Une certaine conception de la démocratie
L’intervention du Pape François fut prononcée en présence d’Evo Morales, président de la Bolivie et porte-parole des « mouvements sociaux ». Celui-ci a
su saisir la conception de la démocratie qui anime le Pape. « Il faut refonder la démocratie et la politique, parce que la démocratie c’est le gouvernement
du peuple et non pas celui du capital et des banques. »
Ce disant, le président bolivien traduisait les propos de François : « Il y a une nouvelle dimension dure de l’injustice sociale ; ceux qui
ne peuvent pas s’intégrer, les exclus sont mis au rebut, considérés comme en ‘surplus’. Ceci est la culture du déchet. Cela se produit lorsque le centre
d’un système économique est le dieu de l’argent, et non pas l’homme, la personne humaine. »
C’est pourquoi, le Pape précise : « Les mouvements populaires expriment le besoin urgent de revitaliser nos démocraties, si souvent détournées par
d’innombrables facteurs. Il est impossible d’imaginer un avenir pour la société sans la participation active des grandes majorités et qui dépasse les procédures
logiques de la démocratie formelle. »
Solidarité et charité
Si, comme l’affirment « les mouvements populaires », les pauvres « ne se contentent plus de subir les injustices et luttent contre leur sort », la charité change de forme.
Le pauvre n’est plus celui sur qui se penche le riche. L’un et l’autre sont des partenaires qu’il faut prendre au sérieux :
« Les pauvres n’attendront plus et exigent d’être des protagonistes ; ils s’organisent, étudient, travaillent, réclament et, surtout, pratiquent cette solidarité
très spéciale qui existe entre ceux qui souffrent, entre les pauvres, et que notre civilisation semble avoir oubliée, ou au moins a très envie d’oublier. »
La solidarité est un mot qui ne plaît pas toujours ; je dirais que parfois nous l’avons transformé en un 'gros mot' à ne pas utiliser. Cependant, c’est un mot
qui signifie beaucoup plus que quelques actes de générosité sporadiques... Certains disent que le Pape est communiste ! Ils ne comprennent pas que la solidarité
avec les pauvres est la base même des Evangiles. »
La famille
Le Pape François reconnaît que la rencontre fait apparaître le désir du grand nombre de jouir d’une terre, d’un toit et d’un travail. L’accaparement des terres
entraîne la faim. Quant à l’absence de travail, elle est la pire des pauvretés : « Il n’y a pas de pauvreté matérielle pire que celle qui ne permet pas de gagner
son pain et prive quelqu’un de la dignité du travail. » Que chacun se réfère au texte et médite ces fortes paroles.
Nous tenons, pour terminer le compte-rendu de cette rencontre, à citer abondamment les réflexions tenues par le Pape à propos du « toit » qui devrait abriter
chaque famille humaine. Voici quelques mois, à propos des lois qui se préparaient au Parlement concernant « le mariage pour tous », beaucoup de catholiques
argumentaient pour faire connaître et pour défendre leurs positions. Il semble que le Pape a sur la famille une approche plus sociale que celles défendues
alors dans notre pays.
« Je l’ai dit et je le répète : un toit pour chaque famille. Nous ne devons jamais oublier que Jésus est né dans une étable, parce qu’il n’y avait pas de
place où le loger ; que sa famille a dû quitter sa propre maison et fuir en Egypte, persécutée par Hérode. Aujourd’hui, il y a beaucoup de familles sans
toit, soit parce qu’elles n’en ont jamais eu soit parce qu’elles l’ont perdu pour diverses raisons. Famille et logement vont de pair. Mais pour qu’un toit
soit une maison, il doit avoir une dimension communautaire : c’est en fait dans le quartier que la grande famille de l’humanité commence à se construire,
à partir du plus proche, de la vie en commun avec ses voisins. Aujourd’hui, nous vivons dans de grandes villes qui se montrent modernes, fières et même
vaniteuses. Des villes qui offrent d’innombrables plaisirs et du bien-être pour une minorité heureuse, mais qui refusent un toit à des milliers de nos
voisins et frères, y compris des enfants, et que nous appelons avec élégance, 'les personnes sans domicile fixe'. Il est curieux de voir comment dans
le monde des injustices, abondent les euphémismes. On n’utilise pas des mots précis, on traduit la réalité par un euphémisme. Une personne, une personne
ségréguée, une personne mise de côté, une personne souffrant de la misère, de la faim, est une 'personne sans domicile fixe' : une expression élégante,
non ? Vous devez toujours chercher – je pourrais me tromper dans quelques cas – mais en général, derrière un euphémisme, il y a un délit.
(...)
Continuons à travailler pour que toutes les familles aient un logement et que tous les quartiers aient une infrastructure adéquate (tout-à-l’égout),
lumière, gaz, asphalte et je continue : écoles hôpitaux, salles de premiers soins, clubs sportifs et toutes les choses qui créent les liens et unissent,
accès aux soins de santé – je l’ai déjà dit – à l’éducation des biens. »
Pape François
Pastel de Pierre Meneval