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23ème dimanche

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 14, 25-33

De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit : « Si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs, et même à sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple.

Quel est celui d'entre vous qui veut bâtir une tour, et qui ne commence pas par s'asseoir pour calculer la dépense et voir s'il a de quoi aller jusqu'au bout ? Car, s'il pose les fondations et ne peut pas achever, tous ceux qui le verront se moqueront de lui : 'Voilà un homme qui commence à bâtir et qui ne peut pas achever !' Et quel est le roi qui part en guerre contre un autre roi, et qui ne commence pas par s'asseoir pour voir s'il peut, avec dix mille hommes, affronter l'autre qui vient l'attaquer avec vingt mille ? S'il ne le peut pas, il envoie, pendant que l'autre est encore loin, une délégation pour demander la paix.

De même, celui d'entre vous qui ne renonce pas à tout ce qui lui appartient ne peut pas être mon disciple.

Nouvelle homélie : La mort en face
Michel Jondot

Veux-tu ?
Christine Fontaine

Je la connais la source
Michel Jondot


La mort en face

Cacher la mort

Les anciens, parmi nous, s’en souviennent, la mort d’un proche entraînait, il n’y a pas si longtemps, de nombreux rites dans la maison du défunt. On arrêtait les pendules ; on couvrait les miroirs d’un drap. Des cierges entouraient le corps et les proches assuraient une présence auprès de la dépouille, jour et nuit jusqu’au moment des obsèques.

Le deuil était affiché dans la société. Les faire-part étaient encadrés d’une large bordure noire. Le jour des obsèques, portée par un catafalque traîné par des chevaux, la dépouille était accompagnée par les familles en pas de procession à travers la ville jusqu’à l’église ou jusqu’au cimetière. A leur passage, tous les hommes soulevaient leurs chapeaux et les femmes trouvaient un geste pour marquer leur respect. Les croyants faisaient un signe de croix. Pendant un certain nombre de jours fixés par le protocole on portait des vêtements de deuil : les épouses étaient voilées de noir.

Tout ceci a disparu. On ne voit plus guère de décès à l’intérieur des maisons et le corps est caché dans le crematorium d’un hôpital. Les faire-part ont perdu leur couleur sombre et sont souvent accompagnés d’un petit bouquet de fleurs. Le transport du corps à l’église et au cimetière est discret, dans une voiture aux allures assez luxueuse et difficile à distinguer des autres véhicules.

L’Eglise participe à ce mouvement de sécularisation. Elle a remplacé l’Extrême Onction par le Sacrement des malades et, dans la plupart des cas, les obsèques ne méritent plus la présence d’un prêtre. La coutume voulait qu’on célèbre, dans des délais fixés, des cérémonies en souvenir des défunts. Ceci a disparu. On tenait à faire célébrer des messes pour eux. Cette coutume s’efface peu-à-peu.

Prendre sa croix

Tout ceci manifeste peut-être qu’on refuse de regarder en face la dure réalité de notre condition humaine. Ne l’oublions pas : la mort nous attend. Elle a touché Jésus, se manifestant dans cette mise en croix dont l’Evangile maintient le souvenir. Jésus savait où conduisait la route sur laquelle il avançait. A plusieurs reprises il a fait part à ses disciples de ce qui l’attendait. Dans le texte que nous méditons ce jour, celui qui rendait la vie aux malades éveille à la lucidité ceux qui le suivent. Eux aussi ont à composer avec ce qu’est la croix pour lui, c’est-à-dire avec la mort : « En ce temps-là, de grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna et leur dit : Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut pas être mon disciple. » Mourir, en effet, n’est pas seulement quitter sa vie mais se séparer de ses proches. Il s’agit de vivre en reconnaissant que la mort va nous détacher de ceux que nous aimons.

Qu’y pouvons-nous ?

Un architecte, au moment de construire une tour, regarde comment il pourra arriver au terme qu’il se propose ; il organise son temps et son travail en fonction du terme qu’il envisage. De même un chef d’état avant d’en affronter un autre s’interroge : peut-il s’engager dans le combat quand ses troupes sont deux fois plus faibles que celles de son adversaire ? Il faut bien qu’il compose avec sa faiblesse s’il ne veut pas être écrasé. De même le disciple doit composer avec les limites que lui impose la mort. Celle-ci lui révèle que ses ressources sont limitées, qu’en réalité il est plus démuni qu’il ne le semble. Qu’il prenne conscience de sa pauvreté !

Pourquoi Jésus invite-t-il à le préférer à nos proches ? Précisément parce que ceux-ci peuvent, bien sûr, nous aider à vivre mais ne peuvent nous empêcher de mourir. En revanche suivre Jésus, accepter de mourir en partageant son destin – sa mort, sa croix – c’est aboutir là où conduit la route où les foules l’accompagnent : Jérusalem. La croix où il meurt est la porte qui ouvre non sur le néant mais sur une vie tout autre, impossible à imaginer.

On a coutume de reprocher au christianisme de se complaire dans le culte de la souffrance et de la mort. Le monde a sa beauté, la vie humaine a ses grandeurs, pourquoi les mépriser ? En réalité, Jésus n’aime pas la mort : il éclate en sanglots devant la tombe de Lazare. Jésus aime le monde. Il sait voir la couleur du ciel à l’heure où le soleil se couche. Il entend le chant des oiseaux et il regarde les fleurs des champs. Jésus se bat sans cesse contre la mort : Il frémit devant cette femme qui mène en terre son fils unique, il redresse les infirmes et rend sain le corps des lépreux. Il regarde avec tendresse ceux qui viennent à lui : « Il posa son regard sur lui et il l’aima » ; Jean ne peut s’empêcher de rapporter, lors des propos tenus après la Cène, les sentiments qui étaient les siens à l’égard des Douze : « Vous êtes mes amis. » Certes, le bonheur que nous pouvons recevoir dans nos relations humaines n’est pas négligeable. Mais ne nous y trompons pas, notre cœur attend infiniment plus que ce que peuvent nous donner un époux ou une épouse, un père ou une mère, des frères ou des enfants. Ne nous lassons pas de le chercher et pour cela ne craignons pas de constater nos limites. Par-delà toutes les limites, à commencer par celle de la mort, le bonheur est sans cesse à recevoir.

L’’architecte, avant de bâtir une tour, calcule la dépense. Il ne pourra aller jusqu’au bout mais la tour, quoi qu’il en pense sera bâtie par un autre. Le roi est trop faible pour affronter son ennemi ; malgré la faiblesse de ses troupes un autre lui donnera la victoire. N’hésitons pas à prendre ce que Jésus appelle « sa croix », c’est-à-dire n’ayons pas peur de regarder à la fois notre mort et les promesses de l’Evangile.

Michel Jondot


Veux-tu ?

Les vaines questions

Quand on est chrétien, l’important c’est d’aimer et d’agir plutôt que de faire des discours et l’on se méfie des intellectuels dans l’Eglise. Ils viennent toujours tout compliquer ; là où nul ne pensait à se poser une question, ils formulent des problèmes et n’ont de cesse de vouloir les résoudre. Ils nous enferment dans des discussions sans fin.

Les intellectuels, d’ailleurs, c’est bien connu, perdent leur temps et font perdre celui des autres. Avant de passer à l’action, il faut toujours qu’ils prennent du recul. Mais ce temps de réflexion est perdu pour tout le monde : il aurait pu être tellement mieux utilisé à s’occuper des autres.

Pour nombre de chrétiens, mieux vaut agir que de penser, mieux vaut aimer que réfléchir et qualifier quelqu’un « d’intellectuel » dans l’Eglise est souvent une insulte ou bien un péché pour lequel il n’y a guère de pardon.

Et pourtant, Jésus, dans cet Evangile, se situe résolument dans le camp des intellectuels. Il est préférable, dit-il, de penser un peu avant d’agir et l’amour n’empêche pas de demeurer lucide.

La question

Voici, à la suite de Jésus, sur les routes de Palestine, des foules de croyants, « des foules nombreuses » qui, spontanément, se sont mises à « marcher derrière lui. Mais Jésus se retournant, leur dit » : Pas de précipitation ! Avant de passer à l’action pesez, jugez, évaluez où tout cela peut vous mener, sinon vous risquez d’être grotesques comme celui qui se met trop vite à la tâche et « n’a pas les moyens d’achever. »

Jésus a laissé les foules le suivre sans se poser la moindre question, mais arrive le moment où, de ces foules, il veut faire des disciples. Ces hommes et ces femmes sont venus à lui sans trop savoir pourquoi. Aujourd’hui, il les oblige à s’arrêter. Pour ne pas s’en tenir à la spontanéité ou à l’enthousiasme du départ, il les oblige à se poser des problèmes. Jésus invite les foules à s’asseoir avant de passer à l’action.

Ainsi, dans toute démarche de croyant, vient le moment où il nous faudra prendre le temps de nous poser la question : « Suis-je prêt à suivre Jésus jusqu’au bout ? Suis-je prêt à tout quitter pour le suivre ? Suis-je prêt à le préférer à tout même « à mes proches, même à ma propre vie ? » Devenir disciple de Jésus Christ c’est avoir pris le temps de répondre « oui » à cette question.

La décision

En vérité nous qualifions bien souvent d’intellectuel celui dont la question nous dérange. Jésus, en nous contraignant à nous asseoir, ne vient-il pas briser notre bel enthousiasme ? Ne joue-t-il pas à l’intellectuel qui nous oblige à nous poser des questions que nous préférerions ne pas regarder en face ?

En fait, Jésus ne veut prendre personne de court. Il prévient. Il nous prévient que, passé l’enthousiasme du départ, vouloir être son disciple c’est aller comme lui jusqu’au bout. Parmi les foules qui suivent Jésus ce jour-là beaucoup refuseront la question. Ils ne décideront rien. Ils ne prendront pas même le temps de dire « non ». Et, toute leur vie durant, ils demeureront d’éternels indécis. Ils seront des hommes d’action qui prendront la fuite dès la première difficulté. Parmi les foules, ce jour-là, Jésus n’aura pas fait un seul disciple : tous l’auront quitté à l’heure de sa passion !

Devenir disciple de Jésus Christ c’est, après être passé par l’enthousiasme du départ, avoir un jour pris le temps de lui signer un chèque en blanc. Ce « oui » est indispensable pour l’emporter sur tous les « non » que nous risquons de poser dans les tempêtes de la vie. Ce « oui » prononcé un jour, nous permet de découvrir jour après jour que nous sommes tout-à-fait incapables de suivre Jésus jusqu’au bout, malgré le désir qu’un jour nous avons eu de le faire. Ce « oui » nous permet de découvrir notre impuissance sans pour autant nous y arrêter. Il nous permet de devenir véritablement disciples de Jésus-Christ : acculés à compter sur Dieu et non sur nous-mêmes pour nous tenir fidèlement. Nous pouvons alors progressivement apprendre à devenir fidèles, non par notre propre force mais… grâce à Dieu… par grâce !

Christine Fontaine


« Je la connais la source »


La route comme un fleuve

Suivez un fleuve tout au long de son parcours et jusqu'à son embouchure. Il part et d'une source et il s'avance à travers montagnes et plaine. Son cours s'enrichit à la fonte des neiges ou sous l'effet des pluies et des tempêtes. Il s'enrichit ou se détériore en emportant les détritus qu'il rencontre dans la traversée des villes ou à proximité des usines. Il charrie vie et mort mais quel que soit le point ou l'on se trouve, dans sa course, l'origine y demeure présente. L'eau qui jaillit au plateau de Langres à 471 mètres de hauteur se retrouve encore sous le Pont Mirabeau où coule la Seine jusqu'au Havre où elle se déverse. La source n'est pas seulement un point de départ ; elle est la force qui commande les flots. Supprimez la source et le fleuve disparaîtra.

Depuis plusieurs dimanches nous suivons Jésus sur une route qui ressemble à un fleuve. St Luc a construit son Evangile autour du voyage que Jésus accomplit jusqu'à Jérusalem et qui débouche sur le Calvaire. Jésus avance et au fil de la marche, le groupe des disciples grossit comme les eaux des fleuves de France en certaines saisonsr. Nous l'avons entendu : "de grandes foules faisaient route avec Jésus quand il se retourna pour leur parler ". Jésus avance et l'Eglise commence à naître. Les flots se gonflent. Il faut relire tous ces épisodes que Luc est en train de rapporter pour comprendre quel travail est en train de s'opérer. « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez», dit Jésus. La vie grandit mais dans le même temps tout se gâte. Les eaux se polluent. Satan est là « je le vois tomber du ciel » dit le Maître. Il a visage humain : « Un légiste s'avança pour le mettre à l'épreuve ». Tout un groupe gronde devant ses manières de faire : « C'est par Béelzéboub le Prince des démons qu'il chasse les démons ». Jésus avance mais l'angoisse grandit. Rappelons-nous le texte qu'on lisait il y a deux dimanches, rappelons-nous cette parole : « J'ai encore un autre baptême à recevoir ». Il parlait des eaux boueuses de la mort dans laquelle il lui faudrait bientôt plonger. Jésus avance, le groupe des disciple s'élargit mais il faut faire face à l'ennemi. Il faut se battre sans faillir et avec intelligence pour que l'Eglise se construise.

Trouver la source

Construire et faire la guerre : deux activités humaines vieilles comme le monde. Deux activités contradictoires mais Jésus en a besoin pour décrire la situation dans laquelle il se trouve. L'art de l'architecte évoque ce qui se construit. Le métier des armes, au contraire, évoque la violence qui détruit. Mais en-deçà de l'opposition entre forces de vie et forces de mort nous sommes invités à reconnaître un point commun. L'architecte ou le militaire prennent le temps de réfléchir, de calculer avant de s'engager. S'ils connaissent leur métier, s'ils veulent aller jusqu'au bout, ils ne doivent pas décider à la légère. L'issue de la bataille ou l'achèvement de l'édifice manifesteront l'intelligence du point de départ, la source.

Voici Jésus à mi-chemin de son voyage à Jérusalem. L'Evangile nous invite à nous rappeler le commencement. Luc l'avait souligné avec une certaine solennité : "Comme arrivait le temps où il allait être enlevé du monde, Jésus prit résolument la route de Jérusalem." L'architecte sait ce qu'il veut quand il pose les fondations et il prévoit où le travail conduit. Le général est résolu à tout faire pour aller jusqu'à la victoire quitte à recevoir coups et blessures. De même Jésus sait qu'il va être enlevé à la beauté du monde et au visage de ses amis. Il voit le bout du chemin et il est résolu à aller jusqu'au terme. Depuis le premier jour il vit à l'écoute du Père et il lui répond. La décision première est là. De la réponse à son Père jaillit la source d'où tout procède. Il la suit jusqu'au bout. Il la suit jusqu'à la Croix. "Père entre tes mains je remets mon esprit". C'est le mot de la fin. Alors la source jaillit encore sous l'effet du coup de lance donné par l'ennemi. Le Christ est mort mais la bataille est gagnée, la mort est vaincue. Un corps est détruit : « Détruisez ce corps et en trois jours je le rebâtirai.» Le temple dont il parlait, c'était son corps. Comme par un bon architecte, voici posées les fondations de l'Eglise : nous savons sur quelle volonté elle repose.

« Je la connais la source »

« De grandes foules faisaient route avec Jésus ; il se retourna et leur dit: 'si quelqu'un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et soeurs et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Celui qui ne prend pas sa croix pour marcher derrière moi ne peut pas être mon disciple ».

Attention à ces paroles qui peuvent paraître inhumaines. L'Evangile, en parlant de la croix, ne peut pas nous inviter à la douleur ni à la misanthropie. Le récit d'aujourd'hui nous rappelle que la source n'est pas tarie. Nous sommes encore en chemin et la vie charrie encore en chacun de ses points, l'appel du Créateur, la volonté du Père. Entre père et mère, entre générations, entre frères et soeurs, des conflits peuvent naître, des jalousies peuvent jaillir. Ne vous laissez pas impressionner. La source court encore. Regardez vers la source. Devinez la volonté du Père d'où procède la vie. Jésus n'a pas voulu la croix : « c'est un ennemi qui a fait cela » et il s'est battu contre lui.

Jésus n'a pas voulu la croix et quand il l'a trouvée il n'a pas fui ; il a relancé la vie. La croix est là encore, quelle qu'en soit la forme ; tous, j'en suis sûr, nous en avons senti le poids d'une manière ou d'une autre. Mais, chrétiens, nous devrions êtres les derniers à nous y résigner ou à nous y complaire. Vive la médecine d'aujourd'hui qui ne cherche plus seulement à guérir mais à supprimer la souffrance. La croix est là ; il y aurait péché à se boucher les yeux et à chercher un chemin où on pourrait l'éviter sans combattre. « Celui qui veut être mon disciple, qu'il marche sur ma route, les yeux ouverts ; lorsqu'on y trouve la croix, la source est là encore, comme une promesse, comme une source.

« Je la connais la source ; elle court, elle coule, mais c'est de nuit ».

Michel Jondot