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A propos de l'accès à l'eucharistie
à l'occasion du synode romain sur la famille
L'équipe animatrice


La déclaration qui suit n’a pas pour but de clore le débat sur l’accès à la communion eucharistique des divorcés remariés, elle est une proposition pour la réflexion. Elle se situe dans la cohérence catholique.

Cette déclaration s'insère dans un ensemble :
- Un article de Christine Fontaine développe notre position sur l'accès à la communion dans l'Eglise catholique :
Communier dans l'Eglise catholique"
- Un article de Michel Poirier aborde les questions de l’hospitalité eucharistique entre catholiques, orthodoxes et protestants : Chrétiens séparés : partager la communion ?
- L'argumentation générale repose en particulier sur la lecture que nous faisons du discours sur la montagne où Jésus donne une loi nouvelle. Cf le paragraphe " La rupture instauratrice " / " Le combat perdu de l'Église "

(13) Commentaires et débats

Déclaration

Le pape François réunit un synode des évêques sur la famille. On s’interroge sur l’interdit d’accéder à la communion eucharistique pour des baptisés vivant des situations matrimoniales irrégulières notamment les divorcés remariés. Cette question nous trouble au nom même de notre foi. La façon dont elle est posée semble mettre des limites à la grâce. Certains croyants seraient autorisés à communier alors que d’autres ne le seraient pas.

L’acte de recevoir le Corps du Christ serait-il une affaire juridique ? Nul, fût-il le plus grand saint, ne peut prétendre, à nos yeux, avoir le droit de communier. Tous ceux qui croient que l’Amour de Dieu pour l’humanité s’est manifesté dans la vie, la mort et la résurrection de Jésus-Christ peuvent communier mais aucun n’en a le droit. Le Père de Jésus – notre Père – aime chacun pour lui-même, comme quelqu’un d’unique au monde quels que soient ses mérites devant la loi. Qui peut communier sinon ceux qui, sous la poussée de l’Esprit, s’éveillent au désir de répondre à l’appel du Père, autrement dit de vivre dans « l’obéissance de la foi » ?

Catholiques, nous reconnaissons bien sûr au pape et aux évêques leur fonction de pasteurs du peuple de Dieu. Ils ne peuvent manquer de rappeler, au nom de l’Evangile, l’indissolubilité du mariage. Mais nous croyons aussi que toute loi, dans l’Eglise, doit être considérée comme un guide, un « pédagogue » dit Saint Paul. A son époque, le pédagogue était chargé de conduire l’enfant jusqu’à la maison du maître. Après quoi, il se retirait. Nous croyons que les pasteurs ont pour fonction de conduire les baptisés de l’obéissance à des lois à l’obéissance de la foi. Qui peut prétendre connaître l’intimité de chacun avec son Seigneur ?

Nous croyons que la hiérarchie est nécessaire mais que son pouvoir s’arrête à la porte de l’école de Jésus, notre Maître. L’Eucharistie est l’acte d’amour suprême où Dieu, par Jésus-Christ, se lie pour toujours à l’humanité entière. Les croyants ont à reconnaître que l’Amour ne s’achète pas à coups de mérites mais se donne et se reçoit librement, gratuitement. Avant de communier, avec l’Eglise des saints et des pécheurs inextricablement liés, ils diront alors simplement : « Seigneur je n’ai aucun droit de communier, je ne suis pas digne de te recevoir mais dis seulement une parole et je serai guéri ! »

L’équipe animatrice

NB La position défendue ici n’entraîne pas qu’il serait impossible à l’Eglise de refuser la communion à un individu, auteur de crimes publics extrêmes, tant qu’il n’aurait pas reconnu sa faute et fait pénitence comme lorsque saint Ambroise a agi ainsi face à l’empereur romain Théodose qui avait ordonné un massacre particulièrement barbare. Cependant, si une telle parole manifeste un acte de courage, elle n’a jamais fait loi dans l’Eglise : aucun évêque n’a jamais refusé la communion aux dictateurs chrétiens d’Amérique latine.

Argumentation

Dans l’Evangile, des lois à 0%

Dans le discours sur la montagne (Mt 5, 17-48), Jésus se réfère à une loi immuable dont « pas un iota ne doit être changé ». Il se situe par rapport aux lois du peuple juif et il en rajoute à n’en plus finir : « Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal. Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : Crétin ! il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : Renégat ! , il en répondra dans la géhenne de feu. » (Mt 5,22-23) Ce faisant Jésus énonce des lois que personne ne peut appliquer intégralement : des lois à 0%. En effet quel est celui d’entre nous qui, par exemple, ne s’est jamais mis en colère ? Celui là, selon Jésus, est passible de la même condamnation que celui qui commet un meurtre. Répétons le, selon Jésus cette loi est immuable : « pas un iota ne doit en être changé. »

Une loi à 0% fixe l’idéal hors de toute atteinte humaine. Elle marque une frontière infranchissable entre le monde de Dieu (le Royaume) et n’importe quelle société, fût-ce celle des Juifs qui s’appuyaient pourtant sur des lois données par Dieu à Moïse. La Loi ancienne créait des justes et des coupables ; la loi nouvelle permet – non pas à tous en vrac – mais à chacun en particulier de se savoir coupable : « Qu’as-tu à regarder la paille qui est dans l’œil de ton voisin alors que tu ne vois pas la poutre qui est dans le tien ? » demande Jésus dans l’Evangile. La loi à 0% - en marquant une rupture totale et définitive entre le monde de Dieu et celui des hommes - instaure la possibilité d’un régime nouveau : celui où il est heureux d’être pécheurs puisque c’est pour eux – et non pour les justes – que Dieu vient. « Je ne suis pas venu appeler les justes mais les pécheurs », dit Jésus. Et on le voit aller prendre ses repas avec des pécheurs publics : des prostituées et des publicains. On le voit aussi, tout au long de l’Evangile, fustiger sans cesse les défenseurs de la loi (légistes ou pharisiens) : « Ils lient de pesants fardeaux et les imposent aux épaules des gens, mais eux-mêmes se refusent à les remuer du doigt. » La rupture opérée par Jésus avec cette loi à 0% instaure un autre régime que celui de la loi pour être sauvé : celui de l’amour inconditionnel que Dieu a pour l’humanité. Seul l’amour de Dieu est immuable puisqu’il n’est pas conditionné par nos mérites, notre justice ou notre obéissance à des lois.

Le Dieu de l’hospitalité inconditionnelle

Jésus poursuit son discours sur les lois à 0% en disant : « Vous avez entendu qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien ! moi je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour vos persécuteurs, afin de devenir fils de votre Père qui est aux cieux, car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes.Á» (Mt 5,43-44). Il décrit ainsi ce qu’est l’amour inconditionnel de Dieu pour l’humanité et, aux jours de sa passion, il se fera obéissant à cette Loi Nouvelle jusqu’au bout. Lui le Juste, condamné à mort injustement, demeurera dans l’amour envers tous ses ennemis : les hommes de loi juifs et romains qui s’unissent pour le mettre à mort, les apôtres qui le lâchent, les foules qui aboient contre lui et se réjouissent d’assister au spectacle. Sur tous, il implorera : « Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ! » Jésus manifeste ainsi, au cœur de l’humanité, que l’Amour trouve son expression dans sa demande de pardon inconditionnel : non seulement pour ceux qui savent ce qu’ils font et s’en repentent mais pour ceux qui ne le savent pas, pour ceux qui se croient justes en condamnant le Juste. En Jésus s’incarne la loi de l’Amour inconditionnel : celle du pardon ou de l’hospitalité universels. C’est en cet Amour immuable de Dieu, révélé par Jésus-Christ, que les chrétiens sont invités à croire. C’est cet amour qu’ils sont appelés à vivre : « Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. » Telle est la Vérité qui fait loi en christianisme. Toute autre loi – fût-elle celle de Dieu donnée à Moïse - risque toujours d’être profondément injuste. Jésus par sa Passion le révèle : selon la Loi juive et celle des Romains, il méritait de mourir.

L’accomplissement de la loi

Jésus faisait précéder la promulgation de cette loi à 0% par cette phrase : « Je ne suis pas venu abolir mais accomplir ». En décrivant la mort de son maître, Jean reprend ce verbe : « Jésus dit :’c’est accompli’ ! Et inclinant la tête il transmit l’Esprit ». La Croix s’avère l’accomplissement de la loi. Elle est inséparable de l’Eucharistie. A son dernier repas, en effet, symboliquement, sacramentellement, « réellement », Jésus prend le pain et le vin, annonçant qu’en le prenant, c’est son propre corps mis en croix que l’on reçoit. Il fait ce don en disant : « Prenez et mangez... prenez et buvez ceci est mon corps livré pour vous et pour la multitude en rémission des péchés ».

La multitude ! Jean prend soin d’en montrer la dimension : « Au cours d’un repas, alors que déjà le diable avait mis au cœur de Judas Iscariote, fils de Simon, le dessein de le livrer ! » Judas, depuis ce jour, est la figure de l’impardonnable, fils du « diable ». Cependant Jésus, alors qu’il n’ignorait pas la trahison de Judas, lui donna la communion comme aux autres apôtres, selon les évangiles synoptiques ; il lui lava les pieds, selon l’évangile de Jean. La Croix montre la dimension universelle du don transmis.

A la lumière de la Résurrection, l’Eglise peut naître. Un groupe d’hommes et de femmes a pu comprendre que la loi ne peut sauver. Sans la loi on n’aurait pas connu le péché, écrit Saint Paul aux Romains (Rm 3,20). Mais la Croix « accomplit » le salut que la loi ne peut fournir. A la lumière de la Résurrection un groupe d’homme a compris qu’il est vaincu ce diable entré en Judas pour que Jésus soit tué. Mort à la mort !

L’Eglise peut naître, en effet, parce que onze hommes ne peuvent oublier qu’en leur donnant pain et vin, le Maître avait précisé : « Faites-ceci en mémoire de moi ». Faire mémoire de ce don parfait, le maintenir présent au fil de l’histoire, tel est le seul commandement qu’il donne à ceux qui feront naître l’Eglise. Jean développe cette dimension en rapportant les paroles de Jésus qui suivent le repas. Ce don parfait est l’acte d’amour dans lequel le croyant est invité à entrer : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés ».

Reconnaître l’acte par lequel le pardon est accordé à la multitude est l’acte de foi de celui qui sacramentellement reçoit pain et vin de l’Eucharistie. Communier au Corps du Christ c’est reconnaître non que la loi est abolie mais accomplie. La loi ne peut guère faire de nous que des pécheurs, quels que puissent être grandes nos vertus et méritoires nos actes. La loi peut faire de nous des pécheurs et des Judas. La loi nous appelle à obéir : dura lex sed lex ! Mais l’obéissance à la loi ne va pas sans l’obéissance à ce commandement nouveau auquel se soumet celui qui croit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps livré pour la multitude ».

Les croyants, certes, forment un corps social qui ne peut tenir sans des lois. Mais le pouvoir de ceux qui légifèrent a des limites. Ils ne peuvent rien sur le commandement nouveau. Comme tous les autres, avec les pécheurs comme avec les saints, ils doivent s’incliner devant une autre obéissance, celle de la foi.

L'équipe animatrice
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