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27ème dimanche du temps ordinaire


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 21, 33-43

Jésus disait aux chefs des prêtres et aux pharisiens : « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d'un domaine; il planta une vigne, l'entoura d'une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le moment de la vendange, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de la vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l'un, tuèrent l'autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d'autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais ils furent traités de la même façon. Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : 'Ils respecteront mon fils.' Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux: 'Voici l'héritier: allons-y! tuons-le, nous aurons l'héritage!' Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

Eh bien, quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons?» On lui répond : «Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d'autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu.» Jésus leur dit: «N'avez-vous jamais lu dans les Écritures: La pierre qu'ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C'est là l'oeuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux! Aussi, je vous le dis: Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.»

Nouvelle homélie : Des murailles à franchir
Michel Jondot

Le visage du pauvre
Christine Fontaine

Un jardin appelé la terre
Michel Jondot


Des murailles à franchir

Construire des murailles

Un mur de 4,5 mètres de haut est construit aux Etats-Unis pour empêcher les migrants venus du Mexique de pénétrer dans le pays et troubler la tranquillité de ses habitants. Il devrait s’étendre sur 3200 km. Une sorte de forteresse de 700 km enferme, en Israël, les territoires conquis par la guerre pour se protéger des intrusions palestiniennes. Plusieurs pays occidentaux exigent qu’on ferme les frontières de l’Europe et qu’on renvoie dans leurs pays tous ceux qui y sont entrés en quête du pain de chaque jour qu’ils ne peuvent trouver chez eux.

La parabole de ce jour illustre à merveille la condition des peuples en notre temps. Une communauté humaine vit à l’intérieur d’une clôture et s’enrichit des fruits d’une vigne que quelques-uns prennent la peine de travailler. Ils sont bien équipés pour se protéger des intrusions de ceux qui viendraient partager leurs biens : ils écartent les vagues successives de ceux qui tentent de pénétrer dans l’enceinte pour exiger ce qu’ils considèrent comme un dû.

Générer de la violence

On dira peut-être que les « serviteurs » dont parle le texte peuvent se prévaloir de leurs droits. La terre où la vigne produit son fruit n’appartient pas aux vignerons qui la travaillent mais à un maître. En revanche ceux qui arrivent d’Afrique ou d’Asie n’ont aucun titre qui les autorise à venir. En réalité, nombreux, dans l’Eglise de notre pays, sont ceux qui militent pour que soit respectée une morale traditionnelle ; ils semblent pourtant oublier un très vieil adage : « en cas de nécessité, tous les biens sont communs. » Les biens des pays privilégiés n’appartiennent pas seulement à ceux qui les produisent mais à tous ceux qui meurent de faim. Le maître de la vigne faisait valoir ses droits. Ceux qui tentent de franchir nos frontières sont nos maîtres, aux yeux de l’Évangile.

Consolider les limites à l’intérieur desquelles nous vivons, en refusant d’entendre les appels venus de l’extérieur, ne peut qu’engendrer la violence et la mort. En 2016, 3800 personnes ont sombré dans la Méditerranée et ce n’est pas une vie que trouvent ceux qui ont réussi à pénétrer sur nos terres ; quelle pitié sur les rives de la mer du Nord ou dans certaines rues de Paris ! Le traitement qui leur est fait ressemble à celui que réservent aux serviteurs du maître, les vignerons de la parabole : ils « frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. » La violence ne fait que grandir au fur-et-à-mesure que déferlent de nouvelles vagues. Mais la violence entraîne la violence, à en croire la suite de cette histoire de la vigne : ces misérables qui ferment leurs portes « on les fera périr lamentablement. »

« Vivre dans l’Espérance »

On pourrait croire qu’aux yeux de l’Evangile, la condition humaine est désespérée. En réalité l’Evangile laisse entendre que la violence n’a pas le dernier mot : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » Ces paroles laissent entendre qu’au cœur de ces entreprises de destruction, des forces de vie sont au travail. Le mystère de la Croix nous les a révélées. Jésus est lui-même cette pierre d’angle qui fut rejetée ; il fut mis en croix à l’extérieur des murs de la ville. Le point où la violence et la mort s’étalaient aux yeux de tous était celui où s’annonçait secrètement, mystérieusement, une Jérusalem nouvelle ouverte à toutes les nations. Là où régnait la violence un monde nouveau était promis.

Ce qui est promis est déjà donné, c’est le mystère de l’Espérance. Là où les sociétés humaines se replient sur elles-mêmes, le baptisé doit tenter de vivre en ouvrant les bras à celui qui vient.
Les sociétés européennes sont composées aujourd’hui de plusieurs familles religieuses. L’Eglise a eu naguère la force nécessaire pour ne pas se replier sur elle-même, au milieu d’une société laïque qui lui retirait la gestion de la morale dans la société. Aujourd’hui, elle doit apprendre à vivre avec une religion qui conteste ses prétentions spirituelles. Devant le prosélytisme de l’Islam, devons-nous considérer la vérité transmise par l’Evangile comme un bien comparable aux fruits de la vigne dans la parabole ? Dans notre pays qui a connu la Saint-Barthélemy, nous savons d’expérience qu’en se protégeant des affirmations religieuses d’autrui, on sombre dans la violence. Nous avons plutôt, sans rien perdre de nos convictions, à trouver le chemin de la fraternité.

Et surtout, nous nous devons de résister aux courants qui militent pour que se ferment nos frontières. Ils se dépensent pour que soient repoussés les migrants se dirigeant vers nos pays. On s’est même organisé pour fréter un bateau et traquer dans la Méditerranée, comme un vulgaire gibier, des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants en quête d’une terre hospitalière qui les arracherait à la mort. Il est triste d’apprendre que parmi les Français qui approuvent cette politique les chrétiens sont les plus nombreux. Le pape François et les évêques ne cessent de protester. En joignant notre parole à la leur, nous reconnaissons « l’œuvre du Seigneur, une merveille devant nos yeux ».

Michel Jondot


Le visage du pauvre

La propriété de Dieu

Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et y bâtit une tour de garde. Puis il la donna en fermage à de vignerons, et partit en voyage.

Dieu est propriétaire de la terre, il est le seul propriétaire de nos exploitations et de nos entreprises. La terre entière est son domaine ; elle était informe et vide quand il la créa. Il l’aménagea pour qu’elle soit habitable par le hommes. Il l’aménagea pour que les hommes puissent y travailler et connaître la joie de produire des fruits de vie. Mais depuis le temps que Dieu est parti en voyage les hommes ont oublié que leurs exploitations et leurs entreprises n’étaient pas leurs biens propres. Ils se sont appropriés les biens qu’ils produisent. Ils considèrent que le fruit de leur travail leur appartient.

Quand arriva le moment de la vendange, le maître envoya des serviteurs pour se faire remettre le produit de la vigne.

Des étrangers, qui viennent d’on ne sait où veulent s’emparer de ce que les vignerons ont produit à la sueur de leur front ! Des serviteurs du maître, qui n’ont fourni aucun travail voudraient s’accaparer le produit de la vigne ! Qu’ils viennent, aujourd’hui encore, et qu’ils osent prétendre que nous devons leur donner l’argent que nous engrangeons parce que cet argent ne nous appartient pas ! Qu’ ils viennent et nous les chasserons ! Qu’ils osent nous dire que le fruit de notre travail ne nous appartient pas, et nous les expulserons, totalement assurés d’être dans notre bon droit.

Dieu est propriétaire de la terre… Nous voulons bien le reconnaître à condition qu’il ne revendique jamais aucun droit sur ce que nous possédons.

La propriété des hommes

Finalement, le propriétaire envoya son fils, en se disant : " Ils respecteront mon fils ! " Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : « Voici l’héritier : allons-y, tuons-le, nous aurons l’héritage ! »

Et Dieu nous envoie son fils qui, par l’Evangile,sans cesse nous rappelle que Dieu seul est propriétaire de tous les biens qui nous sont confiés. Par Jésus Christ, il nous demande de ne pas engranger pour notre seul profit les biens de la terre. Il nous appelle à travailler comme des cultivateurs heureux de se nourrir du produit de leur labeur, et non comme des propriétaires qui considèrent que tout le produit leur appartient. Mais nous n’écoutons pas Jésus Christ. Nous voulons être maîtres chez nous et propriétaires de tous nos biens ! Nous voulons l’héritage pour nous tout seuls.

Nous n’écoutons pas le Verbe de Dieu. Nous rejetons sa Parole. Nous le mettons dehors et nous disons qu’il est absent. Nous le chassons et nous disons qu’il est parti.

Et nous produisons des fruits de mort. Cette terre, dont le produit suffirait amplement à nourrir tous les hommes, est accaparée par certains au détriment des autres. Cette terre, qui est donnée par Dieu pour que les hommes puissent reconnaître sa tendresse, sa sollicitude et sa bienveillance est un terrain de guerre dont nous chassons le Dieu Vivant.

Nous sommes misérables avec nos prétendues richesses ! Nous sommes misérables de gâcher ainsi la vie. Mais ces misérables que nous sommes, Dieu, heureusement, les fera périr misérablement !

L'héritage des pauvres

« N’avez-vous jamais lu dans les Ecritures : la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux ! »

Nous bâtissons un monde sans cœur. Nous bâtissons un monde sans Dieu. Mais de ces misérables que nous sommes, Dieu en viendra à bout !
Dieu, par Jésus Christ, en est venu à bout !
Jésus Christ, au milieu des hommes vient à bout de nos résistances.
Il ressurgit sans cesse au milieu des hommes. Il a toujours le visage du Pauvre que l’on exclut, du Pauvre qui mendie. Et, par tous les pauvres de la terre, qui nous rappelle que nos richesses, quand elles ne sont pas partagées, produisent des fruits de mort, Dieu nous parle et nous convie à donner, à faire droit à l’autre, à faire droit à Dieu.

Dieu nous rappelle sa présence au milieu de nous par les pauvres dont l’humanité ne viendra jamais à bout. Les pauvres sont la pierre angulaire, le signe de Jésus-Christ. Leur attente et leur présence silencieuse, nous sollicitent. sans cesse. Les pauvres nous harcèlent. Par eux, Dieu veut réveiller notre cœur. Il veut nous ressusciter.

Que notre cœur s’ouvre enfin, grâce au Pauvre vivant au milieu de nous, et cette misérable vie de crispation sur nos biens, Dieu la fait périr misérablement. A celui qui donne au pauvre, Dieu ouvre les trésors de son Royaume. Celui-là portera des fruits de vie.

Christine Fontaine


Un jardin appelé la terre

Héritiers de la terre

A coup sûr la planète peut fournir à l’ensemble de l’humanité de quoi manger et vivre. Nous serons bientôt 9 milliards d’humains. Les experts nous assurent qu’il n’est pas impossible de faire face à la demande. En réalité, aujourd’hui un milliard de personnes meurent de faim chaque année. Les médias nous alertent : la Corne de l’Afrique connaît, depuis 60 ans, une sécheresse qui met en danger 12 millions de personnes en cette région du monde où un enfant sur trois souffre de malnutrition. Je ne suis pas économiste et je ne dispose d’aucune compétence pour analyser les causes du mal ni pour proposer des remèdes. Il n’empêche que cette parabole nous donne à réfléchir. Elle nous invite à méditer sur la Création.

Cette vigne dont parle Jésus fait penser à l’univers où nous vivons. Si l’on en croit le récit de la Genèse tout avait été mis en place pour que le monde produise du fruit. L’impulsion a été donnée pour que l’homme prenne en mains son destin; le monde était un jardin verdoyant confié à l’homme et promis à de belles récoltes. Jésus a sous les yeux la maladie, la lèpre, la violence des légions romaines, les condamnations à mort semblables à celle qu’il connaîtra lui-même aux jours de sa Passion. La vigne dont parle Jésus est une belle image pour traduire le désir de son Père. Plantation, clôture et protection, tour de garde et pressoir: rien ne manque pour que la joie jaillisse à l’heure des vendanges. En réalité, la violence a remplacé la vie : coups, lapidation, meurtre. Le propriétaire du domaine attendait du fruit. Apparemment les ouvriers n’ont rien fait ; à l’heure de la moisson on ne nous parle pas des hottes remplies de raisin ni des outres gonflées de vin.

Héritiers de la vie

En réalité, deux types de fonctionnement se croisent, s’affrontent, se contredisent dans ce court récit. Ils apparaissent dans le vocabulaire. La cohérence des vignerons inutiles consiste à saisir et à prendre. «Les» vignerons se saisirent des serviteurs»; «Ils se saisirent de l’héritier (en se disant nous aurons l’héritage». Les mots «héritiers» et «héritage» sont importants pour comprendre le texte. On ne prend pas un héritage. On le transmet, on le reçoit! Recevoir, transmettre et donner: telle est le deuxième type de fonctionnement que font apparaître les paroles de Jésus. «Ildonna en fermage»; «il envoya» (le mot revient trois fois), il est prêt à recevoir (« se faire remettre »).

Oui, le monde, notre monde, est traversé par des lois; les lois de la nature, bien sûr, mais aussi celles de la science et des techniques diverses qui peuvent modifier le cosmos. Hélas, les lois du marché commandent les relations entre les peuples; les alliances se nouent en fonction de ce qu’on peut saisir des ressources minières ou pétrolifères. En réalité, plus profondément, le croyant affirme qu’une autre loi commande la vie, celle de la création que l’Evangile nous rappelle. Elle consiste non seulement à donner mais à recevoir et échanger.

Bien sûr, devant le gâchis de la planète, il faut réagir en fonction de nos possibilités; l’Eglise nous y aide et les chrétiens de France ont le privilège d’être guidés par le CCFD. Ceci peut-être ne suffit pas pour entrer dans l’ambiance des jours de vendanges. La parabole des vignerons, me semble-t-il, devrait faire naître en nous quelque chose comme de la joie. Réfléchissons: qu’y a-t-il de plus précieux pour chacun que sa propre vie ? On y tient à la vie! Elle est précieuse. Mais qui a jamais pu se la donner à soi-même; elle tient son prix d’être reçue. Sa beauté s’accroît encore lorsqu’elle est donnée : à autrui, à son conjoint, à sa famille, à telle ou telle cause comme la paix ou la justice.

Partageons l'héritage

Dépassons nos horizons humains. Le drame des vignerons assassins fut de se replier à l’intérieur des clôtures où ils résidaient. Hors de leur enceinte, des serviteurs, un héritier, un maître demandaient à être reçus; ils furent expulsés («Ils le jetèrent hors de la vigne»). La tentation est grande, dans nos pays européens de reconduire à la frontière tant d’hommes, de femmes et d’enfants qui, si nous savions les accueillir, sans aucune doute feraient grandir la fraternité et la vie.

La loi de la création, en effet, telle que le chrétien la découvre, fait naître l’Espérance. La violence semble inéluctable: Jésus le fait dire à ses interlocuteurs. «Ces misérables, il les fera périr misérablement». En réalité la parabole ne pouvait pas s’arrêter là. Il fallait reprendre l’image de la pierre. Instrument de violence dans le récit –les serviteurs sont lapidés– elle fait miracle en conclusion. Laissez tomber de haut une pierre ou jetez-la; elle est emportée par les lois de l’accélération. Dans la main de Jésus elle fait merveille : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre angulaire. C’est là l’œuvre du Seigneur, une merveille sous nos yeux!»

Oui une création nouvelle est amorcée; oui Jésus a laissé son Esprit en quittant cette terre. Oui l’Esprit est plus fort que la mort. «On ne sait d’où il vient ni où il va», peut-être. Laissons-nous saisir par lui et la création répondra aux attentes du Père.

Michel Jondot