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19ème dimanche ordinaire


Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean
Jn 6, 41-51

Comme Jésus avait dit : « Moi, je suis le pain qui est descendu du ciel », les Juifs récriminaient contre lui : « Cet homme-là n'est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : 'Je suis descendu du ciel' ? »

Jésus reprit la parole : « Ne récriminez pas entre vous. Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m'a envoyé ne l'attire vers moi, et moi, je le ressusciterai au dernier jour. Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous instruits par Dieu lui-même. Tout homme qui écoute les enseignements du Père vient à moi. Certes, personne n'a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père. Amen, amen, je vous le dis : celui qui croit en moi a la vie éternelle. Moi, je suis le pain de la vie. Au désert, vos pères ont mangé la manne, et ils sont morts ; mais ce pain-là, qui descend du ciel, celui qui en mange ne mourra pas. Moi, je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c'est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie. »

Nouvelle homélie :
en ligne ultérieurement

" Je ne suis moi qu'en toi "
Christine Fontaine

La révolution chrétienne
Michel Jondot


" Je ne suis moi qu'en toi "

L’entre soi

Imaginons un groupe d’amis réunis dans une même pièce pour célébrer par exemple un anniversaire. On échange des propos chaleureux et, si on veut que la fête soit réussie, on prend soin d’éviter les paroles qui pourraient mener à des conflits. On partage un bon repas et on attend tous le dessert pour souffler les bougies du gâteau d’anniversaire. On entonne alors la même chanson en l’honneur de l’ami qu’on célèbre. Si la fête s’est déroulée sans heurts et dans la joie d’être réunis, on la trouve réussie. On en sort heureux de l’amitié ou de l’affection qui nous ont réunis.

Imaginons maintenant qu’au milieu de la fête, l’un des invités se mette à tenir des propos incohérents, totalement incompréhensibles pour les autres. Au début, on pourra le prendre avec humour mais, s’il insiste, tous les autres récrimineront contre lui. Ses propos brisent l’accord du groupe, ils dérangent. On tentera de faire taire ce trublion pour retrouver le climat de paix, de joie et de fraternité qui habitait le groupe avant ses interventions intempestives. On pourra aller jusqu’à chasser ce fauteur de troubles. Même si on ne le fait pas, on sortira de la fête avec le sentiment que cet individu a tout gâché. On est malheureux de ce qui s’est passé.

Le trublion

C’est une expérience de ce genre que vivent les juifs qui « récriminaient » contre Jésus. Ils n’étaient pas réunis pour un anniversaire mais ils étaient unis dans une même conception de la vie et de Dieu. Pour eux, comme pour tous les juifs, il y a d’une part le ciel qui est le siège de Dieu et d’autre part la vie sur cette terre. Une alliance existe bien entre les juifs et leur Dieu mais ce lien ne peut se maintenir qu’en respectant une distance infinie entre le ciel et la terre, entre le Tout-Autre, l’Innommable, l’Irreprésentable et les croyants. Or Jésus se dit descendu du ciel alors qu’il est de la terre. Sa parole est totalement incohérente pour un juif. Alors ils récriminent : « Cet homme-là n’est-il pas Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors comment peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? » Ce jour-là l’entourage de Jésus se contente de récriminer. Viendra le jour où ils ne supporteront plus ses propos insensés. Ils le cloueront sur une croix pour faire cesser à tout jamais celui qui trouble les rapports entre le ciel et la terre, entre le monde et Dieu.

« Je suis le pain vivant, qui est descendu du ciel : si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement. Le pain que je donnerai, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie », dit Jésus. L’Eglise, pour traduire ces paroles, parle du mystère de l’Eucharistie et de celui de l’Incarnation. Dieu, pour les chrétiens, fait corps avec l’humanité. Le ciel n’est pas séparé de la terre. « Celui qui veut vivre, dit saint Augustin, sait où est pour lui la source de la vie. Qu’il s’approche donc, qu’il croie, qu’il soit incorporé pour entrer en participation de la vie. »

L’obéissance de la foi

« Qu’il croie », dit Augustin en écho aux paroles de Jésus : « Celui qui croit en moi a la vie éternelle. » On peut croire au dogme de l’incarnation comme les juifs croyaient à la séparation du ciel et de la terre. On répète des paroles qui permettent de nous distinguer des autres et d’être bien entre soi. On peut célébrer des fêtes et des anniversaires entre chrétiens, heureux de se sentir si bien entre nous. Nous vivons alors dans la religion mais ce n’est pas pour autant que nous vivons dans la foi. Vivre dans la foi c’est accueillir l’Autre au milieu de nous. C’est se laisser forger par la parole de Jésus qui vient déranger nos beaux ordonnancements profanes ou religieux. C’est accepter de se laisser déprendre de ce que nous savons déjà et nous laisser mener là où nous ne savons pas. C’est passer par la nuit obscure.

Il s’agit de vivre non seulement dans la foi mais dans l’obéissance de la foi : là où nous ne comprenons plus rien, où nous ne sentons plus rien, où toutes nos raisons s’écroulent. Il s’agit de ne pas réduire la Parole de Dieu – qui nous est transmise par les évangiles – à ce que nous savons ou à ce que nous sentons. Il s’agit d’espérer contre toute espérance que cette parole est un guide sûr lors même qu’elle nous ébranle totalement jusque dans ce en quoi nous croyions. Nous découvrons alors progressivement que cette parole qui nous ébranle totalement nous permet de trouver notre assise en Dieu seul. En Dieu qui est notre Vie, notre Paix et notre joie. Alors nous pouvons nous écrier comme Claire d’Assise : « Mon Dieu, je ne suis moi qu’en toi ! » ou comme saint Augustin :

Bien tard,
Je t'ai aimée, ô beauté si ancienne et si nouvelle, bien tard, je t'ai aimée !
Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors,
et c'est là que je te cherchais, et sur la grâce de ces choses que tu as faites,
pauvre disgracié, je me ruais !
Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi ;
elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,
si elles n'existaient pas en toi, n'existeraient pas !
Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;
tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;
tu as embaumé, j'ai respiré et haletant j'aspire à toi ;
j'ai goûté, et j'ai faim et j'ai soif ;
tu m'as touché et je me suis enflammé pour ta paix.

Christine Fontaine

La révolution chrétienne

Le ciel n’est pas là où l’on pense

Il faut du temps pour qu’une révolution produise ses effets. Ce n’est pas du jour au lendemain que les Français ont compris le renversement de perspectives amorcé en 1789. Une révolution s’est produite autour de Jésus. A peine ses disciples commençaient-ils à le suivre, après qu’ils eurent bu ensemble le vin des noces à Cana, qu’il entre dans le Temple et conteste, non sans violence, la manière dont ses coreligionnaires rendent un culte à celui qu’Il appelle « Père » : « Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai !». Les synagogues étaient et sont encore des lieux de recueillement où il faut respecter un rituel très précis pour honorer le Seigneur. Jésus fréquente ces lieux mais le rituel ne lui semble pas le plus important ; il entre un jour du sabbat à l’heure de la prière et il voit un infirme incapable de se servir de sa main. Le réflexe du Nazaréen est de libérer ce malheureux de son handicap : Quel scandale ! Comment peut-on se laisser distraire à ce point ? Ne faut-il pas fermer les yeux sur l’environnement pour se concentrer sur l’invisible (« ce qui est dans le ciel ») et accomplir fidèlement les rites prévus pour rejoindre tant bien que mal l’inaccessible.

Le ciel n’est pas là où l’on pense et l’invisible n’est pas caché dans les hauteurs. Telle est la révolution religieuse qui se produit au contact de Jésus. « Je suis le pain descendu du ciel », dit Jésus : tels sont les premiers mots de l’Evangile de ce jour. Le ciel serait là, aux bords du lac, en ce point où l’on a partagé le pain, d’une façon miraculeuse, peut-être, mais bien matérielle ; plus personne n’avait le ventre vide. On avait mangé en gardant les pieds sur terre. Quant à celui qui avait pris l’initiative de la distribution, on le connaît. Il est bien de chez nous. Lui aussi a bien les pieds sur terre, sur notre terre : « C’est bien Jésus, fils de Joseph ? Nous connaissons bien son père et sa mère. Alors, comment peut-il dire « Je suis descendu du ciel ? »

Voir le Père invisible ?

Jésus entend la question. Avouons que sa manière de répondre est déconcertante : « Personne n’a jamais vu le Père, sinon celui qui vient de Dieu : celui-là seul a vu le Père ». Le Père est invisible et Jésus prétend l’avoir vu. Où ? Comment ? Avec quel regard ? Il y aurait quelque part dans l’invisible un Dieu immatériel que des yeux auraient pu contempler ? N’est-on pas en pleine mythologie ?

Il faut attendre la toute dernière heure pour comprendre. Après le dernier repas, celui où Jésus, avec le pain et le vin, ne cesse de donner sa vie, il parle encore du Père abondamment. Il en parle tant que Philippe, un des Douze, un peu agacé, lui pose la question : « Montre-nous le Père et cela suffit ». Retenez la réponse. Elle est indispensable pour comprendre la révolution chrétienne. « Comment peux-tu dire : ‘montre-nous le Père ?’ Qui m’a vu a vu le Père ! » Jésus développe ce mystère. Qu’est-ce que ce mouvement qui l’oriente vers autrui, quel est ce désir qui le sort de lui-même pour poser les gestes qui nourrissent ou qui guérissent. D’où vient ce désir ? Il est toujours désir de l’Autre, désir qu’un autre a de lui, venant d’ailleurs que de lui mais plus intime à lui-même que lui, jamais ailleurs que là où il respire. En voyant Jésus, on découvre ce que réalise la volonté du Père.

Cette volonté – ce désir - nous habite tous !

Il peut rester caché mais s’il nous pousse à dépasser toutes les frontières, s’il nous conduit jusqu’à aimer l’ennemi ou l’ami qui trahit, si ce désir ne se laisse pas arrêter par la mort, Jésus nous apprend qu’il s’agit en nous de la volonté de cet Autre qu’il nous autorise à appeler Père.

Le désir du Père ou le travail d’un Autre

« Le pain que je donnerai, dit Jésus, c’est ma chair, donnée pour que le monde ait la vie ». Ma nourriture c’est de faire la volonté de mon Père, avait-il dit un jour. Nous avons à manger de ce pain-là ! La volonté du Père, son désir, anime le monde et cherche son chemin parmi nous. Appelons Esprit ce travail en nous, ce travail de l’Autre que Jésus nous apprend à appeler « Père ».

Quand St Marc commence son Evangile, il nous dit que le ciel s’ouvrit et que la voix du Père se fit entendre. Oui, le ciel est ouvert et le Père n’est pas à chercher ailleurs que là où se déroule l’histoire des hommes. Le ciel est ouvert et le don du ciel est à recevoir sur cette terre. Le ciel est ouvert : cela signifie que la vie terrestre n’est pas bouchée. S’il est vrai, comme le dit Marc, que le ciel s’est déchiré, il faut reconnaître aussi qu’une brèche est percée au cœur de l’humanité terrestre. Père, Fils, Esprit vivent avec l’humanité ; ils en sont inséparables, même si l’humanité est trop étroite pour les contenir et les enfermer.

Nous vivons une époque où plusieurs sont tentés d’oublier que le mystère de Dieu est tombé du ciel et nous a rejoints. On veut créer des espaces sacrés qui, à première vue du moins, nous coupent de la vie profane. Pour se rapprocher mystiquement de Dieu, on veut quitter la langue de son pays et retrouver le grégorien. On va jusqu’à voiler les visages humains qui sont pourtant révélation du Père en les enveloppant avec les fumées des encensoirs. Pourquoi pas ? Mais attention, ne croyons pas que de telles pratiques aient d’autre valeur que culturelle. Ne confondons pas la culture et la mystique. Si quelqu’un a pu dire « je suis le pain descendu du ciel », ne l’enfermons pas dans nos monuments sacrés. Recherchons-le là où hommes, femmes et enfants ont les pieds sur terre. N’occultons pas la révolution mystique qui fait de l’histoire le séjour de Dieu.

Michel Jondot