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Nativité de saint Jean-Baptiste

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc
Lc 1, 57...80

Quand arriva le moment où Élisabeth devait enfanter, elle mit au monde un fils. Ses voisins et sa famille apprirent que le Seigneur lui avait prodigué sa miséricorde, et ils se réjouissaient avec elle.

Le huitième jour, ils vinrent pour la circoncision de l'enfant. Ils voulaient le nommer Zacharie comme son père. Mais sa mère déclara : « Non, il s'appellera Jean. » On lui répondit : « Personne dans ta famille ne porte ce nom-là ! » On demandait par signes au père comment il voulait l'appeler. Il se fit donner une tablette sur laquelle il écrivit : « Son nom est Jean. » Et tout le monde en fut étonné. À l'instant même, sa bouche s'ouvrit, sa langue se délia : il parlait et il bénissait Dieu. La crainte saisit alors les gens du voisinage, et dans toute la montagne de Judée on racontait tous ces événements. Tous ceux qui les apprenaient en étaient frappés et disaient : « Que sera donc cet enfant ? » En effet, la main du Seigneur était avec lui.

L'enfant grandit et son esprit se fortifiait. Il alla vivre au désert jusqu'au jour où il devait être manifesté à Israël.

Jean le Précurseur

Le côté d’où vient la vie

Je suis frappé de constater le nombre de personnes qui s’intéressent à leur généalogie. Elles se promènent à travers la France, dans les églises, à la recherche de registres de baptême ou de mariages recouverts de poussière. Des logiciels particuliers, me dit-on, permettent une mise en ordre de nos ascendants. J’ai l’impression que chacun a besoin de constater qu’il a été précédé. La recherche a parfois des aspects dramatiques ; je songe aux enfants adoptés qui, arrivés à l’âge adulte, entreprennent une quête, non dépourvue d’angoisse, pour savoir d’où ils viennent. Bien sûr, aucun homme, aucune femme ne s’est jamais donné la vie. On la reçoit et il n’est pas étonnant qu’on ait la curiosité de regarder du côté d’où elle nous vient.

La véritable origine

Jésus, comme tout homme a reçu la vie. Jésus, lui aussi, a été précédé. Les Evangiles ont le souci de nous faire connaître ses origines humaines. La manière de procéder est différente chez les uns et les autres. Prenez le texte de Matthieu : les premiers mots alignent les noms des pères et des fils qu’ils engendrent. On commence par Abraham qui engendra Isaac pour en venir à un certain Jacob qui engendra Joseph, l’époux de Marie de laquelle naquit Jésus que l’on appelle Christ. Au terme de son énumération, Matthieu fait le compte : quarante-deux générations. Luc qu’on vient de lire s’y prend tout autrement. Viendra le moment où, lui aussi, proposera une généalogie de ce genre. Mais auparavant il nous aura fait pénétrer dans une autre façon de concevoir l’origine de Jésus. Avant la prédication de Jésus, Luc présente la venue au monde de Jean-Baptiste qu’on appelle « le précurseur ». Certes, Jean-Baptiste est parent de Jésus, mais il n’est pas son géniteur. Il précède pourtant le fils de Marie, il est à l’origine, si l’on peut dire, de la mission du fils de Marie.

En quoi consiste cette origine ? A cette question répond le texte de Luc. Oui, bien sûr, la scène présente un rapport de filiation. Celle-ci n’est pas seulement affaire de « chair et de sang » comme on disait à cette époque. L’histoire de Zacharie donne à réfléchir. L’enfantement de Jean-Baptiste est le terme d’une aventure. Avant que l’enfant ne soit conçu, un message avait été adressé au père dans le Temple alors qu’il accomplissait un service sacerdotal. Une parole appelle une réponse. Celle-ci surgit lorsque, obéissant à la prescription qui lui avait été notifiée au Temple, Zacharie fait savoir : « Son nom est Jean ». Au temple, Zacharie avait été frappé de mutisme. Sa bouche s’ouvre et sa langue se délie, lorsqu’il répond en ajustant sa parole à celle qui lui avait été adressée. Ce mutisme de Zacharie est un peu comme un arrêt sur image ; il donne à voir l’écart entre un appel et une réponse. Cette brèche est le point où l’enfant entre dans le monde de la société : il reçoit un nom. Sa vie sera à l’image de cette naissance : « Il alla vivre au désert jusqu’au jour où il devait être manifesté à Israël. » Le désert ressemble au mutisme. La voix crie, la voix appelle. Elle crie dans le désert mais elle est entendue au moment où Jésus entre dans la vie publique et où il est comme ré-enfanté ; une voix vient du ciel : « Celui-ci est mon fils. Ecoutez-le. »

La société où la vie s’enracine

Ce mystère dans lequel sont prises et la vie de Jésus et la vie du Baptiste, est le mystère de l’origine qui nous fait tous entrer en humanité. Au commencement de tout et à chaque recommencement pour avancer dans la vie on trouve le travail de la parole qui n’est pas seulement ce qui sort des lèvres mais aussi l’écoute qui devrait déboucher sur une réponse. En réalité, l’origine de chaque vie est dans la société où il faut bien se tourner les uns vers les autres pour en venir, comme on dit, « à s’entendre ». A cet égard, il n’est pas mauvais de s’attarder sur les débats qui ont alimenté notre pays au fil des derniers mois. Les périodes électorales font entendre des appels. Elles révèlent des attentes et des craintes. Elles exigent des réponses. Ce jeu qui fait les sociétés est celui qui permet à la vie de se déployer. Ce jeu est celui de l’origine.

Il fut un temps où vivre consistait à entendre les prescriptions de la hiérarchie. L’origine de nos comportements se nichait dans les mandements épiscopaux, les Encycliques et les prescriptions morales reçues de la tradition. La société a changé ; l’Eglise ne la façonne plus. Une manière entièrement nouvelle de se comporter forge nos communautés humaines. C’est en se tournant les uns vers les autres que la vie peut jaillir. La tentation serait de croire que Dieu s’absente au fur et à mesure que la morale chrétienne ne s’impose plus à tous. N’y succombons pas ! Nous sommes en position d’écouter et par là-même de répondre. Nous sommes rendus responsables de la vie. Il n’est pas mauvais, sans doute, de s’interroger sur ses racines pour regarder d’où vient la vie qui nous est donnée. Il est infiniment plus noble de prendre conscience qu’en entrant dans ce va-et-vient entre l’écoute et la parole nous devenons la source d’où la vie va jaillir. Nous devenons, comme Jean-Baptiste, des précurseurs.

Michel Jondot