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Dimanche de Pâques

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
20, 1-9

Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin, alors qu'il fait encore sombre. Elle voit que la pierre a été enlevée du tombeau. Elle court donc trouver Simon-Pierre et l'autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l'a mis. » Pierre partit donc avec l'autre disciple pour se rendre au tombeau. Ils couraient tous les deux ensemble, mais l'autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. En se penchant, il voit que le linceul est resté là ; cependant il n'entre pas. Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau, et il regarde le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part à sa place.

C'est alors qu'entra l'autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut. Jusque-là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts.

Nouvelle homélie :
L’ombre de la foi
Christine Fontaine

Autre homélie :
J'appelle, j'appelle !
Michel Jondot


L’ombre de la foi

A l’ombre du tombeau

Il fait encore sombre lorsque Marie-Madeleine se rend au tombeau. Il fait quand même suffisamment clair pour voir que la pierre qui ferme le tombeau a été enlevée. Inutile d’avancer davantage ! Une seule évidence s’impose : cette pierre n’a pas été ôtée sans raison. L’ouverture du tombeau est le signe qu’on a enlevé le corps du Seigneur. Et, comme un cadavre ne peut pas se volatiliser, c’est qu’il a été transporté ailleurs. Il fait encore sombre lorsque Marie-Madeleine arrive au tombeau mais il fait suffisamment jour dans son esprit pour qu’elle annonce aux apôtres : « On a volé le corps du Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis. »

Le matin s’est levé quand Pierre et Jean accourent. Jean arrive le premier. Il fait quelques pas de plus que Marie-Madeleine. Elle avait rebroussé chemin dès qu’elle avait vu l’ouverture du tombeau. Jean avance jusqu’au seuil du tombeau et se penche à l’intérieur. Il voit alors ce que Marie-Madeleine n’avait pas pu voir : le tombeau n’est pas tout à fait vide. Certes le corps a disparu mais le linceul est resté là. Que signifie ce vêtement ? Pourquoi voler le corps en prenant le temps de le déshabiller ? Jean ne le sait pas. Il fait alors beaucoup plus sombre pour Jean que pour Marie-Madeleine. Elle voyait clairement ce qui s’était passé, sans l’ombre d’un doute possible. Jean ne le comprend pas. Il est aux bords… comme suspendu à un signe qu’il est incapable d’interpréter… Plus le jour se lève, plus l’obscurité grandit sur les événements de la nuit !

Pierre finit par arriver et, à son tour, fait un pas de plus. Jean demeurait au seuil. Pierre entre sans s’arrêter au bord du tombeau. Il discerne alors que le tombeau n’est vraiment pas vide : il voit un autre signe tout aussi incompréhensible pour lui que le linceul pour Jean : le linge qui avait couvert la face n’est pas posé avec le linceul mais posé à part à sa place. Que signifie toute cette mise en scène ? Pierre ne le sait pas. Il demeure suspendu entre deux évidences : le corps a disparu mais le vêtement est bien rangé, plié et mis en place… comme une énigme qui demanderait à être déchiffrée mais dont on ignore le code ! Mais Jean le suit de près et il entre. Alors, nous dit l’Evangéliste, « il voit et il croit » !

Nos yeux ont vu

Tout, dans cet évangile, est une affaire de vision. Marie-Madeleine, est-il écrit, « voit que la pierre est enlevée ». Jean, en un premier temps, « voit le linceul ». Pierre regarde le linceul et le linge. Puis entre à son tour Jean qui voit. Que voit-il de plus que Marie-Madeleine ou que Pierre ? Ni les uns ni les autres n’ont vu ce jour-là le Christ ressuscité, selon cet évangile. Jean, dit l’évangile, « voit ce que les disciples n’avaient pas vu jusqu’à présent : que d’après les Ecritures, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts ». Les Ecritures lui fournissent une vision nouvelle, la clef pour comprendre cet événement incompréhensible. Le tombeau presque vide reçoit l’éclairage des Ecritures et réciproquement les Ecritures s’éclairent à la lumière de ce tombeau. Ce va-et-vient entre les Ecritures et ce qui arrive procure aux croyants une vision nouvelle : elle les fait passer de la lumière du bon sens ou de la raison – celle de Marie-Madeleine au début du récit – à la lumière de la foi, celle de Jean à la fin de cet évangile. Tout s’éclaire alors d’un jour nouveau !

A la lumière de la raison, nous vivons tous sous l’ombre de la mort. N’est-il pas bien visible qu’elle est le dernier mot de l’existence ? Et comme elle ne prévient pas toujours de son arrivée, nous vivons dans la terreur qu’elle nous fauche ou qu’elle emporte ceux que nous aimons, à n’importe quel moment. Certes nous occultons cette peur comme nous le pouvons mais au fond elle nous taraude tout le temps. Nous pouvons multiplier les activités ou prendre toutes les assurances sur la vie, au fond nous n’arrivons jamais à sortir de l’ombre portée de la mort sur la vie.

Tous les écrits des Evangiles, mais en particulier ceux du jour de Pâques, ont pour fonction de suspendre notre vision seulement rationnelle du monde. En un sens, ils ne veulent rien dire. Ils nous plongeraient plutôt dans une obscurité profonde. Comme le linceul et le linge du tombeau, la lettre des Evangiles pose une question sans réponse, elle ouvre un espace pour une autre vision du monde et de notre propre histoire. Elle opère, pour les croyants, un passage d’une existence paralysée par l’angoisse de la mort à la joie de recevoir la vie, par-delà la mort, de jour en jour et dans l’espérance qu’il en sera ainsi… pour toujours.

A l’ombre de la foi

A suivre les évangiles, nous ne savons pas ce qui s’est passé le matin de Pâques. Il semble même que les quatre évangélistes se complaisent à brouiller les pistes. Leurs récits se contredisent. Pour l’un Marie-Madeleine a vu un ange, pour un autre elle n’est pas même entrée dans le tombeau. Chez Matthieu, Marie Madeleine vient avec l’autre Marie et il y eut un grand tremblement de terre. Chez Marc, les femmes sont terrorisées et n’osent pas dire aux apôtres ce qui est arrivé. Chez Jean, la terre ne tremble pas et Marie-Madeleine alerte Pierre et Jean. Les récits sont, en un sens, incohérents. Cependant, dans un autre sens, ils sont portés par une unique cohérence, une toute autre cohérence : ils attestent que tous les témoins de la résurrection ont été dépris d’une vision du monde qui donne raison à la mort comme étant le dernier mot de l’existence. Ils témoignent de l’insuffisance radicale des seules lumières de la raison ou du bon sens pour reconnaître la Vie.

Croyants, nous avons sans cesse à réaliser cette pâque, ce passage de l’ombre à la lumière. Jour après jours, nous voyons la réalité comme Marie-Madeleine pour qui il fait encore sombre quand elle se fie à son propre bon sens. Nous voyons le réel comme Pierre et Jean pour qui le sens est suspendu à des événements dont ils ignorent la portée. Alors la nuit se fait encore plus obscure. Mais nous voyons et nous croyons aussi comme Jean : lorsque les forces obscures de la mort nous touchent, à la suite de Jésus, nous dépassons nos raisons de lui donner raison. Nous apprenons alors progressivement à voir ce qui nous arrive dans le sens de la Vie, à la suite de Jésus et de ses premiers disciples !

De commencements en commencements, nous passons ainsi de l’ombre de la mort à la lumière de la foi. Mais peut-on parler de lumière quand il s’agit de la foi ? Bernard de Clairvaux disait qu’il s’agit bien d’une ombre encore mais celle-ci est bienfaisante. Elle tamise, à nos yeux, une lumière trop éclatante qui nous aveuglerait comme lorsqu’on passe brutalement d’un lieu très sombre à un autre trop fortement éclairé. A l’ombre de la foi, nous apprenons à vivre de Pâque en Pâque, dès maintenant jusqu’au jour où notre vie sera emportée définitivement dans la Lumière d’un Amour qui ne passera pas !

Christine Fontaine
Peinture de Marc Chagall (détail)



J'appelle, j'appelle...!


Un appel sans réponse

Qu'est-ce qu'un appel qui n'a pas de réponse ?

On parle beaucoup, ces temps derniers, de la séparation, en août 1942, des familles juives parquées au Vel d'Hiv. J'imagine le désarroi des proches qui, apprenant l'arrestation d'un parent et d'un ami, tentaient d'écrire au lendemain de la séparation pour rejoindre en vain la personne aimée qui leur avait été arrachée et que la mort avait déjà définitivement effacée de ce monde. J'imagine, au lendemain de la Libération, les appels téléphoniques dans les différents services mis en place pour avoir une réponse au sujet d'un être cher qu'on attend encore. Je fais plus qu'imaginer, d'ailleurs, je me souviens. J'étais assez mûr à l'époque pour me rappeler l'attente angoissée de tant et tant de familles et la détresse devant l'impossibilité de recevoir une réponse. Sans remonter aussi loin, lorsqu'un jeune ou un conjoint abandonne le domicile familial, ceux qui l'aiment multiplient les démarches pour toucher l'absent. Un appel de ce genre sans réponse est un échec désespérant.

Dieu appela l'homme

La venue dans notre histoire de Jésus était un appel venu du Père. Depuis la première page de la Bible on nous dit que Dieu est à la recherche de l'homme. Après la faute, de manière imagée, la Bible raconte que le premier couple tentait de se mettre hors d'atteinte. Ils entendirent pourtant, « à la brise du jour », les pas de Dieu de Dieu qui se promenait dans le jardin. Adam et Eve voulaient échapper à l'appel et tentaient de se boucher les oreilles ou du moins se cacher ; ils se mirent à l'écart, « derrière les arbres du jardin ». Alors, nous dit la Genèse, Dieu insista : « Il appela l'homme ». Pour résumer toute l'histoire du salut, Jésus a inventé une histoire en forme de parabole. Il parle du propriétaire d'une vigne qu'il confie à des vignerons. A chaque récolte, il envoie un serviteur qui en appelle aux métayers pour verser le prix de la vendange, mais en vain. Jamais l'appel n'est entendu. Jésus se situe dans cette lignée de ceux qui font entendre l'attente du Maître. « Finalement, dit l'histoire, le Maître envoya son Fils qui lui aussi fut massacré ». On en était là, ce petit matin, au lendemain du sabbat, lorsque Marie-Madeleine se rend au tombeau de grand matin.

"Je crois": le vrai miracle

Ce qu'elle voit n'a rien de spectaculaire : une tombe profanée, nous avons l'habitude. Les informations télévisées nous apportent souvent des événements de cette sorte. Il fait sombre, on n'aperçoit quelques indices qui rendront sans doute service aux enquêteurs, mais rien de probant. On voit seulement « Le linceul resté là, et le linge qui avait recouvert la tête, non pas posé avec le linceul, mais roulé à part, à sa place ».

Rien ne se produit d'extraordinaire et qui frapperait les regards à cette heure où il fait encore sombre. Aucune apparition inattendue qu'on pourrait prendre pour une hallucination. Simon-Pierre et Jean avaient vu des miracles : l'eau changée en vin, Lazare arraché à la mort et tant et tant de guérisons ! Mais en ce début de jour, rien de tel. C'est alors que se produit Pâques. Le miracle de Pâques n'est pas d'abord que Jésus soit ressuscité. Le miracle de Pâques tient dans le fait qu'un homme, Jean, à la simple vue d'un linge tombé à terre, en vienne à dire « je crois » : « Il vit et il crut ». Il ne vit pas, comme ce sera le cas le soir du même jour, le Maître qui leur montre ses mains et ses plaies ; il ne voit que quelques traces où il décèle enfin l'appel du Père qui, venu du fond des âges, circulait à travers l'Ecriture. « Jusque là, en effet, les disciples n'avaient pas vu que, d'après l'Ecriture, il fallait que Jésus ressuscite d'entre les morts ».

Pendant trois ans, ils avaient marché avec ce Galiléen de Nazareth ; ils lui faisaient confiance sans toujours bien le comprendre, mais de là à reconnaître qu'il était la Parole du Père envoyé aux Hommes, « le Verbe fait chair » comme le dira Jean au début de son lèvre, il y avait un pas à faire, un pas qui permettait de franchir un abîme, un pas qui permet de déceler que le Dieu inaccessible se fait proche, qu'il appelle et parle en étant entendu. Ce pas c'est l'acte de foi, ce pas c'est la Pâque. Ce jour est celui où dans toutes les communautés chrétiennes, on est invité à répondre « Je crois ». Cette nuit, lors de la célébration pascale, la question était posée aux catéchumènes: «Croyez-vous ?». Elle était adressée aussi à l'Eglise tout entière.

L'Esprit: la force qui traverse les signes

Jean, au matin de Pâques n'avait sous les yeux que quelques linges posés à terre qui ne pouvaient convaincre personne, pas même Marie-Madeleine. Nous n'avons sous les yeux que quelques traces aussi infimes : l'eau du baptême, le pain de l'Eucharistie et nous sommes capables de dire, à notre tour » nous croyons. D'où nous vient cette capacité ? Nous appelons Esprit cette force qui traverse les signes où nous discernons l'appel de Dieu et qui nous permet, en les voyant, de dire, nous aussi « nous croyons ». Autrement dit, le jour de Pâques n'est pas un événement du passé que nous célébrons. Il est cet instant que nous maintenons présent dans la faiblesse, certes, mais dans l'Espérance.

Michel Jondot
Peinture de Marc Chagall