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Hommage à Joseph Moingt
Christine Fontaine


Joseph Moingt nous a quittés au matin du 28 juillet 2020 à l'âge de 104 ans révolus. Il était pour nous un ami très proche, un vrai frère. Christine Fontaine l'avait rencontré récemment. Elle raconte ce dernier entretien.

On trouve ici sa contribution au volume d'hommages offert à Michel Jondot, en 2011, à l'occasion de ses 50 ans de presbytérat. Nous avions alors interrogé Joseph Moingt sur son métier de théologien :
La vocation de theologien

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Joseph Moingt – Jo pour ses proches - était un grand théologien c'est-à-dire un esprit libre. Michel Jondot et moi avons travaillé avec lui pendant 12 ans dans une paroisse de la banlieue Sud de Paris, de 1974 à 1986. Mais nous avons toujours continué à nous rencontrer depuis. Nous nous "entretenions" de l'Église et il aimait cette liberté de ton avec nous. Il aimait aussi le verre de whisky rituel et le repas partagé qui accompagnait ces entretiens. A plus de cent ans, il était capable de soutenir de longues heures de discussion. Sa passion lui faisait oublier sa fatigue.

Il y a environ un mois, j'ai passé une bonne partie d'une après-midi avec lui, à l’EHPAD des jésuites de Vanves où il résidait depuis peu. Il était très fatigué par des mois où il s’était battu pour vivre après une opération de la hanche suivie d’une occlusion intestinale. Mais sa passion pour l’Église et son goût à « entrer en conversation » reprit vite le dessus. Il me dit : "Te souviens-tu du jour où, avec Michel et toute une équipe de laïcs, nous avions RV avec l'évêque de Nanterre pour lui proposer un fonctionnement en cogestion de la paroisse et qu'il a dit NON, NON et NON à tout ?" Je m'en souvenais très bien.

Ce qui caractérise Joseph Moingt, et qui est extrêmement rare, est que ce grand « ponte » de la théologie - avec ce savoir encyclopédique qu'il avait en particulier sur les origines du christianisme et les Pères de l'Église - était d'une indéfectible humilité. Et il en fut ainsi, une fois encore, au cours de ce dernier entretien. Alors que je lui disais qu'un courant de l'Église actuellement, à mon avis, se servait de sa théologie contre ce qu'il aurait fait, il en fut profondément attristé comme si c'était à cause de lui que cela se produisait. Le constatant, je lui dis : "Mais, Jo, tu n'y es pour rien. Tu as toujours bien servi l'Église !" et sa réponse fut : "Tu crois ?" Que ce grand théologien ait écouté jusqu'au bout la gamine que j'étais pour lui... que mon attestation lui eut été nécessaire... voilà la grandeur de Joseph Moingt.

Sa théologie ne faisait jamais de lui un « supérieur ». Il l’a forgée dans l'écoute de la société et l'écoute des baptisés qu'il considérait comme des partenaires, adultes dans la foi. Le métier de théologien était avant tout pour lui une certaine manière d’être en relation dont il regrettait qu’elle soit malheureusement dépassée actuellement chez de très nombreux théologiens.

C’était il y a environ un mois, au terme de la dernière conversation que j’ai eu avec lui :
- « Tu as bien servi l’Église, Jo ! Tu as vraiment bien travaillé ! »
- « Tu crois ? »
- « C’est sûr ! Merci pour tout ce que tu as fait ! »
Un grand sourire a alors illuminé son visage.
Je n'ai pas pu l'embrasser (masque oblige !).
Il nous a quittés... dans ce sourire ! Merci, Jo !

Christine Fontaine, le 30 juillet 2020


Rappel : Contribution de Joseph Moingt au volume d'hommages offert à Michel Jondot, en 2011, à l'occasion de ses 50 ans de presbytérat. Nous l'avions alors interrogé sur son métier de théologien :
La vocation de theologien