aurons notre récompense dans le ciel.
Ce qui est impossible en ce monde nous sera donné là-haut en abondance.
Prenons patience : ce qui compte, c'est l'autre monde,
ce qui compte c'est le ciel.

Nous n'osons plus de tels discours.
Nous connaissons trop les critiques qui lui sont faites :
A cause de cela on a traité les chrétiens de mauvais compagnons,
de déserteurs et de lâches.
Cette autre manière de parler d'un autre monde
a justifié toutes les résignations,
toutes les compromissions avec le monde des hommes.
Aujourd'hui nous avons perdu le langage du ciel parce que nous avons réappris
à aimer la terre et à travailler sur cette terre.

Ciel et terre

Bien sûr, il s'agit de vivre sur cette terre, nos désirs devront se limiter.
On ne réalisera jamais en ce monde le bonheur parfait ;
mais mieux vaut se limiter à ce que nous pouvons maintenant
- fût-ce quelque chose de très humble -
plutôt que de fuir cette vie en rêvant à un bonheur infini
mais possible seulement dans le ciel.

Hier, on nous disait :
« Ce qui compte, c'est le ciel » ; aujourd'hui nous proclamons :
« Ce qui compte, c'est la terre ! »
Hier on aspirait à un bonheur sans faille dans l'autre monde ;
aujourd'hui on préfère réaliser un bonheur bancal dans ce monde.

Entre le ciel et la terre, de toutes façons, il faut choisir :
passerons-nous notre vie à aspirer à l'impossible
ou à faire ici-bas notre petit possible.
Entre ciel et terre, hier on choisissait le ciel,
aujourd'hui beaucoup préfèrent la terre.

Entre ciel et terre, Jésus, lui, ne choisit pas, ou plutôt , à ses disciples,
Il propose les deux à la fois.

« Galiléens, ne restez pas les yeux fixés au ciel. Allez dans toutes les nations...
je serai avec vous tous les jours. »
Au moment de monter au ciel, Jésus annonce à ses amis
qu'il ne quitte pas pour autant cette terre.
Jésus est d'autant plus présent à cette terre qu'il monte au plus haut des cieux.

La jointure impossible

Jésus tient en alliance le ciel et la terre,
les choses visibles et les réalités invisibles.
Par lui, l'impossible devient possible : le ciel est déjà accessible sur cette terre
et la terre est plantée dans le ciel.

Et Jésus invite les apôtres à le suivre jusque là
« Ne restez pas les yeux fixés au ciel » dit l'Ange après l'Ascension de Jésus.
C'est dans ce monde qu'il leur appartient
de garder les commandements de Jésus et de les communiquer.
Les apôtres sont, d'une part, renvoyés au concret de la tâche,
au concret de la vie. Ils sont appelés à poser,
en ce monde, « les actes des apôtres ».
Mais, d'autre part, Jésus fixe à ses amis une mission :
« Allez, dit Jésus, de toutes les nations faites des disciples,
enseignez-leur à garder mes commandements. »

Jésus élargit le désir de ses amis aux dimensions du ciel.
Il les invite à désirer l'impossible, à tenter l'impossible.
Car Jésus, en demandant aux apôtres de convertir toutes les nations,
leur fixe une mission impossible à vue humaine.
Jésus appelle ses amis à vivre sur cette terre
avec au coeur des désirs vastes comme le ciel ou comme Dieu lui-même.
Il les appelle à vivre à la jointure du ciel et de la terre.

Tentez l'impossible

Nous n'avons pas , à la suite des apôtres, le choix entre le ciel et la terre.
Nous n'avons pas le choix entre attendre que l'impossible se réalise
dans l'autre monde, ou faire seulement notre petit possible en ce monde.

Désirer le ciel seulement c'était nous résigner souvent
à bien des injustices sur la terre.
Mais désirer la terre seule, sans vouloir en même temps
y tenter l'impossible de Dieu,
c'est peut-être tomber d'une résignation dans une autre, pire que la première.

Nous ne sommes plus résignés à attendre le ciel,
Mais nous sommes résignés à ne rien faire sur cette terre.
Les mécanismes économiques, les relations internationales
et même les simples relations humaines, tout cela nous dépasse.
Vivre seulement à l'intérieur de nos limites,
c'est bien souvent se contenter de réaliser que nous n'y pouvons rien
et se résigner à l'injustice.

La mission du disciple de Jésus-Christ,
La mission de celui qui veut vivre de la vie de Dieu,
ne consiste pas à tenter seulement ce qui semble possible
pour construire ce Royaume de justice et de paix dont parle Jésus.
La mission du disciple de Jésus-Christ est de tenter l'impossible
pour construire le royaume dès cette terre.
Le disciple du Christ est appelé à vivre à la jointure du ciel et de la terre.

Christine Fontaine