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Entre l'homme et la femme : toute une histoire !
Nicodème


Qu’est-ce qu’un sentiment amoureux ? Dans la plupart des cas, en posant cette question, il va de soi qu’il s’agit d’un sentiment entre un garçon et une fille, un homme et une femme. Il n’en fut pas toujours ainsi. En Occident, fut un temps où la femme était exclue de l’amour.
L’histoire de la relation amoureuse est inachevée ; elle est peut-être aujourd’hui à un tournant. Quelles questions cela pose-t-il aux chrétiens ?

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La femme exclue de l’amour

Chez les grecs de l’antiquité, le sentiment amoureux n’orientait pas un garçon vers une fille ni une fille vers un garçon. Le mariage n’était pas, semble-t-il, la conclusion d’une histoire d’amour mais une institution destinée à assurer la procréation.

Le sentiment amoureux, dans cette civilisation antique, est celui que peuvent se porter un homme adulte et un jeune homme de 12 à 18 ans. La relation entre l’un et l’autre n’est pas nécessairement d’ordre sexuel (il semble même que l’homosexualité au sens strict du mot ait été assez mal vue dans certaines cités, quoique bien acceptée dans d'autres). Le philosophe Platon faisait de la relation amoureuse mais chaste d’un adulte à l’égard d’un jeune une étape, un moyen, pour une élévation mystique de l’âme vers le beau et le bien.

Les sentiments que pouvait éprouver une jeune fille étaient à peu près ignorés. On sait pourtant qu'une poétesse, Sapho, avait fait vivre, au VIème siècle avant Jésus, un groupe féminin où l’on cultivait un sentiment amoureux entre des femmes d’âge mûr et de jeunes adolescentes. Le terme "lesbiennes" pour parler de femmes homosexuelles vient de ces relations amoureuses entre femmes qui se passaient sur l'île de Lesbos.

Il a fallu attendre une époque tardive, au Ier siècle après Jésus, pour que le philosophe Plutarque affirme que les jeunes filles, tout autant que les garçons, peuvent inspirer des sentiments amoureux.

L’amour de l’homme pour la femme est indécent !

Il semble que l’amour de l’homme et de la femme soit davantage présent dans le monde romain. Socialement, certes, l’amour de l’homme et de la femme est quelque peu indécent : on ne tolère pas que des époux montrent en public de la tendresse ; tout sentiment amoureux est incompatible avec la dignité de l’homme. La maîtrise masculine, en effet, est menacée si l’époux se laisse prendre par son affectivité : il devient esclave de sa femme, risquant de céder à ses caprices. Malgré cela Virgile, le poète, met en scène le berger qui chante le nom de sa bien-aimée au milieu des forêts, « Amaryllis ». Ovide vante la tendresse de Philémon et de Baucis que les années n’ont pas refroidie. Catulle n’hésite pas à dire sa souffrance devant les déceptions amoureuses qu’il lui fallut subir. Pareille démarche était révolutionnaire. Cinq siècles plus tard, Augustin ne s'embarrasse pas de sentiment lorsqu'il renvoie en Afrique la concubine qui l'a suivi jusqu'à Milan, et dont il a eu un fils qu'il garde auprès de lui.

Un livre d’amour : la Bible

Quand on compare cette réserve dans la manière d’exprimer ses sentiments avec certains livres de l’Ancien Testament, on est désemparé. Depuis les premières pages de la Bible, homme et femme sont dans un vis-à-vis amoureux qui ne se cache pas : « Chair de ma chair ! Os de mes os ! ». Tout commence, dans l’Ancien Testament par une déclaration d’amour ! Quand les prophètes font parler Dieu, ils trouvent les accents de la passion amoureuse la plus humaine qui soit : « Je vais la séduire – dit Dieu en parlant de son peuple. Je la conduirai au désert. Je parlerai à son cœur ! ». Un livre, en particulier est étonnant ("Le Cantique des Cantiques"). Il raconte l’histoire d’un couple qui se cherche, qui s’appelle. De l’homme et de la femme, qui est le plus amoureux ? Lisez et vous ne saurez répondre. « Sur mon lit pendant les nuits, j’ai cherché celui que j’aime, moi ! Je l’ai cherché, je ne l’ai pas trouvé. Je vais me lever, je vais tourner dans la ville… je vais chercher celui que j’aime ». Et quand la rencontre a lieu, l’homme ne cache pas ses sentiments : « Te voilà belle ! Si belle !... Mon cœur est pris par toi… Viens ! ». L’étonnant, dans ce livre d’amour que contient la Bible, c’est que le nom de Dieu n’est pas même évoqué. Peut-être que Dieu n’est pas ailleurs que là où s’échangent des paroles d’amour.

Jésus : la femme est digne d’être aimée

Les contemporains de Jésus, en Palestine, étaient loin de vivre pareil roman : la situation des jeunes était dans les mains des adultes. Père et mère se mettaient d’accord pour faire passer une adolescente de douze ans du pouvoir du père à celui de l’époux. Loin d’ouvrir son cœur à quelqu’un que l’on aime, il fallait baisser la tête et se soumettre au mari et à sa famille. Quelques droits étaient accordés à la femme mais, en réalité, sa situation n’était guère plus enviable que celle d’un esclave et elle était, autant que ses enfants, soumise à l’autorité du mari. Jésus ne pouvait supporter qu’on trahisse à ce point le message de la Loi et des prophètes. A son contact, la femme sort de sa condition de prisonnière. Elles sont nombreuses à venir à lui et plusieurs se joignent aux disciples dans ses déplacements sur les routes de Galilée. Le charpentier de Nazareth ne s’écarte pas lorsque Marie, la sœur de Marthe et de Lazare, venant l’écouter, tombe à ses pieds, voyant en lui non un maître mais un ami.

Jésus envoie paître ces gens venus lui tendre un piège à propos du divorce. Seul le mari avait le droit de répudier l’épouse. Chaque femme vivait dans une précarité angoissante, risquant de se retrouver à la rue sous prétexte d’une cuisine mal préparée. Supprimer le divorce, dans ce contexte, consistait à sauver la vie. La femme n’avait plus à craindre d’être abandonnée à elle-même. Au contact de Jésus, la Samaritaine n’a pas peur de prendre la parole et de tenir tête. Aucune manifestation de tendresse n’était concevable et pourtant voilà que, sous le regard ébahi d’un pharisien nommé Simon, « une femme vint, avec un flacon d’albâtre contenant un nard pur d’un grand prix. Brisant le flacon, elle le versa sur la tête de Jésus ». Quelle liberté !

Se donner à corps perdu

Depuis vingt siècles, l’Eglise s’efforce d’ajuster son enseignement sur le message de Jésus. Elle a beaucoup évolué au cours du temps. Elle a longtemps été marquée par le comportement des Romains auxquels elle s’est tant bien que mal adaptée. Contre vents et marées, elle a beaucoup milité contre ceux qui prétendaient que ce qui touche au corps humain est mauvais. Elle a fait de la rencontre de l’homme et de la femme ce qu’on appelle un sacrement. Pour comprendre ce mot difficile, il faut souligner deux choses. D’abord, il faut se rappeler l’histoire d’amour racontée dans la Bible ; un homme et une femme sont à la recherche l’un de l’autre et finissent par se trouver. Ce qui se passe entre eux est l’espace où l’on trouve Dieu, sans qu’il soit besoin de le nommer. Chaque fois qu’un homme et une femme s’aiment vraiment, chaque fois qu’ils se cherchent, se trouvent et s’unissent « pour de vrai » on reconnaît Dieu, si l’on est chrétien. Dieu n’est pas seulement au ciel mais entre nous, là où se meuvent nos corps, là où nous transformons nos corps pour qu’ils soient comme un cadeau offert à celui ou celle qu’on aime. Par ailleurs, le chrétien garde, sous les yeux de sa mémoire, le corps de Celui dont nous disons qu’il s’est donné à nous. Jésus nous a aimés à en mourir. Il n’a pas fait semblant ! Il s’est donné à corps perdu sur la croix ! Se donner à corps perdu ; c’est être à la place de Jésus. Le mot « sacrement » signifie cela.

Aimer « librement et sans contrainte »

Nous sommes dans une société qui prend progressivement conscience que la femme est encore défavorisée. L’Eglise n’est pas pour rien dans cette injustice, c’est vrai. Il faut pourtant reconnaître une chose. En voyant, dans l’amour de l’homme et de la femme, un sacrement, elle a toujours mis une condition. L’un et l’autre et l’un face à l’autre doivent être libres. Malgré les inégalités auxquelles elle s’est résignée et qu’elle a parfois alimentées, l’Eglise a considéré la même dignité dans la parole donnée à l’occasion d’un mariage. Une union forcée n’est pas un sacrement. A partir de cet égal respect pour la parole de l’homme et de la femme, on se doit, pour être cohérent, d’avoir le souci de construire une société où la considération reconnue à l’un et l’autre sexe n’est pas un vain mot.

C’est sans doute aussi grâce à l’attitude de l’Eglise à l’égard des femmes, que des grands poètes ont pu chanter leur amour. Cela peut paraître étonnant, mais il se trouve qu’en reconnaissant la dignité égale de la femme et de l’homme, la société chrétienne faisait naître des sentiments de tendresse entre garçons et filles, même dans l’enfance. Certains cas sont restés célèbres. La vie d’un grand poète italien au 13ème siècle, Dante, a été marquée par la rencontre d’une toute jeune fille, Béatrice. Celle-ci est morte jeune mais elle a éclairé la vie entière de ce grand poète chrétien.

L’époque des Croisades a également beaucoup contribué à faire grandir la dignité de la condition féminine. Les hommes étaient loin des propriétés qu’il fallait entretenir. Leurs épouses se sont avérées à la hauteur des hommes pour gérer les terres et organiser le travail des serviteurs. C’est à cette époque que, dans la prière, une femme a pris une place importante : Marie.

Une morale pour protéger la vie

Pendant longtemps, la rencontre d’un homme et d’une femme était risquée. On n’avait pas les moyens de maîtriser les naissances. Quand un homme et une femme couchaient ensemble, ils pouvaient craindre que la femme se retrouve enceinte et incapable d’élever son enfant. Pour prévenir le danger, une morale stricte interdisait les rencontres sexuelles hors mariage. Ainsi, bien des femmes furent protégées.

Une morale un peu rigide s’est alors imposée à tout l’Occident, difficile à vivre parfois. Elle permettait pourtant que la famille soit un élément de stabilité pour l’ensemble de la société et de sécurité pour les individus.

Elle mettait en valeur certains comportements dont il faut reconnaître la noblesse : la fidélité réciproque entre un homme et une femme devenait une belle image pour comprendre le lien entre Dieu et nous.

Pas d’amour sans parole

Voici quelques dizaines d’années garçons et filles étaient séparés à l’école ou ailleurs dans la société. Ceci entraînait souvent, chez les garçons, un certain mépris pour les filles. Ils ne parlaient guère d’elles que pour raconter des histoires grivoises. Nous sommes désormais à une époque où la relation entre les hommes et les femmes, entre les garçons et les filles est en train de changer. La société ne crée plus d’écart entre les uns et les autres et lorsque naissent des sentiments amoureux, même si on est parfois maladroit pour les exprimer, on ne cherche pas à les cacher. Désormais pourquoi, dit-on souvent, échapper à une relation sexuelle ? On est, en effet, capable d’éviter que des rencontres amoureuses débouchent sur des naissances d’enfant qu’on ne peut pas assumer.

Il se trouve que l’Eglise demeure très prudente devant les situations qui mettent en œuvre la sexualité. A-t-elle toujours raison dans les interdits qu’elle formule ? Beaucoup en discutent. Comment vivre l’amour humain dans l’esprit de Jésus ? Cette question capitale cherche sa réponse. Que chacun s’interroge mais que personne ne dise : « J’ai raison ». Que personne ne s’érige en juge pour condamner qui que ce soit!

Devant les incertitudes d’aujourd’hui, lorsque des jeunes font une expérience amoureuse, ils doivent faire preuve de sagesse, de réflexion ; dans la vie, une réalité est aussi importante que l’amour : le fait de parler. Aimer sans se parler en vérité n’est pas réellement aimer. Quand un garçon et une fille, quand un homme et une femme se rencontrent et pensent s’aimer, il convient qu’ils s’écoutent, qu’ils devinent les attentes de l’autre, qu’ils se demandent où les conduit la relation dont ils font l’expérience.

Certes, en se rencontrant, l’homme et la femme, le jeune garçon et la jeune fille peuvent se procurer du plaisir. Mais aimer c’est regarder en face l’existence avec ses joies et ses peines. C’est acquérir l’un grâce à l’autre un regard neuf sur la vie et même sur la mort. L’amour peut tout transfigurer : le meilleur comme le pire. Quand la vie est partagée, elle acquiert sa beauté.

Sauver l’amour !

A coup sûr, en se référant au message de la Bible et de Jésus, l’Eglise ne pourra jamais dire que la sexualité la laisse indifférente. Sa tâche première, partout où c’est possible, consiste à sauver l’amour puisque là où est l’amour, Dieu se manifeste.

La relation entre l’homme et la femme s’est modifiée tout au long de l’histoire. En Occident, aujourd’hui, elle est à un tournant. L’Eglise parle parfois, disent certains chrétiens, à tort et à travers. S’agissant de l’union entre l’homme et la femme, elle s’exprime en termes de morale. En réalité l’amour, au regard des chrétiens, ne peut jamais se réduire à une morale. L’amour, en christianisme, est la façon dont librement un homme ou une femme se tournent l’un vers l’autre pour se donner sans réserve. On peut se servir du corps de l’autre pour son propre plaisir. Cela ressemble à la façon dont les maîtres d’autrefois se servaient du corps de leurs esclaves pour accomplir des tâches qui les enrichissaient.

On peut parler d’amour, entre chrétiens, quand deux personnes donnent leur corps pour en faire un cadeau qui transforme sa propre vie comme celle de l’autre. On peut parler d’amour, quand on est chrétien, lorsqu’on reconnaît qu’entre soi et celui qu’on aime, Dieu est là, donné tout entier et ouvrant l’avenir.

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