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4ème dimanche de l'Avent

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 1, 39-45

En ces jours-là, Marie se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie, l'enfant tressaillit en elle. Alors, Élisabeth fut remplie de l'Esprit Saint,
et s'écria d'une voix forte : « Tu es bénie entre toutes les femmes, et le fruit de tes entrailles est béni.
Comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu'à moi ?
Car, lorsque j'ai entendu tes paroles de salutation, l'enfant a tressailli d'allégresse au-dedans de moi.
Heureuse celle qui a cru à l'accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. »

Nouvelle homélie : Miracle de la visitation
Christine Fontaine

Visitation
Michel Jondot

La première béatitude
Christine Fontaine


Miracle de la visitation

La solitude

« La solitude ça existe » annonçait, il y a quelques années, une campagne du Secours Catholique.

Oui, la solitude existe pour tout le monde au moins à l’une ou l’autre période de sa vie. Il est des heures où chacun de nous est seul, isolé, hors d’atteinte de tout et de tous. Nous sommes en quête d’une parole qui viendrait nous rejoindre mais tout semble tomber à côté. Nous sommes pris de désespoir, avec cette impression d’être hors du monde, à l’écart de toute joie possible. Et surtout nous cherchons à cacher cette solitude en faisant effort pour sourire par crainte d’avoir à subir – par surcroît – le poids de la pitié ou de la sollicitude. En effet, la compassion des autres à notre égard, paradoxalement, nous enferme encore un peu plus dans notre isolement.

Oui, « la solitude ça existe » et, en ce temps de Noël, le poids de l’isolement est encore plus insupportable pour ceux qui ont à le subir. La barrière qui nous sépare de la joie des autres devient alors infranchissable. L’angoisse d’être seuls, lorsque tous les autres se retrouvent, devient une montagne qui peut pousser tel ou tel dans la dépression, la drogue ou le suicide. On ne peut pas vivre dans une telle solitude !

La rencontre

Marie et Elisabeth, deux femmes que tout isole l’une de l’autre, que tout sépare. Marie et Elisabeth, deux femmes que tout portait à ne jamais se rencontrer, à vivre chacune isolée dans son coin. Bien que parentes, elles vivent éloignées l’une de l'autre. De Nazareth à la ville de Judée, il y a l’espace d’une montagne à franchir : une distance impossible à traverser pour une femme seule, à une époque où les femmes ne doivent pas s’éloigner de la maison du mari ou des parents de leur mari. Bien que promises l’une et l’autre à la maternité, entre elles se dresse une autre barrière : celle des générations. Marie la toute jeune, Elisabeth la trop vieille ! Marie à l’aube du Nouveau Testament, Elisabeth au crépuscule de l’Ancien !

Marie et Elisabeth, deux femmes que tout sépare et qui pourtant en viennent à se rejoindre parce que l’une et l’autre ont cru au même miracle, celui de la parole : « Bienheureuse es-tu d’avoir cru en l’accomplissement de la Parole », dit l’Évangile. Elisabeth, la femme stérile, Marie qui est vierge, toutes deux sont promises à la maternité parce qu’elles ont cru aux paroles dites de la part du Seigneur. Elles ont cru que la Parole pouvait féconder leur vie. En chacune d’elle, la Parole de Dieu a pris chair et, cette Parole qui les habite, les pousse à cette simple rencontre humaine. C’est alors que le miracle se produit. Car si l’annonciation est un miracle – celui de la Parole qui s’empare d’un corps humain – la visitation en est un aussi grand : celui de la parole qui brave tous les obstacles à la rencontre humaine.

Voici deux femmes qui, plutôt que de se replier sur le mystère qui les habite – plutôt que de s’en contenter – deviennent avides, assoiffées de rencontres nouvelles et d’échanger des paroles simples comme « Bonjour » ! Quand la Parole de Dieu prend corps, quand elle habite un homme ou une femme, c’est toujours à ce miracle de la visitation qu’on la reconnaît.

La visitation

Certains prétendent que la vie intérieure avec Dieu leur suffit. Mais le seul signe que nous ayons que cette parole est bien de Dieu et non de l’ordre du phantasme est le miracle de la visitation. Si la parole qui nous habite ne nous pousse pas à marcher les uns vers les autres, elle n’est pas de Dieu.

Ceux en qui la Parole s’incarne – quand elle est de Dieu – ne vont pas vers les autres par pitié mais parce qu’ils pressentent que chaque rencontre fait la beauté et la grandeur de leur vie. Les personnes isolées ressentent intensément l’esprit qui nous habite lorsque nous allons vers elles. Le miracle de la visitation se réalise quand la pitié disparait et fait place à un vrai désir de rencontre.

Reste bien sûr que c’est un miracle… et qu’on peut ne pas y croire. Il existe tant de barrières entre les hommes, tant de montagnes à franchir ! Tout nous porte à croire que la rencontre est difficile voire même dangereuse ou impossible. On peut choisir de regarder la vie sous cet angle-là. Il peut même se parer de tout le prestige du réalisme. Mais il y a aussi un autre point de vue possible. Le point de vue de celui qui, envers et contre tout, veut croire au miracle – à l’impossible – et qui se met en marche vers les autres sur la foi d’une parole prononcée il y a deux mille ans : « Bienheureux ceux qui croient en l’accomplissement des paroles dites de la part du Seigneur ! » Bienheureux ceux qui croient au miracle de la Visitation !

Christine Fontaine


Visitation

Pas de place pour deux !

On connaît cette histoire qu’on découvre dans la littérature mystique de l’islam. Un homme voulut rendre visite à son ami. Il frappa à la porte : « Qui est là ? » « C’est moi. » La réponse fut déconcertante : « Tu ne peux pas entrer ; ma maison est trop étroite, il n’y a pas de place pour deux. » L’homme s’en alla au loin pour méditer ; il marcha longtemps avant de revenir frapper de nouveau et entendre la même question : « Qui est là ? » Cette fois, l’homme avait compris ; il répondit « C’est toi ! », la porte s’ouvrit et les deux amis tombèrent dans les bras l’un de l’autre.

Que signifie ce pronom « moi » ? « Moi  » n’existe pas en soi. Aux dires de Pascal, il « est haïssable ». Le « moi » n’existe pas sans l’autre qu’il aime ou dont il est aimé. Le « moi » habite là où l’on sort de soi pour résider là où l’on peut s’aimer. Ecoutez, si vous en connaissez, un vieux couple ayant vécu longtemps un bel amour; laissez les deux époux parler. Vous découvrirez vite que les soucis de l’un sont les soucis de l’autre : où est l’un, où est l’autre ? Existe un lieu où l’un et l’autre sont dépassés.

Sortir de soi

C’est en ce point que le texte d’aujourd’hui nous conduit mais c’est aussi en ce point que se révèle le mystère de Noël. Marie franchit la porte de sa parente et, saluant Elisabeth, elle trouve ce lieu où elle peut résider, puisqu’elle sort d’elle-même, sans attendre. En effet, « elle se mit en route rapidement vers une ville de la montagne de Judée ». La scène qui nous est rapportée est d’une grande beauté. L’embrassade de ces deux femmes est belle en soi mais plus beau encore est le mystère dont Elisabeth fait l’expérience en ses entrailles : « Quand Elisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant tressaillit en elle. »

Voici deux femmes enceintes. L’une d’elle porte la semence d’une humanité parfaite : l’humanité de celui à qui on donnera le nom de Jésus, en effet, est assumée par le Père dont l’Esprit est venu envahir Marie. Quand le Verbe est chez lui dans le corps de Marie, l’humanité manifeste son mystère. A peine conçu, le voici hors de lui-même en une autre, Elisabeth, avec celui qui plus tard l’accueillera sur les rives du Jourdain. « L’enfant tressaillit en elle ! »

Dieu chez nous

Noël ! La fête est devenue païenne. A nous chrétiens de maintenir le mystère de la fête dans la conscience de l’humanité. Noël nous rappelle que la création est visitée. Mieux : elle est habitée. La terre est ce lieu où, sortant de lui-même, Dieu, par Jésus, est venu résider. Si vivre consiste à sortir de soi pour se trouver en l’autre, Dieu est vivant puisqu’il est entré chez nous. « Notre Père qui êtes aux cieux » disons-nous dans notre prière. Oui, mais attention, le Royaume du Père est parmi nous, le Père est avec nous. « Qui me voit, voit le Père », a dit Jésus lors de son dernier repas. A notre tour de prendre ces mots à notre compte : « Qui nous voit, voit le Père ! » ; la hauteur de la terre, aux yeux du croyant se confond avec celle des cieux. St Paul affirme que la grandeur de Jésus-Christ consiste à s’être dépouillé de sa divinité pour habiter chez nous, autrement dit pour se faire l’un des nôtres ; « il s’est anéanti lui-même, prenant la forme d’esclave et devenant semblable aux hommes. » Tel est le mystère de Noël. Dieu est avec nous, Dieu est chez nous. En hébreu dire « Dieu est chez nous », c’est prononcer le mot qui prend tout son sens à Noël : « Emmanuel ».

La beauté du monde, malgré tout !

Devant ce mystère de Noël, je pense à ce grand chrétien qu’était Bernanos. Il avait connu les grandes blessures du monde au 20ème siècle, les deux guerres, la lâcheté des Français ; il s’était insurgé contre les évêques infidèles à l’Evangile lors de la guerre d’Espagne. Il n’était pas dupe de l’ennemi à l’œuvre dans l’humanité. Il croyait pourtant que cette terre abîmée était une terre visitée. J’aime ces paroles qu’il se répétait souvent et que je voudrais pouvoir faire miennes : « Lorsque je serai mort dites au doux royaume de la terre que je l’aimais plus que je n’osai jamais le dire. »

Il est bien vrai qu’il faut de l’audace, aux approches de ce Noël 2015, pour affirmer que ce monde est aimé. Ce n’est pas le jour, bien sûr, pour compter le nombre de ceux qui sont morts dans les eaux de la Méditerranée. Ce n’est pas le jour, non plus, pour dénoncer les calculs des grands de ce monde devant les prétentions de l’Etat islamique. Réservons pour un autre temps les sarcasmes que méritent les différents candidats de notre pays pour accéder au pouvoir. Ne les dénonçons pas, c’est évident en ces temps de fête. Mais n’oublions pas qu’en ce jour où elle visita sa cousine Elisabeth, Marie n’était pas dupe et qu’elle voyait bien la cruauté de ceux qui veulent faire de leur « moi » le centre du monde. Le texte de la liturgie s’arrête trop tôt ! Cette Nazaréenne évoque devant Elisabeth, non sans humour, « les hommes au cœur superbe », « les riches aux mains vides ». Elle voit bien ce qu’il en est des « Puissants qu’il faudrait renverser de leur trône ». Mais qu’est-ce que tout cela devant ce mystère qu’en Jésus, Dieu vient habiter parmi les pauvres. Un seul mot s’impose ou, plutôt, un cri « Magnificat ! »

Michel Jondot

La première béatitude

Marie

Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. C’est la première béatitude bien avant le sermon sur la montagne, avant même la naissance de Jésus, Marie reçoit le bonheur de Dieu, elle reçoit le bonheur de croire. Le bonheur d’être pauvre de cœur, artisan de paix, le bonheur d’être doux, persécuté pour la justice ou affligé, le bonheur d’être miséricordieux est précédé par le bonheur de croire.

La foi, en Marie, est don de Dieu. La foi ne vient pas de Marie. C’est la parole de Dieu qui se donne et, en se donnant, la remplit de confiance en celui qui l’a prise sous son ombre.

La foi, en Marie, est agissante. Marie s’est laissé saisir par l’esprit. Elle croit à l’accomplissement des paroles qui lui furent dites de la part du Seigneur. Elle croit que la parole de Dieu est efficace. Elle croit que la Parole de Dieu fait ce qu’elle dit. Marie consent à se laisse habiter par la Parole ; le Verbe de Dieu prend chair dans le sein de Marie.

Elisabeth

Marie est pleine de Dieu, Mère de Dieu. Mais ce qu’elle est n’apparaît pas encore. Pourtant Elisabeth reconnaît déjà le don de Dieu fait à Marie : comment ai-je ce bonheur que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?

Elisabeth ne voit pas et elle sait ce qui surpasse tout savoir. Elle connaît l’inconnaissable. Elisabeth croit, elle reconnaît la mère de Dieu et, remplie de l’Esprit, elle crie sa reconnaissance.

C’est la première béatitude, bien avant le discours sur la montagne, avant même la naissance de Jésus. Elisabeth reçoit le bonheur de reconnaître Dieu caché au cœur de l’humanité, enfoui dans ses entrailles ; Elisabeth reçoit le bonheur de reconnaître, dans le salut que Marie lui adresse, le salut de l’ange, le salut de Dieu qui précède Marie et l’habite toute entière :
« Je te salue, Marie » disait le messager de Dieu.
« Je te salue, Elisabeth » dit Marie.
« J’entends le salut de Dieu dans ta salutation » s’écrie Elisabeth !

La foi, en Elisabeth, est agissante, elle parle sous la poussée de l’Esprit dont elle est remplie.

La reconnaissance

De Marie à Elisabeth, la foi déborde, elle les allie. Au cœur de leur bonjour, c’est le jour de Dieu qui passe et les réunit. La joie de Dieu, la joie de croire, la joie de reconnaître l’œuvre de Dieu, en l’autre comme en soi-même, unit Marie et Elisabeth en ce jour et pour toujours. C’est la première béatitude : la joie de se reconnaître emportées dans la même foi, dans le même Esprit.

Comme Marie et Elisabeth, bienheureux sommes-nous de croire en l’accomplissement des paroles qui nous son dites de la part du Seigneur. Bienheureux sommes-nous de croire que Dieu nous donne sa Parole, son Evangile, et que sa Parole fait et fera en nous ce qu’elle dit.

Par son Evangile, Dieu nous donne le salut. Il parle et fait pour nous ce qu’il dit. Il nous dit : « Je viens non pour vous juger mais pour vous sauver… Laissez-vous saisir par l’Esprit… Bienheureux êtes-vous de croire en ma promesse ! » C’est la première béatitude, celle qui précède toutes les autres et nous permet de les recevoir. Par la foi, nous recevons le bonheur des pauvres, nous pouvons devenir artisans de paix, doux et miséricordieux, nous pouvons connaître le bonheur au cœur même des larmes et des persécutions. Par la foi, nous connaissons le bonheur de Dieu car « le malheur, non moins que le bonheur, tout est à l’homme de foi et concourt à son bien. » (Saint Bernard de Clairvaux).

Christine Fontaine