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31ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 23, 1-12

Jésus déclara à la foule et à ses disciples : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Pratiquez donc et observez tout ce qu'ils peuvent vous dire. Mais n'agissez pas d'après leurs actes, car ils disent et ne font pas. Ils lient de pesants fardeaux et en chargent les épaules des gens ; mais eux-mêmes ne veulent pas les remuer du doigt. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes : ils portent sur eux des phylactères très larges et des franges très longues ; ils aiment les places d'honneur dans les repas, les premiers rangs dans les synagogues, les salutations sur les places publiques, ils aiment recevoir des gens le titre de Rabbi. Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n'avez qu'un seul enseignant, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n'avez qu'un seul Père, celui qui est aux cieux. Ne vous faites pas non plus appeler maîtres, car vous n'avez qu'un seul maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur. Qui s'élèvera sera abaissé, qui s'abaissera sera élevé. »

Nouvelle homélie :
N’infantilisons pas les croyants !
Christine Fontaine

Autre homélie :
Eloge de la bêtise ?
Christine Fontaine


N’infantilisons pas les croyants !

Le poids des lois ?

« Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. » En évoquant Moïse, Jésus fait allusion au Décalogue, aux 10 commandements donnés par Dieu sur le mont Horeb. Et il insiste pour que les foules et les disciples auxquels il s’adresse non seulement fassent mais observent ce qui est écrit. Les commandements (tu ne tueras pas, tu ne voleras pas, honore ton père et ta mère, etc.) permettent de vivre ensemble. Ils sont humanisants. Tous les parents le savent : ils les enseignent spontanément à leurs enfants du moins s’ils ne veulent pas que leurs petits deviennent des délinquants.

S’il est indispensable de rappeler les lois, pourquoi Jésus ajoute-t-il : « Tout ce qu’ils peuvent vous dire faite-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes… Ils attachent de pesants fardeaux, difficiles à porter et en chargent les épaules des gens ; mais eux ne veulent pas les remuer du doigt. » ? En quoi la loi qui doit être appliquée et observée peut-elle devenir un fardeau impossible à porter ?

Les limites des lois

Quand tout va bien pour soi, quand on ne rencontre aucune difficulté particulière, les commandements sont intégrés à notre manière de vivre. Ils ne sont pas un poids. En temps normal, quelqu’un de normalement constitué ne pense pas à voler, à mépriser ses parents ou à tuer son prochain. On ne se pose même pas la question. Mais il se peut que les temps changent et qu’un tsunami emporte tous nos repères. Ce qui fonctionnait spontanément avant ne fonctionne plus forcément dans cette situation particulière que nous traversons.

Ces situations sont toujours celles de pauvreté extrême. Il est écrit dans la loi : « Tu ne voleras pas. » Quand on a suffisamment d’argent pour nourrir sa famille, on n’envisage pas de voler les autres, au moins en apparence. Mais que survienne l’ouragan Irma sur les Antilles, doit-on laisser mourir les siens de faim et de soif ou participer au pillage de certains magasins d’alimentation ? Il est écrit : « Tu ne tueras pas » mais en temps de guerre les chrétiens doivent-ils passer du côté des objecteurs de conscience non violents ou risquer leur vie comme tous les autres citoyens ? Il est écrit : « Tu feras du sabbat un mémorial, un jour sacré. Pendant six jours tu travailleras et tu feras tout ton ouvrage ; mais le septième jour est le jour du repos, sabbat en l’honneur du Seigneur ton Dieu. » Si j’ai une vie financièrement assurée, il est bon de se reposer ensemble le dimanche mais si je risque de perdre un emploi qui est indispensable pour ma famille n’y a-t-il pas au moins de quoi hésiter ?

Ce qui est vrai à l’égard des 10 commandements, l’est aussi par rapport aux lois de l’Église. Elle commande l’indissolubilité du mariage. Cette loi est bonne puisque normalement on ne peut pas aimer quelqu’un en se disant que cet amour n’aura qu’un temps. Mais il se peut qu’un tsunami emporte le couple et la famille. Dois-je rester coûte que coûte ou dois-je essayer par exemple de protéger mes enfants ? L’Église interdit l’avortement. Mais si ma fille se trouve enceinte et décide d’avorter dois-je la renier ou bien l’accompagner ?

L’intelligence des lois

Les scribes et les pharisiens « aiment les places d’honneur dans les dîner, les sièges d’honneur dans les synagogues et les salutations sur les places publiques ». Ils ont une place au soleil qu’ils font tout pour consolider. Ils n’ont aucune peine à obéir aux lois. Au contraire cela leur vaut le privilège d’être honorés comme des Maîtres. Mais ils oublient de se mettre à la pace des gens qu’ils ont la charge d’enseigner.

« Pour vous, ne vous faites pas donner le titre du Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères. Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui des cieux. » Les scribes et les pharisiens, en se faisant appeler père ou seigneur, infantilisent les gens. Ils les traitent comme des enfants à qui serait interdit le moindre discernement. Ils savent d’avance et en tout temps ce que l’autre doit faire. Au lieu de les aider à faire pour le mieux dans telle circonstance, ils font des lois un fardeau écrasant.

Dans cet évangile Jésus « s’adresse aux foules et aux disciples ». Il ne distingue pas d’un côté les disciples et de l’autre le tout-venant. Il y a bien deux catégories de personnes différentes mais sans aucune supériorité entre elles. « Le plus grand, ajoute-t-il sera votre serviteur. » Il existe donc certaines personnes plus grandes que d’autres. Mais quand il s’agit de vivre en frères, le plus grand sert à faire grandir le plus petit. Il ne s’impose pas. Il écoute et se met à la place des autres. Il l’aide à discerner dans quel esprit il agit. Il le pousse non plus seulement à obéir mais à réfléchir. Il n’a d’autre désir que de le rendre adulte dans la foi et donc capable de se passer de lui. Il n’existe que deux manières de ne pas avoir à réfléchir : soit d’ignorer totalement les lois soit de s’y soumettre ou de vouloir y soumettre les autres totalement. L’une et l’autre font l’éloge de la bêtise. L’évangile nous pousse à apprendre à devenir fraternels c’est-à-dire intelligents !

Christine Fontaine

Eloge de la bêtise ?

La bêtise

« Le plus grand d’entre vous sera votre serviteur. Qui s’élève sera abaissé, qui s’abaissera sera élevé.»
Et, pour être au plus bas, à la dernière place certains chrétiens pensent qu’il est bon d’être ignorant. Ils refusent de lire le moindre ouvrage qui pourrait les documenter sur la religion. Ils préfèrent être du coté des petits qui ne savent rien. Ils ont peur que l’ombre d’un savoir les conduisent à se retrouver du côté des pharisiens. Ils font l’éloge de l’ignorance et de la petitesse devant Dieu. Ils appellent cela de l’humilité. Ils sont fiers d’être ignorants. Ils s’en vantent. Ils confondent l’abaissement avec la bêtise.

Jésus Christ ne fait pas l’éloge de la bêtise. Il recommande même de se laisser instruire. Il conseille à la foule et à ses disciples de pratiquer et d’observer ce que disent les pharisiens. Ils enseignent dans la chaire de Moïse, ils enseignent la loi de Dieu. Il est bon, dit Jésus, de connaître la loi de Dieu. Il est bon d’être instruit. Ne craignez pas d’apprendre, de vous documenter. Faites ce qu’ils vous disent, mais n’agissez pas d’après leurs actes car ils disent et ne font pas.

Les pharisiens sont hommes de savoir. Ils sont bien renseignés en matière de religion. Mais ils confondent savoir et intelligence. Ils se croient d’une intelligence supérieure. Ils se prennent pour des supérieurs. Ils s’élèvent, par leur savoir, au-dessus de tous. Ils agissent sans intelligence. Ils sont savants mais ils sont bêtes: ils sont fiers d’être savants. Jésus Christ dénonce leur bêtise.

Le savoir

« Ne vous faites pas appeler maîtres, car vous n’avez qu’un seul maître, le Christ.»
Jésus Christ ne craint pas d’affirmer qu’il est maître et il n’a de cesse de communiquer tout son savoir aux foules et à ses disciples. Jésus Christ n’est pas un ignorant et, s’il vient nous enseigner, c’est bien parce qu’il veut nous communiquer ce qu’il sait. Jésus Christ n’aime pas la bêtise. Il vient rendre les hommes intelligents. Et, pour mener son œuvre à bonne fin, il dénonce ce qui dans l’humanité la rend bête autant que méchante.

L’orgueil des pharisiens les rend bêtes et méchants. Les pharisiens utilisent leur savoir pour s’imposer, ils cherchent à briller. Ils agissent toujours pour être remarqués des hommes. Ils sont grotesques avec leurs phylactères et leurs franges très longues. Jésus dénonce ce que les pharisiens ont de ridicule pour que les petits ne s’y laissent pas prendre. Les pharisiens sont ridicules et bêtes, mais ils sont aussi méchants : ils lient de pesants fardeaux et en chargent le épaules des gens. Ils sont pesants. Ils pèsent sur le peuple. Ils l’écrasent. Ils se veulent indispensables. Ils enseignent la loi de Dieu de telle sorte qu’on est obligé de passer par eux pour la comprendre. Ils compliquent ce qui est simple. Ils mettent tous les préceptes de la loi sur le même plan, ils embrouillent les gens. Les pharisiens gardent pour eux les clés de la connaissance, et ce faisant, ils la perdent. Ils ne dispensent leur enseignement que pour mieux affirmer combien ils sont de «grandes personnes». Ils ne communiquent leur savoir que pour montrer combien ils sont savants et les autres ignorants.

L'intelligence

Jésus-Christ livre le secret de la connaissance à la foule et à ses disciples; il le livre à tous ceux qui le suivent. «Pour vous, dit Jésus, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi car vous n’avez qu’un seul enseignant et vous êtes tous frères.» Ne craignez pas de vous laisser enseigner par moi, dit Jésus. Ne craignez pas de recevoir le savoir que je vous communique. En vous mettant à mon école vous recevrez toute connaissance : vous reconnaitrez que le savoir est bon lorsqu’il est au service de tous. A ma suite, vous serez serviteurs. Vous ne retiendrez pas le savoir pour vous-mêmes: vous le recevrez pour pouvoir le communiquer à votre tour.

Jésus Christ, le seul maître, éclaire le cœur. Il ne communique jamais aucun savoir sans donner en même temps l’intelligence du cœur. Ainsi en va-t-il aussi des disciples de Jésus Christ. On les reconnaît à leur désir de ne rien garder pour eux, à leur soif de communiquer tout ce qu’ils apprennent afin que les autres en sachent autant qu’eux. Ils ont l’intelligence de vouloir que les autres n’aient plus besoin d’eux pour connaître Dieu. Ils se mettent au service de tous non comme des personnes indispensables mais pour que l’on puisse en venir à se passer d’eux. Ils livrent les clés de la connaissance à tous ceux qui la désirent. Ils aiment que chacun devienne libre et intelligent. Ils n’ont pas peur d’enseigner en chaire, ou bien ailleurs, mais ils enseignent que l’orgueil rend bête et méchant. Et, sagement, ils commencent à repérer l’orgueil qui les habite eux-mêmes. Ils se réjouissent d’être abaissés lorsqu’ils ont tendance à s’élever. Ils sont réellement sages et intelligents !

Christine Fontaine