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Entre fidélité et espérance
Olivier Vasseur


Olivier a grandi dans l'Eglise qui, après Vatican II, ouvrait des horizons nouveaux. Ce père de famille, au milieu de sa vie, se rappelant son parcours, regarde l'avenir. Membre de l'équipe animatrice, il nous livre son expérience.

1 Commentaire et débats


Un enracinement chrétien

- Olivier, peux-tu nous dire ton âge, ta situation professionnelle et familiale, où tu habites ?

J’ai 40 ans. Je suis marié depuis 13 ans avec Ségolène et nous avons 3 enfants, une fille de 11 ans, deux garçons bientôt 10 ans et 7 ans ½. Je suis Responsable de Ventes dans une PME de 120 personnes, dont 80 en France, qui fait 80% de son chiffre d’affaires à l’export. Ceci m’amène à voyager à l’étranger principalement dans une zone « Europe, Moyen-Orient Afrique et Inde ». Cette PME, où je travaille depuis dix ans, vient d’être rachetée par un grand groupe allemand. Ségolène exerce également une activité professionnelle à ¾ temps comme comptable. Nous habitons une agglomération de 50 000 habitants au sud de Lyon.

- Tu as une expérience d’Église depuis ta naissance. Peux-tu nous la décrire ? (en famille autant qu'en "communauté")

Je suis né d'une famille de milieu socio-professionnel aisé (père cadre dirigeant et mère professeur). Nous sommes banlieusards, j'ai passé mon enfance à Sceaux (Hauts-de-Seine) car mon grand-père paternel, parisien, a cherché à loger sa nombreuse famille au milieu des années 30 et est venu s’installer à Fontenay aux Roses, tout près de Sceaux. C'est auprès de ce grand-père et de ma grand-mère que j’ai passé tant de dimanches - j'avais entre 6 et 13 ans -, que j'ai suivi, sur leur missel la Messe à Sainte Bathilde, leur paroisse. Cette pratique dominicale familiale m’a profondément marqué, j’ai un appel viscéral au partage de l’eucharistie le dimanche.

Mes parents sont nés juste avant la guerre et ils ont vécu l’immense renouveau du Concile entre 20 et 30 ans. Ils m'ont appris que le concile était un aboutissement de bouleversements déjà engagés. Mes parents étaient au début de leur mariage, en 1965, au MCC (mouvement des cadres chrétiens).

Mon grand-père paternel avait été marqué par le Sillon de Marc Sangnier. Il était engagé au CFPC (Centre Français du Patronat Chrétien). Georges Hourdin (fondateur de la Vie Catholique illustrée, aujourd'hui La Vie) était le parrain d’un de mes oncles. Un jésuite, le Père Philippe Laurent, engagé auprès des patrons chrétiens, venait déjeuner régulièrement chez lui et aussi chez nous. J’ai donc baigné dans un milieu marqué par l’Action Catholique, un catholicisme social fort, assez intellectuel, mais qui se concrétisait par une certaine attitude professionnelle chez mes grand-père et père, mais aussi par des engagements sociaux : la FEEP (Fédération des Parents d’Elèves de l’Enseignement Public), le catéchisme pour ma mère (plus tard également à la municipalité à Sceaux) ; pour mon père au conseil municipal également à la fin des années 70, à l’équipe "finance" de Sainte Bathilde et aujourd’hui comme président d’une association d’aide sociale créée par ma grand-mère paternelle.

Coté maternel, c’était bien différent. Mon grand père, architecte, avait été aux Croix de Feu et ma grand-mère, professeur, avait appartenu aux Jeunesses patriotiques mais, même si c’était une pratique de la foi plus traditionnelle, nous allions aussi à la messe le dimanche sur nos lieux de vacances avec eux. Les Jeudi Saint et Vigile Pascale à la Cathédrale de Coutances au début des années 80 m’ont marqué (longue table d’eucharistie dressée au milieu de la nef, grand feu à l’extérieur !). Cette constance d’aller à la messe le dimanche dans les familles de mes parents a été sûrement un point d’ancrage.

Un amour de l’Eglise

Nous connaissons Michel Jondot parce que mes parents l’avaient découvert à la paroisse Saint Jean-Baptiste à Sceaux au début des années 60 : il venait d’être ordonné prêtre et c’était son premier poste. En 1977, leur choix d’une paroisse ouverte, d’un curé « particulier » nous a fait « adhérer » à Sainte Bathilde, où Michel avait été nommé. Nous y avons découvert Christine qui, laïque nommée par l’évêque de Nanterre, travaillait avec lui. J’ai donc fait un parcours intégral au catéchisme du CE2 à la 3e avec Michel et Christine de 1979 à 1986.

Ce n’est que bien des années plus tard, après avoir vécu le bouleversement à Sainte Bathilde de 1986, - le départ de Michel -, avoir découvert la province pour mes études à 18 ans à Lille en 1989, puis Clermont Ferrand en 1995, puis Grenoble jeune marié en 1999 que j’ai compris que Sainte Bathilde était un lieu unique.

En fait, la première révélation a été en classe de Seconde, Michel avait été obligé de quitter Sainte Bathilde, Christine avait été virée par le nouvel évêque ; j’avais intégré l’aumônerie des Lycée Lakanal et Marie-Curie avec le Père Michel Pansard (devenu évêque de Chartres) et le Père Philippe Bordeynne (aujourd’hui Recteur de la Catho). Michel Pansard après un petit échange sur les prophètes Amos et Ezéchiel, me dit « Je ne te connais pas, où étais-tu au catéchisme avant ? », je lui ai dit « à Sainte Bathilde ». Il me répond « Ah, je comprends ». Je n’ai moi-même compris que bien plus tard ce qu’il voulait dire.

J’avais bénéficié en effet sans le savoir d’un parcours de catéchisme exceptionnel qui m'habite encore aujourd’hui : le parcours des prophètes, les gestuels à la Messe, la confection des fresques, les rencontres en 5e avec les protestants, les orthodoxes, les musulmans et les juifs, la session au Carmel de Mazille pour préparer la confirmation en 4e, le nouveau séjour en 3e avec ce petit livret que je garde précieusement intitulé « Lorsque l’amour commande », les fêtes de la paroisse avec l’exposition du voyage en Algérie des jeunes (qui nous ont encadrés en 3e), les récits des voyages CCFD au Vietnam de Lucien, le prêche annuel de notre présidente du Secours Catholique local, les chants écrits par les paroissiens… tout cela me semblait si naturel, y compris les homélies de Christine !

J’ai compris l'immense chance dont j'avais bénéficié vers 30 ans en traversant la France, après les premiers synodes dans les diocèses et les restructurations de paroisses. Chance d’une formation, chance de la rencontre, chance d'une ouverture aux autres.

Premiers engagements

J’ai rapidement quitté l’aumônerie du Lycée, et nous avions formé un petit groupe de jeunes avec Annie Limagne, une laïque de la génération de mes parents, à Sainte Bathilde entre 1987 et 1989 après le départ de Christine. J’ai commencé à traduire ma foi en réflexion politique (1988, c’est la réélection de François Mitterrand et je milite avec mes parents pour Raymond Barre) et en acte de communauté (préparation de célébration pénitentielle). A 18 ans, j’ai vécu un grand moment : en 1989 lors des JMJ à Santiago de Compostella, j’ai commencé à sentir que l’Eglise était traversée de « courants ». Nous, le petit groupe de Sainte Bathilde, avions marché avec le Chemin Neuf, la Mission de France, la Communauté Etudiante de Paris, assez varié comme public ! Nous avions eu droit à une célébration pénitentielle avec absolution collective (mais j’ai découvert que des jeunes se confessaient aussi). J’ai vu un prêtre de 35 ans critiquant ouvertement le discours du Pape sur place à Saint Jacques et d’autres jeunes applaudir à tout rompre des mots que je ne comprenais pas (hédonisme par exemple).

J’ai vécu une certaine parenthèse pendant mes années à Lille et aux Etats-Unis pour mes études et mon service national. Même si j’ai continué à aller à la messe régulièrement ou rendre visite aux Assomptionnistes le soir à Lille, à vivre ma seule messe chrismale aux USA, à découvrir (un peu) la théologie de la libération avec un prêtre américain. Mais je n’avais pas trouvé mes marques en aumônerie étudiante ; je ne suis pas allé à Chrétiens en Grandes Ecoles. J’avais pris d’autres engagements en passant mon monitorat de voile. Cela ne m’a pas empêché d’organiser, pour la Catho de Lille, le déplacement à Budapest pour le Pèlerinage sur la Terre de Taizé ! Ou encore de vivre l’élection du conseil paroissial dans une paroisse Lilloise !

En rentrant en France en 1995, à Clermont Ferrand pour ma thèse, j’ai intégré une équipe Jeunes Professionnels du MCC. Nous étions tous de jeunes célibataires à démarrer notre vie professionnelle. Nos réunions mensuelles permettaient d’aborder des sujets diverses comme les "35 heures", la mondialisation, l’équilibre vie privée - vie professionnelle. Je commençais à essayer de réfléchir par moi-même. Nous avions des rencontres de diocèse avec les autres équipes sur Clermont-Ferrand.

J’ai d’ailleurs rencontré Ségolène en 1997 lors d’un week-end régional du MCC sur le Désir ! J’ai vite pris des responsabilités au niveau national pour ce mouvement, puis après notre mariage, au niveau local à Grenoble en étant notamment représentant du mouvement à la collégialité du CCFD et auprès du DDAL (Délégué Diocésain à l’Apostolat des Laïcs). J’ai commencé à apprendre qu’il ne fallait pas parler du CCFD dans certains diners en ville et qu’on vous taxait vite de « catho de gauche » dès que vous avanciez sur le terrain de la solidarité internationale, du partage du travail ou encore des salaires des grands patrons. Bizarre, je n’ai jamais entendu l’expression « catho de droite » ! Le CCFD est même un repoussoir dans certains milieux catholiques et on vous ramène vite à la campagne du Figaro Magazine.

MCC, CCFD, c’était des noms familiers, l’impression de prolonger la tradition familiale. C’était aussi un moyen de créer des liens d’amitiés avec des gens qui partageaient avec moi forcément cette foi puisque nous étions venus dans un mouvement d’Eglise. Finalement, on se retrouve avec ses semblables.

Epoux et père

- Ton épouse et tes enfants sont chrétiens. Peux-tu nous décrire votre façon de vivre la foi en couple et en famille ?

Aujourd’hui, j’essaye d’avoir une vie de prière quotidienne avec l’aide de « Prions en Eglise » et des carnets spéciaux de Panorama. Ségolène et moi avons du mal à trouver un temps ensemble pour prier. Nous partageons nos difficultés et joies de couple au sein de la communauté « Vivre et Aimer ». Nous y sommes animateurs (animer, cela veut dire Donner vie, c'est vraiment cette signification qui est proposé dans la communauté). « Vivre et Aimer », c'est un public assez divers, et pas forcément pratiquant dans le sens traditionnel du terme (cette définition du pratiquant comme "allant à la Messe" tous les dimanches est-elle pertinente ?).

Avec les enfants, nous comptons sur les heures de catéchisme dans leur école (ils sont dans une école privée catholique) et aussi avec les Scouts pour leur éveil à la foi. Les occasions d’animer la messe de Carême par l’équipe locale du CCFD dans laquelle je suis engagé ou bien lors des journées "Vivre et Aimer" leur permettent de participer à l’animation des chants avec nous : nos deux ainés pratiquent très bien le violon et le violoncelle. J’espère que cela les amène à comprendre que nous sommes acteurs de l’assemblée, que c’est celle-ci qui célèbre sous la présidence du prêtre.

Les enfants sont abonnés aux revues de Bayard presse et j’essaye de les lire avec eux régulièrement. Je suis abonné à « la Croix » et au mensuel « Croire Aujourd’hui ». Je lis « la Vie » à la bibliothèque. Nous avons, somme toute, une vie très classique, ultra classique même : communion en CM1, profession de foi en 6e, bref les étapes que Ségolène et moi avons nous-mêmes vécues.

Je suis également pour encore quelque mois responsable de secteur pour le MCC ce qui m’a amené à travailler avec les autres mouvements d’action catholique, et aujourd’hui je suis aussi Commissaire de District pour les Scouts d’Europe.

Face aux réalités paroissiales

Notre lieu de messe dominicale n'est pas fixe. Notre paroisse est composée de plusieurs relais. Nous avons une équipe curiale avec 4 prêtres dont un modérateur ; mais dans les faits, c’est la même équipe curiale pour 3 paroisses (elles-mêmes composée de plusieurs relais bien sûr !). Donc, les prêtres se sont partagé le travail. Nous avons en réalité deux jeunes prêtres sur notre paroisse ; dont un de 31 ans, arrivé l’an dernier, qui a été ordonné il y a peu et qui est diplômé de l’Institut de la Famille à Rome créée par Jean Paul II. Le deuxième, la trentaine également, a été ordonné pour le diocèse l’an dernier et vient d’Afrique Noire.

La Paroisse n’est pas clairement organisée : il existe un conseil pastoral et un conseil paroissial, nul n’en connaît clairement les membres. Il y a une certaine confusion, pas de ligne directrice, pas vraiment de politique pastorale. En fait, les relais ont gardé une certaine autonomie en fonction de la présence dans les presbytères de prêtres à la retraite qui assurent des messes le samedi-dimanche. Il y a donc encore des "messes de clochers" mais sans cohérence. Ce n’est donc pas d’après moi une paroisse, et en tout cas, pas une communauté paroissiale. Je fais un constat, pas un jugement.

Pour ma part, j’aime aller au relais où le prêtre-ouvrier à la retraite qui préside l'assemblée du dimanche est encore bien en forme. Il doit avoir un peu plus de 70 ans. Je retrouve une tonalité proche de Sainte Bathilde à la messe dominicale. Mais pas de jeunes couples, pas d’enfants, je suis le plus jeune. Dans ce relais, nous avons LA célébration pénitentielle des temps de Noël et de Carême avec absolution collective du doyenné (dûment approuvée par l’évêque). Les gens viennent de loin pour celle-ci. Mais, on sent que nous sommes à la marge, de côté, pas dans le mouvement de la paroisse.

La messe « officielle » du dimanche est fréquentée par les familles de nos âges. Elle est sympathique mais une question me fâche : la séparation des filles et des garçons pour le service de la Messe. Nous nous retrouvons avec une armée de servants d’autels (ils sont parfois 20), de servantes de l’assemblée, l’encensoir en début de messe, à l’évangile, à l’offertoire, pendant la consécration (nous n’avons pas les cloches). Cela me fatigue et surtout me révolte dans ce choix de séparation. C’est la première fois que je vis cela. Et j’ai appris que cela se faisait de plus en plus. J’avais clairement indiqué mon désaccord au curé précédent (35 ans) mais je n’ai pas encore pris le temps d’en parler avec le jeune curé de 31 ans. Je m’aperçois surtout que je suis le seul à m’en inquiéter ; les couples de nos âges, parents des amis de nos enfants, souvent dans des situations professionnelles proches des nôtres, dont les enfants sont à l’école catholique du coin ou aux scouts s’en accommodent, ou même approuvent.

Ségolène me comprend mais ne veut pas se couper de nos relations amicales développées en paroisse. Je suis d’accord avec elle sur ce point mais je ne veux pas pour autant renoncer à mes convictions. Cependant, je n’ai pas trouvé la clé pour dialoguer avec les autres paroissiens et notre curé. Cela peut s’envenimer. Notre fils de 9 ans ne comprend pas que je lui refuse de servir la Messe. Notre fille n’a pas souhaité être Servante de l’Assemblée (j’ai l’impression qu’elle a compris le côté subalterne du positionnement et des tâches confiées, même si on fait souvent lire à ces filles de 9-11 ans la 2e lecture !). Cela me fait dire que dans une petite ville de province, on tourne vite sur les mêmes personnes entre l’école, les scouts, la paroisse. Et que nous sommes bien peu nombreux. Nos lieux de socialisation ne sont pas si variés que cela.

Je remarque aussi que les personnes en responsabilité - qui essayent de tenir au mieux leurs engagements par exemple chez les scouts, dans le cadre du catéchisme ou du catéchuménat - ne trouvent pas utile de débattre de ces questions dont on s’accommode facilement. Pourquoi donc dépenser de l’énergie pour cela ? Cela ne gêne vraiment personne finalement. Et ceux qui ne seraient pas d’accord sont partis ailleurs (dans le relais avec notre prêtre ouvrier), ou ne viennent que rarement (je pense à la responsable des Scouts de France). Finalement, chacun travaille dans son coin, se rencontre de temps à autres, mais donner une cohérence à cet ensemble est bien lointain.

Je crois cependant que ce constat s’applique à beaucoup d’autres questions d’Eglise mais aussi de société. A chacun de se débrouiller individuellement avec les contradictions de là où il vit.

Je crois et je m’engage

- Tu as évoqué tes divers engagements d’Eglise, peux-tu nous dire ce qui te motive ?

Comme je l’ai dit, aujourd’hui, nous sommes à « Vivre et Aimer » pour notre couple, au MCC pour réfléchir sur mon travail, au CCFD pour vivre la solidarité, aux Scouts pour rendre service. Cela fait un peu trop et je vais abandonner le MCC que nous vivions en couple dans les premières années de notre mariage mais Ségolène n’y trouvait plus son compte depuis 4 ans. Au CCFD, je m’occupe de la messe du 5e dimanche de Carême, cela suffit même si nous allons monter un « Bouge Ta Planète » l'année prochaine.

Ce qui me motive est que je ne peux concevoir ma foi sans un engagement. La relation au Christ vous mène à l’action, au service. J’ai été Délégué au Comité d’Entreprise, membre du CHSCT (Comité d’Hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail), c’est du même ordre. Aujourd’hui, je m’investis plus près des activités des enfants, car d’autres (les jeunes chefs scouts par exemple) s’engagent auprès d’eux. Et il manque d’ouvriers pour la moisson !

La promesse scoute à 13 ans et ma confirmation à 14 ans sont pour moi des paroles données. Je ne peux rester consommateur ou n’être qu’un suiveur. Il y a sûrement une part de caractère, un défaut génétique familial mais l’Evangile vous y invite à chaque page.

L’Eglise est aussi un lieu de diversité, même si cela se réduit au fur et à mesure des années. Et ce que j’aime, c’est la diversité des liens créés, des milieux rencontrés. Entre le CCFD et les Scouts d’Europe, il y a à la fois un gouffre et un vrai pont. Le gouffre, les hommes le créent, le pont, c’est le Christ, à nous de choisir ! Entre Dieu Maintenant et la Conférence des Baptisés, il y a des divergences d’analyses mais pourtant les deux sites internet me nourrissent.

Entre l’Eglise d’hier et celle d’aujourd’hui

- Tu t'aperçois qu'entre l’Église de ton enfance il y a 30 ans et aujourd'hui, il y a eu des mutations. Peux-tu nous les décrire et nous dire quel jugement tu portes ?

Il y a 30 ans, j’avais 10 ans, donc l’Eglise de mon enfance, je l’ai regardée avec un regard d’enfant et d’adolescent. Je sais par des lectures qu’il y a eu des « dérives » dans l’application du Concile… cela me fait sourire car j’ai l’impression que Sainte Bathilde a dû en faire partie !

A partir de mon expérience personnelle à Sainte Bathilde et d’un petit parcours dans différents diocèses de France, les mutations que j’observe sont de plusieurs ordres. Une paroisse des années 70 et 80 avait une cohérence comme une tragédie de Racine : une cohérence de temps, de lieu et d’action ! Un même lieu physique pour se réunir : l’église et ses locaux, un déroulement et des temps communs bien identifiés, des actions bien organisées et visibles de tous. Il y avait donc « communauté »… paroissiale. Note que je n’ai pas parlé du prêtre. Il est un des acteurs de cette communauté, mais il n’est pas tout !

Or, nos évêques s’apercevant (avec un certain retard à l’allumage) de la raréfaction des prêtres à la fin des années 80 et début des années 90 ont dans de nombreux diocèses réfléchi d’un point vue administratif et surtout en répondant à ce phénomène par : « à une paroisse, il faut un prêtre » ou même « à un prêtre, il faut une paroisse », donc décision « regroupons les paroisses ». C’est pour moi une erreur majeure et je pense que nos évêques français avaient pourtant des analyses pour les aider à ne pas se tromper (les écrits de Marcel Légaut par exemple) mais aussi des expériences existantes (les communautés de bases en Amérique Latine).

Un évêque, semble-t-il, a compris cela, c’est Mgr Albert Rouet. Un Pape n’a pas compris, c’est Jean-Paul II et aujourd’hui Benoit XVI poursuit dans cette erreur en cherchant à récupérer les prêtres intégristes, en n’ayant pas dissous les Légionnaires du Christ, en refusant l’ordination d’hommes mariés (ou de femmes), en autorisant l’importation de prêtres polonais ou africains en France ! Nous avons donc perdu - et je le vis dans notre « paroisse » - cette unité qui faisait communauté. Je crois que cette mutation-organisation est la source principale d’autres observations : cléricalisation de certains laïcs notamment aux niveaux des services diocésains, absence de proximité, de relations au sein d’une paroisse bien trop dispersées géographiquement et localement.

D'autre part, je pense que l'Eglise de France s'est profondément embourgeoisée. La coupure avec le monde ouvrier et populaire ne date pas d'hier et les tentatives du 20e siècle avec les prêtres-ouvriers, des figures comme Jacques Loew, l'abbé Pierre, Madeleine Delbrel, ont permis de faire croire au maintien d'une relation mais, même si j'ai encore des copains à la JOC ou l'ACO, tout cela est bien vieillissant.

Je n'ai pas de réponses particulières, étant moi-même un bourgeois ; mais je constate peu d'échos lorsque j'interroge mes semblables (couples de cadres de 40 ans) sur le dernier livre de Joseph Moingt par exemple. Joseph Moingt a du succès chez les plus de 60 ans, pas dans ma génération.

Nous avons lu entre les lignes l’encyclique du pape « Caritas et Veritate » : chacun lit ce qu'il a envie d'entendre et évite ce qui le bouscule. Nous sommes tous dans un temps accéléré, or les questions soulevées par le Pape (ou par d'autres) prennent du temps et de l'énergie. Nous sommes dans une course permanente même au sein de l'Eglise : les thématiques s'enchaînent, se bousculent, sans permettre de mener un approfondissement de long terme. Les gens sont devenus aussi mobiles ce qui ne favorise pas leur engagement ni la confiance qu'ils peuvent inspirer. Pourtant, celui qui a un agenda et qui s'y tient avancera plus sûrement. Nous n'avons pas d'agenda dans notre Paroisse, peut être pas dans notre diocèse, certainement pas dans l'Eglise de France.

Nous voulons continuer à vivre les choses comme il y a trente ans, mais nous n'en avons plus les moyens. Par exemple, le MCC et l'ACI (Action Catholique pour les milieux Indépendants), sont deux mouvements d'Action Catholique bien distincts et ayant chacun leur histoire. Mais aujourd'hui, les catégories socioprofessionnelles sont plus mouvantes qu'autrefois, dans les couples, les deux travaillent. En conséquence, le MCC et l'ACI ont élargi leur accueil à d'autres publics que les cadres et les indépendants, et la relecture de vie est quasiment la même. Or les deux mouvements gardent leur indépendance, alors qu'une réflexion de regroupement pourrait être mise en œuvre associée à un axe « Culture et Foi ». Je connais ce sujet par le biais de « Pax Romana », mouvement « d'intellectuels » catholiques. Rien de bien nouveau sous ma plume, mais on ne sent pas les mouvements de laïcs en mesure de décider les choses seuls, c'est à dire sans l'approbation de la hiérarchie ecclésiale.

Vers de nouvelles communautés ?

- Quels appels formulerais-tu à l’Église de France ou à l’Église universelle lorsque tu constates son évolution ?

Je suis bien trop petit pour formuler un tel appel, il y a bien des auteurs qui peuvent donner ces appels. J'ai cité Joseph Moingt et Marcel Légaut ou encore Albert Rouet.

Je crois que la paroisse organisée autour de son curé, c'est fini, cela est certain. Et nos Evêques s'y accrochent avec une constance sidérante, guettant le moindre jeune homme qui manifeste le désir d'entrer au séminaire, quitte à en griller certains.

Il nous faut trouver, non pas de nouveaux modes organisationnels, mais des modalités de communautés, qui se regroupent pour lire la Bible, la méditer, et faire agir la Parole de Dieu dans nos vies. Ces mêmes communautés partageraient l'Eucharistie, en ayant en leur sein un presbytre, au sens propre du terme, pour une durée déterminée. Le diocèse, son Évêque serait là pour assurer communion, service, théologie.

Je crois aussi beaucoup plus au Sel dans la pâte qu'à la visibilité des JMJ. Une phrase me taraude depuis quelque temps : « rendre compte de l'espérance qui est en nous ». Voilà le vrai programme.

Olivier Vasseur
Sculptures de Pierre Meneval