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Semaine Sainte 2019
Avec Saint Augustin
Vitraux d'Henri Guerin

Jeudi Saint
Ubi Caritas et amor, Deus ibi est
Commentaire de la 1ère épitre de saint Jean

Vendredi Saint
L’amour de l’ennemi
Commentaire de la 1ère épitre de saint Jean

Jour de Pâques
Une certaine lumière
Les Confessions

Jeudi Saint

Ubi Caritas et amor, Deus ibi est
Où sont charité et amour, Dieu est là
Commentaire de la 1ère épitre de saint Jean

Quant à nous, aimons, parce que lui nous aimés le premier.

En effet, comment pourrions-nous aimer, si lui ne nous avait aimés le premier ? En l’aimant, nous sommes devenus ses amis. Mais ce sont des ennemis qu’il a aimés pour en faire des amis. Le premier il nous a aimés, et nous a donné de l’aimer. Nous ne l’aimions pas encore ; en l’aimant nous devenons beaux. Que fait un homme laid et de visage ingrat, s’il aime une belle ? Ou que fait une femme laide, disgracieuse et noire si elle aime un beau garçon ? Pourra-t-elle à force d’amour devenir belle ? Et lui, à force d’amour devenir beau ? Il aime une belle ? et quand il se regarde au miroir, il rougit de lever les yeux sur cette belle, son aimée ? Que faire pour devenir beau ? Attendra-t-il que vienne la beauté ? Bien au contraire, s’il attend, survient la vieillesse et sa laideur s’aggrave. Il n’a donc rien à faire, nul conseil à lui donner, sinon qu’il renonce, trop laid pour oser aimer une belle ; ou, si peut-être il persiste à l’aimer et souhaite la prendre pour épouse, qu’il aime en elle la chasteté non le visage. Or notre âme, mes frères, était laide par le péché : en aimant Dieu, elle devient belle. Quel est cet amour qui rend belle l’âme aimante ? Dieu, lui, est toujours beau, jamais il ne perd sa beauté, jamais il ne change. Il nous a aimés le premier, lui qui toujours est beau. Et qu’étions-nous quand il nous a aimés sinon laids et défigurés ? Il ne nous a pas aimés pourtant pour nous laisser à notre laideur, mais pour nous changer, et, de défigurés que nous étions nous rendre beaux. Comment deviendrons-nous beaux ? En aimant celui qui est éternellement beau. « Quant à nous, aimons puisque lui nous a aimés le premier. »

« Qui n’aime pas son frère qu’il voit, comment pourrait-il aimer Dieu qu’il ne voit pas ? Et voilà le commandement que nous avons reçu de lui : celui qui aime Dieu aime aussi son frère. » Tu disais avec assurance : j’aime Dieu ; et tu hais ton frère ! O homicide ! Comment peux-tu aimer Dieu ? N’as-tu pas entendu ce qui est dit plus haut dans cette même épitre « Qui hait son frère est un homicide ? »

- Mais certainement j’aime Dieu, bien que je haïsse mon frère.

- Non certainement tu n’aimes pas Dieu si tu hais ton frère ! Je le prouve à l’instant par un autre témoignage. Jean a dit : « Il nous a donné un commandement : de nous aimer les uns les autres. » Comment peux-tu aimer celui dont tu hais le commandement ? Qui ira dire : j’aime l’empereur mais je hais ses lois. A ce signe l’Empereur reconnaît qu’on l’aime : à ce qu’on observe ses lois dans les provinces. Quelle est la loi de notre Empereur ? « Je vous donne un commandement nouveau de vous aimer les uns les autres. » Tu dis donc que tu aimes le Christ : garde son commandement et aime ton frère. Mais si tu n’aimes pas ton frère, comment aimerais-tu celui dont tu méprise le commandement ?

Saint Augustin





Vendredi Saint

L’amour de l’ennemi
Commentaire de la 1ère épitre de saint Jean

« Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Ces mots sont presque les derniers que Jésus, notre frère, prononce sur la Croix. Ils prennent chair en nous-mêmes lorsque nous aimons nos ennemis.

Soyez donc compatissants comme des gens sensibles à la misère d’autrui : car, même en aimant vos ennemis, ce sont des frères que vous aimez…

Voilà du bois de chêne : un habile artisan voit ce bois non taillé, coupé dans la forêt ; ce bois lui plaît ; je ne sais ce qu’il veut en faire, mais il n’aime pas ce bois pour qu’il demeure tel quel. Son art lui fait voir ce que ce bois peut devenir, son amour ne va pas au bois brut : il aime ce qu’il en fera, non le bois brut. C’est ainsi que Dieu nous a aimés lorsque nous étions pécheurs. Il dit en effet : « Ce ne sont pas les bien portants qui ont besoin de médecins, mais les malades. » Nous a-t-il aimés pécheurs pour que nous demeurions pécheurs ? L’artisan nous a vus comme un bois brut venu de la forêt, et, ce qu’il avait en vue, c’est l’œuvre qu’il tirerait de là, non le bois brut. Toi de même : tu vois ton ennemi s’opposer à toi, se déchaîner contre toi, t’accabler de paroles mordantes, se rendre rude par ses affronts, te poursuivre de ta haine : mais tu es attentif au fait qu’il est homme. Tu vois tout ce que l’homme a fait contre toi ; et tu vois en lui qu’il a été fait par Dieu. Ce qu’il est en tant qu’homme c’est l’œuvre de Dieu ; la haine qu’il te porte, c’est son œuvre à lui ; l’envie qu’il te porte, c’est son œuvre à lui. Et que dis-tu en ton âme ? « Seigneur, sois lui propice ; remets-lui ses péchés ; inspire-lui la crainte, change-le. » Tu n’aimes pas en lui ce qu’il est, mais ce que tu veux qu’il soit. Donc, quand tu aimes ton ennemi, tu aimes un frère.

(…) Un homme s’acharne contre toi ? Lui s’acharne, toi prie ; lui hait, toi, aie pitié. C’est la fièvre de son âme qui te hait ; il retrouvera la santé et te rendra grâces. Comment les médecins aiment leurs malades ? Ils aiment leurs malades, non qu’ils demeurent malades mais dans l’espoir que, de malades, ils deviendront bien portants. Et que souffrent-ils pas souvent de la part des frénétiques ? Quelles injures ; voire souvent des coups ! Le médecin n’en veut qu’à la fièvre, il pardonne à l’homme. Que dirai-je, frères ? Qu’il aime son ennemi ? Bien plutôt, il aime son ennemi, la maladie. C’est elle qu’il hait et il aime l’homme qui le frappe. Il hait la fièvre. Il fait disparaître ce qui s’oppose à lui pour que demeure ce qui lui vouera reconnaissance. Fais de même. Si ton ennemi te hait et te hait injustement, sache que c’est la convoitise du monde qui règne en lui, d’où sa haine. Si tu le hais, toi aussi, tu rends le mal pour le mal. Rendre le mal pour le mal, à quoi cela mène-t-il ? Je pleurais sur un seul malade qui te haïssait ; maintenant je pleure pour deux si, à ton tour, tu le hais.

Saint Augustin





Jour de Pâques

Une certaine lumière
Les Confessions

« A la pointe de l’aurore, les femmes se rendirent au tombeau » pour honorer le corps de celui qu’elles avaient aimé. Qu’ont-elles réellement vu ? Avant de le retrouver vivant, il fallait qu’elles découvrent en elles-mêmes le point à partir duquel elles pourraient le reconnaître et savourer sa présence. Augustin fit une expérience semblable qu’il évoque dans ses Confessions.

Mais qu’est-ce donc que j’aime quand je t’aime ?
Non la beauté d’un corps, ni le charme d’un temps,
Ni la brillance de la lumière, cette amie de mes yeux d’ici-bas,
Ni les douces mélodies des cantilènes de tout mode,
Ni des fleurs, ni des parfums, des aromates la suave odeur,
Ni la manne et le miel,
Ni les membres ouverts aux charnelles éreintes.
Non,
Ce n’est pas ce que j’aime lorsque j’aime mon Dieu.
Et pourtant j’aime
Une certaine lumière,
Une certaine voix et un certain parfum,
Un certain aliment, une certaine étreinte,
Lorsque j’aime mon Dieu :
Lumière, voix, parfum, aliment, étreinte
De l’homme intérieur qui en moi est présent,
Où brille pour mon âme ce que l’espace ne contient pas,
Où résonne pour elle ce que le temps n’emporte pas,
Où s’exhale un parfum que le vent ne dissipe pas,
Où se savoure un mets que la voracité ne réduit pas
Où se noue une étreinte que la satiété ne desserre pas.
Oui voilà ce que j’aime
Lorsque j’aime mon Dieu.

Saint Augustin

Evangile et homélie du dimanche de Pâques : "Dépossession" par Michel Jondot