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De Bethléem, un message pour Noël 2018
Mgr Michel Sabbah


Monseigneur Sabbah, un évêque palestinien, patriarche latin honoraire de Jérusalem, a su épouser la souffrance du peuple dont il était le pasteur. Aux approches de Noël, il a adressé à qui veut bien l’entendre un message. Bethléem, en ces temps que nous vivons, prend un sens particulier qu’il nous invite à déchiffrer.

Les sous-titres sont de la rédaction.

(3) Commentaires et débats

La joie n’est pas entière

L’ange dit aux bergers :
« Je viens vous annoncer une bonne nouvelle,
qui sera une grande joie pour tout le peuple :
il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David,
un Sauveur qui est le Christ Seigneur. »

(Luc 2, 10-11)

Le Christ est né à Bethléem. Depuis deux mille ans, des prières et des chants de Noël ont résonné à Bethléem, et chaque année la joie est renouvelée dans le cœur des gens. Aujourd’hui, en 2018, Bethléem célèbre encore cet événement, glorifie Dieu, prie et se réjouit. Cependant, cette joie n’est pas entière. Il n’y a pas de joie dans le cœur des gens, dans la ville et dans les camps de réfugiés qui l’entourent, parce que la ville n’a pas droit à sa dignité et à sa liberté, et qu’elle est coupée de Jérusalem par le mur de séparation, Jérusalem, la ville de leur foi et de leurs prières, leur capitale spirituelle et politique.

De nos jours, à Noël, les chrétiens de Jérusalem se tournent vers Dieu : « Regarde et vois, depuis le ciel » (Isaïe 63,15), et lui demandent d’avoir pitié.

À l’occasion de Noël, Bethléem lance un appel pour que le regard se porte sur elle et sur ses habitants, ceux pour le salut desquels le Sauveur est né, ceux qui vivent sous l’occupation et l’oppression des autres, ceux à qui liberté, dignité et indépendance sont refusées. C’est un appel à tous ceux qui croient en la justice et en la paix, pour qu’ils permettent aux habitants de Bethléem de se réjouir au moment de Noël en œuvrant pour le rétablissement de leur liberté, de leur dignité, et de leur indépendance.

Une espérance nouvelle

Frères et sœurs, nous vous adressons cette année ce message de Noël avec pour titre : « Une espérance nouvelle pour la Palestine, le Moyen-Orient et le Monde. ». […] « Une Espérance nouvelle », en dépit de la cruauté de l’homme envers l’homme, en dépit des guerres, de la mort et de la haine qui continuent à sévir sur la terre de Dieu. En effet, parce que c’est la mort qui guide les cœurs et que l’injustice augmente, nous avons besoin qu’une lumière et une espérance nouvelles émanent du cœur de tous ceux qui croient au message de Noël. Alors, la joie de Noël sera pleinement présente à Bethléem, où le mystère de Noël atteint la Terre, là où règnent l’oppression causée par l’homme et la souffrance des opprimés. Chez les hommes de bonne volonté, l’hymne des anges fait naître une espérance nouvelle dans le ciel de Bethléem : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur terre aux hommes de bonne volonté » (Luc 2,14). Les hommes de bonne volonté sont ceux qui recherchent la paix pour tous sans exception, ceux qui pensent que la terre de Dieu n’est pas un lieu pour les meurtriers, mais un endroit où les gens font la paix. Quand la paix est refusée à certains, Noël est pour eux une occasion d’essayer de rétablir et de protéger la paix, comme un témoignage rendu à tous les peuples de la terre.

Chaque célébration de Noël nous rappelle quelle est la vraie nature de notre pays, sa mission et son message. Il s’agit de la terre de Dieu, où il n’y a pas de place pour ceux qui veulent la guerre, quels que soient leurs objectifs, leurs politiques, leurs armes ou leur capacité à tuer. Paix sur terre et espoir nouveau aux faiseurs de paix, qui méritent d’être appelés enfants de Dieu : « Heureux ceux qui font œuvre de paix, ils seront appelés fils de Dieu » (Matthieu 5,9).

Noël est pour nous la réalisation de la parole du Dieu éternel : « Et le Verbe s’est fait chair et il a habité parmi nous » (Jean 1,14). Il a vécu parmi nous et il nous a appris le nouveau commandement : « Aimez-vous les uns et les autres comme je vous ai aimés. » Il a aimé les pauvres et il a pris soin d’eux, ainsi que des opprimés et des exclus. Il a apporté un espoir nouveau à tous ceux qui étaient désireux de l’écouter.

Aujourd’hui, à Bethléem et dans toute la Palestine, et aussi dans Israël, Jésus-Christ regarde les pauvres et les opprimés et leur apporte l’espoir. Aujourd’hui, il se tient devant le mur de séparation et il offre un commandement d’amour et de force qui, seul, peut abattre les murs, apporter sécurité et protection, et guider les cœurs des agresseurs afin qu’ils cessent leurs attaques et mettent un terme à l’occupation qu’ils imposent.

Vous qui croyez au symbole de Noël, tenez-vous debout aujourd’hui au côté de Jésus, face à l’occupation et au mur. Pensez à ce que vous pouvez faire pour détruire ce mur et mettre un terme à l’occupation, qui est la marque de l’oppression d’un peuple envers un autre, afin que la joie de Noël revienne pleinement à Bethléem et sur toute la terre.

Une joie nouvelle et un espoir nouveau

Ceux qui célèbrent Noël savent que Dieu est amour, pas un dieu des armées et des guerres, ni un dieu qui ordonne à un peuple d’en opprimer un autre, ou un dieu qui prive certains de leur terre pour la donner à d’autres.

Noël est aussi le jour des réfugiés. Jésus est né à l’extérieur de la ville, pas dans une maison, mais dans une grotte voisine. Enfant, il a trouvé refuge en Égypte, afin de se soustraire à l’oppression des puissants de l’époque. Jésus marche aujourd’hui parmi les foules de réfugiés ; il marche avec eux et pour eux, enseignant, soignant, donnant la vie, et demandant aux puissants de cesser de tuer et de déplacer des gens. Jésus dit aux dirigeants de ce monde : « Déposez vos armes et cessez de tremper votre pain dans le sang du peuple du Moyen-Orient. Rengainez vos glaives et transformez-les en outils de vie, comme l’a dit le prophète : "Martelant leurs épées, ils en feront des socs, de leurs lances ils feront des serpes. On ne brandira plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à se battre" (Isaïe 2,4). »

Une espérance nouvelle en Palestine et au Moyen-Orient ne peut être apportée par les dieux de la terre, mais plutôt par les pauvres, ceux qui combattent le Mal, ceux qui ont soif de droiture, de justice, et de paix.

Une joie nouvelle et un espoir nouveau pour la Palestine seront aussi joie et espérance pour tout le peuple de Terre sainte, de Palestine et d’Israël, quand tous seront capables de voir la gloire de Dieu, qui, le soir de Noël, est apparu aux gens les plus simples et s’est dissimulé à la vue des puissants (Luc 2,9). La gloire de Dieu nous rend capables d’amour et nous permet de construire une terre sainte à l’image de Dieu, une terre où il n’y a ni opprimés ni oppresseurs, pas de murs, pas d’occupation, pas d’obscurité, mais plutôt une grande lumière, et un grand amour qui remplit le cœur de tous.

Depuis Bethléem, je vous souhaite ... une fête de Noël pleine de sainteté, de justice, et d’amour.

S.B. Michel Sabbah
Patriarche latin émérite de Jérusalem