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Une femme dans l’Église, parcours
Marie-Reine Mezzarobba


Marie-Reine Mezzarobba est théologienne. À ce titre, elle a déjà écrit plusieurs articles pour Dieu maintenant. Aujourd’hui, elle nous livre un témoignage sur son propre parcours : celui d’une femme parmi d’autres engagées dans l’Église, dans les années 1990. Au travers des appels, des emplois, des missions et des rôles s’est tracé un chemin qui l’a faite évoluer dans sa conception du rôle des laïcs dans l’Église, dans sa conception de l’Église et dans sa foi.

Le plan de l’exposé est chronologique, en soulignant chaque fois comment la vision qu’a Marie-Reine du rôle de la femme en Église évolue avec cet emploi, cette charge ou cette formation (1).

(1) Commentaires et débats

Ce témoignage dépend, évidemment, beaucoup de mon histoire personnelle, de l’éducation que j’ai reçue, de la formation chrétienne que j’avais. Il est certain que toutes les femmes laïques ne se situaient pas de la même manière que moi. Mais je crois que mon parcours rejoint celui de bien d’autres laïcs de ma génération.

Je ne suis pas certaine que mon propos concerne seulement les femmes. Dans bien des cas, la situation des femmes est plus globalement celle des laïcs, des personnes qui ne sont pas ordonnées. À cette différence près que les femmes n’ont pas la possibilité jusqu’à présent d’être ordonnées. C’est, pour le moment, une solution qui ne leur est pas ouverte. Mais de ce fait même, l’évolution de la place des femmes dans l’Église a des conséquences en ce qui concerne celles des hommes.

1976 - Une chrétienne engagée
dans le domaine du service social

Le rôle du laïc est d’agir dans le monde, de servir concrètement ses frères et sœurs humains. Le service social, un métier « idéal » pour une chrétienne.

En 1976, j’ai 22 ans, je viens de me marier et de trouver mon premier emploi d’assistante sociale.

À ce moment-là, ma vision du monde religieux est simple et même simpliste : aux clercs appartient l’évangélisation, la parole publique : prédication, enseignement. Ce sont eux qui « savent », qui « connaissent » et qui sont censés être d’autant plus saints qu’ils ont renoncé au monde, notamment au mariage, pour vivre dans un monde différent, plus parfait, plus pur... ?

Les femmes, cependant, sont engagées depuis toujours dans la catéchèse des enfants et chargées de transmettre les valeurs morales. Elles ont une responsabilité immense que je ne mesure pas. À ce moment-là, pour moi, elles sont chargées de répéter, en termes accessibles pour les enfants, un enseignement détenu par les clercs et dont elles n’ont intériorisé que la morale.

Aux laïcs appartient de vivre l’évangile dans le monde. C’est incarné - mais je ne pense pas à ce mot-là - on se salit les mains, c’est moins pur. Je vis dans la distinction d’un monde d’en haut ou de l’au-delà et de l’ici-bas. Les clercs nous tirent vers le monde d’en haut. Les laïcs mettent en œuvre les valeurs évangéliques dans l’ici-bas. La référence est le texte du Jugement dernier en Mt 25. Formée dans le cadre des mouvements d’action catholique, je reconnais le Christ dans les humains, dans les plus pauvres, notamment socialement. Si je veux être une bonne chrétienne, je dois servir les pauvres : c’est tout naturellement que je deviens assistante sociale et que je n’ai même pas l’idée de faire des études universitaires, en philo par exemple.

À ma foi manque tout un pan. Cela reste encore aujourd’hui un mystère pour moi. Comme pour d’autres collègues assistants sociaux, nous venons du christianisme, Jésus est pour nous un modèle de justice, d’humanité, de solidarité. Un frère auquel identifier tout homme. Mais finalement notre engagement professionnel et syndical va nous suffire. Nous quittons l’Église, gardons l’évangile comme texte de sagesse, et vivons en essayant de servir les plus pauvres...

1987 - Une adulte en quête de formation chrétienne
correspondant à son niveau d’études profanes

Les années initiales de formation théologique. La découverte de la Parole de Dieu dans la Bible.

En 1987, 11 ans plus tard, j’ai fait une psychanalyse, qui m’a au moins permis de découvrir à quel point j’ai délaissé toute formation intellectuelle au profit d’un engagement dans ce qui relève du « bon cœur ». L’enseignant en sociologie de mon école de travailleur sociaux avait souligné que les femmes étaient attirées par les professions du bon cœur ou du beau corps. Après cette découverte, j’ai fait des études de philo, tout en travaillant à temps partiel.

J’ai également découvert l’importance de la Parole et du grand Autre via ce que j’ai entendu dans le monde psychanalytique et l’enseignement de Lacan.

Puis j’ai rencontré Denis Vasse (psychanalyste et jésuite) avec lequel se nettoie ma conception de la foi ! Je commence à comprendre que faire ce qui plaît à Dieu n’est pas équivalemment faire plaisir à mes parents ! À distinguer ma mère et Dieu !

En 87, j’ai 3 enfants, et je suis en congé parental. Je décide de commencer une formation à la faculté de théologie protestante puisqu’il s’en trouve une dans la ville où j’habite. Mon idée est de suivre des cours sur la bible - en fonction de mon niveau d’études dans le monde profane - de ne pas en rester à la catéchèse de mon enfance.

Et là, c’est une révélation. Par le travail conjoint avec Denis Vasse et les études, je découvre l’Altérité de Dieu, la place de la Parole dans la Bible (ce n’est donc pas la psychanalyse qui l’a inventée, elle l’a reçue de la Bible). La Parole de Dieu qui s’adresse à chacun, aujourd’hui, via les textes bibliques. Il ne s’agit plus de répéter un enseignement qui reste extérieur, mais de recevoir pour soi une Parole qui transforme sa propre vie. Je peux parler de réelle conversion, de changement d’orientation. Je passe du fait de tenter désespérément de construire par moi-même la bonne personne qui pourrait plaire à Dieu au fait de recevoir un Amour gratuit, qui m’a précédé, désirée, qui ne cesse de se donner, et veut se communiquer ensuite aux autres à travers moi. Ce n’est plus Moi qui donne mais Lui qui se donne ! Aujourd’hui, j’en suis toujours là : à redécouvrir sans cesse à quel point je méconnais l’Amour de Dieu et même son existence et fais fond sur moi-même !

1990 - Un premier appel : rejoindre bénévolement
une équipe d’aumônerie d’hôpital

Cette « Parole » de Dieu si merveilleuse rejoint-elle ou non les personnes au temps de la souffrance ? A-t-elle vraiment des effets de vie, comme le promet la Bible ? Expérience test !

Après 3 ans d’études durant lesquelles je ne me suis occupée « que de moi-même et de ma famille » pour recevoir pour moi au lieu de donner aux autres, je suis sollicitée par une amie qui vient d’être nommée aumônier d’hôpital. Cela fait partie des premières nominations d’aumôniers laïcs, généralement des femmes, car c’est très mal payé, ce sont des mi-temps équivalents au salaire des agents de services hospitaliers. Ces femmes sont très peu nombreuses. Il y a encore des prêtres dans chaque aumônerie, éventuellement des religieuses, et bien sûr des laïcs visiteurs bénévoles qui ne sont pas « aumôniers ». La nomination de cette amie est donc une révélation pour moi : on peut confier une responsabilité pastorale, « ministérielle » autrefois réservée aux prêtres à une laïque. Elle a une lettre de mission qui fait d’elle une collaboratrice de l’évêque au même titre que les aumôniers prêtres. Cela transforme ma vision du rôle des laïcs et des femmes dans l’Église et dans le monde. C’est la découverte d’une responsabilité d’évangéliser qui ne passe pas seulement pas l’exemplarité d’un comportement, mais par l’annonce de la bonne nouvelle du Christ dans le monde, en paroles et en actes, selon le modèle des disciples et des apôtres.

À cette époque-là, pour moi, c’est très nouveau. J’accepte de devenir visiteuse bénévole, membre de l’équipe d’aumônerie, pour tester, éprouver cette Parole que j’ai découverte si suave, qui me touche au cœur dans l’étude. Tient-elle la route au temps du malheur ? A-t-elle sens à l’hôpital, dans ce service d’enfants atteints de cancers ou leucémie, pour eux et pour leurs parents ? Si elle n’a pas de sens à cet endroit-là, c’est que je m’illusionne moi-même !

1992 - Un tournant décisif

Quitter l’emploi confortablement salarié et la carrière assurée pour un emploi financièrement plus précaire, au service de l’annonce de l’évangile à l’hôpital. Première lettre de mission et ses conséquences ! Emploi salarié de « ministre du culte à mi-temps ». Suite du parcours de formation théologique. Maîtrise.

En 92, j’ai terminé mes études conduisant à la licence de théologie protestante. C’est aussi le moment où s’achève mon congé parental. Il faut reprendre le travail, mais lequel ? Si je reprends mon travail social, mes journées seront dévorées par les « choses à faire » et je n’aurais plus le temps de travailler les textes bibliques, or c’est devenu essentiel, vital pour moi. Mon positionnement ne sera plus le même dans ce travail social : je serai moins dupe des limites de mon travail et pourrai prier pour les personnes que je suis amenée à servir. Mais moi-même, je manquerai de temps pour « boire à la source de la Parole ».

Mon amie a quitté son poste, il est vacant. Je m’interroge... et interroge le responsable de la Pastorale de la Santé, prêtre dans ma paroisse... qui me répond : « Ton métier te donnera du blé... L’Église te donnera des graines... » Très belle formule !

Y. P., l’aumônier prêtre de l’équipe d’aumônerie de l’hôpital neuf qui vient d’ouvrir ses portes, s’efforce de faciliter mon insertion et ma reconnaissance comme aumônier dans les Services hospitaliers par le personnel soignants, les malades et leurs familles. Il ne visite pas les services dont j’assume la responsabilité, sinon à ma demande ou en urgence. Lui-même et A. M., autre prêtre de l’équipe, formés par l’Action Catholique Ouvrière, ne redoutent pas que les laïcs aient une mission pastorale officielle, bien au contraire. Ils acceptent de s’effacer un peu pour que nous prenions place. Ce type de nomination est si nouveau qu’une mère d’enfant malade me dit : « Pour moi vous ne vaudrez jamais un prêtre ! »

La collaboration entre l’aumônier-prêtre et l’aumônier laïc que je suis est très proche : puisque je ne peux pas donner le sacrement du pardon, il arrive que nous visitions ensemble ou alternativement la même personne. Cela donne lieu à de belles rencontres et de belles expériences, en permettant aux personnes de rencontrer un homme et une femme, un prêtre et une laïque. Y. P., quant à lui, prend bien soin de ne pas se laisser cantonner dans un rôle d’administrateur de sacrements : quand il est dit dans l’organigramme qu’il intervient dans tel Service « pour les sacrements » il précise : « pour les sacrements et pour l’oreiller »... Cette dissociation entre accompagnement pastoral et sacrements reste une vraie question pour les aumôniers laïcs aujourd’hui : les responsables de la Pastorale de la Santé sont laïcs, les aumôniers sont laïcs et font appel à des prêtres pour célébrer la messe ou donner le sacrement des malades ou celui de la réconciliation... Cela me pose la question du sens que l’Église donne aux sacrements : si elle ne nomme pas de ministres pour les donner, cela signifie-t-il que nous n’en avons pas besoin ? Les aumôniers catholiques sont conduits à avoir une pratique similaire à celle des aumôniers protestants qui, bien sûr, parlent du pardon de Dieu et savent le signifier, mais pour lesquels ce sacrement n’existe pas.

De 92 à 99 ma nomination et ma lettre de mission me permettent de progresser dans ma propre démarche : je ne suis pas là en mon nom, parce que je serais une personne généreuse qui veut faire du bien à d’autres, mais au nom de l’Église, qui fait ce que le Seigneur lui a demandé de faire ! Pour accepter de représenter l’Église à l’égard de laquelle j’étais souvent révoltée, il a fallu que j’entende l’évêque de mon diocèse, lors d’une conférence dans ma paroisse, répondre à une question concernant les divorcés remariés, en se référant à l’attitude de Jésus avec la femme adultère et toutes les personnes en souffrance. Il a emporté ma décision : si l’évêque de mon diocèse se réfère à Jésus et non à la règle, alors oui, je peux être visage d’Église dans l’hôpital. Et tant pis pour la discipline romaine... Je découvre progressivement que l’Église, ce n’est pas seulement Rome, les évêques, les prêtres... Le concile l’avait dit avant que je le découvre... mais c’est ainsi que, peu à peu, sur le terrain, j’ai été conduite à découvrir la théologie catholique.

C’est aussi l’époque du synode diocésain, avec les nominations de laïcs en pastorale, des femmes qui assurent la prédication à la messe du dimanche dans certaines paroisses... Temps de découvertes, de changements, de frottements et de merveilles... Un monde s’ouvre que je ne connaissais pas.

1999 – Entrée dans l’équipe
de l’Institut Diocésain de la Formation

L’évangélisation par la formation biblique et théologique. Doctorat en 2009.

En 99 j’entre dans l’équipe de l’Institut Diocésain de la Formation, né du Synode de 92. Dans l’équipe il y a trois prêtres qui ont eu d’importantes responsabilités d’enseignements ou dans l’Église : l’un est le prieur du couvent des dominicains... et L. S. laïc, mais enseignant de longue date, et deux femmes : la secrétaire, M. M., discrète à l’infini et C. D., jusqu’alors seule enseignante femme dans cette équipe, qui voit souvent les messieurs se moquer d’elle quand elle parle de sensibilité féminine !

Là encore j’ai été immensément bien accueillie. J’ai fait mes premiers cours avec G. L., prêtre et ancien enseignant au Séminaire, qui assurait mes pas : j’enseignais ce que je pouvais enseigner et il complétait avec sa compétence de théologien. Je veux ici rendre hommage à ces prêtres qui m’ont fait une confiance que je ne me faisais pas, qui m’ont accompagnée avec délicatesse et m’ont aidée à évoluer.

Le statut d’enseignante en théologie est moins contesté que celui de « ministre du culte »... La question des sacrements ne se pose pas. Mais certains prêtres se sentent menacés par ces laïcs qui acquièrent un niveau de formation théologique parfois supérieur au leur. L’un d’eux me parle de « femmes savantes » !

Je me sens fondée par ce que je ressens être aussi un ministère pastoral par les réponses des laïcs qui suivent les cours, qui complètent ce que je dis avec leur expérience, signe qu’ils ont reçu ce que j’ai dit 5/5. Ils me confirment dans ma mission d’annoncer l’évangile avec les moyens qui sont les miens.

L’évêque auxiliaire, qui me connaît depuis longtemps et m’avait déjà mise au travail dans ma paroisse, me soutient, ainsi que l’Église diocésaine, pour poursuivre mes études et aller jusqu’à l’obtention d’une thèse de doctorat. Là encore, cette recherche a un caractère essentiel, vital pour moi. C’est loin de n’être que l’acquisition d’un savoir transmissible. C’est la poursuite de mon travail de conversion... J’enseigne aux autres l’évangile que je reçois ! Disciple, apôtre... je me perçois de plus en plus comme ayant une vraie mission pastorale confiée par l’évêque.

Peu à peu cependant, le nombre de laïcs en mission a beaucoup augmenté. Ils occupent parfois des postes importants. Ce sont alors certains prêtres plus jeunes qui en viennent à chercher leur place.

Le modèle qui prévaut, dans le monde laïc, est celui de l’entreprise, avec sa hiérarchie. Certains responsables de Services se vivent un peu comme des dirigeants d’équipe. Un prêtre peut-il être « sous les ordres » d’un laïc parce qu’il n’est pas lui-même le responsable de l’équipe ? Ce modèle hiérarchique est-il vraiment pertinent ?

2010 – Création du Centre universitaire

L’intelligence de la foi mais aussi l’évolution dans une fonction d’organisation et la création d’une hiérarchie entre les laïcs en mission ecclésiale. Mission pastorale ou mission managériale ? Deux profils de rôles féminins en Église.

Après avoir obtenu mon doctorat, je me trouve nommée, par l’archevêque de mon diocèse et le recteur de la faculté de théologie catholique, directrice d’un Centre universitaire qui se crée au sein de l’Institut Diocésain de la Formation. Je m’imagine que l’on me confie une responsabilité similaire à celle du prêtre qui avait créé l’Institut Diocésain de la Formation. Une responsabilité pastorale, en me souciant du contenu des enseignements qui sont donnés et de la manière d’accompagner les étudiants dans leur parcours... Je conçois ma responsabilité selon le modèle vécu jusqu’alors de la collaboration entre les membres de l’équipe, à partir des compétences propres et des charismes de chacun, avec une visée pastorale commune de l’enseignement théologique. Je vais découvrir, au bout d’un an, qu’en fait la responsabilité qui m’est confiée est plutôt managériale : il faut créer et faire fonctionner une institution et il ne m’appartient pas de choisir les enseignants ou les responsabilités de mes collaborateurs.

Dans la même période, l’Église a amélioré, en un sens, le statut des salariés laïcs diocésains, auparavant tous payés de la même manière quelle que soit leur fonction et ne recevant d’augmentation qu’à l’ancienneté. On établit des conventions collectives, une hiérarchie de salaires entre les salariés en pastorale en fonction des responsabilités qui sont les leurs. Le modèle est celui de l’entreprise. Nous n’en connaissons pas d’autre. Je me trouve à la fois mieux payée, mais, en un sens, dépouillée de ce qui avait été jusqu’alors ma responsabilité pastorale. De plus, n’étant pas dotée de talents d’organisation ou de gestion de personnel, je ne suis plus à ma place... je ne veux pas me former au management... j’en arriverai finalement à démissionner.

La démission, la prise de retraite, la mission bénévole

Si cette expérience a été douloureuse à vivre, elle a été finalement très positive pour moi, en ce sens qu’elle m’a permis de découvrir plus authentiquement la mission des baptisés, leur responsabilité dans le témoignage de l’évangile, là où ils sont et quelle que soit la mission qui leur est ou ne leur est pas confiée institutionnellement.

Au final, dans ma tête, j’avais assimilé les laïcs ayant une lettre de mission aux prêtres et rétabli d’une certaine manière mon antique distinction entre ceux qui ont un mandat ecclésial et ceux qui n’en ont pas !

Il y a de plus en plus de laïcs appelés à prendre des responsabilités dans la vie pastorale : les membres des Équipes d’Animation Pastorale, des Conseils Pastoraux de Paroisse, les laïcs qui accueillent les familles en deuil voire conduisent les célébrations d’obsèques..., les membres des divers Services diocésains, de la Pastorale de la Santé... Certains ont des missions d’animation ou de gestion, d’autres des missions plus spirituelles ou pastorales. Et la route qui a été tracée pour les femmes devient possible pour les hommes laïcs : il n’est plus nécessaire d’être prêtre, diacre ou religieux pour se voir confier une mission pastorale... Mon cheminement me conduit, finalement, à redécouvrir ma « mission » de baptisée.

Redécouvrir la « mission » baptismale

Cette « mission » n’est pas attachée à un rôle ou à un statut.

En effet, après une carrière de salariée en pastorale, je découvre que ces missions m’ont conduite à une posture intérieure et à une conscience de ma responsabilité dans l’annonce de l’évangile qui ne dépend plus des missions qui me sont confiées, de mes capacités, de ma santé, etc. J’ai, nous avons chacun, une responsabilité de disciple, recevant la bonne nouvelle de Jésus-Christ pour en vivre nous-mêmes et pour l’annoncer aux autres ! Quelles que soient les conditions dans lesquelles nous vivons, quels que soient les services que nous rendons ou que nous ne pouvons plus rendre, nous restons appelés à vivre de l’évangile de telle sorte que nous en témoignons, y compris sur un lit d’hôpital.

Grâce aux missions qui m’ont été confiées, j’ai été appelée par l’Église, un peu comme les disciples par Jésus, et j’ai cheminé et chemine encore, comme les disciples qui découvrent peu à peu l’identité de Jésus et où il les conduit. Mais j’en viens donc à redécouvrir la valeur du baptême de l’intérieur et non plus de l’extérieur. Le baptême fait prêtre, prophète et roi... on nous l’enseigne... mais pour moi ce sont restés longtemps de mots vides.

J’ai appelé et j’appelle de mes vœux des modifications dans l’Église institutionnelle. J’aimerais notamment que la parole des femmes puisse avoir une reconnaissance « publique », qu’elles soient autorisées à prêcher... Mais je découvre qu’il y a toujours eu des femmes qui ont pris la responsabilité et la liberté de parler, y compris à certains papes...

Les places institutionnelles confèrent un certain poids, une autorité, mais la Parole vraie est souveraine et nous avons, chacun et chacune, la responsabilité de parler et d’agir, à la suite du Christ, dans l’Église et dans le monde.

Marie-Reine Mezzarobba, 18 décembre 2020

1- Témoignage donné en décembre 2017 dans un cycle de conférences sur « La femme dans l’Église » et revu par l’auteure pour « Dieu maintenant » en décembre 2020. / Retour au texte

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