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Un prêtre lance une pétition
Nicodème


Le Pape François a produit un texte à propos de la pédophilie des prêtres dont souffrent beaucoup d’Églises. Il fait part de sa douleur et tente de dire son affection aux victimes. Il voit la source du mal dans le cléricalisme. Cet événement a réveillé un problème particulier à l'Eglise de France à propos d'un Cardinal dont les réactions avaient défrayé la chronique. Le problème rebondit aujourd'hui : la presse commente abondamment et ce document et l'attitude de l'Archevêque de Lyon.

Un prêtre a rédigé un appel à l'adresse du Cardinal Barbarin qu'il propose à la signature des baptisés.
Julien, un père de famille de 46 ans, baptisé cette année à Pâques, nous invite à y répondre. Une réflexion s'est amorcée entre lui, Christine, Fontaine et Michel Jondot.
La question nous semble particulièrement importante : elle concerne le mystère de l'Eglise. C'est pourquoi nous la lançons à la cantonade.
Faut-il ou non signer la pétition ? A chacun de répondre.
Qu'est-ce qui motive votre décision ? Si vous vouliez bien nous le dire vous contribueriez à regarder en face une question importante : quel regard porter sur l'Eglise de notre temps ?


Pour accéder au texte du Pape François cliquer ici : Pédophilie : la lettre du pape François au Peuple de Dieu
Pour accéder à la pétition cliquer ici : Appel d'un prêtre au Cardinal Barbarin

(13) Commentaires et débats

Réponse de Christine Fontaine

Personnellement, je ne signerai pas cette pétition.

Je crois, comme le dit le Pape François, que parmi les cardinaux, certains aiment être du côté des puissants. Il me semble que Monseigneur Barbarin est de ceux-là et que bien des fidèles jouent son jeu en s'inclinant devant son prestige de Prince de l'Église (le cléricalisme dont parle le Pape). Les choix de ce genre de personnes sont d’abord motivés par le fait de plaire à l’autorité. Par exemple si un pape a des positions fortement conservatrices, ses subordonnés seront d’accord avec lui. Qu’un nouveau pape ait des positions contraires, ils seront tout autant d’accord avec lui. Dans l’Église, on appelle cela « faire acte d’obéissance ». Mais obéit-on alors à l’esprit de l’Évangile ou à son contraire ? L'Église souffre de ce goût du pouvoir et de sa sacralisation sous couvert d’obéissance. Dans cette affaire de pédophilie, le Cardinal me paraît réagir pour sauver son image et son autorité. C'est pourquoi, en un sens, j'approuve cette initiative du Père Vignon qui cherche des signatures de croyants.

Cependant je ne signerai pas cette pétition. En effet, le danger des comportements que je viens de décrire est que les supérieurs même les meilleurs (fût-ce le Pape François) ne peuvent que très difficilement s'en rendre compte (puisque celui qui est en face d'eux pense toujours comme eux !!!). Il semble que le Pape François fasse, d'une manière général, toute confiance à Monseigneur Barbarin. Or, dans cette affaire de pédophilie, je ne vois pas quels sont les faits nouveaux qui pourrait le faire changer d'avis.

Le Cardinal Barbarin n'était pas en poste au moment des faits, néanmoins il a demandé une dérogation à Rome des délais de prescription pour l'ouverture d'un procès canonique (en vue de la réduction du Père Peyrat à l'état laïc). Ceci avant même qu'un procès au civil soit intenté. Après l'ouverture du procès civil et sur demande du procureur, il suspend le procès canonique: il fait passer la justice civile avant le droit ecclésiastique. Tout ceci n’est-il pas exemplaire ?

La seule chose qu'on lui reproche est d'avoir dit à un moment en public : " Grâce à Dieu, ces faits sont prescrits " Effectivement là c'était une grossière " erreur ". Le texte de la pétition semble indiquer que par ailleurs en privé Monseigneur Barbarin se souciait peu des victimes mais nous n'en avons pas la preuve.

Donc, à mon avis :
Dans le contexte où l'Archevêque de Lyon n'a aucun tort (à l'exception d'une petite phrase) même s’il demande à démissionner, le pape ne peut pas l'accepter. François peut même être confirmé dans l’impression que ce Cardinal est l’un des meilleurs et qu’il est la victime d'une cabale contre lui. Le Pape est, selon moi, très courageux et profondément évangélique. Il ne cédera pas à la pression d’une pétition s’il la juge non justifiée même si le nombre des signataires est très important. Bien plutôt, il aura le devoir de confirmer à Monseigneur Barbarin toute la confiance qu'il lui accorde. Le Cardinal peut ainsi, sans aucun souci, proposer sa démission au Pape comme l’y invite le Père Vignon. Il passera pour quelqu'un de profondément désintéressé donc digne de confiance, ce qu'à mon avis il n'est pas. Le Pape qui refusera la démission pourrait passer, au moins aux yeux des signataires, comme quelqu'un qui dit mais ne fait pas et donc qui n'est pas digne de confiance, alors qu'à mon avis il l'est.

Pour moi cette pétition, a priori justifiée, risque bien de se révéler un piège. Mais encore une fois, c'est mon analyse et je peux me tromper. J’ajoute que, si je ne signe pas cette pétition, je demeure convaincue que ce goût du pouvoir qui revêt le visage de l’obéissance est le principal obstacle à l’Esprit de l’Évangile. Cette sacralisation du pouvoir contribue à faire que certains prêtres étendent leur puissance (au nom de leur paternité spirituelle !!!) sur des corps d'enfants. Elle endort les capacités de discernement de beaucoup de baptisés. C’est ce que croit le Pape François en s'adressant directement au Peuple de Dieu. Qu’un nouveau Pape soit élu et dise le contraire, de mon côté je ne changerai pas d’avis ni de combat !

Christine Fontaine

Réponse de Julien

Je lis tes arguments, très construits. Je fais le pari inverse au tien, au fond. François dispose d'une qualité exceptionnelle pour un dirigeant : il sait reconnaître ses erreurs et le dire publiquement. Ainsi dans le cas du Chili où la situation s'est retournée. Je pose donc le pari qu'il est capable d'évoluer au sujet de Barbarin.

Je donne du crédit à la parole des victimes, et pas à celle de Barbarin. Cela ressort de l'intime conviction, certes. Pour moi, il avait été informé dès sa prise de fonction, a tout fait pour étouffer l'affaire et n'a fait que peu de cas du traumatisme des victimes. Son lapsus, si navrant soit-il, n'est qu'anecdotique. Je suis d'accord avec toi pour dire que tout le reste n'est que calcul.

Je suis entré en Eglise en parfaite connaissance de cause de ses tares et de ses dérives. Et j'ai pu en vérifier la réalité de l'intérieur : tu en as eu un aperçu tout au long de mon parcours. Mais il y aussi de belles choses. Reste pour moi l'indicible : ma relation au Christ. L'institution ne me la retirera pas ! Néanmoins ce serait, je pense, désobéir à l'Évangile que de rester dans une forme de petit confort spirituel. A mon humble niveau je me dois d'agir pour que l'Eglise change.

Signer une pétition n'engage certes pas à grand chose. Mais c'était une façon de dire ma réprobation et ma volonté de réforme.

Les conséquences tactiques qu'en tirera Barbarin ne m'ont guère effleuré je t'avoue. Je n'ai pas ta connaissance des mécanismes et des stratégies ecclésiastiques. Si Barbarin part tant mieux. Sinon, ce sera navrant mais l'Église nous donne bien d'autres raisons d'être navrés !

Tu as compris que je n'ai pas signé dans un but utilitariste mais comme une forme de témoignage et en soutien à une voix venue d'un prêtre qui a eu le courage de parler et court de gros risques s'il demeure isolé.

Au fond toutes ces révélations ont quelque chose de positif pour la réformation de l'église. Dans la perception publique c'est autre chose... Enfin la parole des victimes se libère, enfin elle est écoutée, enfin l'omerta répugnante se brise. Mais toute la question est de savoir si des actions énergiques vont suivre, et même une réforme véritable.

Si l'on en reste au statu quo, il va être de plus en plus dur de se dire catholique dans un monde qui souffre pourtant d'un profond vide spirituel, en parallèle d'un trop plein religieux à certains égards.

Julien

Réponse de Michel Jondot, prêtre

J'approuve cette initiative d'un simple prêtre qui vise un Prince de l'Eglise : c'est une manière évangélique de " renverser les Puissants de leurs trônes " en transformant les relations de soumission en relations de " correction fraternelle ". Les évêques et les prêtres, en réalité, ne sont pas des pères mais des frères comme tous les baptisés. C'est aussi une manière de répondre à l'invitation du Pape François qui en appelle à " toutes les composantes du Peuple de Dieu " pour lutter contre un fléau dont les victimes sont des enfants.

Je ne signerai pourtant pas cette pétition.

D'une part, le drame de la pédophilie n'a pas sa source principale dans le comportement d'un seul Archevêque mais dans un système hiérarchique qui autorise les uns à soumettre les plus petits. Le Pape François a bien raison d'en appeler à lutter contre le cléricalisme que tous les baptisés ont le devoir de dénoncer.

D'autre part la pédophilie est loin de concerner seulement l'Eglise. Certes, l'Eglise est douloureusement blessée par le comportement de plusieurs de ses prêtres mais elle n'est pas la seule institution où les enfants ont à souffrir des adultes. J'attendrais un texte aux dimensions plus universelles. Par exemple, les comportements racistes d'un chrétien sont insupportables mais c'est le racisme d'une société tout entière qu'il faut condamner. N'y a-t-il pas quelque chose de clérical à enfermer le drame de la pédophilie dans les limites de l'Institution ecclésiastique ?

Michel Jondot

Peintures de Georges Rouault