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Fête de la Toussaint
1er novembre


Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
Mt 5, 1-12

Quand Jésus vit la foule, il gravit la montagne. Il s'assit, et ses disciples s'approchèrent. Alors, ouvrant la bouche, il se mit à les instruire. Il disait :
« Heureux les pauvres de cœur : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux les doux : ils obtiendront la terre promise !
Heureux ceux qui pleurent : ils seront consolés ! Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice : ils seront rassasiés !
Heureux les miséricordieux : ils obtiendront miséricorde !
Heureux les cœurs purs : ils verront Dieu !
Heureux les artisans de paix : ils seront appelés fils de Dieu !
Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice : le Royaume des cieux est à eux !
Heureux serez-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux ! »

Le Monde des Béatitudes
Michel Jondot

Rêves d'enfance !
Christine Fontaine


Le Monde des Béatitudes

Etrange bonheur ?

Nous avons tous connu, une fois ou l’autre cet été, pendant les jours de canicule, un vrai plaisir lorsque par exemple au terme d’une marche sous un ciel de plomb, on nous a tendu un verre d’eau fraîche. Insipide à un autre moment, le breuvage a une belle saveur lorsque le corps se déshydrate. La joie de se désaltérer est multipliée lorsque le verre que nous buvons nous est apporté, sans que nous l’attendions, par un ami ou un frère qui a pris conscience de notre soif avant que nous n’ayons rien demandé.

Cette situation peut nous aider à comprendre l’intuition de Jésus lorsqu’il proclame, comme un poème, ce texte parfois mystérieux. Comment louer la pauvreté ? N’est-elle pas un malheur ? L’Evangile n’est il pas un appel à la joie ?

Oui, heureux les pauvres ! Il y a bonheur à recevoir quand on manque. Les gosses gâtés, lorsqu’on leur offre un jouet nouveau, n’éprouvent aucune émotion et beaucoup d’hommes et de femmes ressemblent à ces enfants. Quand on se suffit à soi-même, quand les besoins sont satisfaits « jusqu’à plus soif », il n’y a plus rien à désirer. C’est souvent dans les milieux privilégiés qu’on trouve des gens tristes. En revanche lorsqu’un pauvre trouve le toit qui lui manquait, les ressources suffisantes pour payer ses échéances de loyer, l’assurance de sortir du chômage, il voit la vie se transformer et la tristesse disparaître. Heureux sont-ils !

Une société fraternelle

Oui, heureux les pauvres ! Précisons qu’il ne leur suffit pas de recevoir ce dont ils ont besoin. Encore faut-il qu’ils vivent dans un monde où leur entourage perçoit ce qui leur manque. De même que le marcheur assoiffé est désaltéré non seulement par le breuvage qui l’apaise mais aussi par la sollicitude de celui qui lui tend un verre, de même la pauvreté est heureuse dans une société fraternelle. « Heureux les pauvres » ! Oui. Mais « heureux », dans le même temps, « ceux qui ont faim et soif de justice » ; ils ont une tâche qui ne sera jamais achevée. Ils auront toujours de quoi faire, « ils seront rassasiés ». Jésus n’est pas dupe : l’attente des pauvres passera longtemps inaperçue. Aujourd’hui, à en croire l’Observatoire National de la Pauvreté et de l’Exclusion sociale, 11,2 millions de Français sont touchés par la mise à l’écart des biens élémentaires qu’on peut attendre dans une société démocratique. Les foules, sans doute avec raison, se sont mobilisés pour défendre le droit à l’expression mis à mal à propos de Charlie Hebdo ; mais comment se fait-il qu’elles ne s’insurgent pas devant la situation d’injustice faite dans notre pays à tant de familles ? La tâche est immense. Heureux ceux qui ne s’y résignent pas même s’ils sont incompris : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice car le Royaume des Cieux est à eux. » Qu’est-ce que ce Royaume ? C’est une manière de vivre où tous nous serions tournés les uns vers les autres pour déceler ce qui manque à chacun et y répondre, à l’infini. Il n’est pas pour plus tard. Les cieux sont sur la terre, à en croire Jésus : « Le Royaume est parmi nous. » Il est à faire advenir parmi nous.

« Heureux les cœurs purs »

Dans moins d’un mois se tiendra à Paris la fameuse Conférence pour le climat. Elle aura été précédée par la belle Encyclique du Pape François, « Laudato si ». Celui-ci fait apparaître que les problèmes écologiques sont des problèmes économiques dont les pauvres sont les premiers à faire les frais. Les techniques les plus polluantes sont alimentées par les matières premières dérobées aux pays du sud en les appauvrissant. A coup sûr, les différentes nations sont conscientes du danger que court la planète ; on peut croire que les participants sauront en diagnostiquer les causes et proposer des solutions. Une question grave est posée. Les différents chefs d’Etat sauront-ils prendre chacun leur part des sacrifices qui s’imposent ? On peut craindre que chacun ait à cœur les intérêts des électeurs de son propre pays avant ceux de l’univers. De cela, chacun de nous est responsable. Dans ces périodes d’austérité que nous vivons, sommes-nous prêts à regarder les besoins du monde au risque de modifier notre confort ? Oui, nous sommes d’accord pour déplorer les dangers écologiques mais notre cœur est-il pur, libéré de toute angoisse pour lui-même mais soucieux du bien de tous ? « Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu. »

Nous célébrons le jour où tous les saints sont honorés. Ne nous sommes-nous pas écartés de la fête en nous penchant sur les problèmes de ce monde ? Nous aurions tort de le croire. Entre les saints du ciel et nous, les liens sont forts. C’est leur sainteté qui se diffuse dans notre histoire lorsqu’à leur suite nous prêtons l’oreille au poème des Béatitudes.

Michel Jondot

Rêves d'enfance !

Qui d’entre nous, au cours de son existence, après avoir lu la vie d’un saint n’a rêvé de le devenir à son tour ?

La sainteté, nous le pressentions alors comme un bonheur immense, une sorte d’épanouissement de l’existence.

Mais depuis la vie est passée et elle s’est chargée de nous ramener au réalisme…et à la modestie. Maintenant, nous avons vieilli et nous savons bien que la sainteté n’est pas pour nous, qu’elle n’est pas pour le chrétien du coin.

On peut bien dire que la Toussaint est notre fête à tous, nous ne pouvons nous empêcher d’entendre cela avec un certain sourire… Nous savons bien que les saints, les vrais, sont des êtres pas comme les autres, séparés, hors du commun. A l’inverse, nous sommes étrangement comme tout le monde.

Entre les saints et nous, il y a une séparation, une différence, la même qu’entre le tiède et le brûlant, le médiocre et le beau.

Nous devons nous faire une raison. La sainteté et, avec elle, le bonheur pressenti dans l’enfance, demeurent en nous un simple rêve de gosse auquel nous avons poliment tourné le dos.

Quand Jésus vit toute la foule qui le suivait, il gravit la montagne, il s’assit, et les disciples s’approchèrent…

Autour de Jésus, sur la montagne, la foule, les disciples, le tout-venant en quelque sorte et pas seulement les grands prêtres, les moines – on les appelait les esseniens – ou les personnalités hors du commun.

La foule, les disciples entourent Jésus, alors il s’assit et ouvrant la bouche il se mit à les instruire. Ainsi Jésus s’assit pour parler simplement aux chrétiens du coin. Il leur dit : « Heureux, bienheureux êtes-vous… à vous le Royaume aujourd’hui et demain ! »

Jésus parle au tout-venant du bonheur et de la sainteté ; il en parle comme de quelque chose de simple. Il n’en fait pas le fruit d’un combat extraordinaire. Jésus regarde ; il n’ordonne rien, il ne demande rien ; simplement, en découvrant ces hommes et ces femmes réunis autour de lui, il constate combien ils sont saints, combien ils sont beaux.

Jésus en ouvre la bouche, comme d’étonnement. Assis au milieu de la foule, il prend son temps, il prend le temps de regarder chacun de ces visages et il découvre qu’il est heureux d’être humains.

Alors, il se met à les instruire, car il faut que ces hommes et ces femmes le découvrent, et il leur dit : « Quel bonheur d’être ce que vous êtes ! Heureux, bienheureux êtes-vous de cette beauté qui est la vôtre ! »

Mais la foule et les disciples hésitent à croire à ce bonheur dont parle Jésus – c’est que personne ne les a habitués à entendre un tel langage – alors, Jésus multiplie les exemples, il multiplie les béatitudes et il n’en finit pas pour que chacun sans exception comprenne que c’est bien de lui dont il s’agit.

« Il en est parmi vous, dit Jésus qui sont touchés quand un appel retentit autour d’eux, touchés par une injustice criante, il y a parmi vous des affamés de justice.
D’autres, au milieu de vous, à l’heure où je vous parle, souffrent et appellent à l’aide, ils sont pauvres ou ils pleurent.
D’autres encore sont source de paix, de douceur, de pureté ou de miséricorde. Heureux êtes-vous, dit Jésus, bienheureux êtes-vous ! »

Ainsi, il existe en chacun de nous cette part qui vit les béatitudes, cette part capable d’appeler ou de répondre, cette part vulnérable, vibrante de tendresse et de désir, une part enfouie peut-être mais prête à se réveiller, chacun de nous le sait bien. C’est cela que Jésus voit lorsqu’il nous regarde et dont il veut nous instruire.

Jésus multiplie les exemples pour bien montrer que nul d’entre nous n’échappe à la beauté. « Reconnaissez votre beauté, soyez heureux de cette part de sainteté qui est la vôtre. Regardez-vous comme je vous regarde. Oubliez vos laideurs et réjouissez-vous d’être appelés à grandir en sainteté ! »

Christine Fontaine