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20ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc Lc 12, 49-53

Jésus disait à ses disciples : « Je suis venu apporter un feu sur la terre, et comme je voudrais qu'il soit déjà allumé !
Je dois recevoir un baptême, et comme il m'en coûte d'attendre qu'il soit accompli !
Pensez-vous que je sois venu mettre la paix dans le monde ? Non, je vous le dis, mais plutôt la division.
Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ;
ils se diviseront : le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. »

Nouvelle homélie :
« Je suis la porte ! »
Michel Jondot

Autre homélie :
Dieu sème la discorde
Christine Fontaine


« Je suis la porte ! »

Se séparer de ceux qu’on aime !

Quand, au nom d’une famille à créer ou au nom d’une action à entreprendre, un garçon ou une fille en viennent à prendre leur distance par rapport à leurs parents, il n’est pas rare qu’entre les uns et les autres, la souffrance soit grande. Il est difficile de se séparer de ceux qu’on aime. Père et mère doivent se déprendre de leurs rêves par rapport au mariage de leur fils ou de leur fille ; père et mère doivent se résigner à voir leurs enfants s’engager dans une profession qui n’est pas celle qu’on aurait désirée pour eux. Mais retenir ses enfants à l’heure où ils veulent s’engager est dangereux. Leur vie tout entière risque d’être gâchée. Aimer conduit à permettre que l’autre s’engage librement au nom d’une cause à défendre ou d’une œuvre à réaliser. Aimer suppose qu’entre les uns et les autres s’opère un certain écart. C’est la condition pour que la relation soit sauvée. Par-delà les séparations, par-delà les divisions, le chemin est ouvert pour qu’on avance les uns vers les autres. L’amour n’est pas d’abord un sentiment mais un trajet : il s’agit sans cesse non de se retenir mais de se rejoindre.

Des situations de ce genre nous aident à entendre les paroles déconcertantes de Jésus : « Non, je ne suis pas venu mettre la paix sur la terre mais bien plutôt la division. Car désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois ; ils se diviseront : le père contre et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère. » Ceux qui suivaient Jésus, bien sûr, ne pouvaient s’ouvrir comme lui aux attentes des foules, des malades, des exclus et en même temps rester attachés à leurs proches. Jésus lui-même en faisait l’expérience. Alors qu’il annonçait le Royaume, sa mère et sa famille voulaient l’approcher mais Jésus refusait d’entendre : « Qui est ma mère et qui sont mes frères ! » Cette prise de distance par rapport à Marie présageait une relation d’un type nouveau lorsqu’elle se trouverait au pied de la croix, solidaire de la Passion de son fils.

Le mystère de la Pâque

La croix. C’est par ce mystère qu’il faut passer pour entendre cette page d’Evangile. On peut se demander comment il se fait que, dans ce contexte des relations familiales, Jésus en vienne à parler de sa mort : « Je dois recevoir un baptême, et quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli ! »

Le « baptême » est une allusion à la Passion, bien sûr. Si la Passion est considérée comme un baptême, c’est sans doute parce qu’il faut la comprendre à partir de la rencontre de Jean-Baptiste sur les bords du Jourdain. Ce premier baptême était le début d’un écart entre le Père et lui : un écart aussi grand que celui qui sépare le ciel de la terre : « Il advint que le ciel s’ouvrit, et l’Esprit-Saint descendit sur lui sous une forme corporelle, comme une colombe. Et une voix partit du ciel : ‘Tu es mon fils... » Cet écart n’empêchait pas Jésus, au long de sa mission, de se tourner vers son Père et de s’entretenir en secret avec Lui. En revanche, à Gethsémani, le fils de Marie est conduit à une séparation tragique : « non pas ma volonté, mais la tienne ! » Les dernières paroles sur le gibet, reprenant les mots d’un psaume, font entendre cet écart abyssal : « Père ! Pourquoi m’as-tu abandonné ? » Tel est le mystère. L’amour de Jésus est si grand et pour son Père et pour l’humanité qu’il lui faut vivre ce point de division qui bouleverse le regard qu’on peut avoir sur le monde. L’écart est le lieu d’un passage ; l’abandon de sa vie est la condition du bonheur de l’humanité. La mort est vaincue : elle ouvre sur la Résurrection.

Le mystère de Dieu

Jésus a dit un jour « Je suis la porte ». Là où l’amour nous sépare de nos proches pour nous ouvrir au monde et à autrui, là où nous aimons autrui au point de le laisser trouver sa route, là est la porte du bonheur. En ce point se prolonge la Pâque de Jésus. On comprend qu’évoquant les relations humaines les plus courantes, il ait songé en même temps à ce lien qui, unissant l’humanité et Dieu, l’a conduit au Golgotha.

Ainsi l’Evangile de ce jour nous invite à nous interroger sur nos relations. Nous sommes pour nos proches un chemin de liberté. Nous sommes mis les uns en face des autres non pour transformer ceux que nous aimons en fonction de l’image que nous nous faisons de leur bonheur. Nous avons à faire grandir et à respecter leur liberté. Et bien sûr cet appel ne vaut pas seulement pour les liens qui nous unissent au sein d’une famille. Nous avons à aider la société tout entière à vivre dans le respect mutuel de chacune des personnes qui la composent.

Lorsque nous nous interrogeons sur le comportement à adopter à l’égard de nos proches, nous avons aussi à nous rappeler quelle communauté nous formons avec ceux qui nous entourent. Les amours que nous vivons doivent devenir la figure et le lieu de la Pâque de Jésus. Certes, Dieu est loin de nous mais cet écart est la condition de sa proximité. Tel est, en effet, le mystère de l’amour.

Qui est Dieu, à en croire l’Eglise ? Il n’est pas la cause première qui explique le monde. Nous affirmons qu’il est Trinité. Père, Fils Esprit sont séparés et, dans cet écart, chacun est désiré par les deux autres : c’est la condition de leur unité. Jésus nous révèle qu’en entrant dans ce mouvement nous marchons vers la résurrection.

Michel Jondot

Dieu sème la discorde

La paix des hommes

Disciples de Jésus christ nous voulons l’unité. Conscients que c’est une tâche qu’il nous a laissée entre les mains, nous sommes très vigilants à ce qui pourrait briser la communion entre chrétiens. Ainsi nous souhaitons que personne ne se sente exclu de nos communautés ; nous voudrions éviter de nous blesser, atténuer ce qui risque de nous opposer. Qu’un conflit intervienne, nous craignons de briser une unité toujours précaire et nous préférons souvent nous taire plutôt que d’engendrer de nouvelles guerres de religion.
Pour nous, l’unité c’est vouloir la paix à tout prix.

Jésus a voulu l’unité. Nul plus que lui ne l’a désirée ; mais au lieu de trouver la paix il a semé la discorde au sein même de sa communauté.
Sa passion de l’unité, loin de raffermir la concorde crée une déchirure irrémédiable. Le peuple de Dieu, aux paroles de Jésus, va se divise entre ceux qui adhéreront au Nazaréen (et deviendront les chrétiens) et ceux qui demeureront juifs. « Je ne suis pas venu apporter la paix mais la division », dit Jésus.
Jésus, le passionné d’unité, crée le plus grand schisme de l’histoire.
Jésus, le passionné d’unité, engendre la haine autour de lui : les pharisiens et les scribes qui se veulent défenseurs de l’unité - défenseurs du Temple et de la Loi, signes de l’unité du peuple – se déchaîneront contre lui.

La division

Comment en sommes venus là ? Il est important de se poser la question.

Pour nous, vouloir l’unité c’est désirer l’absence de conflit.
Pour Jésus, l’unité n’est pas liée à la paix à n’importe quel prix.
Jésus, témoin de l’unité, ne cesse de se faire des ennemis.
Et ce n’est pas par hasard mais de propos délibéré que Jésus a semé la discorde. Il avance en connaissance de cause dans cette voie : « Je suis venu, dit-il, apporter un feu sur la terre et comme je voudrais qu’il soit allumé. Je dois recevoir un baptême et comme il m’en coûte d’attendre qu’il soit accompli ! »
Jésus est comme impatient de cette heure où la haine contre lui touchera son comble en mettant à mort ce passionné de l’Alliance.
Jésus est impatient car il sait que cette heure est inévitable : vouloir l’unité crée nécessairement une déchirure dont l’Apôtre de l’Alliance fait les frais.

Jésus sait qu’on ne peut travailler à l’unité sans se faire des ennemis, sans engendrer la division : « Désormais cinq personnes de la même famille seront divisées : trois contre deux et deux contre trois. Ils se diviseront le père contre le fils et le fils contre le père… »

C’est précisément parce que Jésus veut l’union qu’il déclenche la séparation. Vouloir l’union c’est désirer la rencontre entre les hommes, entre tous sans discrimination, et par le fait même se faire des ennemis de ceux qui refusent la rencontre.

Ils refusent la rencontre ceux dont la famille forme clan pour se protéger des autres ou maintenir leurs privilèges.
Ils refusent la rencontre ces docteurs de la loi qui utilisent leur savoir pour juger ou écraser.
Ils refusent la rencontre ceux qui, pour être purs, se mettent à l’écart des païens et de tous les étrangers.
Ils refusent la rencontre ceux qui condamnent les publicains.

La paix de Dieu

Pour bâtir l’unité entre les hommes et avec Dieu Jésus s’attaque aux forces qui lui font obstacle.
Vouloir l’union de tous – être artisan de communion – c’est avoir contre soi tous ceux qui tiennent à leurs privilèges, leurs intérêts partisans, leur pouvoir ou leur savoir établis.
Vouloir l’union de tous, c’est se faire des ennemis.

A la suite de Jésus, vouloir l’unité – aujourd’hui comme hier -
c’est accepter de dépister en nous et autour de nous tout ce qui s’oppose à la rencontre. Et, sur ce chemin, nous ne ferons pas mieux que Jésus : ce n’est pas par hasard si tous les grands apôtres de l’unité ont soulevé tant de haine et en sont morts.
Bâtir l’unité, c’est s’exposer à l’ennemi.
Bâtir l’union, c’est plonger avec Jésus dans l’Amour des ennemis, c’est recevoir ce baptême en consentant à y laisser sa vie.

A la suite de Jésus, vouloir l’unité ce n’est pas se complaire dans ce que nous appelons la paix, mais qui ressemble souvent à de la fuite ou à de l’indifférence. Vouloir l’unité, c’est accepter de plonger dans l’Amour jusqu’au bout et découvrir que l’Amour est plus fort que tout car il est Dieu lui-même.
Alors nous vivons dans cette paix qui n’est pas celle du monde et que Jésus a promise à ceux qui le suivent.

Christine Fontaine