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Y a-t-il un amour heureux ?
Histoire de Véronique Lévy par Christine Fontaine


Les chemins de l’amour sont mystérieux. L’histoire de Véronique Lévy le manifeste. Elle est la petite sœur de Bernard-Henri Lévy. Née dans une famille de juifs laïcs, elle se convertit au christianisme. En 2012, elle a 40 ans lorsqu’elle reçoit le baptême. Dans un livre « Montre-moi ton visage »(1), elle raconte son itinéraire depuis l’enfance : elle cherche l’amour auprès d’hommes qui la déçoivent… Elle le trouve en Dieu et découvre qu’Il la cherchait depuis toujours.

Il convient de considérer son histoire non comme un modèle mais comme un témoignage. Il fait apparaître que l'amour de Jésus rejoint nos attentes humaines. A chaque croyant de déceler son passage dans nos vies qui, malgré les apparences, sont toujours singulières. Pour mieux connaître Véronique Lévy, on peut regarder l’interview vidéo réalisée à la librairie « La Procure » (55') :
http://www.dailymotion.com/video/x2mox9s

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Une famille juive

« Je suis née en banlieue parisienne dans une famille juive non pratiquante. Ma mère, femme cultivée, adorait la littérature. (…) Ses goûts étaient éclectiques et parfois radicaux. (…) Mon père était un homme silencieux, secret, pudique. Il était profondément laïc et il avait souffert d’une éducation religieuse traditionaliste. »

Véronique est née le 29 août 1972. Deux frères l’ont précédée : Bernard-Henri, dans sa 24ème année à la naissance de sa sœur, et Philippe, né en 1962. Du côté paternel, ses grands-parents sont des Juifs orthodoxes qui ont vécu en Algérie. Ils sont morts alors que Véronique avait 4 ans ; elle les a très peu connus. Un drame cependant hante cette famille : une sœur de son père, oubliée dans un hôpital psychiatrique, s’était défenestrée. Secret de famille dont personne ne parle jamais.

Du côté maternel, Véronique était très proche de sa grand-mère qui vivait dans un petit deux-pièces de la banlieue de Melun. Devenue veuve très tôt, elle éleva seule ses six enfants, 5 filles et un garçon que Véronique n’a pas connu : il était parti on ne sait où… Elle se souvient : « Ma grand-mère maternelle, c’était Myriam. On l’appelait 'Maman Marie'. Sa patience, sa douceur, sa paix m’impressionnaient. Elle semblait traverser les ans, les épreuves, les deuils avec la sagesse et le calme souverain d’un autre monde. (…) Myriam avait été dentellière dans un village portuaire d’Andalousie. Son mari, Shalom, aux yeux bleus étincelants, était berger. (…) Tous les samedis, ma mère voyait ses sœurs dans cet appartement modeste au parfum de violette, de cannelle et de fleurs d’oranger. Pour moi, c’était l’occasion d’écouter ma grand-mère. Je lui posais des questions à l’infini… Elle répondait par un sourire, ou par des devinettes, sans se lasser… c’était un jeu sans fin. » Véronique a eu une très grande affection pour sa grand-mère.

Dans cette famille de juifs laïcs, elle est la toute petite dernière. Son frère aîné est sorti de l’Ecole Normale Supérieure un an avant sa naissance et il est déjà parti de la maison. Son père est pris par ses affaires. Sa mère aime faire des voyages : « Enfant, je l’appelais ‘mon hirondelle’. Elle partait toujours à l’étranger. De proche en proche, de plus en plus, toujours plus loin. Et moi je tournais, à l’abandon, dans l’ombre des rayons de soleil de ses yeux d’écureuil. Elle me manquait, j’avais peur de la perdre. » Véronique est confiée à une nounou, une chrétienne, qui s’appelle Incarnation.


Enfance et adolescence (1972-1990)

La berceuse mystérieuse d’un Père et d’une Mère...

C’est à l’âge de trois ans que Véronique entend pour la première fois parler de Jésus. Elle passe ses vacances en famille à Antibes où elle rencontre Coralie, une enfant de son âge : « Un jour Coralie m’emmène sur des rochers, dans un endroit désert… La côte déchiquetée s’effiloche dans l’azur. (…) Un soir… Coralie, d’un air grave, contemple le soleil, s’enfonçant dans la mer : ‘Si tu ne crois pas en Jésus-Christ, tu seras emportée par les robots.’ Et elle pointe son petit doigt vers la ligne d’horizon : ‘Tu vois les robots vont venir de là-bas…’ Tétanisée je les vois s’avancer à grands pas (…) Ils hantent mes cauchemars. Coralie m’apprend le Pater noster et l’Angelus. Je les murmure dans mon lit… toutes les nuits, avec ferveur. Je m’accroche à ces prières comme à un fil, une corde surplombant l’abîme de mes peurs. Elles sont un antidote aux robots, la berceuse mystérieuse d’un Père et d’une Mère invisibles, mais dont la présence est là, au plus intime de mon être indéfectible. » De la bouche de Coralie, dont la mère est catéchiste, elle entend – jour après jour – que le nom de Jésus se conjugue avec Amour. « Je L’aime. (…) Son commandement unique : aimer ! J’en devine l’exigence surhumaine, le mystère. »

Dans sa sixième année, Véronique doit supporter deux énormes chocs dont elle ne mesure pas la portée sur le champ. Elle est victime d’actes pédophiles par « un inconnu ». Son frère Philippe, âgé de 16 ans, a un accident de voiture ; il est dans le coma pendant six mois : « Je me souviens des pleurs, des absences journalières de ma mère, d’un long couloir blanc à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière. Le verdict des médecins est sans appel : Philippe n’a aucune chance de survie. Il faut le débrancher, se préparer à ce deuil. » Incarnation, en désespoir de cause et en secret, emmène Véronique à l’hôpital ; elle prie Marie et verse un flacon d’eau bénite sur le front de Philippe. « A l’aube, un appel téléphonique réveille ma mère : ‘Philippe a ouvert les yeux. Il parle ! Un miracle, Madame, nous ne comprenons pas.’ (…) Incarnation et moi, nous gardons ce secret enfoui, au fond de note cœur. Dès lors, j’égrènerai les ‘je vous salue Marie’ dans mon lit, chaque nuit… avant les berceuses, avant les contes, avant les câlins, avant tout. » Philippe est sauvé, mais il demeure fortement handicapé et l’attention de ses parents se concentre sur lui.

« Je voulais tellement être aimée ! »

Véronique se sent profondément seule. Ce sentiment d’abandon demeure latent jusqu’à son entrée dans l’adolescence, vers 12-13 ans. Sa grand-mère meure. Elle plonge alors dans un gouffre. Elle ne mange plus, ne dort plus. L’angoisse de la mort l’envahit toute entière. Alors elle tente de fuir, se faisant séduisante à l’excès dans l’espoir d’être aimée pour échapper à la mort. Jusqu’au jour où sa mère la retrouve, plongée dans un coma éthylique, dans les bras d’un garçon de sa classe qui l’a violée. Se souvenant de cette période, elle écrit : « Je voulais tellement être aimée. J’aurais fait n’importe quoi pour ça, jusqu’à y perdre ma peau, mon âme et mon cœur, s’Il n’était venu me repêcher dans Ses filets. Ça a commencé dès l’enfance… Je voulais ressembler à une poupée Barbie pour plaire à mon frère aîné ; pour être désirable… (…) Etre gentille, être aimable, être jolie pour être aimée… mais de quel amour ? De quel simulacre ? Une possession. »

Sa famille, effrayée par son comportement, la met en pension à la montagne. Un soir, un peu avant Noël, on projette le film de Zeffirelli, Jésus de Nazareth. Elle est fascinée par le personnage de Jésus et déclare à ses amies : « C’est Jésus que je veux ! » Mais elle n’est pas pour autant au bout de son errance.

20 ans d’errance et de recherche (1990-2010)

« Je cherche Celui qui m’attend… »

A 18 ans, Véronique s’inscrit en fac, pour des études de lettres modernes à Nanterre. Mais rien ne l’intéresse. Ennui, dérive d’homme en homme ou de solitude en solitude. Au point qu’un jour, elle prépare des cachets pour se suicider, en avale et renonce au dernier moment à les prendre tous. La voilà alors dans un sommeil profond, habitée par un songe : « Je suis dans un château. J’ouvre des portes à l’infini… Je cherche Celui qui m’attend, de porte en porte, jusqu’à la dernière ; je la pousse, le cœur battant. Elle s’ouvre sur une plage. (…) Je fixe la mer, tendue vers l’infini, alors doucement je me retourne… Il est là… Je ne peux plus parler, ni bouger… Il est là, Etre incandescent. Je ne peux voir les contours de Son visage ou de Son corps, Il est pure lumière… Une Présence… Ou plutôt un feu très doux se diffusant, m’irradiant au plus profond de mes cellules, une explosion d’amour se déployant en joie. Cette plénitude délicieuse me tue… Cette mort est une mise au monde ; cette présence m’étreint, m’irrigue, m’imprègne, m’anéantit ; un torrent de lumière et de feu se jette dans mes artères et dans mes veines. Je suis là, muette, devant cet Amour inconnu, absolu, fragile comme du cristal… »

De 18 à 25 ans, Véronique traverse une période de grande instabilité, se cherche sans se trouver jamais. Professionnellement, après sa licence de lettres, elle devient pigiste dans un journal féminin, se lasse, tente le concours d’infirmière, échoue, quitte le journal et s’inscrit dans un cours de théâtre. Par la suite, Véronique deviendra créatrice de bijoux. Professionnellement insatisfaite, elle l’est aussi en amour : « J’ai soif d’un amour inconditionnel, que ni le mal, ni la mort ne peuvent souiller, un être incorruptible, à l’amour exact, absolu, capable de me purifier. J’attends cet Etre qui seul pourrait me prendre en Lui, m’absorber, me laver. Je l’attends… plus qu’un veilleur n’attend l’aurore. »

« Que ton cœur de pierre devienne un cœur de chair ! »

Elle a une vingtaine d’années lorsque son père meurt. Un rabbin vient pour les prières rituelles. Véronique est profondément touchée par la psalmodie : « Seigneur, Tu me sondes et me connais… Derrière et devant tu m’enserres, Tu as mis sur moi Ta main… Si j’escalade les cieux, Tu es là, Qu’au shéol je me couche, Te voici… Même la ténèbre n’est point ténèbre devant Toi et la nuit comme le jour illumine. » Elle boit ces paroles qui la touchent en plein cœur. Mais son errance n’est pas achevée. Eprise d’un compagnon qui passe ses nuits dans les bars, elle ne dort pas plus de trois heures par nuit. Elle s’étourdit de travail. Puis tout craque : la voici qui se réveille au service de réanimation d’un hôpital parisien après une tentative de suicide. Elle raconte : « C’est dans cette blessure, dans cet effondrement, qu’Il m’a prise… de force… et toute vive… une nuit dans la crainte et la douceur. Tissé aux cordes du sommeil, Il m’attend… »

Comme si l’abîme de sa souffrance appelait l’abîme de l’Amour, Véronique fait un songe. Elle se trouve sur une plage. Recouverte d’un voile noir, des hommes l’entourent et la lancent comme une balle de ping-pong ; elle se sent en danger, s’arrache à ce cercle, court, lève les yeux, voit une cathédrale et se précipite à l’intérieur ; alors, elle entend les battements du cœur de Jésus qui secouent les murs ; elle voit le Christ en Croix dont les bras se tournent vers elle et elle entend : « Que ton cœur de pierre devienne un cœur de chair. » Des flèches lui transpercent le cœur et elle se réveille terrorisée, avec un sentiment d’amour indescriptible. « Que ton cœur de pierre devienne un cœur de chair ! », cette phrase – que Véronique comprend mal - ne cessera de raisonner en elle.

« Les bars sont pleins d’anges déçus »

La mort de sa mère touche profondément cette femme de 29 ans qui va tenter de combler sa solitude par tous les moyens. Voyages, relations amoureuses ponctuelles ou plus durables avec Daniel. Rien n’y fait. Un jour il s’en va. Elle se souvient : « Sans le regard d’un homme mon image se dissout, s’effiloche, s’efface. L’amour a déserté, la mort se déploie, elle anesthésie peu à peu le circuit des émotions, des désirs. (…) Les aventures éphémères s’enchaînent. Un verre, puis deux, puis trois, je glisse, je veux me dissoudre dans ce grand corps vibrant de tous ces cœurs qui s’affolent. Ma famille, ma maison, c’est un bar à la Bastille aux lumières tamisées, rouge comme le sang affleurant sous la peau ; j’y échoue toutes les nuits. C’est une balise, un repère dans ma vie, j’y retrouve une bande de noctambules. Comme moi, ils fuient les ombres de l’échec, de la solitude. (…) Les alcooliques, les toxicos et les paumés ont le cœur déchiré… et nu. Chez eux, il y a toujours un lit où s’aimer… où se donner… dans la vérité crue… Ils ont la légèreté de ceux qui ont tout perdu. (…) Corps à corps… aux cœurs perdus… au cœur de chair béante. Les bars sont pleins d’anges déçus. »


Le temps du catéchuménat (2010-2011)

Blessure d’amour

A 38 ans, le 7 avril 2010, Véronique rencontre, dans son bar de la Bastille, Indar qui revient des Indes et veut être baptisé. Il lui parle de Jésus. Il a le visage de Jésus. Pour la première fois de sa vie, elle connaît l’amour véritable, celui que l’union des corps et des cœurs enracine en Dieu, dans l’immensité qu’elle pressentait depuis l’enfance : « Mon cœur s’ouvre pour la première fois et dans cette blessure, je suis vivante. » Indar lui fait connaître une église de Paris qu’il fréquente : Saint Gervais où il se prépare au baptême. Elle veut le suivre dans cette démarche où elle reconnaît l’Amour de Jésus-Christ qui habite leur mutuel amour. Mais après quelque temps, c’est la rupture : Indar part sans prévenir et sans explications. Pour Véronique, c’est une immense blessure qui ne se cicatrisera que très lentement mais qui l'ouvre au mystère : « Quand il me quitte, je sens que ce cœur ne peut pas se refermer et que le seul lieu où il peut rester vivant et ouvert c’est dans le cœur du Christ. (…) On ne peut pas aller à la vie sans passer par la mort. Il n’y a pas de résurrection sans passion. C’est par ces épreuves, par ces blessures que Dieu peut nous traverser. Il fallait cette histoire d’amour, cette fragilité. Avec lui on peut être nu et fragile. On vit souvent à la périphérie de nous-mêmes, à travers toutes les projections que la société ou les medias font de nous, on est loin alors du cœur de notre cœur qui est Lui. A partir de là, il m’a vraiment harponnée. »

Véronique s’inscrit au catéchuménat pour se préparer au baptême, se laissant séduire par le Christ qui devient pour elle son seul amour. Un jour, lors d’une réunion de préparation au baptême, la parole du prophète Ezéchiel la rejoint : « Je vous donnerai un cœur nouveau, Je mettrai en vous un esprit nouveau ; J’ôterai de votre chair le cœur de pierre et Je vous donnerai un cœur de chair. » Ecoutons-la :« Pour moi, c’est une apocalypse. Je comprends dans un tremblement de tout mon être, que j’ai été choisie, choyée, conduite de songe en songe, d’épreuve en épreuve, au cœur de cet Unique Amour, au port de mon désir. »

« Mon ancêtre c’est Lévi, fils de Jacob ! »

« Lors de ces soirées, ajoute-t-elle, je découvre des témoignages bouleversants, des vies d’errance proches de la mienne, des appels foudroyants ou au contraire, des éclosions lentes et douces. » Saint Gervais, où célèbre une communauté monastique, lui fait découvrir aussi les psaumes dont elle avait pressenti la beauté à la mort de son père. L'Ecriture la reconcilie avec un monde qui lui était demeuré inconnu, le judaïsme. Elle considère alors que le christianisme n’est pas une rupture mais l’accomplissement du judaïsme. Elle découvre - dans la Bible - le sens de son nom de famille : « Mon ancêtre, c’est Lévi, fils de Jacob. Après un corps à cœur amoureux, Dieu le bénit et lui révèle son nom : ‘Tu t’appelleras Israël’. Lévi est le seul fils dont l’héritage n’est pas territorial. Sa tribu n’a aucune possession en terre d’Israël. Elle est dédiée au service du Temple et de son tabernacle. (…) Alors tout s’éclaire. Je me suis toujours opposée aux conquêtes territoriales, à tous les murs hérissés de la haine et des peurs, comme des pierres d’un tombeau. Je pense… La terre promise annoncée par les prophètes, désir comme un arc tendu, ce ne peut être seulement la terre de Canaan où coulent le lait et le miel, ce n’est pas un territoire matériel. (…) La prière silencieuse est ce lieu… l’union amoureuse est cette terre nouvelle où se noue la rencontre avec l’Eternel. »

« L’Amour me met au monde »

En regardant Jésus, elle redécouvre ses racines juives mais aussi son vrai visage : « Il est inscrit en Lui… c’est un secret qu’Il me dévoile peu à peu, une énigme à conquérir ; le puzzle de mon identité éparpillée se recompose ; ma féminité nouvelle je la reçois de Lui ; libre en terre vierge d’une joie surnaturelle, elle émerge des décombres du passé. (…) L’Amour me met au monde. (...) Je ne suis plus le pion anonyme d’un système de consommation grégaire, le matricule d’une liste d’attente, le xx interchangeable d’une enquête statistique, je suis une femme unique créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. (…) L’Amour véritable est sans alliage avec le mal, sans concession avec cette fausse liberté, prétexte au déploiement de la volonté de puissance des plus forts sur les plus fragiles, des hommes sur les femmes, des riches sur les pauvres. Il est sans compromis avec un monde manipulé par des idoles : le sexe sans tendresse, l’argent sans charité, la jeunesse et la beauté soumises aux moules des diktats financiers et de la consommation mondiale. Et les victimes de cette guerre économique sans merci, sont aussi nombreuses que les grains de sable du désert. Cachés à la périphérie des villes, ils errent, parqués dans les couloirs souterrains du métro, jetés dans les rues, pleurant dans les limbes d’une société qui les exclut : femmes trop vieilles, trop laides, délaissées comme des jouets cassés ; vieillards abandonnés dans les hospices ; adolescents se shootant à la violence, aux drogues dures, au cynisme… C’est l’hémorragie d’un corps social vidé du sacré. »

« Je ne veux plus être épinglée à une collection de chasse… »

Relisant toute son histoire, elle écrit : « J’ai tenté moi aussi de me conformer à une icône intraitable : la femme belle, jeune, glacée et inhumaine, trônant comme un trophée phallique, sur les pages des magazines publicitaires. Il fallait coïncider avec ce moule, cet avatar. Pour ne pas être un produit de rebut ayant dépassé la date de péremption acceptable, oubliée parmi les intouchables, reléguée… à la casse des inutilisables. (…) Cette idole de pacotille, c’est une femme vidée de sa chair, de son être, de sa peau, c’est un fantôme, un fantasme. Elle est née de la peur de la vie, et de sa liberté ; née d’un égoïsme contemporain excluant tout imprévu, toute surprise, toute incarnation. Combien d’hommes ont voulu me réduire, me soumettre à leur volonté de puissance, à leurs caprices ? (…) Je ne veux plus désormais être dévisagée, épinglée à une collection de chasse. (…) Le malentendu d’une rencontre dans la douleur, et dans l’humiliation de l’un par l’autre, je ne les perpétuerai plus. Aujourd’hui je brise la chaîne d’une malédiction. La fuite de l’altérité, la peur de la rencontre ont dressé les codes d’une séduction armée ; je jette les armes ; je ne joue plus à la guerre. Je monte à l’assaut du monde, en m’aimant, pour la première fois, par Lui et en Lui qui se donne. »


Le temps des commencements (depuis 2012)

« La vérité, c’est Toi, l’Amour fait homme »

Le 7 avril 2012, au cours de la veillée pascale, Véronique est baptisée à Saint Gervais. Avant cette date, elle retourne dans les bars mais cette fois pour inviter à son baptême tous ses amis. Elle crie son amour de Jésus. Ils la traitent de folle. Ils pensent que le christianisme est une secte et qu’elle s’est laissé embrigader. La future baptisée invite aussi ses deux frères. Bernard est profondément choqué. Il tombe des nues. Il pense que sa petite sœur renie son judaïsme et rompt avec leur histoire ancestrale. Néanmoins, il assistera à son baptême. Pour Véronique, le baptême est une naissance, le commencement d’une vie nouvelle qui pour autant ne lui fait pas renier son passé. C’est le temps des épousailles avec son Dieu. Elle rayonne et exulte de joie.

Mais sur cette terre, nul ne peut demeurer dans une extase perpétuelle. « Les jours suivants sont douloureux, écrit Véronique ; le réel se dresse, mesquin, grincheux ; il revendique ses pauvres droits ; il s’interpose, minable, il crie vengeance, agrippé à mes peurs. Je le repousse, je me débats. (…) le quotidien s’impose, inopportun ; et il faut bien faire face, aux impératifs, aux désirs humains, aux relations parfois problématiques… » Mais aussi à l‘intérieur de la banalité d’une existence, Dieu la saisit : « Tu me surprends dans l’imprévu d’un désordre, d’une naissance, là où je ne T’attends pas. La vérité, c’est Toi, l’Amour fait homme, l’Amour écartelé, crucifié… et je Te traque, au détour des rues, des stations de métro, dans les dédales souterrains où Tu te caches… Dieu à visage humain, éternel et changeant, immuable… dans Ta géométrie variable et infinie. »

Amour écartelé, crucifié…

Décembre 2012 : son frère Philippe, le jour de son anniversaire, se jette du 6ème étage. Il n’est pas mort sur le coup mais le diagnostic est sans espoir. Véronique plonge dans un ravin de ténèbres et passe ses journées au chevet de son frère à l’hôpital, en prière. Le 25 décembre, il sort miraculeusement du coma. Mais il demeure extrêmement faible. Le 21 février au matin, Philippe est sauvé. Véronique est complètement à bout. Le soir même, on lui apprend la mort de celui qui l’a accueillie dans l’Eglise et qu’elle considère comme son père spirituel : le père Pierre-Marie Delfieux. C’est l’épreuve du vide ! Se souvenant de ces jours, elle écrit : « La douleur se réveille, violente, cinglante, elle transperce la léthargie de ma prière. Sa morsure me provoque, met à nu l’abandon… je crois y être ensevelie à jamais. C’est la ruse du Malin, insinuer en moi le désespoir, Il me susurre, dans un sifflement : ‘Maudite, tu es maudite… où est-il ton sauveur ?’ (…) Je ne dors plus. (…) Le nihilisme paralyse toute tentative de prière, d’oraison… J’asphyxie. (…)Alors, peu à peu, Notre Seigneur se retire… Il s’est caché dans un lieu reculé, tout au fond… dans la nuit… dans les abysses accidentés. Il m’attend là… au seuil du vertige… à la lisière du précipice. (…) Soudain, une vague infinie me saisit, me soulève, me terrasse. Anéantie, je ne vois plus que Toi… »

« C’est Lui qui décide ! »

De commencement en commencement, de naissance en renaissance depuis le jour de son baptême ou… depuis dès avant sa naissance ! Toujours est-il que lorsqu’on interroge Véronique en 2015, elle répond : « Ce qui est clair c’est que je veux donner ma vie au Christ. Comment ? C’est lui qui décide. Je vais là où le vent me mène. Je le suis pas à pas. Je vis au jour le jour. Je ne conçois pas ma vie avec un homme. J’ai plein d’amis garçons, et je peux envisager une relation fraternelle. Mais le Christ m’a saisie toute entière et quand le cœur est pris, le corps suit. En novembre, j’ai une proposition pour aller témoigner auprès de gens qui sont en rupture. Ça peut prendre cette forme-là. Ça peut être dans un isolement plus grand, je ne sais pas encore. Je fais confiance à Jésus. Avançons en eau profonde. »

Véronique raconte son itinéraire dans un livre beau et surprenant, dont le style rejoint celui des grands mystiques. Il s’agit d’une prise de conscience de ce que révèle – aux yeux d’un croyant – la vie humaine. Chaque histoire est la recherche d’un bonheur, déjà donné et encore à recevoir : l’amour de Jésus pour chaque créature. Ce cadeau est souvent caché : chacun avance dans sa nuit. Mais l’expérience de Véronique nous amène à pressentir que vivre consiste à chercher son visage. « Montre-moi ton visage » : le titre est bien choisi.

Christine Fontaine
Vitraux de Marc Chagall

1- « Montre-moi ton visage » Véronique Lévy – Editions du Cerf, 2015.
Les citations de cet article sont extraites de ce livre. /
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