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5ème dimanche du temps ordinaire

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 5, 13-16

Comme les disciples s'étaient rassemblés autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : « Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature, comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent.

Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée. Et l'on n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau ; on la met sur le lampadaire, et elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. De même, que votre lumière brille devant les hommes : alors en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux.

Nouvelle homélie : Héritiers de la lumière
Michel Jondot

Le sel et la lumière
Michel Jondot

En pleine terre !
Christine Fontaine

Héritiers de la lumière

La tristesse et la lumière

Entre le ciel et la terre s’interpose une couche d’ozone qui, certains jours, rend l’atmosphère irrespirable. Quelle tristesse dans nos villes !

Et quel contraste entre le monde tel que nos yeux le voient aujourd’hui et ce que la Bible nous en fait voir. A la parole de Dieu surgissent la lumière et la terre ; « Dieu alors modela avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines une haleine de vie et l’homme devint un être vivant. » Aux yeux des croyants, à l’époque de Jésus, tout commence avec l’apparition du soleil jaillissant dans les hauteurs (« Que la lumière soit ! ») et tout s’achève par le surgissement de l’homme arraché aux profondeurs du sol.

C’est avec cette vision du monde que Jésus regardait les champs de blé sous le beau ciel de Palestine. Il contemplait l’œuvre de son Père en posant les yeux sur ses interlocuteurs. Il décelait alors le travail caché qui permet la longue maturation des graines grâce au sel jeté sur la paille fraîche pour que son humidité se maintienne et devienne un compost fertilisant. Le regard sur les villes campées sur les hauteurs lui permettait d’évoquer la situation de l’homme ; c’est par lui que tout peut s’éclairer et la lumière vient toujours d’en-haut. Même à l’ombre des murs d’une maison la lampe n’éclaire pas si on l’enfouit sous un tonneau. On l’élève.

Jésus découvre en l’homme à la fois le beau fruit de la création en même temps que son artisan. Les amis à qui il parle sont le lieu où se croisent la lumière d’en-haut et la germination d’en bas mais ils sont aussi ceux qui éclairent et ceux qui permettent la fécondation des terres. Le sel est un peu la métaphore du souffle de Yahvé qui traverse la glaise : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel devient fade comment lui rendre sa saveur ? Il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. » La lumière du premier jour se diffuse sur le monde et Jésus a cette expression étonnante : « Vous êtes la lumière du monde ! »

Vous êtes la lumière du monde

Un des secrets de l’Evangile tient en ceci qu’en révélant Dieu, Jésus révèle en même temps qui est l’homme. En lui l’humanité et la divinité se rencontrent, il le montre et, ce faisant il fait apparaître qui nous sommes. « Vous êtes la lumière du monde » : on ne peut comprendre l’expression si on oublie que dans un tout autre contexte, Jésus a dit : « Je suis la lumière du monde. » Le texte de ce jour prend tout son sens lorsqu’on le corrèle à celui où Jésus est transfiguré. « Une ville cachée sur une montagne ne peut être cachée » : en effet, c’est sur une montagne que lui-même fut manifesté à Pierre, Jacques et Jean : « son visage resplendit comme le soleil et ses vêtements devinrent blancs comme la lumière. » L’humanité, à l’en croire, est recouverte de vêtements taillés dans la même étoffe. « Mon Dieu, tu es drapé de lumière comme d’un manteau », dit un psaume. Cette lumière nous enveloppe et nous transforme et par nous elle se diffuse. « Vous êtes la lumière du monde…qu’elle brille devant les hommes ! »

Retrouver le sel et accueillir la lumière

Certes notre société est découragée. Il est vrai que les progrès de la technique sont décevants : nous sommes devenus capables d’habiter les hauteurs du ciel. Des moteurs permettent de traverser les airs et les océans et de sillonner les routes. Des usines transforment la matière. Mais tout cela abime la création : cette couche d’ozone qui envahit le monde est le fruit du travail de l’homme. Elle risque de nous cacher ces hauteurs d’où la lumière nous vient.

Le réchauffement climatique enlaidit la planète, assèche la terre en certains pays. Des inondations ravagent nos villes La manière de consommer des pays privilégiés accroît la misère des plus pauvres dont on exploite les ressources.

L’angoisse s’empare souvent de nos contemporains. L’Evangile de ce jour nous empêche de désespérer. L’humanité ne se réduit pas aux ravages qu’elle est en train de causer. Les progrès dont nous avons été capables sont une assurance que nous sommes capables de renverser la vapeur et de transformer les forces de mort en forces de justice. En réalité, il n’est pas difficile de constater que ce drame qui traverse le cosmos est le fruit des écarts entre les peuples. Le Pape François a écrit sur ce sujet une belle encyclique. Il donne en exemple « le pauvre d’Assise » : celui-ci a su comprendre que l’amour de la nature était inséparable de l’amour du pauvre qu’il a su rejoindre et aimer.

Oui, malgré tout, ce monde est beau. Il est vrai que chacun peut affadir le sel de la terre mais chacun peut redécouvrir sa vocation. Lire l’Evangile conduit à découvrir qui nous sommes. Cessons de croire que Dieu est caché dans le ciel. Nous ne sommes rien sans Lui et nous sommes avec Lui, revêtus de sa lumière. Il hérite de notre faiblesse et nous héritons de sa force. Encore faut-il reconnaître le don qui nous est fait, l’accueillir et en vivre.

Michel Jondot


Le sel et la lumière

La beauté du monde

La vie peut être savoureuse. La terre, en ses profondeurs, peut avoir du goût si, à l’exemple de celle de Palestine autrefois, nous savons la cultiver : le sel donne du goût aux aliments, certes. En Galilée, au temps de Jésus, on l’enfouissait dans les profondeurs de la terre, avec le chaume, après la récolte. Ainsi la paille ne se desséchait pas, se transformait en fumier et fécondait le sol. Qu’est-ce que « le sel de la terre » dont parle Jésus, sinon ce qui fait briller dans les yeux du paysan, l’espoir des moissons futures ? « Le sel de la terre » permet d’aiguiser le goût de vivre.

La vie peut être lumineuse. Jésus, le paysan de Galilée, en avait conscience. Le ciel est beau, le ciel est bleu dans son pays natal. La lumière tombe à foison ; elle se déverse sans compter. Quand il parle de « boisseau », sans doute Jésus songe-t-il à l’éteignoir qui peut étouffer la flamme de la lampe. Mais le boisseau n’est pas seulement un objet de forme cylindrique qu’on peut retourner pour éteindre une bougie. Il est un instrument de mesure. Dans un pays méditerranéen, le soleil envahit l’espace ; il se donne et se déverse sans compter.

L’univers est souillé

N’y a –t-il pas quelque naïveté à porter sur le monde un regard aussi optimiste ? La terre, à commencer par celle où parlait Jésus, loin d’être source d’espérance, est souillée par les éclats d’obus ou par les bulldozers. On ne creuse pas le sol pour le féconder mais pour en chasser les paysans, poser des fondations et se construire des demeures. Contrairement aux maisons de la ville placée sur les hauteurs, dont parle Jésus, celles-ci mériteraient d’être cachées tant elles déshonorent la vie humaine. La fumée des maisons incendiées en Syrie enténèbrent le ciel. Les armées foulent le sol africain et les peuples négocient pour se vendre des armes. La nuit de Noël, un texte d’Isaïe, évoquant la naissance du Messie, chantait la fin des combats : « Toutes les chaussures des soldats qui piétinaient bruyamment le sol, tous leurs manteaux couverts de sang, les voilà brûlés ! » Hélas les combats ont-ils jamais cessé ! Ouvrons le journal : terre et ciel sont envahis par la violence.

Le travail de l’homme

La vie peut être savoureuse. La vie peut être lumineuse. Jésus n’est pas naïf : il révèle à l’homme ses possibilités. Lorsqu’il évoque la terre fécondée ou la douceur printanière d’une journée ensoleillée, il ne se contente pas de regarder les champs des paysans ni la couleur du ciel. Il ne sépare pas le ciel et la terre de ceux qui l’habitent. Les hauteurs du ciel sont inséparables de la ville habitée, construite en-haut de la montagne. Le sel de la terre peut être jeté et foulé aux pieds par les humains. La saveur et la beauté du monde ne tiennent pas sans le travail de l’homme ; elles sont inséparables de l’homme. Terre et ciel ne tiennent pas leur beauté en eux-mêmes mais dans le cœur de ceux qui veulent bien écouter Jésus leur dire: « Vous êtes le sel de la terre !» ; « Vous êtes la lumière du monde ! ». La beauté du monde a sa source en nos cœurs humains mais nous pouvons l’empêcher de jaillir.

La source du mal

Le Pape François vient d’écrire un très beau texte que tous les chrétiens devraient lire : « La joie de l’Evangile » (« Evangelii gaudium »). Il empêche le chrétien de croire qu’il est quitte à l’égard du monde. « Dieu, dit l’évêque de Rome, ne rachète pas seulement l’individu mais aussi les relations sociales entre les hommes ». Ces années de crise font apparaître les graves inégalités entre les individus et entre les peuples. Elles enténèbrent la vie et laissent un goût amer dans la bouche des plus démunis. En ces périodes d’élection, nous avons comprendre que nos choix politiques doivent être guidés par le souci de faire reculer ces disparités immorales que nous connaissons. Et, lorsque nous prenons conscience de l’écart entre le monde lumineux dont Jésus parle et l’humanité en crise que nous traversons, prenons le temps de réfléchir sur la source du malheur que diagnostique le Pape : « tant qu’on n’aura pas renoncé à l’autonomie absolue des marchés...les problèmes du monde ne seront pas résolus ». Autrement dit, le monde est beau mais l’argent l’a enlaidi.

« Vous êtes le sel de la terre »... Ainsi commence notre texte. « Votre Père qui est aux cieux » : ces mots le concluent. La terre et les cieux se croisent en nos cœurs si, plutôt que de nous lamenter sur le malheur des temps, nous œuvrons pour que l’univers trouve sa beauté.

Michel Jondot


En pleine terre !

Le sel

"Vous êtes le sel de la terre."
Comme le sel qui doit se dissoudre pour donner saveur aux aliments, comme le sel qui doit perdre sa consistance pour que la paille fermente et devienne engrais, comme du sel dont on doit oublier la présence, les disciples de Jésus doivent se perdre dans la masse.

Perdus dans la terre, il arrive qu'on finisse par perdre pied : on constate que les autres, ceux qui ne sont pas chrétiens, nous sont profondément semblables. Nous avons, les uns et les autres, les mêmes limites, les mêmes angoisses, le même désir de connaître la paix, la même soif d'aimer, les mêmes impasses. Humains parmi mes humains, les chrétiens constatent qu'ils n'ont rien de plus que les autres, et rien de moins.

Ces chrétiens, perdus en terre, en viennent à se demander s'ils sont plus chrétiens que les autres. Et il arrive que certains décident d'abandonner le nom de Jésus pour être plus proches de la vérité : humains parmi les humains.

"Vous êtes le sel de la terre. Si le sel se dénature comment redeviendra-t-il du sel ? Il n'est plus bon à rien : on le jette dehors et les gens le piétinent."
Si le sel se dénature, si les chrétiens sont tellement semblables à tous les autres, le nom de chrétien n'est plus bon à rien. On le jette dehors ! On le piétine !

La lumière

"Vous êtes la lumière du monde.
On n'allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau."

Pour que le nom de chrétien ne soit pas piétiné et réduit à rien sur la terre, certains veulent devenir lumière. Comme la lumière qui doit se voir pour être utile à l'humanité, comme la lumière qui doit briller et attirer les regards, comme la lumière qui doit se faire remarquer, les disciples de Jésus doivent se montrer.

Elevés au-dessus du commun des mortels, il arrive qu'on finisse par perdre pied : on constate que les autres, ceux qui ne sont pas chrétiens, ne nous valent pas ! Nous valons beaucoup mieux que les autres. Nous possédons des valeurs que nous avons à donner en exemple. Ces chrétiens, élevés au-dessus de la terre, en viennent à pense qu'ils ont de la chance d'être supérieurs à l'ensemble de l'humanité. Ils en viennent à vouloir imposer leurs propres valeurs à tous. Ils en viennent à s'imposer. Et, pour être plus proches de la vérité, ils décident que tout le monde doit devenir comme eux. Ils entreprennent de convertir l'ensemble de l'humanité.

"Que votre lumière brille devant tous les hommes : alors, en voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est dans les cieux."
Et les hommes, au lieu de rendre gloire au Père, chassent ces chrétiens qui cherchent à les éblouir. Ils n'ont rien à faire de cette lumière qui les écrase et les domine. Ils préfèreraient moins de lumière et moins d'éclat !

le sel et la lumière

"Vous êtes le sel de la terre et vous êtes la lumière du monde", dit Jésus dans l'Evangile.
Soyez comme du sel perdu dans la masse mais ne perdez pas votre particultarité. Soyez lumière pour le monde mais ne cherchez pas à briller En voyant ce que vous faites de bien, les hommes rendront gloire à votre Père qui est au cieux...

Comment les hommes rendront-ils gloire au Père si nous ne commençons pas à le faire nous-mêmes ? Le sel de notre vie et notre lumière c'est de reconnaître que tout ce que nous faisons de bien est l'oeuvre de Dieu vivant au milieu de nous.

Devant la bonté, la paix, la joie que produit cette terre, les disciples de Jésus Christ reconnaissent le travail de l'Esprit. Ils reconnaissent que tout acte d'amour, de justice, de paix qui passe par les hommes a sa source en Dieu. Et ils rendent gloire à Dieu pour son oeuvre au coeur de l'humanité. Ils rapportent à Dieu ce qui est de Dieu.

Les disciples de Jésus Christ ne sont pas supérieurs au reste de l'humanité. Simplement, rien ne peut les empêcher de dire « Dieu » lorsque la mort recule et que la vie grandit. Rien ne peut les empêcher de louer Dieu pour son oeuvre dans le monde. C'est là toute leur joie, la saveur et la lumière de leur existence. Ils n'imposent à personne de prononcer le nom de Dieu, mais personne ne peut les empêcher de se tourner, au nom de l'humanité entière, vers leur Père pour le chanter!

Christine Fontaine