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26ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc
Mc 9, 38...48

Jean, l'un des Douze, disait à Jésus : « Maître, nous avons vu quelqu'un chasser des esprits mauvais en ton nom ; nous avons voulu l'en empêcher, car il n'est pas de ceux qui nous suivent. » Jésus répondit : « Ne l'empêchez pas, car celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ; celui qui n'est pas contre nous est pour nous. Et celui qui vous donnera un verre d'eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense.

Celui qui entraînera la chute d'un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu'on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu'on le jette à la mer. Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas. Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne. Si ton œil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne, là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas. »

Sauver la vie
Michel Jondot

Le pour et le contre
Christine Fontaine


Sauver la vie

Ils ne pratiquent plus

Ils font partie de ceux qu’on appelle, à la suite des sociologues, « des catholiques zombies ». Ils ne sont plus au nombre de ceux que l’on compte parmi les pratiquants alors que voici quelques années ils n’auraient pas manqué leur messe du dimanche. Dans l’Eglise de leur jeunesse, ils ont entendu l’appel du Christ et se sont voulus au service d’un monde plus fraternel. Personne ne les voit plus dans les rassemblements paroissiaux mais ils continuent, au nom de Jésus, à militer pour la justice. Ils choisissent le parti politique qui leur semble le plus apte à défendre le droits des pauvres plutôt que leurs propres intérêts. Ils sont engagés dans la Ligue des Droits de l’Homme ou des ONG humanitaires. Ce sont eux qui sont les plus motivés pour lutter contre le racisme, défendre la cause des immigrés ou le droit d’asile pour les réfugiés. De tels engagements sont à leurs yeux une manière de répondre à un appel : « Suis-moi ! »

Lorsque ces « catholiques zombies » sont amenés, malgré tout, à assister à une célébration, ils ne se dérobent pas. Ils assistent volontiers à une messe de mariage ou aux obsèques religieuses d’un ami. Quel n’est pas l’étonnement de ces personnes lorsqu’au moment de la communion on les empêche de recevoir le Corps du Christ : « Ne vous approchez pas de la Table Sainte si vous n’avez pas fait vos Pâques. » On entend de plus en plus des interdits de ce genre dans nos rassemblements liturgiques.

Est-ce la pratique religieuse qui fait le disciple ? Faut-il se soumettre aux prescriptions strictes de l’Eglise pour se reconnaître croyant ? Ils ne marchent pas à la suite de Jésus ceux qui prennent des libertés à l’égard des rites de notre religion ?

Agir en son nom

C’est à une question de ce genre que répond l’évangile de ce jour. Les disciples sont face à un homme qui lutte contre le mal. Celui-ci a sans doute entendu les appels du Galiléen et compris que la vie s’éclaire quand on se réclame de Lui. Peut-on agir au nom de Jésus sans faire partie du groupe qu’il a institué autour de Lui ? « Nous avons vu quelqu’un expulser les démons en ton nom ; nous l’en avons empêché car il n’est pas de ceux qui nous suivent. » La réponse de Jésus est nette ; se référer à Jésus pour que disparaisse le mal, voilà ce qui conduit à évangéliser le monde. Celui qui se réfère au Christ ne peut être, pour le croyant traditionnel, ni un étranger ni un ennemi qu’il faut tenir à l’écart. Celui qui redonne de la lumière à la vie, « celui qui fait un miracle en mon nom ne peut pas, aussitôt après, mal parler de moi ». Celui qui se réfère au Christ, pour le disciple, est un frère, promis au même bonheur que lui : « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. »

Décomposition du christianisme

Refuser de tenir à l’écart celui qui ne pratique plus ou qui pratique mal ne conduit-il pas à la décomposition du christianisme ? Ne convient-il pas de sauver l’Eglise en rejetant ceux dont le comportement religieux n’est pas conforme aux prescriptions cléricales et hiérarchiques ? Ne faut-il pas lutter contre le laisser-aller actuel ?

A coup sûr, Jésus refuse le laisser faire. Oui, il y a bien du rejet à opérer pour que l’on puisse aller de l’avant, mais c’est en soi-même qu’il convient de le réaliser. « Viens ! Suis-moi ! » Jésus ouvre la route pour que ceux qui se réfèrent à Lui puissent continuer à le suivre. Les mots désignent la marche : « scandaliser » c’est buter sur une pierre et tomber sur le chemin. A plusieurs reprises, Jésus parle de chutes comme celles qui éliminent les coureurs sur une piste, les privant de la victoire.

Ses paroles sont sévères. Faire tomber quelqu’un sur la route ouverte vers le Royaume, quel scandale ! Terribles sont les mots pour dénoncer l’action de celui qui entrave la marche d’autrui : « Mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes et qu’on le jette à la mer. »

Ne rejetez pas, hors de votre groupe, celui qui s’accroche à mon nom pour sauver la vie. Rejetez en vous ce qui freine l’entrée dans la vie. Les mots pour le dire sont féroces. Ils évoquent la vigueur du chirurgien qui arrache un œil ou ampute un membre afin de sauver le corps et lui permettre d’éviter de sombrer dans la mort. Mieux vaut entrer borgne, manchot, estropié, dans la vie promise que de sombrer dans la géhenne.

Sauver le message

L’Eglise de notre temps, en Occident, est sans doute à un tournant. Que faut-il faire pour la sauver ? Ont-ils raison ces clercs qui maintiennent des règles strictes dans les célébrations liturgiques ? Sans doute ont-ils, ce faisant, l’intention de sauver le bateau. Mais leurs efforts sont inutiles si l’Eglise qu’ils restaurent ne maintient pas, par-delà les signes qui rendent une religion visible, les paroles qui appellent l’humanité à se tourner vers la vie.

Michel Jondot

Le pour et le contre

Mêlé

« Celui qui n’est pas contre nous et pour nous » dit Jésus.
Il n’y a pas d’autre alternative : ou bien on est contre le Christ ou bien on est pour lui mais on ne peut pas être des deux côtés à la fois. « Tous ceux qui ne sont pas pour moi sont contre moi » dira Jésus, par ailleurs, dans l’évangile.

Pourtant, dans nos pauvres vies, le oui et le non nous paraissent si souvent mêlés. Nous sommes pour et contre, jamais tout à fait pour et jamais non plus totalement contre. Nous sommes un peuple de tièdes, le peuple où la grisaille domine.

« La grisaille, dit Jésus, n’existe pas pour Dieu. La grisaille n’existe pas à mes yeux. Votre propre regard est obscurci et ne vous permet pas de discerner le pour et le contre, le oui et le non. Pour vous, tout est gris mais pour Dieu, il n’en va pas ainsi. »

Dieu décèle dans notre tiédeur, dans notre grisaille, le oui et le non. Pour nous seulement, ils sont mêlés. Dieu sait ce qui, en chacun de nous, vient de lui et ce qui lui fait obstacle. Dieu n’a pas le regard obscurci. Il sait distinguer la lumière des ténèbres.

Séparé

« Si ton pied t’entraîne au péché, coupe-le » dit Jésus à Jean, son disciple.
« Si ton pied ou ta main t’entraînent au péché coupe-les » ajoute-t-il. Ainsi, à ses disciples, Jésus enseigne à discerner ce qui, en leur propre corps, ne fait qu’un avec Dieu et ce qui lui fait obstacle.

Jésus éduque le regard de ses amis. Il leur apprend à déceler dans la grisaille de leur existence, la part de lumière et celle des ténèbres. Jésus révèle que la lumière et les ténèbres sont bien séparées depuis la création du monde.

Au premier jour, Dieu sépara la lumière des ténèbres et il appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». De jour en jour, pour ses amis Jésus apprend à appeler les choses par leur nom. Il sort ses disciples de la confusion. Il nous enseigne à reconnaître dans quel esprit nous agissons.

Chacun, à la suite de Jésus, peut apprendre à séparer dans sa propre existence la lumière des ténèbres, le jour de la nuit. Chacun peut apprendre à appeler les choses par leur nom, à déceler ce qui en lui est de Dieu et ce qui est contre, à discerner le oui et le non.

Inaltérable

« Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vos le dis, il ne restera pas sans récompense. » Celui qui saura déceler, derrière le péché qui habite l’Eglise et chaque croyant, cette part de lumière inaltérable, deviendra à son tour fils de lumière, fils du jour. Celui-là honore Dieu, l’abreuve et le réconforte. Il lui fait oublier la peine et et la longueur des nuits.

Reconnaissons, avec l’aide de Dieu, en chaque homme l’enfant de lumière et abreuvons-le de reconnaissance. Croyons que ce petit a besoin de ce verre d’eau pour lui redonner confiance. Consentons nous-mêmes à être abreuvés de reconnaissance par nos frères.

Plus nous reconnaîtrons le fils de Dieu vivant en nous-mêmes comme en chacun, plus nous pourrons distinguer, par contraste, cette complicité avec le péché qui nous pousse à notre perte. Alors nous saurons couper court avec le mal qui nous entraîne dans la nuit. Nous entrerons dans la salle de noces où les borgnes, les boiteux, les estropiés et tous les pauvres sont abreuvés de la tendresse de Dieu.

Christine Fontaine