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2ème dimanche de l'Avent

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 3, 1-6

L'an quinze du règne de l'empereur Tibère, Ponce Pilate étant gouverneur de la Judée, Hérode prince de Galilée, son frère Philippe prince du pays d'Iturée et de Traconitide, Lysanias prince d'Abilène, les grands prêtres étant Anne et Caïphe, la parole de Dieu fut adressée dans le désert à Jean, fils de Zacharie.

Il parcourut toute la région du Jourdain ; il proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés, comme il est écrit dans le livre du prophète Isaïe : À travers le désert, une voix crie : Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies ; et tout homme verra le salut de Dieu.

Nouvelle homélie : Point de départ
Christine Fontaine

Trouver son chemin
Michel Jondot

Tout ravin sera comblé
Christine Fontaine


Point de départ

Reconnaître son péché

« Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. »
Nous tous, qui sommes de bonne volonté, allons suivre le conseil de Jean-Baptiste. Pour nous préparer à Noël, nous allons tenter de laisser émerger en nous ce qui nous éloigne de Dieu ou des autres. Nous allons plonger dans la vision de notre péché.

Exercice difficile ! En effet le péché est un puits sans fond : dès qu’on en saisit un, on découvre qu’il en traîne à sa suite une légion. Des péchés, dans chacune de nos vies, il y en a des montagnes, des abîmes… Combien de détours prennent nos existences plutôt que de suivre le droit chemin de l’Évangile ! « Tout ravin sera comblé, toute montagne abaissée et les passages tortueux deviendront droits… » Quel travail pour nous avant d’en arriver là ! Car il ne suffit pas de reconnaître son péché, il faut aussi s’en détourner. Il faut se convertir autrement dit en arriver à combler les ravins et abaisser montagnes et collines.

Mais avez-vous déjà essayé ? Quand vous tenez un péché – un bon, un de ceux qui vous collent à la peau - vous avez beau vouloir vous en séparer, lui ne se sépare pas si facilement de vous. On a beau recevoir le pardon de Dieu, on retrouve toujours ses bonnes vieilles habitudes. À en croire que ça ne marche pas vraiment le pardon des péchés…

Se reconnaître sauvés

Si ça marche si mal, c’est peut-être parce que nous prenons un mauvais point de départ… Si nous voulons nous détourner de notre péché peut-être faut-il, dès le départ, lui tourner délibérément le dos pour regarder ailleurs. Peut-être que le point de départ ne consiste pas à reconnaître son péché mais plutôt à refuser de le voir. Le refuser parce qu’il y a infiniment mieux à voir… « Tout homme, dit Jean en citant Isaïe, verra le salut de Dieu. » Dieu veut nous sauver. Il aimé nous voir en bonne santé. Et il le fera si nous nous en remettons à lui. Non seulement il le fera mais nous verrons qu’il le fait ! Au départ, il y a cette promesse. C’est vers cette promesse que l’Évangile nous invite à orienter notre regard. Dieu nous promet le salut et la santé à la place du péché. C’est cela qu’il y a d’abord à voir et à ne jamais oublier.

« Une parole fut adressée à Jean dans le désert. » Comme lui, nous ne pouvons accueillir cette promesse que dans le désert, autrement dit en laissant délibérément tomber tout le reste.
Les princes et leurs pouvoirs, qu’ils se nomment Ponce Pilate, Hérode, Philippe ou Lysanis, les grands prêtres et leurs directives, tout ce qui nous occupe, nous aliène ou nous enlise, tout cela n’a pas d’importance, il faut s’en détourner. Il s’agit de se convertir : de se tourner vers cette promesse de salut, de santé qu’il s’agit simplement d’accueillir.

« Préparez le chemin du Seigneur », dit Jean-Baptiste. Préparer le chemin du Seigneur, c’est décider d’avoir les yeux fixés sur Celui qui vient et non sur nous-mêmes et notre péché. Il est une manière de se reconnaître pécheurs qui consiste à nous agripper à nous même, à nous accorder beaucoup trop d’importance. Faute de pouvoir accorder partout de l’importance à notre vertu, nous en accordons à notre péché mais cela revient au même. C’est encore une manière de nous retourner vers nous-mêmes, de nous prendre beaucoup trop au sérieux.

Se reconnaître graciés

Celui qui se détourne de lui-même parce qu’il est tendu vers la joie du salut qui s’annonce, celui-là vit déjà dans la joie. Espérer la joie, c’est déjà y entrer. Espérer le salut, c’est entrer déjà dans la bonne santé. C’est être encore pécheur mais déjà sauvé.

Pour celui qui se détourne de lui-même, reconnaître son péché sera s’en reconnaître en même temps libéré, déjà engagé dans une vie nouvelle, une joie nouvelle toujours offerte, toujours donnée gratuitement. Tout péché sera occasion d’en appeler à Dieu, d’en appeler au don en surabondance, au pardon. Tout péché sera reconnaissance d’un amour qui met toute sa joie à pardonner, qui n’attend rien d’autre que l’occasion de se donner.

« Jean proclamait un baptême de conversion pour le pardon des péchés. » Recevoir ce baptême, ce n’est pas plonger dans la tristesse de notre péché. C’est plonger dans le don, le pardon, la grâce et la beauté !

Christine Fontaine


Trouver son chemin

Une solidarité spontanée

En relisant cette page d’Evangile, me revient en mémoire la rencontre dont on peut lire le témoignage dans ce site.Jean-Michel découvrait, au fond d’une rue, dans un square près de la Porte de St Ouen, un groupement de tentes individuelles et un grouillement d’hommes, de femmes et d’enfants pataugeant dans la boue et le froid. Plusieurs femmes étaient enceintes prêtes à bientôt accoucher. Pratiquement rien pour se couvrir. Rien à se mettre dans le ventre.

En essayant de parler à ces personnes dont la langue lui était étrangère, il finit par découvrir qu’il s’agissait de Syriens fuyant l’Etat islamique et s’efforçant de sauver leur vie et celle de leurs proches. Malgré la gendarmerie, malgré la municipalité, malgré même la proximité d’une église paroissiale, aucune autorité civile ou religieuse ne voulait prendre conscience de la présence de ces familles qui n’avaient pas même un passeport dans leur poche.

Ils avaient parcouru des chemins couverts d’embûches, traversé montagnes et ravins, franchi tous les obstacles imaginables pour arriver en un coin perdu sans être accueillis ni reconnus ; sans avenir. A bout de course.

Jean-Michel fit le tour de quelques amis pour obtenir quelques vêtements encombrant leurs armoires et revint les distribuer à ses nouveaux amis. Quelle ne fut pas sa surprise quand il découvrit que les barrières de la langue commençaient à sauter ! Une Algérienne parlant parfaitement l’arabe non seulement parvenait à comprendre leur situation mais leur apportait de la nourriture saine. Un ami médecin, travaillant à l’hôpital Bichat, avec l’aide d’une infirmière, vint soigner les malades, apporter les médicaments nécessaires. Quelques voisins firent une collecte pour assurer un minimum de ravitaillement, payer une ou deux chambres d’hôtel et permettre à chacun, à tour de rôle, de se reposer et de faire une vraie toilette.

Ce n’est pas le lieu de poursuivre l’histoire ; la fin est assez jolie. La solidarité s’est accrue et, après un séjour de remise en forme à l’hôpital Bichat, toutes ces familles sont logées. Elles ont pour l’instant le vivre et le couvert. Certes, ces gens ne sont pas au terme de leur voyage. Reste à trouver leur chemin à l’intérieur de notre pays. Tout donne à penser qu’ils sauront le trouver.

Le désert ou les bureaux des princes

Cette histoire qui n’est pas isolée est une belle illustration de l’Evangile de ce jour. La Palestine du temps de Jésus n’était pas dépourvue d’autorités responsables de la bonne marche du Pays à l’intérieur de l’Empire. Ponce Pilate, Hérode, Philippe, Lysanias et, avec eux, des autorités spirituelles prestigieuses, « les grands prêtres étant Anne et Caïphe ». En réalité, nous dit St Luc, qu’importent les décisions ou les édits de ces petits chefs. Oubliez ce qu’ils peuvent dire ou prescrire. Le texte nous oblige à prendre du recul par rapport à la Judée, la Galilée, l’Iturée, la Traconitide, Abilène ou la Jérusalem des grands-prêtres. Il nous fait fuir toutes ces provinces pour nous laisser conduire, avec Jean-Baptiste, en plein désert et nous ouvrir à une parole sûre, la Parole de Dieu qui crie : « A travers le désert... Préparez le chemin du Seigneur. » C’est bien dans le désert, en effet, que Jésus commence son itinérance et c’est loin de Pilate ou d’Hérode, de Caïphe, de Anne et des grands-prêtres qu’il fait ses miracles. C’est dans le désert que les foules le rejoignent et qu’il fait son plus beau miracle en multipliant les pains. Quand il se trouvera devant Ponce-Pilate, Hérode et Caïphe, sa mission pourra prendre fin.

Trouver le chemin de la solidarité

Aujourd’hui, à Paris, on entend la voix des grandes puissances, Etats-Unis, Russie, Allemagne, France s’exprimer sur ces grands sujets : Syrie, Irak, réfugiés. Chaque jour, radio et Télévision donnent la parole à des candidats dont les propos sont des insultes à leurs adversaires ou des promesses auxquelles il n’est pas sage de se fier. Pire : la parole de ceux qui détiennent le pouvoir ou qui veulent l’acquérir est le contraire de ce que la parole de Dieu fait entendre : « Tout ravin sera comblé, toute montagne et toute colline seront abaissées ; les passages tortueux deviendront droit, les routes déformées seront aplanies. » De quoi s’agit-il ? Il s’agit de construire un univers où l’on puisse se rejoindre et communiquer. Ceux qui prétendent nous conduire veulent construire des fossés et empêcher les persécutés de franchir nos frontières pour trouver refuge. Laissons-les se noyer !

Prenons du recul par rapport à ceux dont il faut peut-être considérer les propos comme des blasphèmes.

Paradoxalement suivre Jean-Baptiste au désert c’est, à la mesure de nos moyens, entrer dans cette solidarité dont parle Jean-Michel et qui permet qu’entre l’immigré ou le réfugié qu’on croise dans nos rues, et nous, chrétiens, avec tous les hommes de bonne volonté, nous brisions les barrières qui font obstacle à la fraternité.

Michel Jondot

Tout ravin sera comblé

Le comble

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère alors que les princes maîtrisent le monde et que les grands-prêtres vont à leurs offices, un homme dont le nom est Jean reçoit la parole de Dieu et la livre.

Un homme seul annonce le bouleversement du monde : tout ravin, dit-il, sera comblé, toute montagne et toute colline abaissées, les passages tortueux deviendront droits, les routes déformées seront aplanies…

Jean promet une révolution telle qu’aucun prince de ce monde n’est capable de la réaliser. En effet, quelle que soit la maîtrise que l’on exerce sur notre terre, il faut tenir compte des lieux. Nul prince ne peut, pour aplanir le terrain sous ses pas, supprimer montagnes et ravins. Tout maître qu’il est, sa maîtrise vient buter sur la réalité du monde qui l’entoure. S’il l’oublie, l’empire qu’il veut construire sera miné de l’intérieur, raviné à la base.

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère, Jean livre une parole de la part de Dieu. Il annonce la maîtrise de Dieu. Devant cette Seigneurie, les princes et les grands-prêtres devront s’incliner

Le désert

Plusieurs siècles après le règne de l’empereur Tibère, nous recevons la parole de Jean et nous constatons que cette parole ne s’est pas réalisée !

Les princes ne s’appellent plus Hérode, Philippe ou Lysanias, mais, si leurs noms ont changé, leur pouvoir a tenu bon. Ils ont eu raison de la révolution annoncée par Jean-Baptiste. Le pouvoir du monde est plus fort que la Seigneurie de Dieu. Ravins, montagnes, collines et passages tortueux ont la vie dure. Il vaut mieux en tenir compte et sortir du rêve pour négocier prudemment ascensions et passages, sinon nous buterons sur plus forts que nous et nous serons brisés.

En ce monde, la parole de Dieu ne comble pas ceux qui la reçoivent. Au lieu d’aplanir le terrain, elle vient plutôt mettre le chaos à l’intérieur. Nous nous sentons coupables d’emprunter des passages tortueux et nos torts nous minent. Nous tombons dans les ravins de l’angoisse et de la peur en constatant que le salut de Dieu est hors d’atteinte. « Il y a, disait Thérèse de Lisieux, autant de différence entre ma vie et celle que Dieu propose qu’entre un grain de sable perdu dans la plaine et une montagne dont le sommet se perd dans les cieux. » Nous sommes écrasés par la culpabilité, par le sentiment de notre impuissance à vivre selon l’Evangile.

La parole de Dieu ne nous a pas rendus maîtres de la marche du monde, et elle nous a fait perdre la maîtrise de nous-mêmes. Elle laisse démunis, sans réponse, sans assurance. Au lieu de nous combler elle nous met en plein désert.

Le chemin

L’an quinze du règne de l’empereur Tibère…, la parole de Dieu fut adressée à Jean, fils de Zacharie, dans le désert… Aujourd’hui comme hier dans le désert, au milieu du chaos, une voie crie : « Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez sa route. »

C’est à nous, qui sommes accaparés par les soucis quotidiens, plongés dans les discours des princes de notre temps, que la parole de Dieu est donnée. Sa parole annonce la délivrance pour ceux qui ne savent plus où ils vont et trébuchent sur une route déformée. La parole de Dieu s’adresse à ceux qui ont l’impression qu’ils ne sortiront jamais de telle situation tant le passage est tortueux. Lorsque notre horizon est bouché par une montagne qui obscurcit le jour, lorsque nous passons du creux de la déprime, à la joie éphémère, lorsque les ravins autant que les collines jalonnent nos journées, la parole de Dieu nous est donnée.

Dieu nous propose de l’écouter. Recevoir la parole de Dieu ne consiste pas à se mettre à l’ouvrage pour niveler à coup d’efforts le sol où nous avons les pieds. Dieu ne nous demande pas l’impossible. Il sait que nous n’en avons ni la force, ni les moyens. Il nous demande simplement de nous convertir, de nous tourner vers lui, et de lui faire confiance pour nous sauver. Il peut tout pour nous. Il nous livre sa Parole. Par sa Parole, il vient nous délivrer.

La conversion

Plusieurs siècles après le règne de l’empereur Tibère la parole de Dieu livrée par Jean proclame un baptême de conversion pour le pardon des péchés. Elle nous annonce le pardon des péchés et nous libère de la loi du monde, du pouvoir des princes.

La parole de Dieu nous révèle que Dieu sait bien que nous sommes pécheurs, sinon il n’aurait rien à pardonner ! Mais il nous propose de nous appuyer sur notre incapacité pour nous convertir, pour nous tourner vers Lui, pour nous en remettre à Lui. Il nous sort du malheur d’être coupables. Notre faute est heureuse : « Bienheureuse faute qui nous vaut un tel Rédempteur ! »

Il est heureux que nous ne puissions pas par nous-mêmes aplanir montagnes et ravins, car nous préparons alors la route au Seigneur. Nous acceptons de le suivre, de nous laisser mener par Lui. Il nous entraîne dans la liberté des enfants de Dieu. Il comble pour nous les ravins de l’angoisse et de la peur. Il abaisse les montagnes de culpabilité qui nous écrasent. Sa parole est à l’œuvre en chacun. Elle fait ce qu’elle dit : quel que soit le poids que nous portons, le vide dans lequel nous vivons, elle aplanit, apaise et fait toute chose nouvelle.

Le monde est toujours le monde et les princes demeurent en place ; mais, plus forte qu’eux, monte alors du cœur de l’homme une parole de paix, de réconciliation et d’Amour. Dieu est le Seigneur, et devant sa Seigneurie, les princes n’auront nulle emprise. Devant eux, Dieu nous rend libres. Ils pourront nous tuer, Dieu nous ressuscite !

Christine Fontaine