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28ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 22, 1-14

Jésus disait en paraboles : « Le Royaume des cieux est comparable à un roi qui célébrait les noces de son fils. Il envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Il envoya encore d'autres serviteurs dire aux invités: 'Voilà: mon repas est prêt, mes boeufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez au repas de noce.' Mais ils n'en tinrent aucun compte et s'en allèrent, l'un à son champ, l'autre à son commerce; les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent. Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et brûla leur ville. Alors il dit à ses serviteurs : 'Le repas de noce est prêt, mais les invités n'en étaient pas dignes. Allez donc aux croisées des chemins: tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les au repas de noce.' Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu'ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

Le roi entra pour voir les convives. Il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce, et lui dit: 'Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce?' L'autre garda le silence. Alors le roi dit aux serviteurs: 'Jetez-le, pieds et poings liés, dehors dans les ténèbres; là il y aura des pleurs et des grincements de dents.' Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux.»

Nouvelle homélie : Heureux les invités !
Christine Fontaine

« Les mauvais comme les bons »
Michel Jondot

Habillé de neuf !
Christine Fontaine


Heureux les invités !

Compter sur le droit

« Jésus se mit de nouveau à parler aux grands prêtres et aux pharisiens. » Depuis plusieurs dimanche, Jésus n’arrête pas de s’adresser à eux… comme s’ils refusaient d’entendre quelque chose de fondamental et qu’il s’obstine à tenter de leur faire comprendre.

Aujourd’hui il emploie une parabole : celle des invités à un repas de noces. Il est donc question pour eux de participer à une alliance et de le faire en tant qu’invités. Les pharisiens et les grands prêtres sont les premiers à être invités. Ils sont non seulement membres du peuple de Dieu mais ils en sont les chefs.

« Le roi envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. » Pourquoi ne veulent-ils pas répondre à l’invitation qui leur est adressée ? Les pharisiens et les grands prêtres sont les maîtres de la maison. Un maître de maison est celui qui invite mais en aucun cas il ne peut être du côté des invités. Les pharisiens et les grands prêtres n’ont pas à répondre à une invitation ! Ils la méprisent. Alors le roi insiste. Il « envoie encore d’autres serviteurs... » « Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent l’un à son champ, l’autre à son commerce. » Puisque Jésus s’adresse aux pharisiens et aux grands prêtres, on peut présumer que le « champ » dont Jésus parle ne représente pas une parcelle de terre à labourer et que leur « commerce » ne consiste pas à vendre des denrées comme un épicier. Le domaine des pharisiens – leur champ -, c’est la loi de Dieu. Ils en sont les spécialistes. Les grands prêtres, pour leur part, ont à offrir les sacrifices au Temple de Jérusalem… Ce Temple dont Jésus dira : « Vous faites de la maison de mon Père une maison de commerce ! » Le domaine de la loi va d’ailleurs de pair avec celui du commerce. Car la loi permet de mesurer le bien et le mal, les bons et les mauvais et de définir ainsi la valeur, le prix de chaque être humain.

Compter avec le désir !

Jésus invite les pharisiens et les grands prêtres à quitter – au moins le temps d’une fête – ce domaine de la loi et de la valeur. La connaissance des lois et leur rigoureuse application ne sont pas le tout de la vie, leur dit-il. Il s’agit ici – pour ce repas de noce – non pas de se conformer à des lois mais de répondre au désir du roi. Le registre est tout autre que celui du droit ou de la valeur. Personne ne peut revendiquer un droit à faire partie des invités. Là, le droit ne compte plus ! Devant l’insistance du roi certains pharisiens en viennent à tuer ceux qui persistent à vouloir qu’ils se considèrent en invités, alors qu’ils sont les Maîtres d’une loi qu’ils ne veulent sous aucun prétexte relativiser. Ils refusent que leur statut repose sur le fait d’être simplement attendus, désirés par le roi. Et c’est ainsi qu’ils en viendront à mettre à mort Jésus lui-même.

Il s’agissait pourtant de célébrer une alliance : celle du fils du roi avec l’humanité. Quoi de plus étranger à ce repas de noce que l’enfermement dans un légalisme ? L’amour de Dieu pour l’humanité, l’alliance qu’il désire célébrer avec elle – avec chacun de nous – n’est pas de l’ordre de la Loi. Et pour le faire comprendre, le roi « incendie leur ville », il ne laisse rien subsister de leur domaine. Il extermine ceux qui ont tué les serviteurs venus leur parler de noces, d’invitation, de gratuité, d’amour et de désir. « Le roi dit à ses serviteurs : ‘le repas de noces est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes’. » Leur prétendue dignité devant la loi les rend indigne – incapables - de vivre selon la grâce, selon le désir de Dieu de les inviter aux repas de noces de son fils.

Et pour tenter une fois encore de se faire entendre, le roi précise : « ‘Les invités n’en étaient pas dignes. Allez donc aux croisés des chemins : tous ceux que vous trouverez invitez-les aux noces.’ Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, et la salle ne noces fut remplie de convives. » Ceux-là – le tout-venant - acceptent d’être invités gratuitement, pour rien et non parce qu’ils y auraient droit. Ils revêtent tous l’habit de noces : ils se laissent revêtir de la tendresse du roi, de son désir de les rendre participants au repas de noce. Ils ont tous cet habit, on pourrait dire cet uniforme qui les rend tous uniformément – également - aimables aux yeux de Dieu.

Tous sauf un qui est présent mais pas comme les autres. Alors le roi s’approche de lui. Il l’appelle son ami puisque sa présence semble manifester qu’il a répondu à son appel. Mais il l’interroge : « ‘Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?’ L’autre garda le silence. » Son silence manifeste que, bien que présent, il refuse la relation avec le roi. Son silence exprime ce que signifiait son habit : il ne veut de l’alliance ni avec Dieu à qui il ne répond pas ni avec les autres invités dont il veut se distinguer au moins par son vêtement. Il ne veut pas être un invité parmi d’autres. Il ne veut pas de l’alliance de Dieu avec le tout-venant de l’humanité. Alors il est chassé.

Qui est invité ?

« Heureux les invités au repas du Seigneur. »
Cette parole est prononcée au cours de chaque eucharistie juste avant de communier.
Souvenons-nous que ceux qui obéissent à toutes les lois de Dieu et de l’Église ne sont pas pour autant dignes de communier. Les 1er invités n’en étaient pas dignes bien qu’ils aient été des maîtres en matière de Loi.

Souvenons-nous aussi que le repas du Seigneur n’est pas réservé aux bons et interdit aux mauvais. Il est proposé au tout-venant. Il suffit d’accepter d’y être invité et de répondre au désir de Dieu qui nous invite.

Souvenons-nous encore qu’on ne peut participer à ce repas sans porter l’habit de noce comme tous les autres, c’est-à-dire en acceptant d’être revêtu de la tendresse de Dieu comme chaque autre, sans se vouloir différent d’eux. Il s’agit d’accepter d’être un parmi tous les autres que Dieu invite. Un en communion avec tous ceux qui ont répondu au désir de Dieu, sans tenir le compte de leur mérite ou du nôtre.

Souvenons-nous enfin que personne ne peut revendiquer le droit de communier ou refuser ce droit à un croyant. Ce repas de noce n’est pas de l’ordre du droit mais du désir de Dieu de faire corps avec chacun de nous. Celui qui se croit désiré par Dieu, quels que soient ses actes, est son invité. Qu’il oublie tout le reste et soit simplement heureux de cette invitation qui lui est adressée ! Voilà ce que Jésus ne cesse de vouloir faire entendre aux pharisiens et aux grands prêtres en tout temps et en tout lieu !

Christine Fontaine


« Les mauvais comme les bons »

Un temps de troubles politiques

La France traverse des crises politiques difficiles à vivre. Nous rêvons d’un pays où les responsables sauraient prendre les décisions qui permettraient à chacun de faire face à ses besoins, d’avoir un travail correspondant à ses compétences et de diriger son existence comme il l’entend. Existe-t-il ce personnage susceptible de créer une société où les attentes légitimes de chacun seraient satisfaites et où les citoyens formeraient une communauté humaine fraternelle, où les inégalités entre les sujets disparaitraient ? Soyons clairs : saurons-nous trouver le financier assez génial pour faire face au fonctionnement de ce que certains appellent « la machine à payer » ? Il est bien évident que nos sociétés sont soumises au monde de la finance. Offre, demande, dette, remboursement, déficit, inflation, déflation...tels sont les maîtres mots qui commandent le comportement des gouvernants. Avouons-le : l’argent mène le monde !

La Palestine, aux temps de Jésus-Christ, n’était pas soumise comme aujourd’hui, aux exigences du capital. Hommes et femmes, pourtant, avaient pour tâche de faire société. Jésus, ce fils de menuisier, savait bien que chacun devait s’atteler à une tâche et produire ce dont autrui avait besoin. Il avait de l’estime pour le travail de chacun : il regardait le travail du paysan parcourant son champ à l’heure des semailles non pour lui adresser des reproches mais pour trouver l’image de la parabole que nous connaissons bien. On se souvient de l’histoire de l’intendant qui vendait l’huile et le grain de son maître. Jésus ne condamnait pas son métier. Pourtant la parabole de ce jour fustige autant l’agriculteur que le commerçant. A l’appel des serviteurs qui invitent au repas des noces d’un Fils de Roi, le paysan et le commerçant se dérobent comme des malotrus. Pire : certains des citoyens interpelés s’emparent des serviteurs et la colère se déchaîne. Mort, massacre, villes incendiées. Les images qui défilaient sous nos yeux, à la Télévision, pendant les opérations sur Gaza, illustrent la scène qu’évoque Jésus.

Dans cette parabole il est étrange de constater que le Roi est, tout autant que ses sujets, source de colère. Sans doute faut-il entendre qu’il est une façon de vivre en société qui entraîne la mort ; la violence a sa source dans la manière de vivre avec son environnement et non dans la main de celui qui tient les rênes du pouvoir. Un roi est impuissant quand ses sujets se désolidarisent de l’ensemble. Dieu n’est plus Dieu quand ses créatures se désintéressent les uns des autres. S’il doit se manifester, ce sera en prenant un nouveau départ : « Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous rencontrerez, invitez-les... ». L’avenir, on peut le supposer, est sauvé. Ils rencontrèrent les mauvais comme les bons et « la salle de noce fut remplie de convives ».

Le dépassement du politique

Cette histoire peut-elle nous aider en ces années de trouble politique que nous connaissons ?

Certes, on peut trouver des gouvernants plus ou moins habiles mais aucun d’entre eux ne pourra jamais créer la société dont chacun rêve. Bien sûr on peut faire des lois qui suppriment les inégalités, qui reconnaissent les droits et la sécurité de tous, qui, plutôt que d’éliminer les étrangers en font des frères. Dans une société démocratique comme la nôtre, nous nous devons de nous éclairer pour comprendre les difficultés du temps. Dans une certaine mesure, nous pouvons la construire cette société où le paysan comme le commerçant seront à l’aise dans l’exercice de leur tâche. La « cité harmonieuse » dont parlait Péguy.

Mais la vie en commun ne pourra jamais être parfaite. C’est peut-être l’enseignement du texte de ce jour. Le cœur de l’Homme, son désir, sera toujours plus grand que ce qu’il trouve. Chaque homme, chaque femme, chaque enfant, le pauvre comme le riche, le pécheur comme le saint, au plus profond de leur être sont touchés par un appel à dépasser tout ce que la meilleure des politiques peut mettre en place. Vouloir boucher cet appel revient à détruire l’humanité. Construire le système parfait, c’était la prétention du nazisme ou du stalinisme au siècle précédent : bel exemple de la violence qu’évoque la parabole !

Peut-on dire quelque chose de ce dépassement de la politique, de toute politique ? Je crois que le mot « grâce » le permet. Il évoque ce qui est gratuit : toute société ne tient que dans un équilibre de droits et de devoirs, dans un système législatif qui fait des justes et des injustes. Enfreindre la loi sépare et fait des coupables qui s’opposent aux justes. La justice exige que chacun soit considéré en fonction de ce qu’il mérite. Mais en réalité, si l’on s’inscrit dans la mouvance que Jésus évoque, la justice sans laquelle il n’est point de société est nécessairement dépassée. Une phrase de Jésus est éclairante : Ils « rassemblèrent tous ceux qu’ils rencontrèrent, les mauvais comme les bons... » Aux yeux du roi, ceux qu’on appelle les « mauvais », les hors-la-loi, ceux qui n’ont droit à aucun honneur ont autant de prix que les héros ou les saints. Le Royaume des cieux est ce dépassement où ce qui donne droit de cité est la grâce faite à chacun, indépendamment de ses mérites. Le droit de cité ne s’achète pas, il se donne ; encore faut-il savoir le recevoir !

Sous le régime de la grâce

Le Royaume de Dieu est commencé. La société apprécie les hommes en fonction de ce qu’ils possèdent, de l’argent dont ils disposent. Aux démunis, dans le meilleur des cas, on accorde de la pitié. Certes, chacun d’entre nous se doit de réfléchir sur le choix de ses gouvernants mais cela ne le dispense pas de prendre au sérieux l’invitation à la grâce. Nous y répondons sans doute plus que nous n’en avons conscience. Quand l’accord entre époux est vrai, nul des partenaires ne songe à monnayer les services qu’ils se rendent. On se fait grâce sans y penser. Lorsque nous avons été offensés, lorsque nous aurions de bonnes raisons de faire un procès à ceux qui nous ont lésés, si les torts qui nous ont été faits ont pour auteurs de vrais amis, nous oublions l’offense et l’amitié l’emporte. En réalité lorsqu’il nous arrive d’agir en oubliant ce qui nous est dû, la politique est dépassée et sont semés les germes de ce Royaume où jaillira la joie des noces.

Michel Jondot

Habillé de neuf !

Le refus

Le roi envoya ses serviteurs pour appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir. Personne n’est venu. Et la salle est restée vide. L’histoire commence toujours de la même façon. Pour tout le monde, elle commence de cette façon. Lorsque le roi m’invita j’ai commencé à lui dire «non, je ne veux pas.» Au repas de noce, il n’y avait personne, pas même moi. Le roi est resté seul. Tout le monde, comme moi, a refusé de venir.

Pourquoi ne suis-je pas venu ce jour-là? Quand lui ai-je opposé ce refus brutal? Je ne sais pas. Seul le roi s’en souvient mais il ne me le dira pas. Ou bien me le révèlera-t-il seulement à la fin de l’histoire. Une seule chose est sûre, l’Evangile l’atteste: moi, comme tous les autres, moi avec les autres j’ai, au départ, refusé l’invitation du roi.

Alors il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités: "Voilà mon repas est prêt… Venez au repas de noce."
Et comme tout le monde, je n’en tins pas compte. J’étais trop occupé par mes affaires, par mon commerce ou mes champs, pour attacher de l’importance à cette invitation. Comme tout le monde, j’avais mieux à faire. Et comme l’invitation devint trop pressante j’ai chassé avec vigueur, avec brutalité, celui qui venait m’importuner.

Au commencement, je n’ai prêté aucune attention à l’invitation du roi. Par la suite, je l’ai entendue et refusée bien des fois. Au repas de noce, il n’y avait toujours personne, pas même moi. Le roi resta seul. Tout le monde, comme moi, refusa de venir.

La guerre

Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, il fit périr les meurtriers et brûla leur ville.
Après voir, à mainte reprises, supporté mes refus, après m’avoir envoyé tant de messages que j’ai repoussés, bien que je les aie entendus, moi, comme tout le monde, j’ai été victime de la colère de Dieu. Car Dieu, après tant de patience sans résultat, passe à l’assaut.

Il fait périr les meurtriers et brûle leur ville. Il fait périr ce qui, en moi comme en un chacun, est cause de guerre. Il détruit les citadelles qui nous rendent inébranlables à son appel, à l’appel des hommes qu’il nous envoie. Et c’est, dans la souffrance, accablés par les coups de la vie, à bout de force et de courage que, lâchant tous mes commerces et toutes mes industries, j’ai fini par écouter enfin.

J’étais comme tout le monde, à la croisée des chemins. La souffrance m’avait fait sortir de ma citadelle, et je ne savais plus où aller… j’étais perdu… accablé… lorsque les serviteurs de Dieu purent enfin m’entraîner dans la salle du banquet. Le roi s’était mis en colère. Et ses troupes m’avaient plongé dans la détresse. Car Dieu, en entrant dans l’humanité pour lui donner sa Vie guerroie contre ce qui lui fait obstacle. Dieu combat contre toutes les forces de mort qui habitent chacun et l’humanité entière. Dieu fait souffrir pour donner Vie. Dieu met à bout de souffle pour donner son Esprit.

Tout le monde passe par ces moments où, à la croisée des chemins, il n’en peut plus et ne voit pas quelle porte va s’ouvrir. A ce moment, on ne se demande plus si l’on est juste ou injuste, digne ou indigne, bon ou méchant. On ne se soucie plus de faire bonne figure devant Dieu. On vient tel qu’on est vers celui qui depuis toujours nous attend.

La communion

Et la salle de noce fut remplie de convives, les mauvais comme les bons se rassemblèrent tous.
Dieu épouse notre humanité. Il l’appelle à lui telle qu’elle est. Il prend tout, il attire tout à lui. A cette heure où l’homme est pauvre devant lui, Dieu ne fait pas le tri entre le bien et le mal qui habitent son ami. Il le recouvre de la robe de noce, il l’en revêt. Il l’entoure de sa miséricorde. Il l’habille de sa propre beauté. Il ne tient plus compte de rien, tout à a joie de pouvoir enfin recevoir celui que, depuis toujours, il attend.

Ce que chacun de nous n’avait pas pu faire par lui-même est donné par Dieu: le même vêtement, la même beauté, recouvre l’humanité entière. Moi, comme tout le monde, moi comme personne d’autre au monde, je suis revêtu, par grâce, de la beauté de Dieu, je suis fêté par Dieu qui m’attend. Avec l’humanité, enfin, j’entre en communion.

Mais voici qu’au cœur de ma vie humaine, alors que Dieu m’a tout donné en m’habillant de sa tendresse, il reste encore un étranger qui porte l’habit du monde ancien.

« Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? dit le roi, mon ami…reprends-toi, laisse-moi t’habiller de neuf, laisse tes vieilles habitudes! dit le roi. Mais l’autre ne répond pas. Alors, dans un ultime assaut d’amour, Dieu chasse ce vieil homme: il le jette dehors. Il expulse celui qui s’obstine encore à ne pas répondre à son appel. Il expulse la tristesse et la détresse jusqu’au bout, pour que ne demeure en chacun et dans l’humanité entière, qu’un peuple revêtu de sa grâce.

Au terme de l’histoire, lorsque tout commence, il ne reste plus rien de la multitude des hommes vieillie dans le péché! Il ne reste plus qu’une humanité neuve et belle. Au terme de l’histoire il ne reste plus que la communion des saints.

Christine Fontaine