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Fête de l'Assomption
15 août

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 1, 39-56

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint, et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni. Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ? Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi. Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur, mon esprit exulte en Dieu mon Sauveur.
Il s'est penché sur son humble servante ; désormais tous les âges me diront bienheureuse.
Le Puissant fit pour moi des merveilles ; Saint est son nom !
Son amour s'étend d'âge en âgesur ceux qui le craignent.
Déployant la force de son bras, il disperse les superbes.
Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles.
Il comble de bien les affamés, renvoie les riches les mains vides.
Il relève Israël son serviteur, il se souvient de son amour,
de la promesse faite à nos pères, en faveur d'Abraham et de sa race à jamais. »

Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle s'en retourna chez elle.

Nouvelle homélie :
Prendre de la hauteur
Michel Jondot

Autre homélie :
La faiblesse de croire
Christine Fontaine


Prendre de la hauteur

Une vie à assumer

Un être vivant ne se maintient pas en vie s’il n’absorbe pas la nourriture qu’il lui faut assimiler, transformer en chair et en sang. Une espèce ne se maintient que dans la mesure où la reproduction est assurée. Celle-ci est le fruit de la rencontre entre le mâle et la femelle.

L’être humain ne fait pas exception à ces lois de la nature. Pourtant quand elles sont vécues en humanité, on accède à un univers tout autre. L’acte de se nourrir, quand il est humain, n’est pas la victoire d’un combat pour écarter son semblable et se réserver la meilleure part. Manger est, au contraire, l’occasion de créer de la convivialité et de partager le pain et le sel au moins avec ses proches. Enfanter n’est pas seulement, à part des situations malheureuses, le résultat d’un simple accouplement mais celui d’une histoire d’amour entre un homme et une femme qui se donnent librement l’un à l’autre en décidant de bâtir une famille. L’univers sort de l’animalité lorsque les lois de la nature sont ainsi « assumées » à un certain niveau. Cette manière d’« assumer » la vie, cette assomption, révèle la grandeur à laquelle nous accédons par rapport à tous les vivants qui peuplent l’univers.

La noblesse de notre condition

A en croire l’histoire de Marie, nous sommes infiniment plus nobles que nous le croyons.

Le mot « Assomption », à propos de la mère de Jésus, est critiqué par nos frères orthodoxes. Ils craignent que ce terme ne donne à penser que la mère de Jésus serait montée au ciel sans mourir et préfèrent parler de « dormition ». Dépassons les images. Reconnaissons simplement que la mort de Marie est « assumée » à un niveau infiniment élevé, plus élevé que nous ne le croyons possible. La fête de ce jour tente de nous hausser jusqu’à ce point où nous pouvons contempler la vie et l’histoire des hommes à partir d’un certain angle de vue. Ce n’est sans doute pas pour rien que l’Evangile nous montre cette femme de Nazareth grimpant les côtes d’une région montagneuse. Marie monte dans les hauteurs des montagnes de Judée. Arrivée chez Elisabeth, elle chante la beauté des cimes jusqu’où elle s’est élevée. Elle trouve le mot pour dire en quel lieu elle est haussée : « exalter ». « Mon âme exalte... ». Certes cette femme baigne en pleine humanité ; elle a de la famille et elle prend dans ses bras sa cousine Elisabeth. Mais, au cœur de cette humanité elle voit bien où sa vie est assumée. La hauteur où elle accède est celle où l’on peut dire en vérité : « Seigneur ! » (« Mon âme exalte le Seigneur ! »

Marie, figure d’humanité

Ne disons pas que la destinée de Marie est exceptionnelle. Certes, sa fonction dans ce que les théologiens appellent l’histoire du salut, ne ressemble à aucune autre. Mais, en réalité, l’Eglise nous montre, en Marie, le prototype de ce que sont les baptisés. On nous dit que nous naissons marqués par la faute originelle alors que Marie est « conçue sans péché ». En réalité le baptême nous place en ce point qui est celui de sa conception. La fête d’aujourd’hui nous la montre préservée de la corruption qu’entraîne la mort. En accueillant la foi, nous croyons que la mort n’aura pas le dernier mot sur nous. La vie de Marie n’est pas plus héroïque que la nôtre. Ce qu’elle percevait du mystère de son fils n’altérait pas, semble-t-il, une manière de vivre très ordinaire. Jésus prenait ses distances par rapport à elle : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ? » Si l’Eglise nous invite à admirer sa beauté – sa grâce - c’est pour nous révéler que notre vie est changée lorsque nous prenons conscience qu’elle peut être transfigurée à partir de ce point qui dépasse notre condition humaine.

Mon âme exalte le Seigneur

Lorsqu’on traverse un village dans la plaine et qu’on monte ensuite vers des sommets, progressivement les toits qui nous semblaient très grands se transforment et deviennent des points minuscules. Quelque chose de ce genre se produit lorsqu’on se hausse en ce point dont Marie a eu l’intuition.

Le chant qui sort de ses lèvres en ce jour est révélateur.

« Il renverse les puissants de leur trône, il élève les humbles. » Sachons nous moquer de ceux qui aiment le pouvoir ; sachons nous moquer de nous-mêmes s’il nous arrive de nourrir d’ambitieux projets. Surtout changeons de regard devant l’humiliation de tous ceux et de toutes celles qui sont humiliés, chassés de leur travail, refoulés aux frontières. Du point-de-vue qui est celui où Marie est élevée ce sont ceux-là qui méritent considération et respect, revêtus qu’ils sont de la tendresse de Dieu.

« Il comble de biens les affamés, renvoie les riches les mains vides. » Cette phrase devrait nous faire bondir quand on sait que 50% de la population est à l’écart de la totalité des biens de la terre alors que quelques dizaines de fortunes absorbent la plus grande partie de ce qui fait la richesse de l’humanité. Comment Dieu s’y prend-il pour changer l’ordre des choses ? Nous le saurons sans doute plus tard mais dès aujourd’hui reconnaissons que si nous regardons le monde du point de vue de l’Assomption de Marie, la plupart des chrétiens de France sont au nombre de ceux qui doivent lutter contre l’injustice du monde.

« Il relève Israël son serviteur ; il se souvient de son amour ; de la promesse faite à nos pères en faveur d’Abraham et de sa race à jamais. » On en vient à se lamenter devant la violence de la planète, la mort des enfants et le commerce des armes qui tuent. N’ayons pas peur de pleurer mais évitons que les larmes brouillent notre regard. Derrière les drames qui déchirent la planète il faut entendre murmurer les promesses de Dieu faites à tous les héritiers d’Abraham, c’est-à-dire à tous les peuple. Hissons-nous au point où est assumée la vie de Marie. Si nous savions à quoi nous sommes destinés, nous saurions dépasser la tentation du désespoir et nous en viendrions à chanter « mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon sauveur ».

Michel Jondot

« La faiblesse de croire »


Un dogme pour les faibles ?

« Marie, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, fut élevée corps et âme à la gloire céleste », tel est le dogme de l’Assomption que l’Eglise nous invite à célébrer aujourd’hui. Au regard de ce qu’on voit et de ce qu’on sait de la mort, l’assomption de Marie est à proprement parlé incroyable. A la rigueur on peut croire à la vie de l’esprit par-delà la mort mais assurément pas à celle du corps : on voit bien qu’il retourne à la poussière. L’Assomption ? Une légende pour ceux qui n’ont pas le courage d’affronter leur condition mortelle ! Une légende pour les faibles !…

Pour nous faire entrer dans le mystère du dernier jour de Marie, l’Eglise nous invite à écouter ce qui s’est passé au commencement, juste après l’annonce de l’Ange. Aux dires de Marie ce qui lui arrive concerne effectivement les faibles et les petits : « Le Puissant fit pour moi des merveilles… Déployant la force de son bras, il disperse les superbes. Il renverse les puissants de leurs trônes, il élève les humbles. » Mais, à en croire cet évangile, cela n’a rien d’un conte imaginaire pour enfants naïfs : il est bien arrivé quelque chose de réel à Elisabeth, qu’on appelait la stérile, et à Marie qui ne connaissait pas d’homme. Outrepassant toutes les règles de la biologie, voici que ces deux femmes attendent bien réellement un enfant.

L’illusion de la vérité

« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. », proclame Elisabeth. Mais qu’est-ce que cette foi qui rend Marie bien heureuse ? Croire consiste-t-il pour elle à renoncer à toute réflexion humaine, à toute référence à ce que l’humanité connaît par la simple raison ? La foi nous communiquerait alors une connaissance surhumaine devant laquelle toute autre vérité ne pourrait être qu’illusoire ou partielle. Bien des chrétiens, reconnaissons-le, aiment ainsi à considérer que la foi leur permet de détenir la vérité totale alors que les incroyants ou les non-chrétiens n’en auraient que des fragments. Ils aiment que leur foi les place au-dessus des autres humains. Ceux-là sont souvent les premiers à chanter leur hymne à la toute puissance de Dieu ; ils proclament alors que « le Puissant fait pour eux des merveilles… Déployant la force de son bras, il renforce leur superbe. Il renverse tout ce qui s’oppose à leur toute puissance et les établit sur son trône. » A cette hauteur, ils résident grâce à leur foi – par grâce reconnaissent-ils – car ils prétendent faire partie des « humbles » ! – Mais de là-haut, ils peuvent quand même contempler à leurs pieds tous ces incroyants qui vivent dans l’erreur en se fiant à leur pauvre jugement seulement humain ! Alors la foi devient pour eux vraiment une légende, celle des forts ! Ils se racontent des histoires à dormir debout plutôt que d’accepter leur faiblesse devant la vie comme devant la mort.

Accepter d’être dépassé

« Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. », proclame Elisabeth. Certes Marie connaît le bonheur de croire mais sa foi ne la pousse pas à ignorer les lois de la biologie. Lorsque l’ange lui annonce qu’elle sera mère de Dieu, elle emploie toutes les ressources de sa raison pour tenter de comprendre ce qui lui est dit. Elle interroge : « Comment cela sera-t-il possible puisque je ne connais pas d’homme ? ». Marie est profondément humaine et pose la question que chacun de nous, dans les mêmes circonstances, aurait au bord des lèvres… à moins que nous refusions de nous interroger tant nous serions sûrs que… ce qui nous est dit est impossible. Marie accepte qu’une possibilité s’ouvre qui échappe à tout ce qu’elle sait de notre humaine condition. Elle ne refuse pas a priori qu’il se passe pour elle autre chose que ce qu’elle a toujours vu ou connu. Autrement dit, elle accepte de ne pas tout savoir et d’être dépassée. Elle consent à perdre tous ses appuis habituels : tout ce qu’elle a toujours vu et su de la manière dont on conçoit un enfant. Elle n’a alors d’autre appui qu’une parole qui lui est dite de la part du Seigneur. Elle conçoit que la vie puisse jaillir autrement, qu’elle puisse jaillir en elle grâce à un Autre qui la dépasse totalement. « Sans arrimage et arrimé, sans lumière et dans l’obscure vivant » (Jean de la Croix), Marie consent au Mystère qui la dépasse. Par la foi, elle est rendue toute petite au milieu de ceux qui savent… qu’il ne peut pas en être ainsi ! Elle n’aura jamais d’explication à leur fournir de cette mystérieuse naissance dont elle ne peut rien dire sauf qu’elle a bien eu lieu comme il lui a été dit… Elle sera toujours cette petite gamine de rien du tout, humble autant devant les hommes que devant Dieu !

« Maintenant et à l’heure de notre mort »

Si la foi ne nous rend pas humbles devant le mystère de la vie et de la mort elle n’est pas la foi de Marie ! « La vérité, écrit Thérèse d’Avila, c’est l’humilité ». Marie est humble puisqu’elle est vraie. Depuis le début et de jour en jour, Marie a toujours eu l’humilité de croire qu’elle ne savait pas tout, que toute connaissance humaine est prise dans un mystère qui la dépasse. Aujourd’hui, en fêtant l’Assomption de Marie, l’Eglise nous demande de croire que la mort de cette petite Galiléenne est prise dans ce même mystère : naître à une autre manière de vivre que celle que nous connaissons… Devant la mort, les croyants sont totalement dépassés… ils ne savent pas mieux que les autres !… Reste pourtant qu’ils consentent au Mystère qu’on leur propose : une vie humaine ne se dissout pas dans la mort ni ne se perde pas dans un grand Tout. Une vie humaine demeure dans sa réalité (corps et âme) pour toujours… A nous qui avons perdu un proche, à nous qui avons peur de la mort pour nous ou pour ceux que nous aimons, il reste le nom de Marie… il reste la possibilité d’en appeler à cette femme qui est bien du même monde que nous ; la possibilité d’en appeler à elle pour nous plonger comme elle dans le mystère de la Vie par-delà la mort !

Christine Fontaine