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25ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 9, 30-37

Jésus traversait la Galilée avec ses disciples, et il ne voulait pas qu'on le sache. Car il les instruisait en disant : « Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes ; ils le tueront et, trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Mais les disciples ne comprenaient pas ces paroles et ils avaient peur de l'interroger.

Ils arrivèrent à Capharnaüm, et, une fois à la maison, Jésus leur demandait : « De quoi discutiez-vous en chemin ? » Ils se taisaient, car, sur la route, ils avaient discuté entre eux pour savoir qui était le plus grand. S'étant assis, Jésus appela les Douze et leur dit : « Si quelqu'un veut être le premier, qu'il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Prenant alors un enfant, il le plaça au milieu d'eux, l'embrassa, et leur dit : « Celui qui accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il accueille. Et celui qui m'accueille ne m'accueille pas moi, mais Celui qui m'a envoyé. »

L’Espérance ou la souffrance
Michel Jondot

De doux rêveurs
Christine Fontaine


L’Espérance ou la souffrance

Ne parlons pas de la souffrance

Au cours des années 1960, le Cardinal archevêque de Paris, Monseigneur Veuillot, dans la force de l’âge, se mourait d’un cancer dans un grand hôpital parisien. Il faisait dire aux prêtres de son diocèse : « Ne parlez jamais de la souffrance ! » Quand on en fait l’expérience, en effet, on se rend bien compte que les discours qu’on peut tenir sur le sujet ne tiennent pas. On ne peut expliquer l’inexplicable. Non, la souffrance n’est pas un châtiment pour quelque faute personnelle. Il n’est pas non plus le fruit d’un péché d’origine : Dieu n’est-il pas miséricorde sans condition ! Et pourquoi des enfants, des innocents sont-ils frappés alors que des puissants et des coquins sont épargnés ? Qui pourrait le dire ? Un philosophe s’est penché sur le problème ; il reconnaît qu’on ne peut le résoudre. Plutôt que de problème, parlons de mystère.

Jésus marchait sur les routes de Palestine, conscient du destin qui l’attendait. Sa Pâque l’attendait au terme de sa marche : il en faisait confidence à ses amis. « Le Fils de l’Homme est livré aux mains des hommes, ils le tueront et trois jours après sa mort, il ressuscitera. » Que pouvait bien signifier, pour ce groupe de Galiléens, l’expression « ressusciter d’entre les morts » ? Par ailleurs, en bons juifs, les disciples connaissent l’histoire de Job. Ils savent bien que devant la souffrance on ne peut rien dire : les amis du Patriarche parlent mal de Dieu lorsqu’ils tentent d’apporter une explication. Forts des enseignements de l’Ecriture, les disciples savent qu’il ne sert de rien de s’interroger. On annonce aux une souffrance à venir ; ils ne peuvent rien en penser.

Un enfant au milieu d’eux

Leurs propos s’évadent et leur conversation porte sur une tout autre question : « ils avaient discuté pour savoir qui est le plus grand. » Ne nous indignons pas ; il ne s’agit peut-être pas de rivalité mais de désir. Qui est le plus proche des instructions du maître et de ses désirs ? Jésus ne s’offusque pas des propos qu’il écoute.

Voici donc le Maitre face à deux questions apparemment contradictoires : Qu’est-ce que la souffrance qu’il attend ? Qui est le plus grand à ses yeux ? Jésus répond comme un prophète. Il parle : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. » Un prophète ne se contente pas de mots. Il trouve un geste qui permet à ses paroles de frapper les regards. Jésus prend un enfant dans ses bras et le place au milieu d’eux. Il montre l’enfant, figure de la faiblesse à laquelle nous réduit la souffrance ! Il montre aussi l’enfant, figure du dépassement de la puissance ou de la soumission : il n’impose pas une force qui écrase et pourtant il appelle une tendresse et une affection auxquelles on répond avec empressement.

Mais Jésus met l’enfant au milieu de leur groupe pour montrer à ses amis qu’ils n’ont pas compris ses propos : « …trois jours après sa mort, il ressuscitera. » L’enfant est figure de l’avenir alors que la souffrance est l’antichambre de la mort. La souffrance ne peut être le dernier mot de la vie. Les disciples n’avaient pas compris qu’annonçant sa souffrance et sa mort, Jésus laissait entrevoir sa résurrection

Prêcher l’Espérance

On ne peut pas parler de la souffrance mais on se doit d’entendre ceux qui souffrent. Dieu ne veut pas la souffrance et celui qui croit en lui se doit de prêter l’oreille aux plaintes d’un grand malade, aux déceptions d’un conjoint bafoué, à l’échec d’un jeune pour entrer dans le monde du travail. Entendons cette souffrance comme un appel à le rejoindre, à partager sa souffrance, à compatir. Grand est le respect de la voix qu’on entend lorsqu’on perçoit les gémissements d’un frère ou d’une sœur en humanité. Y répondre c’est accueillir celui qui nous accueille par-delà sa propre mort. Y répondre, c’est déjà entrer dans l’espace de la Résurrection. Quiconque accueille les cris d’un malheureux plus faible que l’enfant qui vient de naître, accueille le Christ lui-même : « C’est moi qu’il accueille. Et celui qui m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé. »

On ne peut pas parler de la souffrance mais on se doit de repérer ceux que la société ignore. Dans nos pays démocratiques, nous devons défendre la cause de ceux que la société méprise : les étrangers, les sans-abris, les chômeurs en fin de droits. Rappelons-nous les appels au secours de l’Abbé Pierre, ce fameux hiver où il découvrit, morte de froid, une pauvre femme expulsée de son logement. On ne peut pas parler de la souffrance mais on ne peut laisser une société se résigner à laisser croupir ceux que la souffrance écrase.

Et il nous faut aussi, chacun, vivre avec ses propres limites. Nous croyons que Dieu veut la vie mais, aux heures de souffrance, nous voyons bien que l’horizon se réduit : la mort nous guette. C’est là, en fin de compte, que l’Evangile nous conduit. Comme Jésus, chacun peut voir venir sa propre mort. Ne soyons pas comme les disciples et entendons les promesses de Résurrection. En réalité, à l’extrême limite de note vie nous sommes comme cet enfant au milieu des disciples : un avenir s’ouvre. Folie ? Peut-être ! Vive cette folie ! Dieu continue à vouloir la vie.

Chrétiens, si nous refusons de parler de la souffrance ayons l’audace de prêcher l’Espérance.

Mihel jondot

De doux rêveurs

Recevoir sa place

Que nous ayons ou non pris des vacances, l’époque de la rentrée scolaire est souvent un moment où chacun réorganise son temps, sa vie. On s’interroge sur les engagements à prendre et sur ceux qu’il faut résilier. Le choix est souvent difficile. Comment savoir quelle tâche accomplir ? Comment trouver sa juste place ? Comment ne pas empiéter sur les autres ni se dérober ?

Les disciples, dans cet évangile, s’interrogent aussi sur leur propre place : « Qui est le plus grand ? » se demandent-ils. Et Jésus, lui aussi, indique la place qu’il va tenir : il va devenir la proie de hommes. Mais Jésus et les disciples n’ont pas la même manière de voir se dessiner quelle place prendre.

Jésus, à proprement parler, ne choisit pas sa pace. Il regarde le monde qui l’entoure, le monde où il vit. Il est pris dans l’humanité ; il vit dans ce coin du monde où les hommes lui deviennent hostiles. Il épouse l’humanité et il en accueille les conséquences.

Ces conséquences ne sont pas toutes douloureuses. Jésus s’est fait des amis ; il a su ce qu’étaient la joie, la fête et la tendresse. Mais, lorsque la difficulté se présents, lorsque l’hostilité à son égard se fait jour, il ne fuit pas. Il assume les conséquences de sa vie d’homme et de Fils de Dieu. Il voit où les hommes vont le mener, où son amour pour les hommes va le mener. Il ne choisit pas la mort mais il sait que telle est la part que les hommes lui feront.
« Le Fils de l’homme va être livré entre les mains des homme et ils le tueront. »

Rêver sa place

Jésus ne fuit pas la réalité de son monde, et c’est ce monde qui le conduit là où à coup sûr il n’aurait pas aimé aller. A l’opposé, les disciples sont en plein rêve. Eux aussi sont pris dans un monde, dans un réseau de relations, le même que Jésus. Et dans ce monde, Jésus leur parle en secret, rien qu’à eux : il enseigne ses disciples.

Leur place leur est donnée par Jésus ; c’est la place de tout disciple : ils ont à écouter l’enseignement du Maître. Mais ils n’entendent rien, ils ne comprennent pas ; et par ce fait même, ils ne sont plus disciples, pour l’heure du moins.

Les disciples ignorent ce qui les entoure. Ils se demandent qui est le plus grand ; mais le plus grand par rapport à qui, le plus grand en quoi ? Dérision que rêver de grandeur lorsque le monde va les réduire à l’impuissance !

Les disciples cherchent leur place indépendamment de ce qui les entoure. Ils rêvent de grandeur au moment où la mort s’annonce. Ce sont de doux rêveurs !

Jésus les oblige à sortir du rêve : « Si quelqu’un veut être le premier, dit-il, il devra être le dernier de tous et le serviteur de tous. » Mais que signifie être à la dernière place ? Le dernier n’est-il pas celui qui, précisément ne choisit pas sa place ? Le dernier n’a jamais le choix, il se contente de prendre ce qui reste. Le dernier reçoit des autres la place qu’ils veulent bien lui accorder et il vit avec, sans la fuir.

Sortir du rêve

Le dernier n’est pas celui qui dit : « voilà ce que je veux faire », mais celui à qui on dit : « voilà ce qui est à faire » et qui s’y soumet sans protester. Le dernier accueille la place qu’on veut bien lui laisser, avec reconnaissance. Telle est la place du dernier ou celle du serviteur.

Nous sommes souvent de doux rêveurs, un peu comme les disciples : il nous faut cesser de rêver que nous trouverons notre place par nous-mêmes, en nous interrogeant d’abord sur ce qui nous intéresse, en nous demandant ce que telle tâche pourra nous apporter, comment nous pourrons nous y épanouir.

Trouver sa place, c’est toujours accueillir celle que les autres nous laissent. C’est d’abord se demander dans quel monde, dans quelle communauté nous vivons. C’est regarder où nous avons les pieds et accueillir les demandes qui nous sont adressées. Trouver sa place c’est accueillir la demande de l’autre, cet autre fût-il même un enfant : « Quiconque accueille en mon nom un enfant, c’est moi qu’il accueille. »

Dans le monde qui nous entoure, nous ne sommes pas seuls et aucun d’entre nous n’est le centre. Dans ce monde, il existe des besoins, des demandes, des lacunes et nous ne les voyons pas toujours. Il n’y a peut-être pas à chercher beaucoup plus loin pour trouver sa place, sauf de s’y engager vraiment, sans retour. Il y aura des heures de joie, sûrement aussi des moments difficiles. Ne les fuyons pas. C’est en passant par cette mort à nous-mêmes qu’à la suite de Jésus nous ressusciterons. « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. Ils le tueront et trois jours après, il ressuscitera. »

Christine Fontaine