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L'ordination des femmes ?
Didier Lévy


Par souci de cohérence, les rédacteurs de Dieu Maintenant ne publient pas d’articles de lecteurs même si les réactions de ces derniers sont les bienvenues et insérées à titre de commentaires. Nous faisons exception pour ce texte qui rejoint les soucis de bien des chrétiens en notre temps.

La manière théologique d’y aborder le problème de l’ordination des femmes semble intéressante. Mais nous tenons à souligner que cette question, à tort ou à raison, nous paraît secondaire. Une femme autant qu’un homme est capable de sombrer dans le cléricalisme. Il nous semble plus urgent d’œuvrer pour que le presbytériat ne soit pas considéré comme l’exercice d’un pouvoir. Nous souhaitons avant tout que les laïcs cessent d’être devant les prêtres comme des enfants devant des parents à qui on dit « Père » ou « Mère ».

(2) Commentaires et débats

« Ne rêvez pas, les femmes ne seront jamais prêtres dans l'Eglise catholique »
prévient le pape François.
Une lectrice, défavorable à l'ordination des femmes, commente :
« Si je suis favorable aux femmes diacres ; je suis contre les femmes prêtres. Dans l'Evangile il n'y avait pas de femmes à l'institution de l'Eucharistie. »

Ma réponse

Oui, c'était un repas entre hommes. Ce qui était tout simplement dans l'ordre des choses pour un repas dans une société de type patriarcal comme celle des Juifs des temps messianiques, et peut-être encore plus au regard des prescriptions de la Loi - surtout pour un repas situé comme celui-ci l'était dans les jours précédents la Pâque.

Au reste comment imaginer qu'au regard de ce type de société, qu'au regard de l'époque et des mêmes prescriptions, le rabbi Jésus aurait pu s'entourer d'une équipe mixte d'Apôtres ? Il scandalisait déjà suffisamment en restant seul avec la femme adultère, en conversant avec une Samaritaine, en acceptant qu'une femme le couvre de parfum ! Liste bien sûr non limitative ...

Et la Cène, la promesse de Résurrection, de Vie et de Présence qui s'y exprime, aurait-elle un sens sans la lumière que lui renvoie le seul acte totalement et intrinsèquement sacré et hors d'atteinte de toute intellection humaine des paroles du Messie : la victoire sur la mort du troisième jour, l'échappée du tombeau et l'apparition préalable au retour vers le Père. Et ce sacrement là, il est dispensé devant une femme, dispensé pour une femme privilégiée en tant que telle et pour ce qu'elle est dans l'histoire humaine du Christ, et co-dispensée par la femme qui en est l'unique témoin.

La femme à qui incombe alors le ministère le plus capital jamais confié à une créature humaine : porter témoignage de ce que son Rabbouni crucifié, de ce que le Fils de l'Homme mort sur la croix avant le commencement du sabbat et mis a tombeau, est vivant. Vivant dès après que le même sabbat eut pris fin. Témoignage de ce qu'elle l'a vu sans l'avoir d'abord reconnu, de ce qu'elle lui a parlé et de ce qu'elle l'a touché avant qu'il lui eut rappelé l'interdit de la Loi à cet égard - interdit qui vaut pour eux deux puisqu'il est encore Fils de l'Homme.

Un témoignage qui porte jusqu'à nous avec cette interrogation qui nous ramène à votre commentaire : pourquoi fallait-il que ce témoin de la victoire sur la mort fût une femme ? (sachant que les autres ‘'apparitions’’, les suivantes, m’ont toujours semblé plus … didactiques).

Permettez-moi d'envisager que le moment final de l'Incarnation que représente la résurrection devait réunir une femme et un homme appelés à reconstituer dans leur lien d'amour l'unité originelle de l'Adam de la Création. Que le couple humain qui vivait, acteur et témoin, la résurrection devait abolir un instant, dans l'accomplissement de ce mystère, la séparation de cet Adam en un homme et une femme. Façon d'inscrire pleinement l'Incarnation, et son dernier acte qui ouvrait sur une nouvelle histoire du monde, dans le projet du Logos, du Verbe, de l'Amour créateur.

L'Eucharistie n'est peut-être qu'un moment de cette reconstitution de l'unité de la chair où " il n'y a plus d'homme et où il n'y a plus de femme ", à la fois son prémisse et sa mémorisation dans des paroles et dans une gestuelle. Et l'annonce de la recomposition finale de cette unité dans le Corps du Christ à travers l'insertion collective des créatures et de la création dans la transcendance.

La « communion dans le Corps et le Sang du Christ » ne paraît-elle pas une restitution terriblement réductrice en comparaison de l’étendue infinie du champ spirituel que peut ouvrir devant nous l’interpénétration de l'eucharistie et de la résurrection ? Un champ spirituel qui donne à appréhender la continuité entre la Cène et la toute première communion, la communion totale reçue par Marie de Magdala et concélébrée par celle-ci avec le Ressuscité. La communion-anticipation de la communion plénière qui marquera que les temps sont accomplis.

Aperçu eschatologique peut-être risqué de ma part, mais c'est bien lui qui me fait ramener les gloses sur la place spécifique qui serait assignée aux femmes dans l'Eglise, dans les liturgies et par rapport aux ministères, à une question tout bonnement évolutive, car tributaire de l'état d'avancement des sociétés humaines. Société vaticanesque et société masculino-cléricale bien sûr incluses.

Tributaire de l'état d'avancement des sociétés un peu comme peut l'être l'autorisation qui est donnée aux femmes de conduire une voiture - autorisation qui tombe sous le sens en Europe, au Canada ou en Nouvelle-Zélande (pardon pour les nations avancées que je ne puis énumérer ici) et qui leur est absolument refusée en Arabie Saoudite. Si ma comparaison n'est pas trop fausse, ou trop incongrue, la seule interrogation vraiment intéressante est celle de savoir quelle prohibition à l'encontre des femmes s'effacera la première : l'interdiction de conduire une voiture dans le royaume saoudien ou l'exclusion des ministères ordonnés dans l'Eglise romaine ?

Didier LEVY
Peinture de Fra Angelico