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Dimanche de la Trinité

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 28, 13-20

Au temps de Pâques, les onze disciples s'en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre. Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes. Jésus s'approcha d'eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m'a été donné au ciel et sur la terre. Allez donc ! De toutes les nations faites des disciples, baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ; et apprenez-leur à garder tous les commandements que je vous ai donnés. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu'à la fin du monde. »

Nouvelle homélie : L’autre est notre maître
Michel Jondot

Emmanuel !
Christine Fontaine

Au lieu de Jésus
Michel Jondot


L’autre est notre maître

L’appétit du pouvoir

Quand on écoute les propos des politiques avec un peu d’humour on est frappé par l’assurance avec laquelle ils considèrent les problèmes de la vie publique ou internationale. On a l’impression que les propos tenus ne visent qu’à détruire les responsables en place pour les supplanter. En réalité, on pourrait croire qu’ils ont moins le souci des affaires du pays ou du monde que celui d’accéder au pouvoir. On trouve ce même appétit dans tous les domaines de la vie sociale : dans les entreprises, les administrations ou les associations. Osons le dire : dans l’Eglise on n’est pas à l’abri de ce phénomène ; le Pape François n’a pas manqué de ridiculiser l’arrivisme de certains Cardinaux de son entourage.

L’abandon du pouvoir

Certes, l’Evangile ne conteste pas l’existence du pouvoir dans la vie commune. Le vocabulaire de ces quelques lignes, en manifeste l’importance : « Jésus leur avait ordonné », « tout pouvoir m’a été donné », « observer ce que je vous ai commandé »... Quel est donc ce pouvoir dont il parle ici ?

Ce moment où les apôtres rejoignent leur maître sur une montagne de Galilée est le terme d’une aventure au cours de laquelle on voit s’affronter plusieurs manières d’exercer le pouvoir. Elle commence un jeudi soir, juste avant le moment où des gardes, envoyés par les agents de l’autorité juive, viennent arrêter Jésus pour le conduire au Sanhédrin afin d’être jugé par la Loi juive. Du pouvoir des Grands Prêtres il passe à celui des Romains pour que soit prononcée la pire des sentences : « Nous avons une loi et d’après cette loi il doit mourir. » La mort sur la croix fait apparaître un autre pouvoir que Juifs et Romains ont caricaturé. « Voici votre roi » dit Pilate en montrant à la foule ce personnage à la triste figure. « Le Roi des Juifs » : ce motif de la condamnation est affiché sur la croix sous les rires des badauds et des soldats. En réalité cette royauté ne manquait pas de s’exercer au cours de ces événements. Les disciples l’ont compris : dans la foi, ils l’ont reconnu vivant, vainqueur de la mort, partageant avec lui le pain et le sel pendant ces quarante jours au bout desquels ils « s’en allèrent en Galilée, à la montagne où il leur avait demandé de se rendre ».

Le pouvoir de l’amour

« Tout pouvoir m’a été donné… apprenez-leur à observer ce que je vous ai commandé. » Déjà, à un moment solennel Jésus, par deux fois, leur avait précisé son commandement : « Petits enfants, je vous donne un commandement nouveau : de vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés. » Dans ce contexte, au terme de cet entretien, le Maître se tournait vers Celui qu’il appelait Père pour une prière splendide qui se terminait, une fois de plus, par une mention de l’amour : « Je leur ai fait connaître ton nom et je le leur ferai connaître pour que l’amour dont tu m’as aimé soit en eux et moi en eux. » Quelques heures plus tard, dans le jardin de Gethsémani, sa prière prenait un ton tragique mais manifestait qu’il se soumettait au pouvoir d’un Autre : « Père ! Que ta volonté soit faite ! » Cette soumission amoureuse, en réalité, s’est avérée être la royauté que la mort n’a pu effacer. La victoire dont ses amis furent témoins pendant quelques semaines était la victoire de l’amour.

Le commandement reçu par les disciples nous est rappelé en cette fête de la Trinité. La Trinité n’est pas d’abord un dogme auquel nous adhérons par la foi. La Trinité est le mouvement qui part du Fils pour rejoindre le Père. La Trinité est en même temps le mouvement qui tourne le Fils vers sa source. Malgré toutes les violences qui déchirent l’humanité, ce mouvement ne cessera jamais de la rejoindre. « Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. » Il est à découvrir aux heures mêmes ou la violence fait loi. Il s’impose aux croyants. Le baptême les a plongés dans l’amour qui vient du Père et qui s’est manifesté en Jésus. Le baptême les a plongés dans le mouvement qui va du Père au Fils et du Fils au Père qu’on appelle l’Esprit. Vivant de cet Esprit nous faisons corps avec Jésus l’Emmanuel, Dieu avec nous.

Le royaume de l’amour

Baptisés « au nom du Père et du Fils et de l’Esprit », nous vivons dans un Royaume mystérieux qui ne se confond pas avec les Royaumes de la terre et qui pourtant les rejoint. Ce Royaume a une loi. L’amour qui, dans l’Esprit, va du Père au Fils et du Fils au Père, est la loi qui le constitue. N’oublions pas que l’amour est notre milieu naturel ; si nous sommes de pauvres pécheurs qui ne savent pas aimer, au moins rappelons-nous que nous ne pouvons échapper à l’amour dont nous sommes enveloppés. Rappelons-nous aussi que le lien qui nous unit les uns aux autres est à recréer sans cesse. Que de personnes dans le monde sont victimes de la haine ou de l’égoïsme des puissants ! A nous, dans ce monde de violence, de libérer l’amour des forces qui le cachent. Transformons nos cœurs pour rendre visibles les forces de l’amour et l’étendue de la tendresse de notre Seigneur.

Dans une société qui voulait l’écart entre les blancs et les noirs, le Pasteur Martin-Luther King, prêchant pour le respect de ses frères de race et les invitant à œuvrer pour leur libération, leur disait : « Mieux vaut souffrir soi-même que de faire souffrir autrui. » De fait la Trinité se vit concrètement dans les relations qui forgent nos sociétés humaines. La Trinité est inséparable du domaine politique tout comme le Royaume des cieux est inséparable des royaumes de ce monde. Il est sans doute vrai que certains de nos leaders politiques sont avides de pouvoir et ne cherchent qu’à atteindre une gloire personnelle : ne manquons pas, au moins, de nous moquer d’eux. Certes, il faut bien que des hommes ou des femmes accèdent à des responsabilités. Mais, dans la cohérence chrétienne, les responsables ne peuvent que s’oublier pour se mettre au service d’autrui. Lorsque son heure fut venue, Jésus se déposséda de tout pour se lancer dans une aventure au service du monde entier. Une dépossession de ce genre devrait être la marque de tout responsable. En réalité, c’est trop évident, ce mouvement de sortie de soi pour nous tourner vers autrui, quelles que soient les relations dans lesquelles nous sommes pris, s’impose à tout chrétien : l’autre est notre maître.

Michel Jondot


Emmanuel !

Le bon jour

« Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
Ce sont les dernières paroles de Jésus ressuscité. Ce sont aussi les premiers mots de l’Evangile : « Voici que La Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : ‘Dieu avec nous’. » Telles étaient les paroles de l’Ange à Joseph lorsqu’il lui annonçait, une trentaine d’années auparavant, la naissance de Jésus.

Emmanuel : Dieu avec nous, depuis le premier jour où le Verbe de Dieu prit chair humaine !
Emmanuel : Dieu avec nous jusqu’à la fin du monde ! Emmanuel : Dieu avec nous sur cette terre, depuis le premier jusqu’au dernier jour !

N’attendons plus des lendemains meilleurs qu’aujourd’hui pour recevoir notre Dieu. N’espérons pas un moment plus favorable que maintenant pour vivre avec Lui. Que ce jour soit pour nous un temps de tristesse et d’angoisse, de joie et de lumière, de grisaille et de monotonie, il est, en tout cas, le bon jour pour recevoir notre Dieu. Aujourd’hui est le « bonjour » de Dieu, le jour où Dieu nous salue, où il nous offre son salut !

Un bien mauvais jour

« Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre. Allez ! De toutes les nations faites des disciples. »
Jésus Christ nous donne son pouvoir, sa force, pour annoncer, en son nom, à l’humanité entière que le jour qui se lève est bon puisque, quoi qu’il arrive, nous ne le vivrons pas sans Lui. Mais, comme certains disciples qui eurent des doutes, nous avons du mal à croire que nous pouvons adresser au monde le bonjour de Dieu ! Bien plus, les « nations » aujourd’hui ne manifestent aucun désir de recevoir le bonjour des chrétiens. Elles les suspectent – sous couvert d’amitié - de vouloir les convertir à leur morale, leurs dogmes et leur vérité. Aujourd’hui, les nations savent trop combien de bûchers et d’exclusion d’autrui ont été engendrés par le christianisme. Le « pouvoir » dont parle Jésus n’a-t-il pas pris la forme, au cours de l’histoire, d’une chrétienté qui cherchait à imposer son mode de vie et sa vérité au monde entier ? Ce « pouvoir » a engendré l’intolérance et l’exclusion. Le « bonjour de Dieu » s’est souvent présenté aux nations sous un très mauvais jour !

Si notre Dieu est celui des savants, de ceux qui savent mieux que tous comment les autres doivent penser et vivre, alors les athées ont raison de ne pas accepter le bonjour des croyants. Ils ont de vraies raisons de douter de notre désintéressement et de notre amitié. Mais peut-être faut-il que les chrétiens expulsent à tout jamais de leur vie ce Dieu là pour accéder au Dieu de Jésus-Christ. Peut-être faut-il passer par la mort éternelle de ce Dieu là pour que tout homme et toute femme reçoivent le bonjour des croyants sans crainte et sans arrière pensée…

Le jour de Dieu

« De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit… »
Dieu est Un et il est Père, Fils et Esprit. Le Père n’est pas sans le Fils et l’Un et l’Autre ne sont pas sans l’Esprit. Dieu n’est pas l’Un sans l’Autre. Dieu n’est comme personne. Par-delà tous les êtres et toutes les choses, il est le Nom qui opère, au sein de l’humanité, l’Union dans la différence. Ou encore il est Le Nom de Celui que nous pouvons appeler pour être maintenu - et maintenir à notre tour l’humanité - dans l’Amour. Jamais l’Un sans l’Autre, et c’est la Trinité. Pas les uns sans les autres, et c’est la vie des disciples de Jésus-Christ. Ils sont appelés à inscrire sur cette terre qu’il n’est pas d’unité possible en humanité sans le respect des différences de chaque culture mais aussi de chaque histoire singulière.

Nous faisons partie des nations que les apôtres étaient appelés à rejoindre et à baptiser au nom du Père, du Fils et de l’Esprit. Proposer le baptême aux nations, ne consistait pas à leur imposer de vivre sous toutes les prescriptions de la Loi juive. Il s’est agi très vite, pour eux, de sortir du légalisme et des sentiers battus pour suivre Jésus-Christ sur d’autres chemins que ceux qu’ils connaissaient. Aujourd’hui comme hier, baptiser les nations au Nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, ne peut consister à leur imposer nos lois ou nos manières de penser. Vouloir que les autres deviennent comme nous, c’est réduire Dieu à être l’Un sans l’Autre et c’est faire de Lui une idole de nous-mêmes. Il ne s’agit pas de chercher à réduire leur différence puisque, bien loin d’être un obstacle à la rencontre, elles en sont la condition. Il s’agit d’avoir un profond respect pour l’histoire singulière de chacun. Lui dire « bonjour » de la part de Dieu c’est croire – malgré nos doutes et encore plus malgré nos certitudes – qu’il est bon ce jour où l’ami le plus proche nous demeure étranger, qu’il est bon ce jour où nous accueillons l’étranger parmi nous comme un frère en humanité.

Dieu n’est jamais l’Un sans l’Autre. Jésus-Christ est là tous les jours jusqu’à la fin du monde pour nous rappeler que nous ne pouvons pas construire d’unité entre les hommes sans respect des différences. Il nous invite à croire – malgré nos doutes et nos limites - qu’à sa suite nous pouvons de jour en jour incarner le mystère de la Trinité sur la terre des hommes. C’est aujourd’hui le moment favorable pour accomplir cette œuvre de salut.

Christine Fontaine

Au lieu de Jésus

Se déplacer

Nous savons d’expérience en quoi consiste le fait de changer de place. Arriver en un lieu nouveau entraîne des ruptures. De nouvelles relations sont à inventer et la monde qui nous entoure change de couleurs : des manières de vivre sont à créer. Rappelez-vous les tournants qu’il a fallu prendre dans l’existence. Quitter le confort de la maison familiale pour trouver son autonomie lorsqu’on est jeune est un point de départ ; quitter sa ville ou son quartier à propos d’un changement professionnel est un déplacement qui n’est pas seulement géographique. Laisser un lieu pour un autre est une aventure. Très souvent l’union d’un homme et d’une femme s’accompagne de l’installation dans une ville nouvelle. Il s’agit d’un changement de vie radical : voilà qu’on est parti « pour le meilleur et pour le pire ».

Une révolution spirituelle

Il n’est pas insignifiant que le déplacement des apôtres soit souligné au moment où Jésus s’en va. Au jour de l’Ascension, « les onze disciples s’en allèrent en Galilée à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre ». Ce changement de lieu est une révolution dans la conscience religieuse de l’humanité. Les voilà au lieu où Jésus les attend, les voilà « au lieu de Jésus ». J’aime cette façon imagée que l’Evangéliste a trouvée pour dire la véritable condition humaine devant le mystère de Dieu. Ceux qui ont suivi Jésus, ceux-qui ont cru en lui - les disciples – découvrent, au tout dernier moment, le fin fond du message de leur Maître. Jésus s’en va et les voilà à la place de Jésus. La fête de la Trinité célèbre cette révolution spirituelle. L’homme désormais non seulement est invité à croire en Dieu, mais à reconnaître qu’il est lui-même non pas Dieu, bien sûr, mais à la place de Dieu.

Les apôtres avaient suivi Jésus pendant trois ans. Malgré la lenteur à comprendre que Jésus leur reprochait, ils voyaient bien que lorsque le Maître se penchait sur les malades ou lorsqu’il parlait – aux foules ou à eux-mêmes - Il était dépassé par un Autre (« une force sortait de Lui »). Ils devinaient qu’il s’agissait d’un souffle qui ne lui appartenait pas mais sans lequel il ne serait pas lui-même. C’était un peu comme les feuilles sur les branches ; elles semblent danser par elles-mêmes En réalité elles sont inertes sans le vent qui les agite en soufflant comme il veut. En le regardant prier, ils étaient intrigués par ce mot Père qui lui venait si souvent sur les lèvres. « Mais enfin ! Montre-nous le Père » lui demandait Philippe. Sans doute, en posant cette question, l’apôtre s’attendait-il à voir s’ouvrir les cieux et être transporté en extase dans les hauteurs. Pas du tout ; la réponse de Jésus invite son interlocuteur à regarder devant lui : « Qui me voit, voit le Père ! » Au contact de Jésus ils en étaient venus à percevoir que rencontrer ce charpentier de Nazareth, porté par un souffle qu’on appelait Esprit, était inséparable de Dieu qu’il nommait « Père ». En rencontrant Jésus, intuitivement ils savaient qu’ils rencontraient Dieu. A la dernière heure, à l’heure de l’Ascension, « quand ils le virent, ils se prosternèrent », même si « certains avaient encore des doutes ».

A la frontière du ciel et de l’histoire

D’expérience, ils croyaient – au sens le plus fort du mot - qu’ils étaient avec Dieu en ce point de l’espace bien précis : « En Galilée, à la montagne » et non au milieu des anges dans un univers fabuleux et mythique. Ils avaient encore à entendre ce message surprenant. Ils étaient à la place de Jésus. Comme lui, ils avaient à vivre en étant conscients qu’entre le ciel et la terre, à la charnière de la terre, de l’histoire et de ce qui dépasse l’histoire et la terre, l’homme est pris – plongé, baptisé - dans le mystère de la Trinité. Le Baptisé dit « Notre Père qui es aux cieux ». Mais, où qu’il soit, il sait qu’il est à la place de Jésus et qu’en ce lieu, l’Autre de la terre n’est pas ailleurs que là où le croyant ouvre les yeux. Le baptisé dit « Notre Père qui es aux cieux ». Mais il sait qu’en ouvrant les lèvres pour prononcer ce mot, l’Esprit se joint à son esprit. Il faut lire avec soin la seconde lecture : ce texte de Paul est éblouissant. « Poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l’appelant ‘Abba’ ! ». En un mot, à la suite de Jésus, à la place de Jésus, les Onze avaient à manifester que le Mystère de la Trinité est inséparable du mystère de l’Homme.

La nouvelle évangélisation

« Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre…Et Jésus leur adressa ces paroles : Allez donc ! De toutes les Nations faites des disciples ! » Forts de cette parole, Jean-Paul II d’abord, Benoît XVI ensuite, parlent d'une « nouvelle évangélisation ». Il arrive qu’on traduise cette invitation en adoptant des comportements qui peut-être véhiculent une conception de Dieu plus païenne qu’évangélique. Pour désigner la façon dont parfois on répond à cet appel, les sociologues parlent de « retour du religieux ». On désigne par là une façon * de rendre particulièrement spectaculaire notre appartenance à l’Eglise. On multiplie les rassemblements, on rend visibles les fonctions cléricales. L’encensoir est manié avec vigueur dans certaines célébrations. Pourquoi pas ? Mais en rester là risque de faire illusion. Tout cela peut masquer l’originalité chrétienne. Si nous croyons que nous sommes à la place de Jésus, si nous croyons qu’il faut se laisser guider par l’Esprit pour que nos paroles et nos actes soient incarnation du Verbe et fruits de la volonté du Père, il nous faut sans cesse être au point où l’on peut arracher la vie à ce qui la menace.

Nous traversons des temps de crise. Beaucoup souffrent du chômage ou de la précarité. Si nous sommes à la place de Jésus, ne convient-il pas d’inventer une vraie solidarité. Jésus, poussé par l’Esprit, habité par le désir du Père, fait reculer la maladie, arrache le suaire qui recouvre son ami Lazare, prend par la main ceux qui n’en peuvent plus, ouvre des horizons nouveaux à ceux qui encourent la réprobation publique. Les sondages ont révélé que, lors des dernières élections présidentielles, les catholiques étaient majoritaires pour approuver les programmes des candidats fustigeant l’étranger. Ce symptôme doit nous alerter. Sommes-nous vraiment à la place où jésus nous convoque ? Si nous voulons répondre à l’invitation de Jésus, si nous voulons être à la place où Jésus nous attend, nous sommes invités à nous interroger. Peut-être des déplacements sont à opérer dans nos façons de voir ou dans nos comportements.

Michel Jondot