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Islam, religion de paix ?
Nicodème


Question de Mathilde, 22 ans :

Chaque fois qu’il y a un attentat commis par des musulmans, tous les autres disent que "ce n’est pas cela l’islam" et que "l’islam est une religion de paix". C’est vrai que les musulmans que je rencontre ne paraissent pas violents mais je ne connais leur religion que de l’extérieur. Je vois seulement que beaucoup de femmes sont voilées, qu’ils font le ramadan, qu’ils n’ont pas le droit de manger de porc et de boire d’alcool. Je voudrais savoir si vous pensez que l’islam est une religion de paix.

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Le mot « islam » est assez subtil. Il implique l’idée de soumission et celle de Paix. Il est vrai que les événements de cet été intriguent. Au nom de l’islam, le 14 juillet, un jeune Français d’origine maghrébine, récemment converti, fonçait avec un poids lourd sur une foule réunie un jour de fête, écrasant 86 personnes et faisant 436 blessés : des hommes, des femmes, des enfants. Sa soumission à une instance islamique bien connue déclenchait cet acte de violence extraordinaire. Deux autres personnages, assez semblables au premier, pénétraient un mois plus tard, dans une église lors de la célébration de l’Eucharistie. Avec un couteau de cuisine il égorgeait un vieillard de 85 ans en proclamant : « Allahou akbar » (Dieu est le plus grand !). Le Pape François s’interdit pourtant d’en conclure que l’islam est violent : « Il n’est pas juste d’identifier l’islam avec la violence. Ce n’est pas juste et ce n’est pas vrai » disait-il aux journalistes qui l’interrogeaient lors de son retour des JMJ en août dernier.

Cela suffit-il pour affirmer que « l’islam est une religion de paix » ?

Il faudra en venir, pour répondre, à regarder ce qu’il en est dans notre pays, mais, auparavant, deux conditions s’imposent pour voir clair. Il convient de rappeler la source de l’islam, l’histoire de ses débuts. Par ailleurs, ne réduisons pas la situation actuelle à ce dont nous sommes témoins aujourd’hui. Elle est l’aboutissement d’une série d’événements dont il nous faut connaître le cours.

1- Aux sources de l’islam

La religion chrétienne reçoit l’enseignement de Jésus et de ce qu’il a fait connaître à travers le témoignage des Evangélistes ; ceux-ci révèlent des sensibilités différentes mais se manifestent comme des réponses à un appel qui vient de plus loin que ce monde. Le même appel auquel Matthieu, Marc, Luc et Jean ont répondu se poursuit à travers l’histoire et rejoint tous ceux qui reçoivent la Nouvelle de la Résurrection et y adhèrent. A chacun d’inventer sa réponse en fonction de la place qui est la sienne dans l’histoire. Par-delà des vocations différentes se constitue un ensemble – on parle de « corps » ou de « peuple » - constitué à partir des croyants unis dans le même Eprit que Celui qui animait Jésus.

La religion musulmane reçoit l’enseignement de Dieu à travers les paroles directes d’Allah, prononcées aux oreilles de Mohammed par l’archange Gabriel et récitées par le Prophète, en fonction des circonstances. Celles-ci étaient mémorisées : un certain nombre de personnages étaient chargés de les apprendre par cœur et de les rappeler lorsque des décisions étaient à prendre. Il s’agissait, d’une part, d’un enseignement sur Dieu et l’Au-Delà et, d’autre part, des consignes sur le comportement à tenir.

Après la mort de Mohammed (622), les consignes reçues furent mises en livre : « Le Coran » (le mot signifie « Récitation »). L’ensemble du Livre oriente en deux grandes directions.

D’abord chaque croyant doit savoir ce que Dieu veut de lui en ce qui concerne sa vie personnelle et sociale. Ensuite la Communauté constituée autour du Livre devait se livrer à la prédication auprès de toutes les populations afin que, pour leur bonheur, elles embrassent l’islam.

La première communauté née à Médine, dans La Péninsule Arabique, s’est déployée dans toutes les directions, de la Chine à Poitiers. Le succès fut impressionnant mais le contact avec des cultures différentes posait des questions inédites ; les consignes du Coran reçues du Prophète ne concernaient que la vie dans le désert et le contact avec les tribus polythéistes. La rencontre des cultures byzantines ou perses conduisit alors à s’interroger sur la manière de faire face à l’imprévu. En se référant d’une part au Coran et d’autre part au comportement ou au propos de Mohammed, s’élabora un énorme travail juridique qu’on appelle ijtihad. Cinq écoles se constituèrent aux sensibilités différentes pour définir le licite et l’illicite : les unes s’appuyaient surtout sur la tradition, les autres sur le raisonnement. Ces deux orientations aboutirent en 950 à un conflit dont on ne put sortir qu’en interdisant de continuer la recherche juridique. C’est ce qu’on appelle « la fermeture des portes de l’Ijtihad ».

A partir de cette date, les musulmans eurent, pour diriger leur vie, tout un corpus juridique constitué par les décisions des cinq écoles. Les muftis ont pour tâche d’éclairer les croyants qui les interrogent sur le bon comportement à tenir ; ils fulminent ce qu’on appelle des fatwas. L’élaboration de celles-ci suppose une difficile élaboration s’appuyant sur les résultats du travail des cinq écoles et qu’on appelle Sharia.

La Sharia, en islam, n’est pas seulement conçue comme une loi qui règle les relations humaines dans une société. La suivre c’est être assuré qu’on fait la volonté de Dieu. C’est pourquoi la plupart des musulmans sont scrupuleux dans la manière de respecter les interdits de la Sharia. Cinq piliers, en particulier, commandent le comportement : Profession de Foi, Cinq prières quotidiennes, Zakat (une sorte d’impôt en faveur des pauvres), Jeûne du Ramadan, Pèlerinage à La Mecque.

2- L’islam et la rencontre de l’Occident

La rencontre de l’Occident avait fait naître un beau projet. Le 19ème siècle et le début du 20ème avaient connu un réveil de l’islam qu’on appelle nahda. La prise de conscience de l’écart culturel par rapport à l’Occident avait amené quelques intellectuels à comprendre l’intérêt de notions telles que celles de « démocratie » ou de « progrès scientifique ». Certains intellectuels exigeaient « la réouverture de l’ijtihad », c’est-à-dire la reprise d’une interprétation du Coran pour l’adapter à la modernité. Naissait alors un courant de « renaissance » (c’est le sens du mot « nahda ») qui aboutissait d’une part à résister aux pays colonisateurs et d’autre part à unifier les forces des pays musulmans autour de la Méditerranée, au nom d’une appartenance commune à l’arabité. Ce « panarabisme » unifiait, dans un même mouvement, musulmans et « chrétiens d’Orient ». Ceux-ci, dans le monde musulman, n’avaient jusque-là qu’une place de second rang (« dhimmis »). Dans ce cadre, les uns et les autres prenaient en commun leur destin en mains et des chrétiens eurent un rôle important dans ce renouveau. Tout en maintenant leur appartenance chrétienne, ils acceptaient d’entrer dans une culture dont la langue était celle du Coran.

Cette manière de vivre ensemble fut mise à rude épreuve à la suite des deux guerres mondiales : des promesses importantes faites aux arabes par les puissances alliées ne furent pas tenues. Une faute grave de la part de l’Occident à l’égard du monde arabe fut commise en 1956 lorsque l’Angleterre et la France s’allièrent à Israël pour attaquer Nasser en Egypte lors de la nationalisation du Canal de Suez. Le comble fut atteint en 1967 lors de la Guerre des Six Jours lorsqu’ Israël, perçu comme un pays occidental, en vint à occuper de larges espaces arabes. L’unité du Moyen-Orient en venait alors à se déchirer. D’une part Nasser se détachait de l’Occident et d’autre part l’organisation dite des « Frères musulmans » partait en guerre contre la laïcisation de l’Egypte et des Etats arabes, responsable selon eux, de l’échec face à Israël. Ils y voyaient une grave infidélité au message du Coran. Leur influence s’étendit dans les pays arabes : la belle unité entre chrétiens et musulmans commençait à se rompre.

La déchirure n’a fait que s’élargir depuis cette date. La situation s’est compliquée par l’intervention de l’Arabie Saoudite. L’islam qui y est pratiqué est le plus rigoriste et le plus traditionaliste qui se puisse concevoir, nourri d’une idéologie, le wahhabisme, qui remonte au 18ème siècle. La façon de manger et de boire, la manière de s’habiller et tous les moindres gestes de la vie doivent imiter le plus scrupuleusement possible ceux du prophète. Par exemple, en prononçant les mots de la langue arabe, le musulman, quel que soit son pays, doit retrouver les accents de l’Arabie puisque c’est dans ce pays que le prophète transmettait son message dans la langue parlée par Dieu ! C’est dans ce cadre que Ben Laden fut formé. Lorsque l’URSS a occupé l’Afghanistan, en 1979, ce riche saoudien rejoignit ceux qu’on appelle des moudjahidines et que les Etats-Unis soutenaient. Ceux-ci, après le départ des soviétiques abandonnèrent tous ces combattants venus de partout et que Ben Laden refusa de laisser à l’abandon. Avec eux il forma des légions de djihadistes prêts à commettre tous les actes terroristes possibles au nom de la guerre sainte, le djihad.

On connaît les attentats du 11 septembre 2001 à New York. Ils entraînèrent la guerre d’Irak, déstabilisant dramatiquement le pays, ouvrant la porte à ces brigades terroristes formées en Afghanistan.

Dans ce contexte est né le salafisme. La racine du mot renvoie aux « ancêtres » dont il s’agit de retrouver les façons de vivre.

3– L’islam en France aujourd’hui

Un peu comme dans les premiers siècles de son histoire, l’islam de France compte deux courants opposés. Certains musulmans se rattachent au passé qui remonte aux toutes premières origines alors que d’autres se veulent ouverts à la modernité.

En réalité, les courants se référant à la tradition sont très divers. On peut en distinguer quatre profondément différents les uns des autres, même si le comportement de certains musulmans peut relever en même temps de plusieurs courants.

Deux d’entre eux sont salafistes mais gardons-nous de les confondre.

Le salafisme djihadiste

La première catégorie est celle qui fait le plus peur bien qu’elle ne concerne qu’une petite partie de personnes. On parle de « djihadisme » pour les désigner. Elle prend son origine dans les courants nés de la présence d’Al-Qaïda en Afghanistan. Les successeurs d’Oussama Ben Laden, profitant de la désorganisation engendrée par la guerre des Etats-Unis, vinrent en effet à leur tour en Irak avec leurs légions. Ils créèrent le « Conseil Consultatif des moudjahidines »(1) qui, en octobre 2006, rétablit le Califat ; ils fondèrent l’Etat Islamique et déclarèrent la guerre à peu près au monde entier. A leurs yeux les chrétiens sont considérés comme des impies (les kafiroun comme dit le Coran). Ils ont à choisir entre la conversion ou la décapitation. La plupart des musulmans vivant dans des pays sécularisés eux aussi méritent condamnation. Par internet, les djihadistes communiquent avec toutes les nations et réussissent à faire des conversions chez bien des jeunes gens et jeunes filles. Ceux-ci souvent sont embarqués en Syrie ou désignés pour commettre des attentats tels que ceux de cet été.

Le salafisme non-djihadiste

L’autre salafisme est profondément pacifique mais la façon de vivre de ses membres est étrange. Certes, on peut nouer avec eux des relations amicales mais leurs comportements les marginalisent. Leur accoutrement est soi-disant celui du prophète ou celui des femmes du prophète. On reconnaît les hommes à leur barbe et à leur djellaba et les femmes sont couvertes de draps noirs des pieds à la tête. Quelques-unes enfreignent les interdits et se couvrent le visage (niqab). Jamais une femme n’acceptera de se trouver en un même lieu avec un homme ; jamais non plus elle ne lui touchera la main pour le saluer. Jamais elle n’acceptera d’être soignée par un médecin de sexe masculin et jamais on ne la verra dans une piscine. Un vrai problème se pose pour l’éducation des enfants. Il n’est pas question d’envoyer une fille dans une école publique où elle rencontrera des garçons ; les crèches elles-mêmes ne doivent pas être mixtes.

Ces personnes-là refusent les discours des imams dont l’enseignement n’est que rarement salafiste : ils sont considérés comme des ignorants et on cherche sur Internet les bonnes réponses à leurs questions. Ces personnes sont, en effet, très scrupuleuses et constamment à l’affût pour connaitre avec précision ce qui est permis et ce qui est défendu.

Un islam "traditionnel"

La troisième catégorie se compose de la majorité des musulmans du pays.

Leur traditionalisme vient souvent de l’éducation reçue au bled. Il est entretenu par l’enseignement dispensé dans les mosquées : il s’agit d’un islam qui se veut modéré mais qui est mal inséré dans la culture française. Les fidèles sont profondément et de plus en plus attachés aux signes de reconnaissance islamiques. La plupart des femmes portent le voile de façon systématique dès la puberté ; les garçons et les hommes portent une barbe aux dimensions convenues. On se doit de prier aux heures officielles, cinq fois dans la journée et pour cela on réclame souvent des lieux de prière. L’enseignement des enfants n’est pas toujours bien perçu : on n’aime pas trop voir les filles dans une école mixte et on cherche les moyens pour qu’elles n’aillent pas à la piscine ou pour qu’elles ne participent pas aux voyages organisés pour une classe. Lorsqu’elles accèderont à l’âge adulte elles ne pourront que difficilement s’arracher aux interdits concernant le mariage avec un non-musulman. Les parents exigent que les cantines scolaires respectent les interdits de la Charia. La période du Ramadan est observée scrupuleusement ; c’est un grave dommage pour le rendement des entreprises ; ce serait un danger pour les malades qui ont affaire dans les hôpitaux à des médecins venus d’un pays du Maghreb si d'autres médecins non musulmans ne suppléaient quand les musulmans sont trop épuisés par le jeûne.

Une Fédération regroupant le plus grand nombre des associations musulmanes du pays, l’UOIF (Union des Organisations Islamiques de France), a créé le Conseil européen de la Fatwa dont le siège est à Dublin. Ses membres se donnent comme objectif de formuler des consignes unifiées aux musulmans d’Europe, conformes à la Sharia.

On entend dire que cette instance européenne est financée par l’Arabie Saoudite. Sans doute faut-il regretter que l’islam européen s’inspire d’un pays qui refuse la moindre adaptation de l’islam aux temps modernes ! Mais peut-être faut-il regretter aussi que les gouvernements successifs entretiennent, sans nuance, d’excellentes relations avec un pays qui empêche que nos compatriotes musulmans inventent une présence inédite dans un pays sécularisé et ouvert.

Un courant moderniste

Enfin, il faut reconnaître l’existence en France d’un courant explicitement moderniste. Il faut évoquer les travaux de Mohammed Arkoun qui s’est penché sur le Coran en s’inspirant des sciences humaines les plus contemporaines. Bien des jeunes, hommes ou femmes, réussissent brillamment dans leurs études et s’engagent dans une vie sociale semblable à celle de leurs collègues non musulmans. Il arrive que des personnages religieux célèbrent avec un prêtre le mariage entre une musulmane et un chrétien. Bien des intellectuels portent des jugements sévères sur leurs coreligionnaires, conscients qu’on ne peut enfermer le Coran dans des lectures dépassées et que la Charia est devenue aberrante. Le romancier, Kamel Daoud, s’est insurgé devant certains comportements sexuels qu’il juge insupportables. Fawzia Zouari, une romancière elle aussi, s’en est pris récemment à une chanteuse connue qui, convertie à l’islam, chante les bienfaits du voile islamique. Comment peut-on, dit-elle, dans un pays de liberté comme la France, se réjouir d’une marque d’aliénation ?

L’islam : religion de paix ?

Au terme de ce parcours peut-on considérer ce que signifie l’expression « L’islam est une religion de paix » ? Quand on prend conscience de la diversité des comportements de quel islam peut-on parler ? Tous diront qu’ils vivent une religion de paix. Lors de l’assassinat du Père Jacques Hamel, une des religieuses retenues en otage a pu entrer en conversation avec l’un de ses agresseurs. Elle lui a dit que son désir le plus profond était de voir advenir la paix. Quelle ne fut pas sa stupéfaction d’entendre son interlocuteur qui venait d’égorger un vieil homme lui dire calmement et avec conviction : « Moi aussi je travaille pour la paix ! » L’islam n’est ni pacifique ni violent : l’histoire a montré qu’il pouvait faire naître de belles civilisations. Il peut être, tout comme le christianisme, manipulé par des courants particulièrement barbares. Les religions sont ce que l’histoire en fait. Des hommes se servent de l’islam pour justifier leur combat. Ce sont les hommes qui sont violents. Chrétiens, nous avons à vivre avec les musulmans. Entre nous un dialogue doit se nouer mais il ne sera dialogue en vérité que dans la mesure où, nous inventons ensemble des gestes de paix.

Nicodème
Calligraphies de Abdallah Akar



1) Le mot « moudjahidine » désigne le musulman engagé dans le « djihâd », c’est-à-dire la « guerre sainte ». / Retour au texte

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