Page d'accueil Nouveautés Sommaire Auteurs
Retour "Temps ordinaire" Retour "Année B" Contact - Inscription à la newsletter - Rechercher dans le site

Fête du Corps et du Sang du Christ

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 14, 12...26

Le premier jour de la fête des pains sans levain, où l'on immolait l'agneau pascal, les disciples de Jésus lui disent : « Où veux-tu que nous allions faire les préparatifs pour ton repas pascal ? » Il envoie deux disciples : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d'eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire : 'Le maître te fait dire : Où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?' Il vous montrera, à l'étage, une grande pièce toute prête pour un repas. Faites-y pour nous les préparatifs. » Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit ; et ils préparèrent la Pâque.

Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit, et le leur donna, en disant : « Prenez, ceci est mon corps. » Puis, prenant une coupe et rendant grâce, il la leur donna, et ils en burent tous. Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude. Amen, je vous le dis : je ne boirai plus du fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je boirai un vin nouveau dans le royaume de Dieu. »

Après avoir chanté les psaumes, ils partirent pour le mont des Oliviers.

Le Corps du Christ
Michel Jondot

La parole et le pain
Christine Fontaine


Le Corps du Christ

Sauver l’Eglise

Dans beaucoup de villes de France, au jour du Vendredi Saint, on organise d’immenses processions dans les rues. On brandit la Croix qui rappelle ce jour où Jésus, ayant fêté pour une dernière fois la Pâque juive avec ses amis, était livré à la mort sur le Golgotha.

En réfléchissant avec quelques chrétiens ayant participé à ces manifestations, je prenais conscience que l’Eglise, aujourd’hui, souffre de son propre effacement. Elle était perçue, voici moins d’un siècle dans notre société, comme le corps, au sens institutionnel du mot, maintenant visible le mystère de Jésus. Sa morale, son enseignement, sans doute, étaient contestés par beaucoup, mais elle était l’instance religieuse avec laquelle il fallait composer. Aujourd’hui, la société n’a plus besoin d’elle. Elle élabore ses manières de vivre sans se référer à sa doctrine. Qui, hors de l’Eglise, se soucie du sentiment du clergé par rapport à la limitation des naissances, à l’avortement ou à l’union libre ? Pire : elle trouve une concurrence étonnante avec l’islam. Comparons la sortie d’une mosquée un vendredi après-midi et la sortie des messes du dimanche dans certaines villes de banlieue. Le regroupement des musulmans est beaucoup plus ostentatoire que celui des chrétiens. Le moment est venu, dit-on, de réagir. L’Eglise doit se manifester au milieu de la société. N’est-elle pas le Corps du Christ ? On ne peut se résigner à réduire celui-ci à se manifester sous la forme d’un pain enfermé dans le Tabernacle d’une église vide. Faisons apparaître que la communauté des baptisés forme un ensemble qui mérite le respect.

Fidélité et dépassement

On peut comprendre le souci de ces chrétiens, bien sûr. On ne peut se résigner à voir fondre une chrétienté sur laquelle, au moins en partie, s’est construite la civilisation européenne. Mais ce souci n’est pas le premier que cette fête veut réanimer. Fêter le corps du christ, à en croire l’Evangile de ce jour, n’est pas honorer un corps social avec ses chefs, sa morale, ses rites et ses rassemblements. Quelle discrétion dans cette manière de célébrer la première eucharistie. Jésus ne se présente pas comme un héros qui donne sa vie pour une cause noble. Son sacrifice n’est présenté que sous les « espèces » d’un pain partagé et d’une coupe de vin circulant entre les convives.

Certes, il se désigne lui-même à travers ce pain et ce vin : « Ceci est mon corps... Ceci est mon sang. » Mais l’aspect le plus original du texte est dans le contraste entre la fidélité à sa propre religion et à son dépassement. Jésus n’invente pas la liturgie pascale. Il s’y soumet comme tous ses contemporains. Quand ses disciples vont trouver celui qui procurera la salle pour fêter la Pâque, ils n’ont pas à expliquer de quoi il s’agit ; ils sont compris tout de suite par leur coreligionnaire. Tous les Juifs de Jérusalem, à la même heure, comme un seul homme « mangeaient la Pâque » avec leurs proches.

L’originalité de Jésus se manifeste dans les paroles qu’il prononce en offrant pain et vin. Le geste de partage ouvre l’horizon. L’agneau livré ne réconcilie plus un peuple particulier avec son Dieu. Celui qui prend la place de l’Agneau, Celui dont le corps sera brisé et le sang versé a en vue « la multitude », c’est-à-dire l’humanité dans sa totalité. Saint Paul a bien compris la portée de cet acte : Dieu, par lui ; a voulu réconcilier tous les êtres pour lui... en faisant la paix par le sang de la croix (Col 1,20). »

Dans la cohérence de Jésus

Nous fêtons le Corps et le sang du Christ. Il nous conduit – c’est le mystère de la foi – à reconnaître que le corps et le sang désignés au cours du repas, livrés sur la croix dépassent le cours du temps et nous rejoignent chaque fois que nous nous rassemblons en son nom.

Ces rencontres au Nom du Seigneur ont fait une religion nouvelle qu’on appelle l’Eglise. Soyons attentifs. Croire au Corps du Christ conduit à s’inscrire dans la cohérence de Jésus. Il ne s’agit ni de détruire l’Eglise ni de la défendre contre vents et marées. Il s’agit de le suivre, Lui Jésus, et de le rencontrer dans la multitude des hommes qui, loin d’être réconciliés les uns avec les autres, se déchirent et s’efforcent de dominer. En réalité, entre les adversaires, il nous faut déceler ce désir de Dieu qui veut faire de l’humanité un seul corps. Il nous faut souffrir avec ces foules qui se haïssent et se tuent. Deux raisons appellent notre compassion. D’abord, nous partageons la même condition mortelle : nous sommes au monde pour nous aimer et non pour nous haïr. Par ailleurs, entre les uns et les autres, s’insère le désir de Jésus donné au monde à corps perdu.

Il nous faut revenir à l’Eglise de France : elle souffre d’être en voie de disparition. Cette souffrance, bien sûr, mérite d’être respectée. Mais la fête d’aujourd’hui devrait relevée l’Espérance. Jésus n’a voulu ni détruire ni sauver le judaïsme mais le dépasser pour que l’amour venu de son Père rejoigne « la multitude ». Recevoir ce Fils venu dans notre humanité, l’approcher charnellement en recevant, sous les espèces du pain et du vin, son corps et son sang, c’est être envoyé jusqu’au bout du monde et de l’histoire pour y faire jaillir l’Espérance.

Michel Jondot

La parole et le pain

Les préparatifs

« Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus leur avait dit. » Les deux disciples envoyés par le Maître ont constaté qu’ils pouvaient faire confiance à la Parole de Jésus. Il leur avait décrit d’avance ce qui allait arriver : « Allez à la ville ; vous y rencontrerez un homme portant une cruche d’eau. Suivez-le. Et là où il entrera, dites au propriétaire :’Le Maître te fait dire : où est la salle où je pourrai manger la Pâque avec mes disciples ?’ Il vous montrera, à l’étage, une grande pièce toute prête pour un repas. » Les disciples partirent, allèrent en ville ; tout se passa comme Jésus le leur avait dit. »

« Faites pour nous les préparatifs de la Pâque » dit Jésus aux disciples qu’il envoie en avant-garde, et ils préparèrent la Pâque. En vérité, c’est Jésus qui les prépare à le croire sur parole en leur décrivant d’avance ce qui va arriver. Il les prépare à croire que tout ce qu’il dit est parole de vérité. Il les prépare à croire que tout ce qu’il dit se vérifiera toujours en son temps. Les deux disciples ont pu constater par eux-mêmes que Jésus disait vrai, que Jésus annonçait ce qu’eux-mêmes ne pouvaient connaître. Ils sont désormais prêts à suivre Jésus là où ils ne savent pas, là où ils ne connaissent rien. Ils ont l’assurance que Jésus sait ce qu’il dit, qu’il est bon de se laisser guider par sa Parole sans voir ni comprendre. Les deux disciples sont « préparés à célébrer la Pâque ».

L'homme ne vit pas seulement de pain

« Pendant le repas, Jésus prit du pain, prononça la bénédiction, le rompit et le leur donna en disant : « Prenez, ceci est mon corps ». Les apôtres, ce jour-là, ont Jésus sous les yeux. Ils voient son corps de chair. Que peuvent-ils, à cette heure, comprendre de ces paroles mystérieuses que Jésus leur adresse lorsque, prenant le pain il le rompt et le leur donne en disant : « Ceci est mon corps » ?

Deux disciples étaient prêts à ne pas mettre en doute les paroles de Jésus. Le Maître les avait préparés à croire que « tout se passe » toujours comme « il le dit. » Ils les avaient préparés à s’appuyer sur sa Parole lors même qu’on ne voit pas, lors même qu’on ne comprend pas. Ils les avait préparés à quitter les évidences humaines. Car, à vue humaine, les paroles de Jésus ne tiennent pas.

« Prends appui sur ma Parole et sur elle seule, demande Jésus à chaque chrétien. Ma Parole seule est vérité, tes évidences humaines sont trompeuses, elles ne peuvent te mener à Dieu. »
« Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, répandu pour la multitude » dit Jésus, en prenant la coupe de vin. « Bois mes paroles, dit Jésus. Nourris-toi de mon enseignement, que mes paroles soient la chair de ta chair, le sang qui circule en tes veines ».
« L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu », avait dit Jésus au commencement. En ce jour, sa parole devient notre nourriture et notre boisson.

L'aliment des chrétiens

Jésus prit du pain, il prit du vin en disant : « Prenez, ceci est mon corps… Ceci est mon sang. » Jésus, le Verbe de Dieu, fait pour nous de sa Parole un véritable aliment. Il nous demande de le laisser agir en nous jusqu’au plus profond de nos entrailles.

Le pain et le vin, sans les paroles que Jésus prononce, ne sont pas sacrement. Elles ne font pas signe. Au pain et au vin sont liées les paroles de Jésus. En mangeant le pain, en buvant à la coupe nous recevons le Verbe de Dieu, nous le laissons prendre chair de notre chair ; nous donnons corps au Verbe, notre corps ; nous devenons son Corps.

Les paroles de Jésus, sans le pain et le vin, sont toujours sacrement de Dieu. Mais l’Eucharistie nous est donnée pour ouvrir nos mains, et notre bouche à Dieu sans chercher à comprendre, sans chercher à connaître par nos évidences ou nos raisons humaines. L’Eucharistie nous est donnée pour que nous recevions toute parole de Dieu dans nos entrailles et non pas dans nos têtes. Elle nous fait entrer dan le Mystère de l’Autre, du Dieu incarné dans nos vies.

D’eucharistie en eucharistie le Verbe de Dieu prend corps en nos existences humaines. Nous ne le voyons pas. Croyons que pour nous, comme pour les deux disciples envoyés « préparer la Pâque, viendra le temps où nous pourrons voir que tout s’est passé comme Jésus l’avait dit ! »

Christine Fontaine