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Le livre du peuple
Lamennais

Le slogan de Donald Trump « America first » trouve sa justification catholique chez J.D. Vance qui déclare : « Le véritable ordre chrétien de l’amour va du plus proche au plus éloigné : la famille d’abord, ensuite les proches, ensuite la communauté, ensuite la nation, ensuite l’humanité. » Lamennais, au XIXe siècle, dénonçait déjà fermement cette conception.

Félicité de Lamennais (1782- 1854) est un prêtre, théologien, philosophe et homme politique français. Ultramontain à ses débuts, il connait une évolution qui fait de lui un précurseur du catholicisme social, ainsi que de la démocratie chrétienne.

Votre premier devoir envers la patrie est de travailler, avec un zèle qui jamais ne se lasse, à établir dans son entière intégrité le grand et salutaire principe de l’égalité absolue des droits, d’où émanent les libertés publiques et privées, de combattre sans relâche le privilège, jusqu’à ce que vous l’ayez complètement vaincu. (…)

Et la patrie, au sein de laquelle se fondent les familles diverses, doit être, dans votre amour, au-dessus de chacune d’elles ; sans quoi, vous rompez le lien qui les unit, vous subordonnez le corps entier à l’un de ses membres, vous détruisez autant qu’il est en vous la société en la ramenant sous l’influence de l’égoïsme, qui en ébranle la base.

À la patrie donc tout ce que vous êtes et tout ce que vous avez, votre cœur, vos bras, vos veilles, et vos biens et votre vie. Qui hésite à mourir pour elle, celui-là est infâme à jamais.

Toutefois, souvenez-vous bien qu’à la patrie elle-même vous devez préférer l’humanité ; car les peuples ont entre eux les mêmes relations que les familles entre elles et sont soumis aux mêmes devoirs. Le genre humain est un par essence, et l’ordre parfait n’existera, et les maux qui désolent la terre ne disparaîtront entièrement que lorsque les nations renversant les funestes barrières qui les séparent, ne formeront plus qu’une unique et grande société.

Le patriotisme exclusif, qui n’est que l’égoïsme des peuples, n’a pas de moins fatales conséquences que l’égoïsme individuel : il isole, il divise les habitants des pays divers, les excite à se nuire au lieu de s’aider ; il est le père de ce monstre horrible et sanglant qu’on appelle la guerre.

Quoi de plus opposé à la nature et à ses lois que le nom d’étranger ? Ne sommes-nous pas tous frères, et comment le frère serait-il étranger au frère ?

Chaque peuple doit aux autres peuples justice et charité ; il doit et respecter leurs droits et au besoin leur prêter secours, soit pour les défendre si on les attaque, soit pour les reconquérir s’ils ont été dépouillés. Leurs destinées sont solidaires. Le peuple qui souffre près de soi l’oppression d’un autre peuple creuse la fosse où s’ensevelira sa propre liberté.

Félicité de Lamennais, mise en ligne janvier 2026
Extraits de Le Livre du peuple, Alicia Ed. 2019– pages 66…68.