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11ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 4, 26-34

Parlant à la foule en parabole, Jésus disait : « Il en est du règne de Dieu comme d'un homme qui jette le grain dans son champ : nuit et jour, qu'il dorme ou qu'il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment. D'elle-même, la terre produit d'abord l'herbe, puis l'épi, enfin du blé plein l'épi. Et dès que le grain le permet, on y met la faucille, car c'est le temps de la moisson. »

Il disait encore : « À quoi pouvons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole allons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème en terre, elle est la plus petite de toutes les semences du monde. Mais quand on l'a semée, elle grandit et dépasse toutes les plantes potagères ; et elle étend de longues branches, si bien que les oiseaux du ciel peuvent faire leur nid à son ombre. »

Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus leur annonçait la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de la comprendre. Il ne leur disait rien sans employer de paraboles, mais en particulier, il expliquait tout à ses disciples.

Nouvelle homélie : Il parle à côté
Christine Fontaine

Paraboles
Michel Jondot

Le temps du Royaume
Christine Fontaine


Il parle à côté

La réalité

Une semence jetée en terre. Quoi que l’homme fasse – qu’il dorme ou qu’il veille – cette semence grandit et « la terre produit d’abord l’herbe puis l’épi puis du blé plein l’épi ». Une semence qui arrive toujours à maturité : « lorsque le blé est mûr, l’homme y met la faucille, puisque le temps de la moisson est arrivé. » Sur cette terre - puisque c’est bien d’elle qu’il s’agit – rien ne se fait sans effort. Les adultes le savent bien et l’enseignent à leurs enfants dès le plus jeune âge. Sur cette terre, si l’on veut réussir, il faut se battre, se donner de la peine et, malgré tout le mal qu’on se donne, on n’est jamais sûr d’arriver à porter du fruit. Chez nous les humains, ce qu’on sème n’est jamais assuré d’arriver à maturité. Un violent orage ou un tremblement de terre peut toujours tout compromettre. Combien de vies qui semblaient bien parties ont été brisées par des guerres, des traumatismes dont on ne se remet jamais, des malheurs à répétition qui finissent par écraser celui qui les subit ?

Cette parabole qui est censée nous donner une image du « règne de Dieu » semé en terre ne rejoint en rien l’expérience que nous avons de la vie ici-bas. Elle ne nous touche pas. Elle ne nous concerne pas. Le règne de Dieu, dont nous parle Jésus, est peut-être pour plus tard mais sûrement pas pour nous qui ne sommes jamais assurés de rien en ce bas monde.

Les paraboles

« Par de nombreuses paraboles semblables, Jésus annonçait (à la foule) la Parole, dans la mesure où ils étaient capables de l’entendre. » Une parabole, étymologiquement, signifie « lancer ou jeter à côté ». C’est le contraire de lancer et mettre dans le mille. Une parabole manque toujours la cible. Elle est toujours à côté. Jésus l’emploie pour nous déplacer. « Vous croyez, nous dit-il, que la vie se réduit à l’expérience que vous en avez. Vous croyez que rien n’est sûr en ce monde. Vous croyez qu’à force d’efforts vous arriverez peut-être à surmonter les épreuves. Vous croyez mettre dans le mille en réduisant la vie à ce que vous en connaissez. Eh bien, moi je vous le dis, vous êtes à côté. Il y a – sur cette terre – un autre côté de la vie que vous ignorez et que je viens vous révéler. »

Jésus « ne disait rien aux foules sans parabole, mais il expliquait tout à ses disciples en particulier ». Les disciples sont ceux qui acceptent de le suivre, de se laisser déplacer par ce qu’il dit. Les apôtres qui l’auront suivi jusqu’au bout, jusqu’à sa mort et à sa résurrection, découvriront qu’il est lui-même ce grain jeté en terre que rien ne peut empêcher de grandir et de porter du fruit. Ce jour-là ils découvriront que ni la haine, ni la bêtise, ni l’orgueil, ni l’indifférence, ni l’injustice, ni les tempêtes, ni les tremblements de terre n’ont pu éteindre l’amour que Dieu nous porte et qui se révèle en Jésus-Christ. Le règne de Dieu, qu’évoquait la parabole, est bien parmi eux. Il demeure bien au milieu de nous. Il est ce trésor caché que l’on ne peut trouver qu’en s’appuyant sur la Parole de Jésus et non sur ce que nous croyons savoir de la vie en ce bas monde.

La foi

« A quoi allons-nous comparer le règne de Dieu ? Par quelle parabole allons-nous le représenter ? Il est comme une graine de moutarde : quand on la sème elle est la plus petite de toute les graines… » « Si vous aviez la foi, gros comme une graine de moutarde, vous diriez à l’arbre que voici va de planter dans la mer et il vous obéirait. » Quand Jésus parle en paraboles, il nous demande de le suivre autrement dit de le croire envers et contre tout. Il nous paraît évident qu’il faut se battre pour réussir et ne pas compter ses efforts. Il nous paraît évident que rien n’est sûr en ce monde et que l’on peut toujours échouer, se fracasser sous un coup de la vie plus fort que les autres. Jésus nous demande de croire que nous ne sommes pas seuls pour affronter ces épreuves. Il nous demande de croire en l’Amour que Dieu porte à chacun et qui nous donnera la force de supporter les coups de la vie. Il nous demande de croire que notre terre est enracinée en Dieu, en l’Amour qu’il lui porte.

Le règne de Dieu est parmi nous dès cette terre. Mais on ne peut le découvrir et en vivre que par la foi. Ici-bas, notre foi est soumise à l’épreuve de ce que nous appelons la réalité. Les injustices, les massacres, les guerres sont un fait. Le règne de Dieu, règne de justice, de paix, d’amitié, d’amour, de bienveillance nous semble bien étranger. « Ce que vous appelez la réalité n’est pas le tout de la vie », nous dit Jésus. « Écoutez ce que je vous dis, laissez-vous déplacer par ma Parole et vous découvrirez progressivement la face cachée de ce monde. » Plus nous croyons en l’amour invincible que Dieu nous porte, plus nous le recevons et plus nous devenons capables de le donner. Nous reconnaissons alors progressivement que cette puissance d’aimer grandit en nous, que nous dormions ou que nous veillons. Nous connaissons par notre propre expérience que rien ne peut empêcher l’Amour d’aimer et que, de limite en limite, plus rien ne peut nous empêcher d’aimer l’Amour. Nous reconnaissons que Dieu nous enfante. C’est sa propre vie, sa propre énergie, qui germe, grandit en nous jusqu’à porter tout son fruit.

Pour accéder à ce royaume dès cette terre, pour devenir frères de Jésus et fils du Père des cieux, Dieu n’a pas besoin de nos efforts ni de nos mérites mais de notre foi. Comme il sait que nous en manquons, il la donne gratuitement à ceux qui veulent bien la recevoir ! Que Dieu nous donne d’y croire !

Christine Fontaine


Paraboles

La parole des poètes

On dit de Baudelaire qu’il fait de l’or avec de la boue. Il peut regarder les objets les plus triviaux, prendre les mots qui les désignent et les faire entrer dans un texte qui devient musique du fait qu’ils entrent dans la parole humaine.

On demandait à Rimbaud comment comprendre ses poèmes. Lisez-les « littéralement et dans tous les sens ». Il faudra revenir sur cette réponse.

Pour l’instant contentons-nous de remarquer qu’il faut comprendre comment s’expriment les poètes pour entrer dans la manière de parler de Jésus.

Celui-ci traverse les paysages des habitants de Galilée. Il ne puise pas dans des livres le contenu d’un enseignement à transmettre. Il ouvre les yeux en même temps que ceux qui le suivent. Il voit le travail du semeur, la terre labourée dont le sommeil apparent est promesse de moisson. Il reconnaît le mystère de la croissance du grain de sénevé : elle a sa place parmi les plantes potagères mais elle devient bien vite un arbre avec des branches où les oiseaux viennent bientôt planter leurs nids. Spectacle bien familier, sans doute ! Les dire ne donne rien à voir ou à savoir et pourtant Jésus en fait un texte qu’il appelle une parabole.

« Littéralement et dans tous les sens »

Mais que Jésus veut-il dire en faisant ainsi des textes dont le sens est si peu apparent qu’il faut, pour se faire entendre, prendre les disciples à part et leur en donner sa version particulière. Pourquoi ce qu’il dit à ces derniers n’est-il pas livré à la foule de ceux qui le suivent ? Pour ma part, j’aurais tendance à voir en Jésus un vrai poète à la manière de Rimbaud. Certes, ce que dit Jésus est une manière de parler du « Règne de Dieu », mais qu’en est-il de ce règne ? A chacun de l’inventer non en s’enlisant dans ses fantasmes d’un Dieu imaginaire mais en s’appliquant aux lettres de l’Evangile et en cherchant les directions que le texte nous livre. Certes, Jésus avait sans doute sa vue personnelle du Royaume mais il se gardait bien de l’imposer aux foules ; à chacun d’ouvrir le sens que fournissent les lettres.

Certains diront peut-être que renvoyer ses auditeurs à l’écoute de ses paraboles plutôt que de les soumettre à sa propre vision de la vie et du Royaume fait courir le risque d’un éparpillement des disciples. Ce serait ne pas entendre une phrase–clé de St Marc : « Jésus leur annonçait la Parole. » Lorsque les choses ne sont plus seulement des objets que l’on regarde, lorsqu’elles deviennent des mots que l’on insère dans un texte – par exemple dans une parabole – elles entrent dans la parole et la parole tourne les interlocuteurs les uns vers les autres. Une communauté humaine alors se met en place. Si les interlocuteurs sont conscients que les paroles qu’ils échangent sont dans la lignée de Jésus, cette communauté qui se construit peut, à juste titre, se considérer comme son Eglise.

Jésus leur annonçait la parole

« Jésus leur annonçait la parole » : ces mots sont pour nous d’une extrême actualité. Ils nous protègent contre la tentation de se courber devant une autorité qui nous imposerait le vrai sens et qui donnerait du règne de Dieu dans l’histoire en cours une forme définitive. L’Evangile continue à faire son chemin parmi nous. Tenons-nous à sa lettre ; elle fait de nous les disciples de ceux qui la tracèrent. Du texte qui vient jusqu’à nous puisons un sens nouveau à offrir à l’Eglise qui écarte violence et injustice. Puisons et produisons un sens nouveau à partager avec les autres lecteurs. Dans ce partage nous entrons dans la parole que Jésus vient annoncer.

« Jésus annonçait la parole » : ces mots sont d’une extrême actualité, non seulement parce qu’ils nous rendent attentifs au mystère de l’Eglise. Mais parce que la parole est le seul remède à la violence. Elle peut sombrer elle-même, dans la violence, c’est vrai. Elle a besoin pour faire son œuvre de serviteurs comme le furent autrefois les prophètes, les apôtres et les évangélistes. Lorsque dans le monde séculier, elle rencontre des hommes ou des femmes qui servent la parole en la protégeant du mensonge, elle crée entre les peuples l’espace de la paix en prenant la place des armes. Transformant la semence jetée dans les champs en parabole, Jésus parlait du règne de Dieu qui ne se confond pas avec l’Eglise.

« Jésus annonçait la parole » : ces mots sont un cadeau que l’Evangile fait à chacun de nous. Ils nous apprennent à vivre avec nos proches. En devenant poètes à notre tour, ils nous permettent de transformer ce que nous voyons et ce que nous vivons pour le dire à ceux qui nous entourent et que nous aimons.

Michel Jondot

Le temps du Royaume

Travail ou repos

Le Royaume de Dieu, ce Royaume où nous croyons possible l’entente entre les hommes divise profondément les chrétiens. Selon l’image que nous nous faisons du Royaume, nous sommes opposés les uns aux autres.

Parmi les chrétiens, il y a ceux pour qui le Royaume de Dieu est d’abord le fruit d’un travail à faire dès maintenant. Ceux-là se lancent dans une transformation du monde ; ils parlent du changement à faire au nom de l’Evangile. En un mot ils s’engagent. Ils s’engagent au nom de l’Evangile, pour un changement sur cette terre. C’est cela, pour eux, construire le Royaume.

Mais, parmi les chrétiens, il y a aussi ceux qui pensent que le Royaume de Dieu est d’abord celui de Dieu et qui préfèrent se tourner vers le ciel pour y trouver la stabilité. Pour eux, il faut, pour trouver Dieu et son Royaume, quitter le monde du changement et retrouver en soi… ou à l’église, un lieu de paix et de repos. Ceux-ci parlent de prière et de contemplation. Ils désirent le repos au nom de l’Evangile.

Entre les uns et les autres l’incompréhension s’installe. Les tenants du travail et de l’engagement reprochent aux autres ce qu’ils appellent une fuite. Les tenants du repos reprochent au travail de devenir une drogue qui fait échapper à la rencontre de Dieu. Des uns aux autres un fossé se creuse, un tel fossé qu’il nous semble parfois que nous n’appartenons plus à la même famille.

Travail et repos

« Il en est, dit Jésus, du Royaume de Dieu comme d’un homme qui jette le grain dans son champ. La terre produit d’abord l’herbe puis l’épi puis du grain plein l’épi et dès que le grain le permet on y met la faucille car c’est le temps de la moisson. »

Quand Jésus parle du Royaume c’est bien un travail qu’il décrit : un semeur, un moissonneur sont à la tâche ; la terre elle-même est en travail : elle se craquèle pour laisser jaillir la vie. Le Royaume de Dieu est le Royaume du changement et de la production : il y a du changement de la graine au fruit, il y a du changement entre la graine de moutarde semée en terre et le plus grand arbre du jardin.

Quand Jésus parle du Royaume, c’est bien un travail qu’il décrit. Et pourtant, il parle aussi de repos : dans son Royaume, c’est le contraire de la frénésie. La graine travaille, certes, mais d’elle-même, sans effort, sans tension. Nuit et jour, que le semeur dorme ou veille la semence germe et grandit, il ne sait pas comment.

Nous, nous opposons travail et repos, changement et stabilité ; nous opposons le monde et Dieu. Jésus, lui, quand il parle du Royaume, les réunit. Pour Jésus, il s’agit de vivre le changement sans tension ni frénésie ; il s’agit de vivre le repos sans fuir les mutations de la vie. Travail et repos sont bons. Ils sont l’un et l’autre de Dieu. Ils vont de pair dans le Royaume de Dieu.

Accueillir la vie

Le Royaume de Dieu est proche lorsque nous devenons capables d’accueillir chaque moment de l’existence comme une montée, une poussée de la vie. Alors la vie peut se présenter sous l’aspect du repos ou du travail ; ce peut être pour nous le temps de la moisson ou celui des semailles, reste que chaque instant est à vivre, sans fuite ni frénésie. La vie est là, quelle que soit la forme qu’elle revête, et elle est donnée ; nous avons à l’accueillir comme la terre accueille la graine et la laisse grandir. Mais nous avons à accueillir l’existence à chaque instant, dans le présent, comme un cadeau que Dieu nous fait. Nous avons à vivre chaque instant en investissant chaque fois toutes nos énergies et en demeurant sans inquiétude.

Alors, nous découvrons que le travail ne s’oppose pas au repos. Le travail peut se faire inlassablement dans l’accueil des jours qui se succèdent ; le travail peut se faire sans fatigue et le repos peut être le comble de l’activité, le moment où la vie grandit et s’épanouit. Dès lors, nous pouvons vivre en paix accueillant la terre et Dieu en rendant grâce de cette montée, de cette poussée de la vie qui n’arrête pas de jaillir. Le Royaume de Dieu se construit lorsque nous cessons d’opposer travail et repos, engagement et prière. Il se construit lorsque nous cessons d’opposer le monde et Dieu.

Christine Fontaine