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Entre déceptions et attentes : mon histoire dans l'Eglise
Christine Robert


"Dès qu'on a la volonté de faire Eglise, de lui donner une orientation différente de celle qu'elle prend actuellement, on cherche à le faire du dedans, dans un sens contraire au sien, et pourtant en communion avec elle".
Cette phrase de Joseph Moingt illustre à merveille la démarche de Christine Robert, cette mère de famille qui nous livre son témoignage.

(7) Commentaires et débats



Ma jeunesse en Eglise

Octobre 2010, j'ai 45 ans ! J'avais 3 mois quand j'ai reçu le baptême puis j'ai grandi dans une communauté paroissiale vivante où mes parents étaient très engagés. Je m'y sentais heureuse avec tous, jeunes et adultes. Je faisais partie d'un groupe d'aumônerie où nous étions nombreux.

Après la confirmation, on nous donnait des responsabilités et la formation adéquate pour les assurer : grâce à un enseignement biblique, donné sur place par le curé et une laïque, j'ai accompagné une équipe de jeunes en préparation à la confirmation, aidé à l'animation de retraite de profession de foi. Avec le groupe d'aumônerie, on accueillait les enfants aux célébrations eucharistiques dominicales pour les processions au cour de la liturgie. J'appréciais la place que cette communauté paroissiale donnait aux jeunes - et la confiance établie entre les différentes générations. En aumônerie, j'ai participé au premier Frat de Jambville ouvert aux filles et aux autres diocèses d'Ile de France, puis au Frat de Lourdes. Il y avait aussi les retraites et voyages paroissiaux, jeunes et adultes, (Bec Helloin, St Benoît sur Loire, Cap de la Hagues, l'Algérie...).
Pour moi, c'était l'Eglise.

Septembre 86, par désaccord avec la hiérarchie de notre diocèse, à l'issue des 12 ans de mission de notre curé, ce dernier a été envoyé au placard ainsi que plusieurs laïcs salariés de notre paroisse. Pour moi, tout s'écroule, notre communauté explose en vol ! On assiste impuissant à des conflits d'adultes auxquels on ne comprend rien, mais au final, notre groupe d'aumônerie disparaît.

Bien qu'ébranlée par ces événements, mon fiancé et moi, souhaitons que notre engagement soit vraiment un sacrement. En septembre 87, nous nous marions devant Dieu, en Eglise. Préparés et entourés de nos familles et de tous les amis de la paroisse.


Mon histoire en Eglise avec des jeunes

Nous voulions des enfants ; mon fils Raphaël est arrivé très vite. J'étais infirmière, mais j'ai fait le choix d'arrêter mon métier pour élever une famille: arrivée de Blandine, puis Gabrielle et Mariline!

Lorsque l'aîné fut en âge d'aller au catéchisme, j'étais curieuse et inquiète de la façon dont on annonçait l'Evangile dans cette paroisse que je ne connaissais pas. Restée croyante, je voulais reprendre une pratique religieuse pour que mes enfants reçoivent l'héritage de la foi. En l'inscrivant, je me suis engagée à animer une équipe de catéchisme. J'ai eu la chance de rencontrer le curé qui a su me redonner confiance. Il m'a aidée dans le développement de ma foi et grâce à lui, j'ai pu trouver ma place dans ma nouvelle paroisse. Il m'a proposé la responsabilité de coordinatrice de la catéchèse pendant 8 ans. En parallèle, soucieuse de suivre mes aînés, je les ai accompagnés en aumônerie collège (toujours sur la paroisse) J'ai éprouvé le besoin de suivre des formations proposées par le diocèse. Et par cohérence, je suis entrée dans le groupe d'équipe d'animation pastorale. Bien vite, toutes ces tâches d'Eglise m'ont occupée à plein temps, totalement bénévole...

Au retour du Frat de Lourdes 2004, dans le car, les jeunes, dont faisait partie mon fils aîné, m'ont demandé à l'unanimité de créer une aumônerie de lycée sur la paroisse. Aujourd'hui ce groupe « Pour'Suivre » est riche d'une trentaine de jeunes (lycéens et plus âgés) et de 4 animateurs, pour une communauté qui comprend une trentaine de collégiens et 90 enfants en catéchisme.

Nous nous réunissons une fois par mois, le dimanche de 17h à 19heures. Il arrive qu'on poursuive la discussion en partageant le repas. On part d'un thème qui leur permet de s'exprimer sur leur vie personnelle (l'argent, vivre les différences, les interdits, le pouvoir, le travail, la confiance, notre liberté et Dieu, l'Eglise...). Chaque fois on lit un texte de la bible ou de l'évangile : comment recevoir le message ? On termine par un temps de prière.

Nous élaborons des projets, pour lesquels nos maris nous rejoignent, croyants ou non : Marche vers St Jacques de Compostelle, Visite de la Pologne, Retraite à Pontigny, Voyage à Rome et Assise sur les pas de St François, Marcher et prier dans le Queyras. Nous marchons beaucoup : cet effort est important car sur la route la parole va bon train. Nous vivons de véritables échanges jeunes et adultes. Nous recevons autant que nous donnons.

Avec le diocèse, nous participons à ces pèlerinages qu'on appelle Fraternel ou Frat. Ces rencontres sont importantes pour les jeunes ; ils reçoivent des témoignages intéressants entre jeunes de différents horizons. Ce sont des moments forts pour leur vie de chrétiens. En Eglise, ils découvrent la notion de peuple de Dieu et souvent s'éveille en eux la demande du sacrement de confirmation.


Mon regard sur l'Eglise aujourd'hui

En tant que responsable d'aumônerie, je constate que l'Eglise ne rencontre, ni ne rejoint les jeunes et leurs préoccupations liées au monde d'aujourd'hui.
En tant que femme et mère, je suis blessée de constater qu'à part les grands rassemblements médiatiques où il faut faire nombre, l'Eglise ne met rien pour poursuivre. Seules les mères de famille, dont je suis, se préoccupent et organisent le vivre avec les jeunes dans nos paroisses. (Lectures d'évangiles, discussions autour de sujet qui les préoccupent, temps de prière, préparation de célébrations eucharistiques, opération caddies pour le secours catholique, rencontres avec les personnes âgées...)

Depuis 2003, j'emmène des collégiens et des lycéens au Frat. Mais lors des bilans, que j'envoie aux responsables diocésains, je souligne l'incapacité du cardinal et des évêques à rejoindre les jeunes lors des célébrations et de leur passer un message de foi qui puisse les marquer et leur donner envie d'aller plus loin... «Pour'Suivre»

Bilan du Frat à Lourdes 2008 :
Je fais un rêve !!!
Notre clergé est descendu de son estrade pour venir vivre, célébrer, rencontrer les frateux et construire l'avenir de l'église, ensemble.
Au Frat nos évêques et archevêques ont la chance de pouvoir rencontrer 12000 jeunes qu'ils disent être l'église de demain. Aujourd'hui, ils ne savent pas qui ils sont ni comment ils vivent, ni ce qui les nourrit. Ils arrivent toujours avec leurs fastes, leurs coutumes, leurs règles et traditions auxquels ils se raccrochent. En face il y a incompréhension et puis régulièrement démobilisation.
Comment transmettre la joie quand on en parle en faisant la grimace !
Pourquoi s'acharner à encenser alors que pour nos jeunes cela ne veut rien dire, seulement à les faire tousser pour chahuter.
Pourquoi s'obstiner à vouloir « chanter » la prière eucharistique, qui est si belle, et qui ne sert qu'à les faire rire ou à siffler. Quand ce n'est pas l'évangile !
Pourquoi s'obstiner à suivre le protocole quant on pourrait rejoindre la démarche des jeunes en donnant la possibilité à des prêtres qui sont plus proches de nos jeunes de présider ces grands rassemblements entourés de nos évêques et archevêques, pour leur communiquer un message qui pourrait plus les toucher. Peut-on faire preuve d'humilité parfois ?
Comment attendre de nos jeunes qu'ils s'engagent à témoigner de quelque chose qui semble si éloigné de leur vie de tous les jours !
Ils ont toutefois un besoin de spiritualité énorme, mais comment répondre à leur besoin si notre clergé reste enfermé sur lui même! Il n'y a donc plus de communication possible.

Aujourd'hui, je fais le grand écart et c'est de plus en plus difficile et douloureux !!!

Voici quelques phrases du père Joseph Moingt (jésuite) tirées d'un article pour la revue Croire Aujourd'hui (du 15 11 2007) :
"J'attends de l'Eglise qu'elle devienne plus évangélique que religieuse. Mais je crois que cela ne se fera pas sans de profondes mutations. Elle devra croire davantage à la gratuité de Dieu et acquérir elle-même plus de gratuité, c'est-à-dire donner, non pas son trésor à elle, mais donner en réponse aux besoins des hommes : « Donnez-leur vous-mêmes à manger », dit le Christ (Luc 9, 11-17). Dieu n'a jamais voulu que tous les hommes se rassemblent dans des temples pour l'adorer. Il veut nous mettre au service des autres, sans que l'Eglise attende une récompense en voyant à nouveau les foules l'accueillir, elle."

L'Eglise ne met pas le message évangélique au centre de ses priorités ; elle s'appuie sur des rites et une morale qui fonctionnait autrefois mais ne marche plus aujourd'hui. Jésus entrait dans les maisons ; il rejoignait les foules. Il venait sur le terrain non pour juger mais pour remettre debout et faire avancer. Actuellement, l'Eglise est à l'écart du peuple, loin des petits. Elle reste dans les hautes sphères.
Vivant en Eglise, je rencontre de plus en plus souvent, des pères et des mères qui partagent ma façon de voir.

Notre paroisse vient d'accueillir un nouveau curé que je connais bien et que j'estime beaucoup. Il était avec nous sur les routes de Compostelle, de Pologne, d'Italie... en tant qu'aumônier du groupe... Il accompagnait les jeunes en manifestant beaucoup de liberté et de simplicité. Par exemple, il célébrait la messe en plein champs, ou sur le bord de la route. Maintenant qu'il est curé il a les pieds et les mains liés, pris dans un système impitoyable : avec son prédécesseur, nous avions des célébrations pénitentielle avec absolution collective, récemment il est arrivé en nous disant « Cela n'est plus possible, l'évêque l'interdit ».

Autre exemple de la rigidité du système, les lettres de mission : Un laïc, ne peut pas accompagner des jeunes à une manifestation diocésaine sans avoir une lettre de mission signée en bonne et due forme par l'instance cléricale. Je précise que pour ma part, je me suis lancée dans l'animation d'une aumônerie de jeunes avec l'accord de mon curé bien sur, mais sans demander de lettre de mission à quiconque !
Quelle place laisse-t-on à l'Esprit ?


Mon regard sur l'avenir de l'Eglise

Je pense que la paroisse est un lieu adapté pour les jeunes. C'est là qu'ils peuvent trouver la cellule fraternelle pour découvrir, échanger et se familiariser avec la pratique chrétienne. Les jeunes ont beaucoup de mal à entrer dans l'Eucharistie lorsqu'elle est trop décrochée de leur expérience. Il faut savoir leur laisser une part active dans nos déroulements en fonction de leurs talents, en veillant à ne pas les contraindre à rentrer dans un rythme dans lequel ils se sentent piégés !!! Animation des chants, jouer d'un instrument de musique, faire des lectures, faire des processions, ou encadrer les plus jeunes au cours des processions, rédaction des prières pénitentielle ou universelle... Mais pour cela, il est important que prêtres, curés et laïcs, animateurs d'aumônerie, sachent faire équipe. Il est indispensable que les pasteurs soient à l'écoute des chrétiens de leurs communautés avant d'être soumis aux consignes épiscopales.

L'Eglise de demain vivra si chacun peut prendre la parole ! On est à une époque d'hyper- communication et où malheureusement on n'a jamais aussi mal communiqué !!! On a la chance d'être dans un pays où la liberté de parole est un droit reconnu. L'Eglise qui forte de l'Esprit, engendre hommes et femmes à la liberté, doit se faire entendre et pas seulement par la voix hiérarchique, et en multipliant les interdits !!! Que les évêques sachent rencontrer, écouter et non pas seulement légiférer, donner des lettres de mission et faire des nominations. La parole ne peut être à sens unique. S'ils sont serviteurs de la parole, ils doivent se rappeler que la parole ne va pas sans l'écoute. S'ils l'oublient, ne manquons pas de le leur rappeler.

Je sens des attentes spirituelles vives chez les jeunes, mais leur quête est incarnée, inséparable de ce qu'ils ont à vivre. Leurs difficultés, leurs joies, leurs échecs entrent dans cette recherche. Quand on voit le succès du film « Des hommes et des Dieux » et qu'on entend les réactions des spectateurs à leur sortie, il faut reconnaître qu'il y a une attente.

L'avenir n'est pas fichu. L'Evangile continu à être transmis et à être vécu ! Seulement ne le laissons pas être caché par la hiérarchie de l'Eglise catholique et l'image qu'elle donne à voir.

Transmettons ensemble, en Eglise, le message de l'Evangile.

Christine Robert

Pastel de Pierre Meneval