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Où va notre planète ?

En suivant l'épitre de Saint Paul aux Romains
Michel Jondot

Épitre de Saint Paul aux Romains
chapitre 5

Ayant donc reçu notre justification de la foi, nous sommes en paix avec Dieu par Notre-Seigneur Jésus Christ, lui qui nous a donné accès par la foi à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu. Que dis-je ? Nous nous glorifions encore des tribulations, sachant bien que la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance. Et l’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné. C’est en effet alors que nous étions sans force, c’est alors, au temps fixé, que le Christ est mort pour des impies ; - à peine en effet voudrait-on mourir pour un homme juste ; pour un homme de bien, oui peut-être osera-t-on mourir – mais la preuve que Dieu nous aime c’est que le Christ, alors que nous étions pécheurs, est mort pour nous. Combien plus maintenant justifiés par son sang, serons-nous par lui sauvés de la colère. Si étant ennemis, nous fumes réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie, et pas seulement cela, mais nous nous glorifions en Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ par qui dès à présent nous avons obtenu la réconciliation.

Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu’ainsi la mort a passé dans tous les hommes, situation dans laquelle tous ont péché ; - car jusqu’à la Loi il y avait du péché dans le monde mais le péché n’est pas imputé quand il n’y a pas de loi ; cependant la mort a régné d’Adam à Moïse même sur ceux qui n’avaient point péché d’une transgression semblable à celle d’Adam, figure de celui qui devait venir…

Mais il n’en va pas du don comme de la faute. Si par la faute d’un seul, la multitude est morte combien plus la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus-Christ se sont-ils répandus à profusion sur la multitude. Et il n’en va pas du don comme des conséquences du péché d’un seul : le jugement venant après un seul péché aboutit à une condamnation, l’œuvre de grâce à la suite d’un grand nombre de fautes aboutit à une justification. Si en effet par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront ils dans la vie par le seul Jésus-Christ.

Ainsi donc comme la faute d’un seul a entraîné sur tous les hommes une condamnation, de même l’œuvre de justice d’un seul procure à tous une justification qui donne la vie. Comme en effet par la désobéissance d’un seul la multitude a été constituée pécheresse, ainsi par l’obéissance d’un seul la multitude sera-t-elle constituée juste.

La loi, elle, est intervenue pour que se multipliât la faute ; mais où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé : ainsi, de même que le péché a régné dans la mort, de même la grâce régnerait par la justice pour la vie éternelle.


Analyse

En analysant les chapitres 3 et 4, nous avons décelé plusieurs types d'opposition qu'on retrouve dans ce nouveau passage. La " justice " (ou la justification) ne se comprend qu'en fonction de la " foi " et de " la loi " d'une part et, d'autre part, en fonction de " la grâce " et du " péché ". Par ailleurs la fonction très " singulière " d'Abraham ou de Jésus ne peut se séparer de l'ensemble " particulier " formé par les liens entre Paul et ses destinataires et par la dimension " universelle " visée par cette épitre. Enfin l'ensemble du texte opposait, au temps " présent " au cours duquel l'apôtre écrivait, " le temps " de la patience vécu par les croyant et celui qui est le nôtre, " le temps de la lecture ". A ces triades s'en articule une autre au chapitre 5 (péché, mort et grâce). L'ensemble nous permet de réfléchir sur l'Espérance chrétienne.

1)- Autour de la justice ou de la justification

Autour de justice et justification, s’articulent les mêmes oppositions, foi et loi d’une part et de l’autre grâce et péché.

Le mot « justification » apparaît d’emblée. On le retrouve deux fois par la suite : « l’œuvre… aboutit à une justification … l’œuvre procure à tous une justification. » Le qualificatif de juste est employé une fois et le verbe justifier sert à désigner l’état de ceux qui sont sauvés : « justifiés par son sang. »

- La justification par la foi, d’une part, et la loi d’autre part, encadrent le chapitre : « Ayant donc reçu notre justification par la foi… l’accès par la foi. » Ces mots sont les premiers du texte et le mot « loi » commence le dernier paragraphe : « La loi est intervenue. » Le mot revient deux fois : « jusqu’à la loi… quand il n’y a pas de loi. » Un vocabulaire légaliste est disséminé dans l’entre-deux : jugement, transgression, condamnation, obéissance, désobéissance, faute.

- La justification fait également sens avec la grâce et le péché : les mots « péché » ou « pécheur » reviennent dix fois et le mot « grâce » cinq fois. Le péché est inséparable de la grâce (« Là où le péché a abondé, la grâce a surabondé ») et, en même temps, « grâce » et « péché » sont inséparables de la justification : « Le jugement après un seul péché… Ceux qui reçoivent… la grâce et la justice. »


2)- La temporalité

Décelée au chapitre précédent, la temporalité travaille encore mais revêt quelques nuances importantes.

- Le temps de la patience devient le temps du dépassement. Le temps du Christ n’est pas seulement un temps passé. Il dé-passe ce qui l’a précédé : « Le Christ est mort pour les impies alors que nous étions sans force. » Cet état d’épuisement lui-même avait un passé : il recouvre les siècles qui vont de Moïse à Jésus ; autour de Moïse s’opérait un autre dépassement : la sortie d’une longue période. « La mort a régné d’Adam à Moïse… c’est alors qu’est intervenue la Loi. » Cette condition tragique, rejointe par la loi, n’est pas un point de départ : « La faute d’un seul » a précédé la loi et a « entraîné sur tous les hommes la condamnation. »

- Les verbes exprimant le dépassement sont à l’imparfait ou au passé composé. Les verbes au présent s’y enchevêtrent : on peut considérer cet état présent comme un temps de passage entre ce qui précède et ce qui se présente. Avant la paix avec Dieu que connaît le croyant s’est produite la justification de la foi. Si nous pouvons reconnaître que Dieu nous aime c’est parce qu’avant nous Dieu est mort pour nous et que son amour… a été répandu dans nos cœurs.

Par ailleurs il faut repérer, dans l’emploi des verbes au temps présent, un autre dépassement. Certes, nous sommes précédés (« Nous nous glorifions en Dieu par Notre-Seigneur Jésus-Christ par qui nous avons obtenu la réconciliation »). Mais le moment où nous nous glorifions précède lui-même un avenir. Il s’agit en effet d’un temps d’épreuve : « La tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu éprouvée l’espérance. »

- Le temps du passage est le temps du lecteur dont nous avons parlé dans le chapitre précédent. C’est aussi le temps de l’Espérance. Tout comme alors, le texte fonctionne entre celui qui dit Je (Que dis-je ?) et le nous qui désigne l’ensemble auquel il s’adresse et dans lequel la lecture nous englobe. Nous voici, avec Paul, arrimés au futur : Nous serons sauvés par lui de la colère… nous serons sauvés par sa vie et, au cœur des tribulations nous pouvons nous glorifier : la multitude sera constituée juste. Ceux qui acceptent la grâce règneront dans la vie… ils règneront par la justice pour la vie éternelle.


3)- Singulier, particulier, universel

D’emblée, dans la mesure où nous sommes, en tant que lecteurs, englobés dans les destinataires auquel s’adresse l’apôtre, nous sommes visés avec insistance dans le premier paragraphe : le pronom « nous » apparaît dix-sept fois en l’espace de quelques lignes. La suite du texte fait entendre dans quel ensemble est pris le groupe particulier dont nous sommes partie prenante. Sans exception nous sommes dans la multitude qui englobe tous les hommes. Cette universalité s’oppose à une double singularité : l’une conduit à la mort, l’autre conduit à la vie. Par la faute d’un seul, la multitude est morte ; par l’œuvre d’un seul la mort a régné sur tous les hommes. Par l’obéissance d’un seul, la multitude a été constituée pécheresse. Mais, en même temps, la grâce de Dieu et le don conféré par la grâce d’un seul homme, Jésus-Christ, se sont-ils répandus à profusion sur la multitude ; l’œuvre de justice d’un seul procure à tous une justification qui donne la vie.

4)- Péché, mort et grâce

A la multitude sont attachés trois termes : la multitude est morte, elle a été constituée pécheresse mais sur elle est répandue la grâce ou la vie. (Dans le contexte les deux mots semblent équivalents). « Mort », « Péché », « grâce » : trois expressions disséminées à travers tout le texte en nombre à peu près égal. Péché (ou « pécheur » ) et « mort » reviennent huit fois et « grâce » (ou « vie ») sept fois. La mort est impliquée dans le péché : elle en est la conséquence. L’une est le contraire de l’autre, le texte les oppose : l’une venant après un seul péché aboutit à une condamnation (…) L’œuvre de grâce (…) aboutit à une justification. On peut alors dégager le schéma suivant :


Relecture

1- Sur tous les hommes

Les nouvelles se communiquent avec une vitesse impressionnante : ce qui survient en un point du monde s’étale au même moment aux yeux de tous sur les écrans de télévision. Les connaissances se transmettent à un niveau international : philosophes et savants se déplacent d’une capitale à une autre pour mettre en commun leurs découvertes. La même langue anglosaxonne est parlée dans tous les pays et les multinationales proposent les mêmes produits au même moment dans tous les coins de l’univers.

Au siècle dernier, un homme de science qui était théologien prévoyait cet avènement d’une civilisation où les hommes seraient capables de se rapprocher et de s’unir. A la manière d’une prophétie, « Le phénomène humain » de Teilhard de Chardin décèle, dans l’histoire de l’humanité, une rupture aussi radicale que le passage de la géosphère à la biosphère, c’est-à-dire de la matière inanimée à la vie biologique. Il forge le néologisme « noosphère » pour désigner ce bouleversement. On parle de « globalisation » pour évoquer la situation actuelle : le mot grec sphaïra désigne en effet un globe. Le mot Noûs, à la racine du terme, signifie « pensée » : celle-ci serait en voie d’englober le cosmos. C’est cette convergence entre les êtres que vise l’évolution dont parlent les paléontologues.

Nous regardons depuis des années, sans comprendre, se former sous nos yeux l’étonnant système des routes terrestres, marines et aériennes, de voies postales, de fils, de câbles, de pulsations éthérées qui enserrent chaque jour davantage la face de la Terre. « Communications d’affaires ou de plaisir que tout cela, répète-t-on ; établissement de voies utilitaires et commerciales… » Non point, dirons-nous ; mais, plus profondément que cela, création d’un véritable système nerveux de l’Humanité ; élaboration d’une conscience commune…

« La grâce et le don conféré… se sont répandus à profusion sur la multitude » : ces paroles de Paul peuvent traduire les intuitions de Teilhard. Il n’empêche que cette façon de voir heurte les sensibilités. Nous sommes capables de nous unir de manière extraordinaire mais la rencontre va de pair avec une tragique déchirure. Les capacités techniques de l’homme sont le fruit du travail de l’argent et celui-ci crée des écarts de plus en plus grands entre les peuples et à l’intérieur de chaque pays. Quelques personnes, 80 peut-être (1% de la population mondiale), possèdent à elles seules la moitié des richesses de l’humanité. Certes, les distances sont pour beaucoup faciles à franchir mais des millions d’hommes, de femmes et d’enfants s’embarquent sur de frêles esquifs pour tenter d’échapper à la faim. Quand ils échappent à la noyade et réussissent à traverser la Méditerranée, plutôt que de vivre une rencontre, ils sont refoulés aux frontières des pays qu’ils auraient voulu rejoindre. Refuser la rencontre ou créer des écarts n’est pas le pire : on sème la mort à pleines poignées. Les chiffres sont impressionnants : Pendant la première guerre mondiale, près de 15 millions de personnes sont tombées dans les combats ou furent écrasées sous les bombardements. Elles furent environ 70 millions entre 1939 et 1945. Aujourd’hui dans la seule Syrie on compte plus de 250000 morts depuis le début du conflit.

2- Du singulier à l’Universel

« Etre plus c’est s’unir davantage », disait l’auteur du Phénomène humain. Symétriquement, se séparer ou écarter loin de soi conduit à l’anéantissement : « Par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et ainsi la mort a passé en tous les hommes. » Tous graciés et, en même temps, tous condamnés. L’apôtre n’évince pas le problème. Le mot « tribulation » évoque le contraste entre cette condition de déchéance et une situation de victoire : « Nous nous glorifions des tribulations. » Au milieu des épreuves de l’histoire, sans se boucher les yeux, Paul montre au cœur d’un monde déchiré, un monde déjà réconcilié, en espérance : « la tribulation produit la constance, la constance une vertu éprouvée, la vertu espérée l’espérance. » Au sein des épreuves, le lecteur de l’épitre est invité à ne pas perdre de vue la porte ouverte sur l’autre de ce monde.

On a parfois reproché son optimisme à Teilhard de Chardin. En réalité cette « élaboration d’une conscience commune » est, à ses yeux de savant, une avancée douloureuse au milieu d’un paysage assombri par les drames : Même au regard du simple biologiste, rien ne ressemble autant que l’épopée humaine à un chemin de croix. Le mystère de cet homme singulier qu’est Jésus est au cœur de ce développement. Ne nous effrayons donc pas de ce qui à première vue nous semblerait être une discorde finale et universelle. Ce que nous subissons n’est que le prix, l’annonce, la phase préliminaire de notre unanimité. Saint-Paul, pour sa part, écrit que par un seul homme la vie se diffuse dans le monde. Le Phénomène humain lui fait écho : « Je suis trop convaincu (de plus en plus) que le Monde ne peut pas s’achever sans le Christ. »

Cette présence du Christ à l’intérieur de cette montée vers un point où tout converge fait apparaître ce qu’il en est de notre relation à ce moment où l’unité en voie d’accomplissement sera atteinte. Un individu très singulier (un seul !), unique en son genre, serait au cœur de cette montée vers le point que Teilhard désigne par la lettre Omega : en ce point, tous, nous serons un. Le mot « univers » est à prendre à la lettre : vers l’uni - té. C’est dans ce mouvement qu’est pris le groupe particulier formé de ceux qui croient au message de Jésus. Paul appelle Espérance la ligne qui traverse ainsi les tribulations.

3- Les temps du passage

Ce groupe particulier est le nôtre ; il englobe les lecteurs que nous sommes. Nous voici pris entre un passé qui a un double visage : celui d’Adam dont la faute a entraîné la mort universelle et celui de Jésus par qui la vie et la grâce se sont répandues sur la multitude. Au cœur de la mort qui est disparition, surgit la vie hors du néant : ex nihilo. Cette expression latine désigne, dans le langage des théologiens, l’acte de création. Celui-ci n’est pas encore la vie à proprement parler mais son surgissement. En lui se rencontrent le néant et la vie. Il n’est plus le néant, il est passage vers la vie.

Nous voici en ce point où, encore plongés dans la mort, nous sommes en voie d’être réenfantés. L’idée reviendra dans la suite de l’épitre : « la création tout entière gémit dans les douleurs de l’enfantement. » (8,25) Pendant la première guerre mondiale, Teilhard disait déjà : La Création n’a jamais cessé. Mais son acte est un grand geste continu, espacé sur la Totalité des Temps. Elle dure encore ; et, incessamment, bien qu’imperceptiblement, le Monde émerge un peu plus au-dessus du Néant. Il est intéressant de noter que l’auteur du Phénomène Humain faisait ce constat au milieu des terribles « tribulations » que connaissait le monde voici cent ans. « Le chrétien traverse les champs de bataille une rose à la main » disait Jean Giono. C’était mal comprendre le message du Nouveau-Testament. Nous voyons aussi clairement que les autres le mal qui ronge l’univers et bien des baptisés ne se font pas faute de le combattre, quitte à y perdre la vie. Précisément, en effet, le fait d’être lucide sur les ravages de la barbarie humaine conduit à les dénoncer au nom des promesses de vie auxquelles ils sont attachés. Le mal ne peut avoir le dernier mot ! Si par la faute d’un seul, la mort a régné du fait de ce seul homme, combien plus ceux qui reçoivent avec profusion la grâce et le don de la justice régneront ils dans la vie par le seul Jésus-Christ.

Le verbe régner qu’on trouve en ce passage se retrouve aux tout derniers mots : la grâce règnerait par la justice pour la vie éternelle. Il fait écho aux premières lignes : Nous nous glorifions. Un théologien protestant du siècle passé, Oscar Culman, a proposé une jolie comparaison pour évoquer ce temps de passage entre la Croix et la Gloire. Lorsqu’une guerre se termine, un armistice est déclaré avant que ne soient signés les accords de paix. Dans l’entre deux, tous les signes de la guerre demeurent dans les villes et les villages. Des tanks et des militaires en uniformes sont encore dans les rues mais la peur de l’ennemi est dépassée et les vainqueurs peuvent déjà se réjouir de la victoire. Ainsi en va-t-il du temps que nous vivons dans la foi. Nous avons encore sous les yeux les traces du péché d’un seul mais déjà nous pouvons nous glorifier de la grâce accordée à la multitude.

En quel temps vivons-nous ? Le Proche-Orient est déchiré, les populations africaines sont sous-alimentées, notre pays est terrorisé par les menaces de l’islamisme. Faut-il se lamenter ? Les progrès technologiques entraînent des licenciements dans les entreprises ; un commerce d’armes, de plus en plus sophistiquées et dangereuses, s’amplifie. Des robots vont remplacer les humains pour la marche du monde. Où allons-nous ?

Peut-être que les puissances de mort sont proportionnelles aux promesses de vie qui nous sont adressées. Le Phénomène humain nous a familiarisés avec l’idée que l’univers franchissait des seuils. On est passé d’un cosmos inanimé à la vie animale et de l’animalité à l’hominisation et à la socialisation. Ce passage d’une sphère à une autre conduit à un point inaccessible où l’Esprit sera tout entier en tous. Ne serions-nous pas à un moment où nous atteignons un stade nouveau infiniment supérieur au précédent. Beaucoup le contestent, Teilhard le pensait. Loin de craindre un péril nucléaire, devant le cyclotron qu’il découvrait dans les années 30, il disait :

Devant mes yeux distraits le cyclotron de Berkeley avait définitivement disparu. Et, en sa place, pour mon imagination, c’était la Noosphère tout entière qui, tordue sur soi par le souffle de la Recherche, ne formait plus qu’un seul et énorme cyclone, dont l’effet propre était de produire, en place et lieu de l’Energie nucléaire, de l’Energie psychique à un état de plus en plus réfléchi, c’est-à-dire, identiquement de l’Ultra-humain. Or, fait remarquable, mis en présence de cette réalité colossale, qui eût dû me donner le vertige, je n’éprouvai au contraire que du calme et de la joie, un calme et une joie de fond.

Que dirait-il aujourd’hui à ceux qui laissent entrevoir l’effondrement de la planète devant le réchauffement climatique que provoquent les progrès technologiques de notre siècle ?

Michel Jondot
Tapisserie de l'atelier Mes-Tissages